Real Madrid 4-1 Atletico Madrid, l’analyse tactique

Au prix d’un final incroyable, le Real Madrid est allé arracher sa dixième Ligue des Champions des mains de son rival, qui pensait pourtant la tenir bien en mains. Sans solution pendant la première heure de jeu, les Merengues ont profité du recul de l’Atletico Madrid pour retrouver leur créativité au milieu de terrain grâce aux entrées de Isco et Marcelo. Et à force de pousser, ils ont réussi à faire basculer la rencontre en leur faveur.

4-4-2 contre 4-4-2 : 

Pour cette finale, le plus grand casse-tête pour Carlo Ancelotti concernait le remplacement de Xabi Alonso au milieu de terrain. En optant pour Khedira, au détriment de Illarramendi ou Casimiro, l’entraîneur italien annonçait d’entrée la couleur concernant son système de jeu. Le Real Madrid allait évoluer en 4-4-2 et ne serait pas forcément en mesure de varier comme à l’accoutumée. Khedira n’est en effet pas un joueur taillé pour décrocher et effectuer la relance, à l’inverse de Xabi Alonso toujours capable de revenir à hauteur de ses défenseurs afin de faciliter l’orientation du jeu.

Le choix du 4-4-2 côté Real Madrid a eu une grande conséquence sur le match puisqu’il a facilité le travail de l’Atletico Madrid. Organisés eux aussi en 4-4-2, les Colchoneros ont vite trouvé les solutions pour bloquer la relance madrilène. En première ligne, Villa et Diego Costa – puis Adrian – effectuaient les courses nécessaires pour gêner les relances de Varane et Ramos. Dans le deuxième rideau, les milieux de terrain complétaient leur travail en bloquant les axiaux du Real Madrid (Modric et Khedira) afin de les repousser vers les côtés, ou au-delà de la ligne imaginaire tracée par leurs attaquants.

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Le Real ressort le ballon depuis le côté gauche vers Ramos. Diego Costa fait l’effort de sortir sur le défenseur adverse afin de permettre la remontée de ses milieux de terrain, qui se rapprochent à leur tour de Modric et Khedira dans le rond central.

A l’instar du dernier match de championnat, les Rojiblancos laissaient une certaine marge de manoeuvre aux deux latéraux du Real, Carvajal – qui a d’ailleurs été le premier à se signaler par une percée en début de partie – et Coentrao. Une liberté bienvenue pour les hommes d’Ancelotti, qui ont ainsi passé les premières minutes de jeu à faire circuler le ballon sur la largeur en attendant qu’une brèche se crée dans la défense adverse. Des espaces qui ne sont toutefois pas venus, la faute à des déplacements bien coordonnés des différentes lignes mises en place par Diego Simeone.

Le bloc de l’Atletico alternait entre une position haute (capture ci-dessus) afin de bloquer la relance et les milieux du Real Madrid, et une autre plus basse dès que ce dernier franchissait la ligne médiane. Les deux attaquants se repliaient alors à hauteur de Modric et Khedira dans leur propre camp. Derrière, les milieux de terrain coulissaient en fonction de la circulation de balle adverse. Sur les côtés, Filipe Luis et Juanfran devaient serrer de près leurs adversaires directs. Si le premier s’est plutôt bien acquitté de sa tâche face à Bale, Juanfran a connu plus de difficultés en raison des déplacements de Ronaldo et Di Maria dans sa zone.

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L’Atletico en position basse : Ramos et Varane sont laissés libres par Villa et Diego Costa qui reviennent dans la zone de Modric et Khedira. Sur les côtés, les joueurs de couloir serrent le marquage face à leurs adversaires directs. Dans l’axe, Benzema et Ronaldo se retrouvent pris entre la charnière Godin-Miranda et l’entrejeu Tiago-Gabi.

Di Maria-Benzema, « difference-makers » : 

Sur le plan tactique, le Real Madrid a longtemps semblé sans solution face à l’organisation défensive des Colchoneros. Celle-ci interdisait tout simplement le jeu court : des défenseurs au milieu dans un premier temps (position haute), puis des milieux aux attaquants dans un second (position basse). Plutôt efficaces dans la fermeture des couloirs, les hommes de Diego Simeone n’ont que très rarement été inquiétés au cours de la première mi-temps.

Seuls deux joueurs semblaient en mesure de faire bouger les lignes de cette opposition tactique. Le premier était Benzema qui, par ses décrochages au milieu de terrain, pouvait offrir des solutions à ses défenseurs (Ramos-Varane). Il offrait ainsi un point de fixation au coeur du bloc adverse, qui profitait ensuite à ses milieux de terrain (Modric) ou ses partenaires sur les ailes. Toutefois, le Français – tout comme Ronaldo dans le même exercice – était toujours suivi de près par ses adversaires directs (Godin, Miranda mais aussi Tiago et Gabi lorsqu’ils redescendaient dans leur zone).

Au final, le seul Madrilène qui a posé des problèmes à l’Atletico tout au long de la rencontre était Di Maria. Sur son côté gauche, l’Argentin a énormément provoqué, profitant aussi des déplacements de Benzema ou Ronaldo près de sa zone pour attaquer Juanfran et Raul Garcia balle au pied. Il était aussi le premier joueur recherché lorsque le ballon ressortir rapidement des 30 derniers mètres du Real Madrid (suite à des coups de pied arrêtés notamment). Preuve de son poids sur le jeu, il était le deuxième milieu de terrain en terme de ballons touchés au moment de la sortie de Khedira (38 passes effectuées, contre 44 pour Modric, 27 pour Khedira et 15 pour Bale).

Lorsque les Madrilènes arrivaient dans les couloirs, les excentrés devaient généralement faire face à des prises à deux.

Lorsque les Madrilènes arrivaient dans les couloirs, les excentrés devaient généralement faire face à des prises à deux. Di Maria a fait la différence par rapport à ses partenaires car il était tout simplement le seul capable de se sortir de ces situations défavorables, s’ouvrant alors le terrain pour enchaîner avec ses attaquants. Ici en possession du ballon, Ronaldo a eu beaucoup moins d’impact dans cette zone, tout comme Bale de l’autre côté du terrain.

Au-delà du cas Di Maria, les Merengues ont globalement manqué de justesse dans le dernier geste durant une bonne partie de la rencontre. A défaut de pouvoir trouver les attaquants par du jeu court et dans les rares intervalles laissés par la défense adverse, les centres et autres ouvertures tentés ont souvent directement fini en sortie de but ou dans les pieds adverses (avec notamment beaucoup de déchets chez Carvajal côté droit). Plus gênant, le Real Madrid a aussi eu du mal à bloquer les sorties de balle adverses. L’Atletico n’a ainsi jamais subi d’intense pression dans son camp.

L’Atletico avec le ballon : 

Les hommes de Simeone ont ici profité de la compacité de leur bloc, et de la position basse de leurs attaquants. Villa et Adrian offraient en effet des points d’appui dans la zone gardée par Modric et Khedira, au lieu de rester aux avants-postes où Ramos et Varane auraient pu les contrôler plus facilement. En jouant court et au sol grâce à leurs relais, les Rojiblancos parvenaient à remonter jusqu’à la ligne médiane sans difficulté. En cas de nécessité, notamment lorsque les Merengues étaient replacés dans leur camp, le jeu long devenait la solution privilégiée en ciblant – comme d’habitude – la zone de Raul Garcia côté droit. Une option qui a toutefois moins bien fonctionné que face au Barça.

Pour l’Atletico, les difficultés commençaient en revanche dans le camp adverse, lorsqu’il s’agissait de créer après avoir remonté la balle. Avec la sortie plus que prématurée de Diego Costa, la formation de Diego Simeone a perdu le joueur qui était censé apporter des solutions dans la profondeur, le seul capable de rivaliser sur le plan athlétique avec Ramos ou Varane. Son remplacement a diminué les possibilités d’attaques rapides, d’autant plus qu’Adrian n’a pas eu l’impact escompté dans l’axe. Résultat, l’Atletico ressortait vite de sa moitié de terrain mais peinait pour enchaîner à partir de la ligne médiane, faute de point d’appui suffisamment avancé dans le camp adverse.

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A gauche les passes réussies en première mi-temps, à droite la « heatmap » de l’Atletico Madrid : le 4-4-2 du Real Madrid laisse des espaces dans les couloirs qui permettent aux Colchoneros de combiner et conserver la balle. Mais le manque d’appels en profondeur (Diego Costa…) limitent forcément les solutions au moment de progresser dans le dernier tiers du terrain.

Preuve de ces difficultés, les hommes de Diego Simeone n’ont réalisé qu’une passe dans la surface adverse au cours des 90 premières minutes de jeu. Ils ont toutefois su tenir le ballon au milieu de terrain en utilisant – comme d’habitude – les côtés. En phase défensive, le Real Madrid se repliait en effet dans sa moitié de terrain et se contentait de contenir les assauts adverses. Cette stratégie leur a permis de concéder très peu de situations dangereuses dans le jeu… mais elle était toutefois à double tranchant puisqu’elle a offert des coups de pied arrêtés. Or l’Atletico a pris l’ascendant dans cet exercice en première mi-temps, et ce dans les deux surfaces. L’ouverture du score de Diego Godin est venue sanctionner la fébrilité du Real (et de Casillas) sur ces phases de jeu (36e).

Coaching : 

Forts de l’avantage au tableau d’affichage, les Rojiblancos ont opté pour une formule plus défensive. Après la pause, Villa s’est retrouvé seul en pointe, Adrian se retrouvant côté gauche afin de permettre aux siens de mieux contrôler la largeur, et notamment les montées de Carvajal côté droit. Si le remplaçant de Diego Costa a posé quelques problèmes au latéral madrilène en début de deuxième mi-temps, ce changement a aussi « ouvert » l’entrejeu au Real Madrid, qui n’avait plus que le seul Villa à éliminer en tant que premier rideau. Khedira et surtout Modric ont touché beaucoup plus de ballons dans l’axe, facilitant de fait l’orientation du jeu par la suite.

La distribution des passes de Modric en première et deuxième mi-temps.

La distribution des passes de Modric en première et deuxième mi-temps. Le Croate s’est assez clairement recentré entre les deux périodes, bénéficiant naturellement des espaces concédées dans l’axe par l’Atletico afin de renforcer sa défense sur la largeur.

Carlo Ancelotti a donc logiquement réagi en décidant de se passer de Khedira afin de faire entrer Isco (58e). Modric se chargeait désormais de remonter les ballons avec Varane et Ramos, Isco devenant lui un relais déjà présent dans le camp adverse. Côté gauche, Marcelo a apporté une autre dimension à l’animation du couloir : étant capable d’impulser lui-même une offensive, il profitait des espaces que concédait jusqu’ici l’Atletico aux latéraux du Real Madrid. Une menace supplémentaire qui a forcé l’Atletico à renforcer sa vigilance de ce côté du terrain, ouvrant dès lors des solutions de l’autre côté pour le Real, qui utilisait les relais de Modric et Isco pour se balader sur la largeur.

En ce qui concernait la couverture, Ramos et Varane évoluaient eux aussi plus haut qu’en début de partie, interceptant désormais les ballons dans le camp adverse, dans les zones auparavant gardées par leurs milieux de terrain. Cette situation était permise par le recul général du bloc de l’Atletico : avec Adrian côté gauche, Villa était l’unique relais dans l’axe pour sortir les ballons. Un point d’appui facile à cibler et à contenir pour les défenseurs madrilènes malgré sa combativité (fautes obtenus et concédées).

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En plus d’apporter une touche plus technique, l’entrée d’Isco dans l’entrejeu permet à Ronaldo de jouer plus haut en fin de partie. Une position qui prend tout son sens sur cette action initiée par Modric, qui profite de l’absence d’adversaire dans sa zone pour attaquer le milieu adverse et servir le Portugais, qui remet le ballon dans la course de Bale. Le Gallois manquera de peu le cadre.

Le Real a poussé jusqu’au bout et a été récompensé dans les arrêts de jeu grâce à un coup de tête de Sergio Ramos (90e+3). Une égalisation au bout du suspense et sur un « détail » mais qui, comme pour l’Atletico en première mi-temps, est venue récompenser l’équipe la plus dominatrice sur la mi-temps. Avec ce dénouement presque inespéré, le Real Madrid avait forcément l’ascendant au moment d’aborder les prolongations. Et celui-ci a fini par payer au cours de la deuxième mi-temps (110e) : tout est pourtant parti d’un dégagement hasardeux de Casillas, mais il a suffit d’une interception manquée de Tiago pour lancer le mouvement. Morata (remplaçant de Benzema) a mis Di Maria sur orbite et l’Argentin a fait le reste en se sortant d’une nouvelle prise à deux, Bale finissant le travail après un arrêt de Courtois.

Conclusion :  

A 2-1, la rencontre était terminée si bien que les réalisations suivantes n’étaient que du domaine de l’anecdotique (même si le but de Marcelo a le don de mettre le Real Madrid à l’abri d’un « détail » défavorable). Au bout du compte, les deux équipes se sont partagées assez équitablement les 120 minutes de jeu. A l’Atletico les 60 premières grâce à leur organisation quasiment sans faille dans l’entrejeu. Ils ont toutefois manqué d’impact devant pour espérer faire le break qui leur aurait sans aucun doute permis de tenir jusqu’au coup de sifflet final.

Comme en championnat, c’est bien le coaching d’Ancelotti qui a remis le Real Madrid dans le match sur le plan tactique. L’entraîneur italien a su réagir au changement tactique de l’Atletico en faisant entrer Isco, un profil plus technique, pour accompagner Modric dans l’entrejeu, sans oublier l’impact de Marcelo qui avait déjà eu un rôle à jouer lors de la précédente confrontation entre les deux équipes. Des changements qui ont permis à Modric de prendre une autre dimension au milieu de terrain, lui permettant de suivre de près Di Maria au classement des MVP de cette finale de Ligue des Champions.

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6 réponses

  1. aziz dit :

    Salut Florent,
    Je te trouve très gentil avec Ancelotti. Il s’est complètement raté sur ce match avec la titularisation de Khédira qui était en manque de compétition et qui avait un profil inadapté pour faire sauter le verrou adverse. Il s’est ressaisi -seulement je dirai- à la 58 eme minute. Il n’ y a pas de quoi vanter son coaching (même moi j’aurais fait ça et même avant). Les deux hommes du match ont été Di Maria pour ses accélérations qui ont fait très mal à l’athlético et bien sûr Ramos qui s’est battu jusqu’au bout. Sinon, sur le match lui même, le recul de l’athlético sur les trente derniers mètres en deuxième période a été fatal et gagne-petit. Ils ont été durement mais durement punis.

  2. Tarik Kabbadj dit :

    Originally Posted By azizSalut Florent,
    Je te trouve très gentil avec Ancelotti. Il s’est complètement raté sur ce match avec la titularisation de Khédira qui était en manque de compétition et qui avait un profil inadapté pour faire sauter le verrou adverse. Il s’est ressaisi -seulement je dirai- à la 58 eme minute. Il n’ y a pas de quoi vanter son coaching (même moi j’aurais fait ça et même avant). Les deux hommes du match ont été Di Maria pour ses accélérations qui ont fait très mal à l’athlético et bien sûr Ramos qui s’est battu jusqu’au bout. Sinon, sur le match lui même, le recul de l’athlético sur les trente derniers mètres en deuxième période a été fatal et gagne-petit. Ils ont été durement mais durement punis.

    Seulement Ancelotti avait peu de solution qui pouvait remplacer qualitativement Alonso mais il avait trois joueurs, avec des profils et des caractérisitiques différentes qui sont Illara, Khedira et Isco. Personellement, sur ce match j’aurai aimé jouer avec un trio Modric-Isco-Di Maria avec Coentrao et Arbeloa comme latéraux qui, en phase offensive restaient en couverture dans la même ligne que Luka Modric. Seulement cette animation, malgré ses joueurs est une composition avec unr vocation tactique défensive. Lors des phases offensives ils auraient été en surnombre, et si ils voulaient contrer il n’avait qu’à demander à Costa ou Villa de se placer dans la zone de Modric afin de lancer de la tête les joueurs qui sont en position de contre-attaque. Le coaching de Carlo était ce qu’il fallait faire et contrairement à toi je pense que ce fut le bon timing pour faire ces changements au niveau de l’animation, l’Atletico a reculé mais n’a pas cedé. Sinon, par rapport à Di Maria je ne l’ai pas trouvé spécialement bon, sûrement du au fait que je n’aime pas le joueurnet son jeu OFFENSIF, je préfère les joueurs élégants, intelligents comme Alonso, Busquets, T.Motta,Modric, Thiago. Ces joueurs ont du vice et j’aime ça, j’aime pas ceux qui foncent tête baissé genre DM22, Lucas, Lavezzi, Walcott… Sinon j’ai vu à plusieurs reprises Carlo leur demander de temporiser et j’étais complètement d’accord avec lui, on aurait du controler plus le ballon lors de ce que j’appelle la phase de possession défensive et je pense qu’on aurait pu et du mieux exploiter les côtés en jouant plus haut ( 1ere mi-temps).

  3. leDid dit :

    Ancelotti avait peut être aussi choisi comme tactique de casser un peu le jeu adverse /Contenir l’atletico avec un joueur intelligent en placement défensif (Khedira) et de les punir avec des joueurs plus offensifs (Isco, Marcelo) une fois que l’atletico serait épuisée à se casser les dents sur le Real et n’aurait plus les forces de défendre correctement. La profondeur de banc (donc l’argent) ont fait la différence.
    On ne saura jamais ce qu’il y avait dans la tete de Carlo mais si c’était ca , ca a marché.

  4. j’aime beaucoup cet article.
    c’est une bonne analyse tactique pour les matchs.
    merci pour le partage.

  5. Meteo Nice dit :

    Très bien expliqué le tactique du match.
    Merci pour le partage de cet article.

  6. Merci , encore un super article

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