Real Madrid 3-2 Manchester City, l’analyse tactique

Un grand match, c’est le moins que l’on puisse dire. Au prix d’un final à couper le souffle, le Real Madrid est venu à bout de Manchester City à l’occasion de sa première sortie en Coupe d’Europe. En difficulté depuis le début de la saison en championnat, les Madrilènes ont ressorti le bleu de chauffe et ont étouffé leurs adversaires, éteignant l’une de ses deux rampes de lancement (Silva). La seconde (Touré) a failli les punir, mais l’entrée des artistes a finalement fait basculer la rencontre dans l’escarcelle des locaux.

Opposition :

A la découverte des deux onzes de départ, il était difficile de nier que les deux formations se craignaient. José Mourinho avait décidé de renforcer son milieu de terrain, faisant d’Essien un titulaire aux côtés de Khedira et Xabi Alonso tandis que Özil restait sur le banc de touche. Di Maria, Ronaldo et Higuain formaient le trio offensif. Les premières minutes de la partie ont permis de découvrir des locaux maîtres du ballon. Ils repartaient d’un trio défensif formé des deux défenseurs centraux et de Xabi Alonso, décroché par rapport à la paire Essien-Khedira. Sur les côtés, Marcelo et Arbeloa évoluaient à hauteur de ces derniers tandis que les trois attaquants cherchaient le plus souvent à évoluer assez proches les uns des autres, de manière à se soutenir mutuellement.

Les deux formations : City en 4-4-1-1, le Real avec sa relance à trois en possession du ballon et du terrain. On distingue la première ligne de quatre de City, concentrée sur l’axe et libérant Arbeloa et Marcelo sur les côtés. Khedira et Essien se positionnent devant et derrière cette première ligne tandis que le trio offensif madrilène évolue à l’intérieur afin de laisser les couloirs à leurs latéraux.

Sans grande surprise, l’organisation des Skyblues était calquée sur celle de leurs adversaires. Laissant le ballon, les joueurs de Mancini se positionnaient de manière à empêcher les échanges entre les milieux adverses. En soutien de Tevez, Touré évoluait dans la zone de Xabi Alonso tandis que Barry et Javi Garcia récupéraient les marquages de Essien et Khedira. Lorsque le bloc était encore dans le camp madrilène, Nasri et Silva tentaient aussi de bloquer les courses de Essien et Khedira, laissant les couloirs aux latéraux madrilènes (voir ci-dessus). Une fois le ballon dans leur camp, ils revenaient sur les ailes pour soutenir leurs propres latéraux et fermer les couloirs.

Le Real dominateur :

Rapidement, les Madrilènes ont donc trouvé en Marcelo et Arbeloa des relais pratiques pour remonter le ballon rapidement jusqu’aux attaquants. A gauche, le Brésilien cherchait le plus souvent Ronaldo qui pouvait jouer ensuite le un-contre-un face à Maicon. De l’autre côté, Arbeloa jouait plus vers Di Maria. Selon le positionnement de Higuain (parfois excentré sur son aile), l’Argentin cherchait le débordement ou le retour à l’intérieur, soit par une accélération balle au pied, soit par une passe. Au coeur du jeu, Khedira faisait à chaque fois l’effort pour offrir une solution supplémentaire. Derrière, la couverture était assurée par le trio Varane-Pepe et, si nécessaire, le latéral resté à l’opposé de l’action. Essien et Xabi Alonso se chargeaient eux de la réorientation du jeu. Le Ghanéen intervenait par exemple le plus souvent pour ressortir les ballons depuis l’aile gauche. Xabi Alonso évoluait comme à son habitude plus bas.

Les Madrilènes en position dominante : le ballon ressort de la gauche via la paire Marcelo-Ronaldo. Essien est en possession. Il peut jouer avec Xabi Alonso en retrait ou directement renverser le jeu vers l’autre paire, Arbeloa-Di Maria. Positionné en tant que deuxième attaquant, Khedira s’apprête lui à décrocher pour offrir un relais court. A noter que City est en 6-3-1 sur cette phase de jeu (Tevez est hors-champ).

City empêchant généralement les échanges dans l’axe, le jeu du Real s’est surtout développée sur les ailes avant de se renverser à proximité de la surface adverse. Côté gauche, Ronaldo a souvent provoqué face à Maicon et quelques frappes ont suivi. A droite, Di Maria a profité de la présence d’Arbeloa sur l’aile pour s’ouvrir des angles de passes dans l’axe et par-dessus la défense. Au-delà de quelques occasions, la domination territoriale des Madrilènes leur a surtout permis d’imprimer un énorme pressing sitôt le ballon rendu à l’adversaire. Excepté sur des raids monstrueux de Yaya Touré (4 au total, dont un aboutissant à l’ouverture du score), les Skyblues ont eu toutes les peines du monde à ressortir de leur moitié de terrain proprement.

Xabi Alonso, Essien et Khedira pressaient en effet ensemble pour gêner les sorties de balle adverses, soutenus par leurs attaquants et leurs latéraux, déjà positionnés dans le camp adverse en phase offensive. A plusieurs reprises, Arbeloa s’est ainsi retrouvé directement dans les pieds de Silva dès que ce dernier était servi dos au but. Au coeur du jeu, les trois milieux madrilènes mettaient eux une grosse pression sur la paire Javi Garcia-Barry. L’Allemand poussaient aussi le pressing jusque sur la défense centrale anglaise, toujours suivi par ses attaquants, présents sur les lignes de passes courtes. L’objectif était clairement de forcer City à jouer long afin de profiter de la présence aérienne de leurs défenseurs (Varane et Pepe au-dessus de Tevez dans les airs, Marcelo au-dessus de Nasri, Arbeloa au-dessus de Silva…).

Le pressing madrilène : six joueurs sont présents pour peser sur l’axe adverse. Habituellement, ils ne sont que cinq (Essien, Khedira et les trois attaquants). Ce coup-ci, le sixième homme est Xabi Alonso, qui suit le décrochage de Yaya Touré (en rouge). Dans d’autres situations, les latéraux madrilènes sortaient aussi au pressing pour bloquer Silva ou Nasri dos au but.

Rééquilibrage des Skyblues :

A la demi-heure de jeu, City a commencé à se sortir du pressing adverse. Revenant chercher les ballons, Touré abattait un très gros travail pour s’extirper lui-même de la pression madrilène. Il a offert à son équipe son premier contre dangereux, déjà annonciateur de la future ouverture du score. Seul joueur capable de résister à l’impact adverse, l’Ivoirien a certainement été l’homme de ce match, même si le champion d’Angleterre n’a pas pris les trois points. Ses décrochages étaient compensés par les déplacements de Silva au coeur du jeu, dans la zone de Xabi Alonso. L’Espagnol offrait ainsi ses relais aux remontées de balle de ses partenaires, lui qui peinait jusqu’ici à apporter sur son aile gauche, subissant généralement l’impact physique de Arbeloa.

La sortie de Nasri peu après la demi-heure de jeu a confirmé ce changement tactique. Passé à droite, Silva a continué à repiquer dans l’axe. Côté gauche, Kolarov a mieux bloqué le couloir et s’est chargé de suivre les contres emmenées par Yaya Touré. Avant lui, Clichy avait ce rôle mais le Real en profitait en lançant Di Maria dans son dos. Les premières minutes de la seconde période ont confirmé son replacement défensif : Silva et Touré se sont retrouvés dans l’axe, entre Tevez et la paire Javi Garcia-Barry. Derrière, Kolarov et Maicon encadraient des joueurs uniquement concernés par les tâches défensives (Kompany, Nastasic et donc Clichy). Peu après l’heure de jeu, Silva a cédé sa place à Dzeko sans impacter sur l’organisation défensive de l’équipe. Offensivement, cela a offert un deuxième joueur pour occuper la charnière Varane-Pepe, les sorties de balle reposant alors sur le talent du seul Touré.

L’origine de l’ouverture du score de City : Touré vient de s’extirper du marquage des milieux madrilènes. Il trouve Tevez en appui, qui a attiré Pepe dans son décrochage. L’Argentin résiste et remet le ballon dans la course de son partenaire qui n’a plus qu’à bien jouer le deux-contre-un avec Dzeko face à Varane.

L’abandon de l’entrejeu :

Côté madrilène, un joueur a énormément profité de cette réorganisation tactique : Marcelo. Avant même que Touré ne lance le contre permettant à Dzeko d’ouvrir le score, le Brésilien s’était déjà signalé par deux frappes lointaines. Sans adversaire direct dans sa zone, Marcelo pouvait évoluer à sa guise depuis son couloir jusqu’au coeur du jeu : sur son but, il s’est ainsi retrouvé à hauteur de Modric et Özil, récupérant une offrande de Di Maria en appui devant la défense adverse. Mené au score, Mourinho n’avait eu d’autre choix que d’ajouter des joueurs capables de peser sur la défense adverse  (Modric en plus de Özil et Benzema).

Coaching gagnant puisque ses changements ont permis aux Madrilènes de faire reculer le bloc anglais. Partant de plus bas grâce à la bonne occupation du terrain par ses partenaires, Di Maria a profité du champ libre pour se lancer balle au pied avant de trouver Benzema au coeur de la défense (2-2). Sur le troisième et dernier but, Marcelo a fixé Javi Garcia dans l’axe avant de décaler Ronaldo qui s’est retrouvé en un-contre-un face à Zabaleta. L’Espagnol a fait le choix rester dans l’axe plutôt que de soutenir son latéral : pari perdu puisque le Portugais a pu mettre le ballon au fond des filets après avoir remporté son duel.

Conclusion :

Côté madrilène, José Mourinho ne pourra que se satisfaire d’un tel match : malgré les deux buts encaissés, il a pu retrouver l’agressivité et le pressing qui ont construit la majorité des succès de son Real lors des précédentes saisons. Individuellement, Di Maria et Khedira sont sortis du lot par leur activité, avant d’être rejoints par Marcelo puis les entrants (Benzema et Modric en tête) en deuxième mi-temps. Côté City, Mancini regrettera évidemment le final : difficile de mener deux fois à Madrid pour perdre au final… Néanmoins, son équipe a réalisé le coup parfait jusqu’à l’ouverture du score de Dzeko, utilisant à merveille Yaya Touré. Derrière, il n’avait néanmoins plus de solutions pour réagir tactiquement au va-tout tenté par son adversaire.

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3 réponses

  1. aziz dit :

    La façon dont City champion d’Angleterre s’est fait étouffé dans le jeu par le Réal en dit long sur le niveau réel du championnat anglais. Degré zéro de la tactique et du marquage !

  2. jAX dit :

    Le pire c’est que c’est dans la continuité des raclées que se prennent les clubs anglais (Arsenal et Manchester par deux fois ou plus face au Barça, Tottenham, City contre Madrid, Chelsea contre l’Atlético, Manchester United contre Bilbao, Stoke contre Valence et dans une moindre mesure United qui avait vraiment galéré contre Valence il y a 2 ans).

    À un moment, il faut arrêter de survendre un championnat et se rendre compte que Real/Barça > le reste de l’Europe et que les 18 espagnols sont assez balèzes.

  1. 24 septembre 2012

    […] Lillois peuvent enrager après ce match nul. A l’instar du Real face à City durant la semaine, les Nordistes avaient laissé les « artistes » de côté pour retrouver leurs qualités […]

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