Real Madrid 3-0 Lyon, l’analyse tactique

Si Deschamps et l’OM ont au moins sur faire illusion à Old Trafford (voir Manchester United 2-1 Marseille, l’analyse tactique), l’Olympique Lyonnais n’a même pas eu cette chance face au Real Madrid. L’intensité mise des deux côtés dans l’entame de match n’a fait que retarder l’inéluctable. Car l’OL, comme l’OM hier d’ailleurs, n’avait pas les cartes pour inquiéter le Real Madrid en première période. Pire, celles-ci se sont révélées trop justes pour tenir le score. Et les changements opérés au retour des vestiaires n’ont malheureusement rien changé à l’affaire, face à des Madrilènes au point et en confiance après un premier acte à leur avantage. Analyse.

Les compositions :

Une heure avant le coup d’envoi de la rencontre, Mourinho a levé les incertitudes concernant son onze de départ. Dans la preview tactique de la rencontre (voir Real Madrid-Lyon, les clés du match), les cas de Ronaldo et surtout de Marcelo avaient été mis en avant. Les deux Lusophones démarrent la rencontre et se partagent, sur le tableau noir, l’animation du flanc gauche madrilène. Pour le reste, c’est une redite du match aller avec Benzema à la place d’Adebayor en pointe : Casillas – Ramos, Pepe, Carvalho, Marcelo – Khedira, Xabi Alonso – Di Maria, Özil, Ronaldo – Benzema.

Côté Lyonnais, et cela avait été aussi évoqué dans l’avant-match, Puel décide de sacrifier son meilleur attaquant depuis le début de la saison (Gomis) pour un système à une pointe. Malgré une excellente entente avec le Français, Lisandro se retrouve donc seul devant, soutenu par Gourcuff. Celui-ci est encadré par Delgado et Briand, chargé de suivre les latéraux adverses et devant six défensifs dans la même configuration que lors du match aller : Lloris – Réveillère, Cris, Lovren, Cissokho – Toulalan, Kallström – Briand, Gourcuff, Delgado – Lisandro.

Le schéma madrilène :

Après une poignée de minutes où le jeu part dans tous les sens, les rôles sont distribués entre les deux équipes et le Real prend logiquement celui de l’équipe dominatrice. Xabi Alonso et ses défenseurs prennent le dessus dans les duels et les accélérations madrilènes décident de la suite de la rencontre : si elles aboutissent, le Real a une opportunité ; dans le cas contraire, l’OL récupère un ballon de contre. Rapidement, l’animation madrilène se met en place… Et les réponses lyonnaises aussi.

Durant les premières minutes de jeu, l’OL s’applique à mettre sous pression la relance madrilène. Cela passe d’abord par le travail de la paire Lisandro-Gourcuff : replié sur la même ligne, les deux hommes s’opposent et tentent d’empêcher les relances vers l’avant du duo Xabi-Khedira. Ils sont logiquement supplées par Delgado lorsque le ballon approche de sa zone côté gauche et par Kallström qui sort sur Khedira dès que possible (flèches rouges). Seul absent de cette petite phase de pression, Briand reste en retrait, craignant sans doute, et à raison, les déplacements de Marcelo.

Cet attentisme de l’ancien Rennais va libérer tout le pan gauche de l’attaque madrilène. De retour de blessure et incertain jusqu’à la découverte des compositions d’équipe, Ronaldo n’en est pas moins mobile et se rend disponible en décrochant dans la zone laissée libre par Briand. Pendant une bonne partie de la rencontre, le Portugais offre ainsi des relais entre deux lignes (celle de Xabi-Khedira ou celle de Özil-Di Maria) ; autour de lui, il combine avec Marcelo, exceptionnel en première mi-temps, et Benzema qui dézone côté gauche dès que possible.

Lorsque le Français s’excentre, c’est Özil qui prend le relais et occupe la pointe de l’attaque (Di Maria et Ronaldo évoluant entre-deux). Solide lorsqu’il n’est attaqué que par le quatuor offensif madrilène, le bloc lyonnais est mis en difficulté dès lors que celui-ci est soutenu par des joueurs venus de l’arrière. Juste après le quart d’heure de jeu, Carvalho passe la ligne Lisandro-Gourcuff (focalisée par Xabi et Khedira) et réussit à trouver l’un de ses attaquants entre les lignes sur une passe au sol. Ce schéma sera ensuite reproduit par Khedira côté droit pour des combinaison avec Di Maria, mais surtout par Marcelo côté gauche avec Ronaldo.

Cet avantage acquis avant la mi-temps, le Real est revenu sur la pelouse en se montrant plus prudent. Marcelo s’est moins livré et les attaques ont surtout été tributaires de la qualité des transmissions entre le quatuor offensif puis ensuite selon les duels remportés par Adebayor lorsque celui-ci a remplacé Ronaldo. Le Togolais crée d’ailleurs le décalage sur le troisième en remportant un duel face à Cris, libérant ainsi Özil et Di Maria seul face à Lovren.

Les différentes réponses lyonnaises :

Comme le montre le schéma ci-dessous, l’OL a eu beaucoup de mal à trouver des solutions dans l’axe et s’est retrouvé très souvent repoussé sur les côtés. Le manque de présence dans la surface a rendu caduque la plupart de ses tentatives en première période. L’entrée de Gomis et le passage en 4-3-3 ont apporté un peu plus de poids mais cela s’est fait au détriment de la solidité défensive et des solutions à la relance, permettant aux attaquants madrilènes de contrer et à la paire Xabi Alonso-Khedira de gratter plusieurs ballons dans le camp adverse. Retour sur les différents schémas tentés par Puel.

Coup d’envoi, 4-2-3-1. Le grand classique Ligue des Champions avec Lisandro seul en pointe et des ailiers travailleurs pour défendre sur les latéraux adverses. Briand a passé la majeure partie de son temps dans son camp à tenter (sans succès de contenir Marcelo). Delgado a lui très justement évité les duels avec Ramos en rentrant à l’intérieur, laissant le couloir à Cissokho… Et la tâche de remonter les ballons à Gourcuff qui s’est souvent retrouvé dans cette zone. Conséquence logique, Lisandro est resté très esseulé entre Pepe et Carvalho et a souvent décroché (avec une tendance naturelle à gauche) pour toucher des ballons.

Entrée de Gomis, 4-3-3. Ses joueurs menés et obligés de marquer, Puel décide de faire entrer Gomis à la mi-temps à la place de Briand. Delgado passe à droite et Lisandro se retrouve dans la position de faux ailier dont il a l’habitude côté gauche. Déjà repoussé sur une aile en première mi-temps, Gourcuff disparaît de la circulation en se retrouvant dans la zone de Xabi Alonso. Côté gauche en revanche, Kallström sort du lot et forme une paire intéressante avec Cissokho qui multiplie les déboulées… Mais ses centres, mis à part un sorti par Pepe devant Delgado, Gomis et Lisandro, n’aboutissent à rien.

Sortie de Gourcuff, 4-4-2 (69e). La dernière carte pour l’OL. Lloris vient d’encaisser le 2-0 et d’empêcher Benzema de claquer un doublé face à son ancien club. Les Lyonnais n’ont plus l’air d’y croire mais le duo retrouvé Lisandro-Gomis réussit à se trouver dans la zone d’un défenseur central (Carvalho en l’occurence) pour une action intéressante pour le futur proche de l’OL. Quelques minutes plus tard, Adebayor gagne le duel qui met Özil et Di Maria sur orbite pour le troisième but. On entre alors dans le domaine de l’anecdotique.

Conclusion :

Quelque soit l’organisation, l’OL n’a pas su gêner le Real. Alors évidemment, certains pourront poser la question du choix de Claude Puel de se priver de Gomis d’entrée. Comme souvent, l’entraîneur français a privilégié la solidité défensive en se passant de ce qui était pourtant l’un de ses points forts sur les dernières sorties de son équipe. Pour ne rien arranger à l’histoire, le choix principal dans cette optique, mettre Briand sur Marcelo, s’est révélé catastrophique tant le Brésilien a mangé son adversaire direct au point d’être le Madrilène le plus influent sur la première mi-temps.

A partir de là, difficile de rivaliser même si cette défaite a d’autres explications que ce simple choix. Les classes d’écart entre plusieurs joueurs-clés par exemple.

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