Real Madrid 3-0 Galatasaray, l’analyse tactique

S’il ne fallait retenir qu’une règle pour un football réaliste, ce serait l’efficacité dans les deux surfaces. Le Real Madrid l’a rappelé aux dépens de Galatasaray ce mercredi, creusant tranquillement un écart de trois buts avant le match retour sans donner l’impression de forcer. Venu avec des ambitions en Espagne, les Turcs repartent éliminés mais ils auront au moins eu le mérite d’avoir tenté quelque chose face à plus fort qu’eux.

Le losange de Galatasaray :

Au coup d’envoi, c’est un Real Madrid au complet qui se présentait sur la pelouse de Santiago Bernabeu. Alignant les cadres, José Mourinho faisait toutefois trois choix d’hommes avec les titularisations de Diego Lopez dans les buts, Essien à droite de la défense et Benzema en pointe (Diego Lopez – Essien, Varane, Ramos, Coentrao – Khedira, Xabi Alonso – Di Maria, Özil, Ronaldo – Benzema). Du côté de Galatasaray, Fatih Terim a aligné une formation ambitieuse, résolument construite pour inscrire au moins le fameux but à l’extérieur. Encadré par Drogba et Yilmaz dans l’axe, Sneijder se retrouvait à la pointe d’un milieu de terrain en diamant, couvert par une ligne de quatre derrière (Muslera – Eboue, Semih, Nounkeu, Riera – Altintop, Melo, Selçuk – Sneijder – Drogba, Yilmaz).

Le début de partie a permis de découvrir que ce système, bien qu’ambitieux, permettait aussi aux Turcs de bien quadriller leur moitié de terrain et de répondre efficacement aux approchés madrilènes. Sitôt le ballon perdu, c’est toute l’équipe qui faisait bloc dans sa moitié de terrain. Altintop et Selçuk se repliaient à hauteur de Felipe Melo devant la défense, créant ainsi une ligne de trois capable de répondre aux déplacements de Di Maria ou Ronaldo dans le coeur du jeu. Pour rappel face à Manchester United, ce sont ces déplacements extérieur-intérieur qui avaient permis aux Madrilènes de faire le forcing et de mettre en difficulté les deux Mancuniens positionnés devant la défense (Carrick et Cleverley) – ouvrant alors le terrain à Modric (lire : Manchester United 1-2 Real Madrid, l’analyse tactique). Avec trois joueurs, Galatasaray s’offrait une sécurité dans le coeur du jeu.

Evidemment, ce trio était aussi amenés à fermer les couloirs pour protéger Riera et Eboué des surnombres que pouvaient apporter les latéraux : à gauche de Melo, Selçuk bloquait les montées de Essien lorsque Di Maria était sur l’aile, Altintop en faisait de même pour couper la relation Coentrao-Ronaldo. Devant cette ligne intermédiaire, le trio formé par Drogba, Yilmaz et Sneijder revenait défendre à hauteur du double pivot madrilène (Xabi Alonso – Khedira). Concentrés sur l’axe, leurs objectifs étaient de limiter l’influence du milieu espagnol en occupant sa zone de jeu préférentielle, et de repousser la relance madrilène vers les couloirs en comptant sur le déplacement de la ligne Altintop-Melo-Selçuk pour récupérer les ballons ensuite. De sa position de n°10, Sneijder était aussi amené à se replier lorsque l’un des milieux madrilènes (Khedira) se projetait vers les buts de Muslera.

Le quadrillage du Galatasaray face à la possession madrilène : Riera et Eboué face à Di Maria et Ronaldo, Melo face à Özil. Sur les côtés, Selçuk et Altintop couvrent les couloirs en cas de surnombre apporté par les latéraux. En première ligne, les attaquants se replient dans la zone favorite du duo Xabi Alonso-Khedira, forçant le recul du premier pour assurer la relance. C'est d'ailleurs dans une position similaire que l'Espagnol va trouver Özil sur le premier but madrilène.

Avantage turc au milieu :

Capables de résister aux attaques placées adverses, les Turcs profitaient aussi de leurs positionnements pour ressortir efficacement de leur moitié de terrain. La présence de Sneijder entre les lignes était un problème pour la paire Xabi Alonso-Khedira. Le surnombre dans l’axe crée par le Néerlandais empêchait les deux hommes de sortir ensemble sur Selçuk et Altintop. L’un des deux était à chaque fois forcé de rester en couverture, les rôles de Drogba et Yilmaz empêchant Ramos et Varane de sortir de la ligne défensive pour compenser et marquer Sneijder à leur place. Résultat de ce surnombre turc dans l’entrejeu, la relance de Galatasaray a toujours pu trouver une solution sur la largeur pour remonter proprement les ballons dans le camp madrilène, démarrant de Melo, Nounkeu ou Semih pour ensuite passer par Altintop et Selçuk.

En début de partie, Özil a dû revenir défendre afin de soutenir Xabi Alonso et Khedira face aux remontées de balle des deux milieux de Galatasaray. Toutefois, son repli n’a pas toujours suffit. Drogba offrait un point d’appui à ses milieux dans le camp madrilène, puis les latéraux s’ajoutaient aux mouvements offensifs afin d’offrir des solutions sur les extérieurs. Eboué et Riera sont ainsi passés à plusieurs reprises dans le dos de Ronaldo et Di Maria pour se rendre disponibles à Altintop (côté droit) et Selçuk (côté gauche). Melo restant en retrait devant sa défense, Galatasaray développait ensuite ses attaques en utilisant les relais de Drogba (surtout) ou Sneijder au coeur du jeu : pour finir soit à mi-distance (Drogba 11e et 26e, Altintop 18e), soit par des montées et des centres des latéraux (voire des tirs : Drogba pour Eboué 44e).

L'avantage de Galatasaray au milieu de terrain : Xabi Alonso sort au pressing sur Selçuk, Khedira reste en couverture pour anticiper en cas de passe sur Sneijder. Côté opposé, Altintop se retrouve libre de tout marquage et offre une solution facile à son partenaire. Une fois servi, il pourra ensuite servir Eboué dans le couloir.

Une défense trop faible :

Devenus maîtres du ballon au cours de la première mi-temps, les Turcs ont toutefois rapidement atteint leurs limites. Offensivement, leur jeu demandait la participation de deux des trois milieux de terrain assez haut dans le camp madrilène, ces mêmes milieux qui jouaient un rôle capital pour la bonne assise défensive de l’équipe lorsque le Real était en possession du ballon. Pour les Madrilènes, la clé du match résidait donc dans leur capacité à remonter le terrain avant qu’il n’ait le temps de revenir. Galatasaray se retrouvait alors avec le seul Melo pour protéger une défense centrale trop faible pour être livrée à elle-même. Özil en a profité pour lâcher son adversaire direct en allant offrir des solutions des deux côtés du terrain, perturbant les marquages de Eboue et Riera (surtout) sur Ronaldo et Di Maria.

Plus vifs que leurs adversaires (Riera, Nounkeu, Semih, Melo…), les attaquants madrilènes étaient capables de créer le danger sur leurs prises de balle. Di Maria et Özil étaient à la baguette, Ronaldo et Benzema aux appels. S’il ne résulte pas d’une contre-attaque, le premier but du Real symbolise assez bien la domination des merengues sur leurs adversaires directs. A l’origine de l’action, Xabi Alonso est revenu à hauteur de ses défenseurs pour effectuer la première passe vers l’avant. Son décrochage a naturellement fait sortir la première ligne turque, suivie de près par la deuxième. Sans pression de la part de Yilmaz, l’Espagnol a éliminé ces deux lignes en une passe pour trouver Özil. Plus prompt que Riera (milieu reconverti latéral), l’Allemand a fait la différence dès son contrôle avant de servir Ronaldo dans l’intervalle entre Eboué et Semih (1-0, 10e).

Mise en danger à chaque fois qu’une relance longue du Real trouvait un attaquant, la défense de Galatasaray a été renforcée à la pause. En faisant entrer Gokhan Zan à la place de Sneijder, Fatih Terim est passé en 3-5-2. Sur les côtés, Riera et Eboué étaient désormais amenés à participer à la sortie des ballons, afin d’éviter l’axe où le Real pouvait désormais mettre en place son pressing (Sneijder sorti = Altintop et Selçuk vs Khedira et Xabi Alonso). Le rendement de Drogba est devenu encore plus important qu’en première mi-temps, et sa baisse de forme en fin de partie a mis fin aux espoirs turcs en attaque. Défensivement, ils résistaient logiquement mieux aux contres madrilènes mais ont fini par craquer sur un coup de pied arrêté de Xabi Alonso, envoyé au fond des filets par Higuain (72e).

Galatasaray en 3-5-2 pour une meilleure assise défensive : l'ajout d'un défenseur central permet notamment à Felipe Melo de quitter l'axe pour suivre les déplacements de Özil, ce qui était impossible pour lui en première mi-temps.

Conclusion :

Un match aussi agréable à suivre que tranquille pour le Real Madrid. Venus pour marquer, les Sang et Or s’en sont donnés les moyens d’un point de vue tactique mais se sont heurtés à la qualité de la défense centrale madrilène : Ramos et Varane ont tout contrôlé, condamnant leurs adversaires à se montrer dangereux de l’extérieur de la surface. Seul Coentrao a eu parfois du mal, seul face à un Eboué capable d’arriver lancé. La supériorité des attaquants madrilènes sur leurs adversaires directs a fait le reste.

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5 réponses

  1. RMCF dit :

    Encore une fois bravo, quelle travail !?

  2. TitiHenry dit :

    Très bonne analyse comme d’habitude, mais c’est dommage que tu te fis au programme télé pour faire tes analyses. Un petit décryptage sur Bayern-Juv, où comment le Bayern a écrasé le système Turinois, aurait été superbe.

  3. Nimbus dit :

    Merci pour cette analyse très instructive.
    Personnellement, je trouve que le 3-0 est sévère d’autant plus que les Turcs auraient dû être crédités d’un penalty pour la faute de Ramos sur Burak Yilmaz.
    Le système des Turcs en début de partie n’est-il pas semblable à l’arbre de Noël d’Ancelloti?

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