Real Madrid 2-2 Barcelone, l’analyse tactique

Que pouvait-il y avoir de mieux qu’un Clasico pour ouvrir la saison espagnole ? Un Clasico sans Christophe Josse peut-être… Mais ce n’est pas le sujet. Le Real Madrid et le FC Barcelone se sont donc retrouvés pour leur premier match version 2011/2012. Une confrontation qui, si elle n’a pas déçu sur le plan du spectacle, a montré deux équipes encore en plein travail foncier.

Les compositions :

Bien décidé à faire oublier la Manita de la saison dernière (voir l’analyse tactique), José Mourinho aligne le onze qui était de la déroute au Nou Camp à l’époque pour marcher sur des Catalans a priori en retard physiquement : Casillas (1) – Ramos (4), Pepe (3), Carvalho (2), Marcelo (12) – Xabi Alonso (14), Khedira (6) – Di Maria (22), Özil (10), Ronaldo (7) – Benzema (9).

Du côté barcelonais, Pep Guardiola confirme par son onze ses déclarations d’avant-match. Le Barça n’est pas prêt. Piqué, Xavi et Busquets débutent sur le banc de touche. Sanchez, devenu Alexis, prend la place de Pedro devant : Valdes (1) – Alves (2), Mascherano (14), Abidal (22), Adriano (21) – Keita (15), Thiago (11), Iniesta (8) – Sanchez (9), Messi (10), Villa (7).

De l’importance de Xavi-Busquets :

Trop juste pour débuter la rencontre, Xavi regarde ses partenaires se faire dominer par un Real Madrid très entreprenant au cours du premier quart d’heure. Et pour cause, la formation madrilène impose un pressing constant qui étouffe complètement la relance et les milieux catalans.

Organisé en 4-2-3-1, le Real calque son pressing sur la relance barcelonaise. Lorsque les Catalans remontent le ballon, les latéraux montent sur la même ligne que Keita, laissant la charnière centrale en retrait pour former une sorte de W visible depuis les buts de Valdes. Cette organisation est perturbée par le travail constant du quatuor offensif madrilène. Sur les côtés, Ronaldo et Di Maria bloquent Adriano et Alves, s’attachant surtout à les empêcher de trouver des appuis dans l’axe. Au centre, Özil et Benzema se partagent le marquage de Keita auquel ils ne laissent que très peu d’espaces. A l’inverse, infériorité numérique oblige dans la zone, ils ne peuvent rien lors des montées des défenseurs centraux. Mais Abidal n’est pas aussi efficace que Piqué dans cet exercice.

Derrière le quatuor, Xabi Alonso et Khedira sont respectivement au marquage de Thiago et d’Iniesta. Les deux hommes ne lâchent pas leurs vis-à-vis et ce, peu importe leurs positions sur le terrain. Dans le camp madrilène, la défense du Real est extrêmement concentré et anticipe toutes les solutions que tentent d’apporter Messi, Sanchez ou Villa en décrochant afin de ne pas leur laisser le temps de se retourner. Les deux sud-américaines étant en retard sur le plan physique, les Madrilènes gagnent énormément de ballons et asphyxient le Barça. Car dans l’entrejeu, aucun des deux milieux de terrain n’est en mesure de décrocher au coeur du W, à la manière de Xavi, pour offrir une solution supplémentaire à la relance et ouvrir des espaces derrière le premier rideau défensif madrilène.

Décrochages et dépassements de fonction :

Maître du milieu de terrain, le Real ouvre la marque suite à un énième ballon gagné par son bloc, défendant en avançant. Néanmoins, ils peinent au moment de construire, préférant multiplier les longs ballons à destination de Ronaldo, Di Maria ou Benzema pour éviter toute possibilité de pressing catalan et mettre sous pression la défense expérimentale du Barça. Si celle-ci s’en sort tant bien que mal, ce système, couplé au gros travail fourni en phase défensive, est coûteux en énergie. Et les Madrilènes vont petit à petit baisser de pied en première mi-temps. Et le Barça d’en profiter…

Les montées balle au pied de Keita et Abidal, qui profitent du surnombre du Barça dans l’axe de son camp, montrent la voix aux Catalans (qui la maîtrisent déjà) : la solution doit venir des changements de zone de certains joueurs. Le premier à s’y essayer est Daniel Alves, qui profite des déplacements de Messi ou de Sanchez au milieu de terrain sur l’aile droite, pour rentrer dans l’axe et apporter le surnombre dans l’axe avec Thiago et Iniesta face au duo composé de Xabi Alonso et de Khedira. Pour enchaîner, Sanchez propose des solutions le long de la ligne de touche où il dispute un gros duel avec Marcelo. Thiago et Messi se montrent aussi actifs dans cette zone.

Mais l’Argentin devient l’homme-clé de l’excellent dernier quart d’heure barcelonais grâce à un autre déplacement. En redescendant à hauteur de ses milieux de terrain, il offre une solution de passe supplémentaire à sa relance et ce, alors que le pressing du Real s’est étiolé. Devant lui, Villa et Sanchez rentrent dans l’axe pour perturber le marquage des stoppeurs qui suivaient jusqu’ici les déplacements de Messi. Résultat, le double Ballon d’Or se retrouve libéré d’adversaires directs dans le rond central. Depuis celui-ci, il ajuste deux passes en profondeur pour Villa. La première ne donne rien, l’attaquant étant signalé hors-jeu. La deuxième permet au Barça d’égaliser grâce au superbe intérieur du pied de l’ancien attaquant de Valence.

La nouveauté Coentrao :

Mené au score à la mi-temps après un raid de Messi, bien aidé par Khedira, le Real profite du repos pour repartir comme en début de partie et reprendre la main sur le milieu de terrain. Arrive alors l’heure de l’entrée en scène des deux entraîneurs et des remplaçants, juste après l’égalisation de Xabi Alonso à la sortie d’un corner (53e). Entre ce but et l’heure de jeu, quatre changements interviennent : Coentrao pour Di Maria et Callejon pour Khedira côté Madrid ; Xavi pour Thiago et Piqué pour Adriano côté Barça.

Alors qu’il aurait été logique qu’il reprenne le registre de Di Maria (Ronaldo passant alors côté droit), Coentrao va rapidement devenir l’homme-clé du milieu de terrain madrilène après l’entrée en jeu de Xavi (trois minutes après la sienne). En glissant dans l’axe, il devient le premier intéressé par les prises de balle du maître à jouer du Barça. Lorsque celui-ci décroche, c’est lui qui se charge de le suivre, le côté gauche étant fermé à double tour par le duo Ronaldo-Marcelo. De l’autre côté du terrain, la sortie d’Adriano au profit d’Abidal permet au Real Madrid de lâcher le marquage des deux latéraux adverses, la préparation physique catalane ne permettant certainement pas des allers-retours du Français à l’heure actuelle.

Du coup, le côté droit est principalement fermé par Callejon, qui hérite du marquage sur Iniesta légué par Khedira à sa sortie. Le jeune transfuge de l’Espanyol ne lâche pas son vis-à-vis, réussissant même à l’énerver. Derrière ce duel, Coentrao est encore là pour intercepter les ballons qui sortiraient du couloir gauche du Barça à hauteur de la ligne médiane. Cette énorme activité à la récupération du Portugais décharge Xabi Alonso d’une partie du travail, permettant au patron du milieu madrilène de se contenter d’écoper en deuxième rideau et de surveiller les déplacements entre les lignes de Messi. Offensivement, le jeu du Real offre beaucoup de solutions côté gauche, pour attaquer comme pour tenir le ballon. Les occasions se terminent parfois à droite avec les montées de Callejon ou Ramos.

Baisse physique et fin des débats :

Beaucoup plus intelligents dans la gestion de la possession de balle (souvent emmenée sur les côtés pour créer des triangles), les Madrilènes ne connaissent pas la même baisse de forme qu’en fin de première mi-temps. Néanmoins, ils ne parviennent pas non plus à replacer l’accélération qui leur aurait permis de se déplacer au Nou Camp avec un avantage au score. Du côté du Barça, la deuxième mi-temps est gérée tant bien que mal, en raison de la condition physique en berne des attaquants (Messi, Sanchez et Villa qui sera remplacé). Au bout des 90 minutes d’affrontement direct pour la saison 2010/2011, le Real semble avoir réduit l’écart. Mais la non-titularisation de Xavi, Busquets et même Piqué à l’arrière a forcément changé la donne. Néanmoins, l’entrée de Coentrao a apporté quelque chose de neuf côté madrilène qu’il serait peut-être bon de revoir face à un Barça au complet.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *