Real Madrid 2-1 Barcelone, l’analyse tactique

Battus 3-2 à l’aller, les Madrilènes semblaient avoir fait le plus dur en menant 2-0 à onze contre dix face à leur rival catalan. Mais ce dernier est pourtant revenu dans la partie, et a failli emporter la Supercoupe d’Espagne en deuxième mi-temps, alors que les Madrilènes balbutiaient leur jeu. Retour sur un match surprenant, qui a inversé les rôles que les Clasicos précédents avaient l’habitude de distribuer (Barça à 10, Real avec le ballon…).

Les compositions :

Real Madrid  : Casillas (1) – Arbeloa (17), Pepe (3), Ramos (4), Marcelo (12) – Xabi Alonso (14), Khedira (6) – Di Maria (22), Özil (10), Ronaldo (7) – Higuain (20).
Barcelone : Valdes (1) – Adriano (21), Piqué (3), Mascherano (14), Jordi Alba (18) – Busquets (16), Xavi (6), Iniesta (8) – Messi (10), Pedro (17), Sanchez (9).

Le tiers-temps madrilène :

Largement dominateurs durant cette période, les Madrilènes ont construit leur victoire durant la première demi-heure de jeu. Battu 3-2 à l’aller, ils ont d’abord mis la pression sur leurs adversaires en mettant en place leur pressing dans le camp catalan. Les quatre joueurs à vocation offensive étaient mis à contribution dès les premières passes barcelonaises. Di Maria et Ronaldo fermaient face aux latéraux tandis que Özil et Higuain abattaient un gros travail défensif face à Busquets et la charnière Piqué-Mascherano. Plus bas, et selon le côté choisi par le Barça pour remonter le ballon, Khedira suivait les déplacements de Xavi ou d’Iniesta. Derrière ces cinq joueurs, Xabi Alonso évoluait en tant que première couverture dans le rond central, tandis que les quatre défenseurs travaillaient plus ou moins sur la même ligne, à une quarantaine de mètres des buts de Casillas. D’entrée de jeu, une prise de balle de Messi, à hauteur de Xabi Alonso, a semé la pagaille dans la défense madrilène : l’Argentin avait fait la différence en prenant de vitesse la sentinelle madrilène et se retrouvait lancé avec les appels de Pedro et Sanchez pour créer le danger. Heureusement pour le Real, la défense avait tenu face à cette première accélération.

Refroidi par cette première tentative catalane, résultant directement de son pressing haut, le Real s’est contenté d’attendre dans sa moitié de terrain. Dans ce cas, les Madrilènes retrouvaient un 4-4-1-1 plutôt classique. Si Higuain étaient déchargé d’une partie du travail défensif, Özil travaillait à hauteur de la paire Xavi-Busquets. Derrière lui, le duo Xabi Alonso-Khedira évoluait à hauteur de Messi et Iniesta, censés offrir des relais pour ensuite lancer Pedro et Sanchez des extérieurs vers l’axe, en profondeur. Si le Barça réussissait à progresser dans le camp madrilène malgré cela, via l’apport des latéraux pour relayer dans les couloirs ou une montée de Xavi, Özil décrochait à hauteur de ses milieux de terrain. A plusieurs reprises, l’Allemand s’est retrouvé à hauteur de Xabi Alonso ou Khedira alors que l’un d’entre eux sortait sur le porteur de balle barcelonais. Cette compensation était absolument nécessaire de la part du meneur allemand afin d’empêcher les Catalans de trouver des relais plein axe pour progresser rapidement vers les buts de Casillas.

Un exemple du travail de Özil une fois le Barça installé dans le camp madrilène. La première passe étant effectuée, le meneur du Real décroche à hauteur de Xabi Alonso (en jaune et en blanc) afin de conserver deux milieux défensifs (pour encadrer Messi) alors que Khedira est sorti au pressing sur Xabi (en rouge). Le Real conserve ainsi ses deux lignes de quatre et peut négocier l’avancée catalane dans son camp.

Au-delà de l’aspect défensif, déjà vu lors des précédentes sorties réussies du Real face à Barcelone, les Madrilènes ont véritablement fait la différence grâce à leur efficacité une fois le ballon récupéré. Leur première possession de la partie a annoncé la couleur, celle-ci se soldant par un long ballon de Pep à destination de Ronaldo. Déjà, l’objectif était clair : déjouer le pressing du Barça en sautant des lignes et mettre la pression sur la défense barcelonaise. L’ouverture du score de Higuain est intervenue sur un long ballon de ce type, l’Argentin profitant d’une erreur de Mascherano pour filer au but. Le Real a aussi beaucoup joué sur la présence de Özil en phase défensive, le faisant participer pleinement à la remontée des ballons avec ses milieux axiaux (Khedira, Xabi Alonso) et Di Maria. De cette manière, les Madrilènes sont le plus souvent remontés sur le flanc droit avant de renverser le jeu côté gauche dans la zone de Ronaldo, marqué par Adriano (puis Montoya). Le Portugais recevait ensuite le soutien d’un Marcelo très en jambes, qui lâchait son adversaire direct (Sanchez) au démarrage pour venir créer le surnombre sur l’aile gauche, créant ainsi des espaces pour son ailier.

L’heure de jeu catalane ?

Dominateurs dans tous les compartiments du jeu, les Madrilènes se sont logiquement retrouvés devant au tableau d’affichage grâce à des réalisations de Higuain et Ronaldo. A 2-0, et au vu de la présence du Real dans sa moitié de terrain, il était difficile d’imaginer Barcelone revenir dans la partie. Au coeur du jeu, les Madrilènes opposaient un double rideau difficile à prendre en défaut. Positionné sur le flanc droit, Di Maria venait ajouter sa présence à celles de Özil, Khedira ou Xabi Alonso dans l’axe lorsque Iniesta (axial gauche) décrochait pour lancer les actions catalanes. Paradoxalement, l’expulsion d’Adriano a marqué la fin de la maîtrise madrilène. Le Barça a d’abord composé avec Piqué au poste de latéral droit, Busquets redescendant en défense centrale si nécessaire. Puis l’entrée de Montoya a rééquilibré l’équipe jusqu’à la mi-temps, en remplaçant Alexis Sanchez. Le jeune Espagnol a pris place sur le côté droit de la défense, permettant à Busquets de retrouver son poste dans l’entrejeu et au Barça de retrouver son milieu de terrain habituel : Busquets-Xavi derrière Iniesta-Messi. Les Madrilènes se faisant moins pressants à l’approche de la mi-temps, ce quatuor a mis le pied sur le ballon jusqu’à obtenir le coup-franc permettant à Messi de réduire le score (2-1).

Un aspect très important de ce match : le rôle de Di Maria lorsque Iniesta décrochait pour jouer à hauteur de Xavi et Busquets (en bleu). En sortant sur le n°8 du Barça (en jaune), Di Maria évitait à Xabi Alonso, Khedira ou Özil de découvrir l’axe et d’ouvrir ainsi des brèches pour alimenter Messi au coeur du jeu (en rouge). Une situation qui ressemblait beaucoup au marquage de Srna sur Iniesta lors du Espagne-Croatie de l’Euro 2008. Rappel.

Au retour des vestiaires, les Catalans sont revenus avec des intentions très claires. Le 4-3-3 du début de partie s’était transformé en un 4-4-1 des plus basiques. Messi restait en pointe devant un duo Xavi-Busquets dans l’axe. Iniesta et Pedro étaient censés bloquer les côtés face à Arbeloa et Marcelo. Derrière, la ligne défensive ne bougeait pas avec, de droite à gauche, Montoya, Piqué, Mascherano et Jordi Alba pour défendre les buts de Victor Valdes. En face, la supériorité numérique n’avait pas non plus poussé le Real à changer ses habitudes : le 4-2-3-1 restait le même. Mais la maîtrise semblait changer de camp. Les offensives madrilènes se sont en effet révélées beaucoup moins efficaces. Face à des Barcelonais repliés dans leur camp, les joueurs de Mourinho ne pouvaient plus user de la profondeur en allongeant, ou même créer des décalages en sautant des relais latéralement. Danger constant en première mi-temps, Ronaldo a presque disparu de la circulation en seconde. Plus étonnant, les Catalans ont réussi à créer le danger dans le camp madrilène sur des actions rondement menées.

A chaque fois, le schéma était quasi identique. Regroupés dans leurs 30 derniers mètres, les Catalans s’appuyaient d’abord sur la qualité de couverture de Messi (axial) ou Iniesta (côté gauche) pour conserver le ballon et, au pire, obtenir une faute. Car une fois le premier tiers du terrain traversé, les Madrilènes se regroupaient dans leur camp, comme ils le faisaient à onze contre onze. De cette manière, les Catalans pouvaient s’offrir de longues phases de possession de balle en attendant de trouver la faille dans la défense madrilène. Au coeur du jeu, Busquets, Xavi, Messi et Iniesta combinaient face aux milieux axiaux du Real tandis que Pedro et Jordi Alba occupaient les deux flancs de l’attaque et se tenaient prêts à prendre la profondeur. A la mi-temps, Pedro avait en effet été replacé côté droit par Vilanova tandis que Jordi Alba pouvait désormais occuper une position très haute en phase offensive (alors qu’il jouait derrière Pedro en première mi-temps). Les deux hommes ont chacun eu une occasion d’égaliser sur une ouverture de leurs milieux de terrain, tout comme Montoya en fin de partie sur l’aile droite.

Malgré l’infériorité numérique et le 4-4-1 en phase défensive (en bleu), les Barcelonais n’ont pas hésité à sortir sur les milieux madrilènes lorsque le ballon était encore dans leur camp. Xavi et Busquets sont ainsi régulièrement sortis sur Xabi Alonso et Khedira afin de limiter les possibilités d’attaques rapides côté madrilène. Les offensives catalanes nécessitant les apports de Jordi Alba ou Montoya, ils se devaient de limiter les possibilités de contres sous peine de voir leur adversaires alerter Ronaldo ou Di Maria/Callejon sur les ailes sitôt le ballon récupéré.

Coaching et conclusion :

Une demi-heure de jeu a passé sans que les deux entraîneurs n’aient décidé de dégainer. Et leur coaching n’a pas véritablement influé sur les dernières minutes de la rencontre. Côté barcelonais, alors que l’équipe retrouvait une vraie maîtrise de l’entrejeu malgré l’infériorité numérique (et grâce à l’apport de Piqué), Vilanova a fait entrer Song dans le registre de Busquets puis Tello pour faire souffler Pedro qui avait beaucoup donné sur les deux ailes. Côté madrilène, Mourinho s’est aussi contenté de faire du poste pour poste avec les entrées en jeu de Callejon, Modric et Benzema à la place de Di Maria, Özil et Higuain. Au sommet de son art, tant dans ses choix offensifs que sur le plan défensif en première mi-temps, Özil a en revanche souffert à partir de l’heure de jeu. Sa disparition a certainement pesé lourd dans la deuxième mi-temps madrilène, celle-ci libérant les premières passes catalanes tout en diminuant les solutions offensives offertes aux premiers distributeurs du Real.

Néanmoins, tout s’est bien terminé pour la formation de José Mourinho. Après un seul point pris sur six possibles en Liga, le Real s’offre quelques jours de répit grâce à cette victoire de prestige sur le Barça. Irrésistibles durant la première demi-heure, les Madrilènes ont pourtant réussi à se faire peur face à des Barcelonais en infériorité numérique. Pire, le Barça de Vilanova a semblé sortir de Bernabeu dans la peau du favori pour l’exercice à venir. Malgré des circonstances difficiles, sa philosophie de jeu n’a en effet pas sombré sous les coups de boutoir madrilènes ; elle aurait même pu renaître avec un peu plus de réussite pour Pedro, Jordi Alba ou Montoya. Mais San Iker veillait dans les cages merengue.

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6 réponses

  1. The teacha dit :

    Plus rien de surprenant dans ces classicos qui commencent à se ressembler tous dans l’approche tactique defensive et offensive

  2. Falcao m. dit :

    Lucide comme d’hab. Même si l’accent n’a pas été assez mis sur la febrilité de l’arrière garde catalane et les 3 offrandes en 2 matchs ! A partir de la min 2, le Barça a mis le pied sur le ballon, mais les erreurs individuelles ont remis le Real en selle…

    A corriger :
    « celle-ci se soldant par un long ballon de Piqué à destination de Ronaldo.  » Pepe ?

    « Derrière, la ligne défensive ne bougeait pas avec, de droite à gauche, Montoya, Piqué, Mascherano et Jordi Alba pour défendre les buts de Daniel Alves. » Victor Valdes ?

  3. Revolhed dit :

    En que fan absolu du FC Barcelone je suis sûrement plus subjectif qu’objectif.
    Mais je vais quand même copier mon message mis FC Barcelona French Fans sur facebook.Tout simplement,car je trouve votre analyse de professionnel et exhaustive apparente à mon analyse d’amateur et courte.
    Content de savoir que je ne suis pas le seul à penser certaines choses..

    <>

  4. Revolhed dit :

    <>

  5. SIMO dit :

    bonjour,
    votre analyse est pertinente, ce qui explique que le barca cherche à améliorer son axe défensif( l absence d’Abidal à laissé des trace car sa vitesse permettait de palier à certaine faiblesse).

  6. Madrid joue face au Barça de deux façons, soit l’offensive avec une défense haute et un pressing aggressif, soit la défense basse et le contre. A l’aller le contre a été choisi, match perdu. Au retour l’offensive et la défense haute, match remporté !

    Barcelone a des lacunes défensives énormes, ce sont des erreurs de concentration et de laxisme qui ont causé leurs buts encaissés !

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