Real Madrid 1-3 Barcelone, l’analyse tactique

Ce devait être la bonne : la soirée où le Real Madrid allait confirmer la passation de pouvoir en cours au sommet de la Liga. Tout avait bien commencé en plus, avec l’ouverture du score de Benzema au bout d’une vingtaine de secondes. Mais petit à petit, le Barça s’est adapté à ce que lui proposait son adversaire. Et après le coup de génie de Messi entraînant l’égalisation, le rouleau-compresseur catalan s’est mis en route pour ne plus rien laissé aux Madrilènes. Impressionnant.

Les compositions :

Fort de ses trois points d’avance avant ce match, le Real était attendu en 4-3-3 afin de tenir son adversaire en respect dans l’entrejeu. Mais finalement, José Mourinho a fait le choix de conserver son 4-2-3-1 habituel, Özil restant en soutien de Benzema devant : Casillas (1) – Coentrao (15), Pepe (3), Ramos (4), Marcelo (12) – Diarra (24), Xabi Alonso (14) – Di Maria (22), Özil (10), Ronaldo (7) – Benzema (9).

Du côté de Barcelone, aucune véritable surprise n’est à signaler. Villa fait les frais de l’entrée de Fabregas dans le onze de départ, Iniesta compense l’absence de l’ex-Valencien sur le flanc gauche de l’attaque. Sanchez et Messi complètent le trio offensif : Valdes (1) – Alves (2), Puyol (5), Piqué (3), Abidal (22) – Busquets (16), Xavi (6), Fabregas (4), Iniesta (8) – Messi (10), Sanchez (9).

Avantage Real :

Au-delà de l’ouverture du score éclair de Benzema, le Real domine largement la première demi-heure, empêchant notamment le Barça de réaliser ses longues phases de possession de balle habituelles. Les premières minutes de la rencontre dévoilent un Barça assez inédit avec Sanchez évoluant en pointe avec Fabregas en soutien, Messi qui rentre à l’intérieur depuis son couloir droit et Iniesta souvent esseulé sur l’aile gauche. Comme d’habitude, les deux hommes censés remonter les ballons jusqu’à ce quatuor se nomment Xavi et Busquets.

A cette première organisation, le Real répond comme il l’a toujours fait face au Barça : en pressant. Symbolisé par le but de Benzema, il imprime d’abord un énorme pressing sur la relance catalane lorsque celle-ci se trouve dans ses 25 derniers mètres. Et cette fois, Valdes n’y échappe pas. Une fois le ballon ressorti de cette zone, les Madrilènes opposent une ligne de quatre (Ronaldo, Özil, Benzema, Di Maria) aux relanceurs catalans. Cette ligne s’installe à hauteur de Busquets et a pour mission de ne se faire transpercer par aucune passe.

Le but ici est évidemment de forcer des Catalans à décrocher pour les mettre sous pression une fois ceux-ci servis dos au but de Casillas. C’est alors que Xabi Alonso et Diarra entrent en jeu : le premier s’occupe notamment de suivre les décrochages de Xavi à hauteur de Busquets. Quand l’un sort, l’autre reste en couverture. Diarra coulisse ainsi dans le dos de son coéquipier parti une ligne plus haut et se retrouve à plusieurs reprises opposés à Messi repiquant à l’intérieur. L’Argentin se retrouve ainsi à plusieurs reprises pris entre Diarra, Marcelo et Ramos qui sort de la ligne de défense.

A noter aussi les retours dans l’axe de Özil et Benzema, dont les replis viennent souvent couper la circulation de balle barcelonaise, forcée d’être latérale. Ainsi, sans espaces devant lui, Messi, forcé de se déplacer latéralement avec le ballon, peut être stoppé par le repli sur la ligne de ses milieux de terrain de Özil. Une ligne plus bas, Busquets peut se retrouver lui pris par le retour dans son dos de Benzema.

Légende : en blanc, le décrochage de Xavi à hauteur de Busquets ; en noir la réaction à ce décrochage côté madrilène (Xabi Alonso qui monte d’une ligne, Diarra qui coulisse jusqu’à se retrouver dans la zone de Messi) ; en crème, les replis de Özil et Benzema une ligne plus bas pour aider leurs milieux de terrain.

Bien en place derrière, le Real réussit à limiter le jeu du Barça aux seules accélérations de Messi en début de partie ; une réussite finalement fatale puisque c’est une accélération de l’Argentin pour Sanchez qui permettra aux Catalans d’égaliser. Mais avant, les Madrilènes se créent plusieurs balles de break. Car offensivement, ils répondent aussi présents. Di Maria percute côté droit, Benzema occupe lui le flanc gauche, permettant à Ronaldo de rentrer dans l’axe (cf. occasion du 2-0). Les deux hommes bénéficient ensuite du soutien de Marcelo qui n’a aucun adversaire direct pour l’arrêter (Messi ne se repliant pas).

Les organisations du Barça :

C’est notamment ce souci sur le flanc droit de sa défense qui va pousser Guardiola à réorganiser sa formation. Après le 4-3-3 qui a débuté la partie, le Barça a utilisé trois autres organisations de jeu en seulement une petite mi-temps. Ainsi, Guardiola fait basculer son équipe en 4-4-1-1 au bout de quelques minutes. Busquets redescend dans l’axe, Puyol glisse dans le couloir droit et Alves monte au milieu de terrain pour faire opposition à Marcelo. Xavi et Fabregas forment désormais la paire de relayeurs et Messi évolue devant eux en soutien de Sanchez seul en pointe. L’égalisation intervient justement dans ce schéma.

Par la suite, le Barça repasse dans un 4-3-3 plus traditionnel, devenant par moments 3-4-3 lors des sorties de Busquets de sa ligne de défense. Le rôle du numéro 16 du Barça a été prépondérant dans le retour au premier plan de son équipe. En reculant d’une ligne, il s’est d’abord naturellement défait du marquage serré de Özil et des autres offensifs madrilènes, permettant ainsi de participer à la relance vers Xavi, Fabregas ou Iniesta. Une fois la possession de balle assurée dans le camp adverse, sa remontée d’une ligne, couverte par le trio formé par Puyol, Piqué et Abidal, offrait aux créateurs du Barça un soutien pour conserver le ballon.

Ces derniers, Xavi, Fabregas et Iniesta, ont formé un milieu de terrain qui a fait complètement explosé le pressing du Real grâce à sa justesse technique. La présence de Busquets derrière ce trio (dans la zone de Özil) lui permettait en outre de pouvoir suivre les actions en limitant les risques. Xavi et Fabregas ont ainsi suivi les actions développées sur des accélérations d’Iniesta depuis le flanc gauche ou Messi sur le flanc droit. Dans le couloir droit, Alves profite des espaces entre Ronaldo et Marcelo pour offrir un appui tout en continuant à évoluer très haut. Sanchez oscille de son côté entre la pointe de l’attaque et le flanc gauche lorsque celui-ci n’est pas traversé par les courses de Iniesta ou Fabregas.

Légende : en blanc les changements-clés dans la rencontre (Busquets qui recule en défense puis reprend son poste habituel devant une couverture à trois lorsque le Barça a le ballon dans le camp adverse, un ballon tenu grâce au retour à l’intérieur de Iniesta pour travailler avec Fabregas et Xavi) ; en bleu, les lignes-clés (couverture et conservation du ballon) ; en rouge, la plupart des courses des offensifs du Barça.

La deuxième mi-temps se résume à un vrai récital de la part du Barça. Fixés par les présences de Alves et Sanchez près de leurs zones, Marcelo et Coentrao ne peuvent plus sortir de leur ligne de défense pour aider leurs milieux de terrain. Diarra et Xabi Alonso sont ainsi pris par le nombre (Xavi, Fabregas, Iniesta, voire Messi) et les replis de Özil sont désormais compensés côté catalan par les montées de Busquets depuis sa défense. Avec Abidal, Piqué et Puyol en couverture, Barcelone peut contrôler le milieu de terrain et faire courir son adversaire avant de le punir par deux fois.

Sans solution, Mourinho et son Real ne relèvent la tête que grâce au sang frais apporté par les entrées de Kaka (à la place de Özil) et Higuain (à la place de Di Maria). Khedira entre lui en jeu à la place de Diarra quelques secondes après que le Français ait récolté son carton jaune. Définitivement passé à gauche, Benzema réussit à porter le danger sur les buts de Valdes en dominant Puyol mais la réussite n’est pas au bout. Côté Barça, depuis le but du break, l’équipe est passé en mode conservation du ballon. Peu avant la fin, Keita remplace Fabregas et le Barça retrouve un milieu plus semblable à celui qui a débuté la partie.

Conclusion :

Cette victoire du Barça est peut-être l’une des plus impressionnantes sur le plan tactique. Grâce à la polyvalence de Busquets, Alves, Iniesta, Puyol et Sanchez, Guardiola a pu ajuster l’organisation de son équipe jusqu’à trouver la bonne formule quelques minutes après l’égalisation de Sanchez. Derrière, la machine s’est mise en route et le Real, sans second plan tactique, n’a rien pu faire pour l’arrêter.

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7 réponses

  1. Aymeric dit :

    De la très grande nalyse encore !!!

    J’ai regardé le match ce midi en différé (et en connaissant le score forcément) … Ça m’a réconcilié avec le Barça de voir qu’ils avaient besoin d’un plan B et d’un plan C pour gagner ^^

    Ça prouve que le Real s’améliore encore malgré cette nouvelle défaite …

  2. yan dit :

    Merci pour toutes ces analyses

    c’est comme si on m’enlevait des œillères ou que l’on me donnait des lunettes

  3. cule dit :

    le real s’améliore encore et encore… mais en vain ce barca est trop fort.Seul quelques équipes qui ont eu plus de chance les ont battue (finale coupe du roi et l’inter) mdr

  4. Barcafari dit :

    Cher Aymeric,
    Ne pensez- vous pas que le Barça que toutes les équipes sur cette planète cherchent à battre en tuant leurs matchs ne s’améliore t-elle pas en adoptant des plans B, C, et même Y pour y arriver?. Il n’y a avec tout mon respect que les cons qui ne s’améliorent pas.

    Sans rancune.

  5. Patrice Dumont dit :

    Votre texte me reconcilie avec l’ecriture footballistique francaise des annees 70 enrichies par les analyses des Jacques Thibert, Jacques Ferran, Gerard Ejnes (France Football),Francis le Goulven, Francois Thebaud (Miroir du Football). Heureusement qu’apres eux, Larque, brillant footballeur, a maintenu la parole footballistique a un excellent niveau a la tele.
    Votre analyse est a la hauteur des grands techniciens Guardiola et Mourinho qui enrichissent notre sport. Elle demontre cependant clairement la suprematie de Guardiola, plus audacieux, et heritier d’une idee du football qui a trop souffert d’un manque de resultats, mais qui, dans son essence, garantit sa dimension artistique. J’ai appele l’ensemble de l’oeuvre guardiolesque: « Revolution de la Beaute Integrale Barcelonaise ».
    Sur ce match, la rupture de la relation Marcelo-Ronaldo par Alves, le double role de Busquets, le changement de piste d’envol de Messi cote Barca; le placement excentre de Benzema en permutation avec Ronaldo, la ligne de 4, tranchee sur-armee, pour le pressing haut, l’adaptation d’Alonso et Diarra aux decrochages de Xavi cote Real, sur lesquels vous avez dirige vos projecteurs, m’ont considerablement plu…
    J’ai lu football. Et il n’y a que l’ecrit savant et elegant sur le football qui soit aussi beau que le football lui-meme.
    Compliments.

  6. aziz dit :

    Enfin, une analyse tactique digne de ce nom! Depuis le temps que je cherchais un site pour ça. Bravo, ça nous change des pseudo-spécialistes de football qui pilulent dans les médias.

  1. 21 janvier 2015

    […] tenter des coups et à faire en sorte que l’adversaire soit mis en difficulté à chaque instant. L’un des exemples les plus frappants sera le match du Real Madrid face à FC Barcelone en 2011. Le R.Madrid ouvre le score à la 26ème seconde grâce à un pressing étouffant et une mauvaise […]

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