Real Madrid 1-2 Atletico Madrid, l’analyse tactique

Zéro titre. José Mourinho s’apprête à quitter le Real après une dernière saison blanche. Après le Barça en championnat, le Borussia Dortmund en Ligue des Champions, c’est le rival madrilène qui lui a joué un mauvais tour en finale de la Coupe du Roi. Un rival qui empoche son troisième titre depuis l’arrivée de Diego Simeone il y a 18 mois après la Ligue Europa et la Supercoupe d’Europe.

Pour cette finale, José Mourinho abandonne une nouvelle fois son 4-2-3-1 pour un 4-3-3 associant Modric, Khedira et Xabi Alonso dans l’entrejeu. Özil se retrouve du coup sur une aile, complétant le trio d’attaque avec Benzema et Ronaldo (Diego Lopez – Essien, Raul Albiol, Sergio Ramos, Coentrao – Xabi Alonso, Modric, Khedira – Özil, Benzema, Ronaldo). Dans l’autre camp, Diego Simeone choisit le même système. Alors que Diego Costa et Falcao sont normalement associés à la pointe de l’attaque, le Brésilien est positionné dans le couloir droit. Lorsqu’il revient défendre, il forme ainsi un milieu de terrain à cinq sur le papier, avec Arda, Koke, Mario Suarez et Gabi (Courtois – Juanfran, Miranda, Godin, Filipe Luis – Mario Suarez, Gabi, Koke, Arda Turan, Diego Costa – Falcao).

Le quart d’heure merengue :

Le premier quart d’heure de la rencontre est largement à l’avantage des hommes de Jose Mourinho. Sur le plan de l’opposition des systèmes, Falcao se positionne dans le rond central avec pour mission de surveiller les mouvements de Xabi Alonso. Gabi et Koke, qui encadrent Mario Suarez au milieu de terrain, sortent à tour de rôle en fonction des déplacements de Modric et Khedira et de la circulation madrilène. Sur les côtés, Diego Costa et Arda Turan en fontde même lorsque les latéraux adverses sont servis par leurs défenseurs. Bref, excepté Mario Suarez qui doit rester devant sa défense, les milieux de l’Atletico sont là pour couper la transition milieu-attaque.

Le positionnement d’un joueur en particulier perturbe ce travail : Mesut Özil. Positionné sur l’aile droite au coup d’envoi, l’Allemand repique dans l’axe dès que son équipe récupère le ballon. Il crée ainsi une situation peu confortable pour ses adversaires puisque les milieux de l’Atletico peuvent être facilement dépassés si leur pressing n’est pas efficace (Falcao, Koke, Gabi, Mario Suarez d’un côté, Xabi Alonso, Modric, Khedira, Özil de l’autre). Sans « sécurité » capable de compenser une élimination, les Colchoneros sont contraints de contenir leurs adversaires et subissent. Arda Turan leur permet toutefois de limiter le danger en se rapprochant de ses milieux axiaux… mais il abandonne du coup Essien dans le couloir droit. Le Ghanéen devient alors un relais idéal pour les offensives merengues.

Arda lâche Essien pour marquer Özil. Il complète ainsi le travail de ses partenaires sur Xabi Alonso, Khedira et Modric et permet à Mario Suarez de protéger sa défense centrale.

Arda lâche Essien pour marquer Özil. Il complète ainsi le travail de ses partenaires sur Xabi Alonso, Khedira et Modric et permet à Mario Suarez de protéger sa défense centrale.

A tour de rôle, Khedira, Modric et Özil tentent de lui offrir des solutions mais aucun de leurs appels ne mettent réellement en difficulté Filipe Luis qui reste solide sur son flanc gauche. Même s’il domine, le jeu du Real se résume à des tentatives d’accélérations avortées côté gauche grâce au bon mouvement du bloc adverse (Gabi en soutien de Diego Costa et Juanfran permet de bloquer le couloir), suivies de renversements de jeu côté opposé, sans suite en raison du manque de soutien offert à Essien. A défaut d’inquiéter Courtois, les Merengues mettent à profit leur domination territoriale pour presser la relance adverse.

Sitôt le ballon récupéré, l’Atletico se retrouve rapidement mis sous pression. Avec Özil, Ronaldo, Modric, Khedira, Benzema et Xabi Alonso dans l’axe, les Madrilènes peuvent former deux voire trois lignes de récupération qui empêchent leurs adversaires de trouver les relais nécessaires pour remonter « proprement » le terrain. Les Colchoneros n’ont pas d’autre choix que d’allonger et recherchent en priorité Diego Costa sur l’aile droite (pour jouer sur son physique face à Coentrao). Sans grand succès : Coentrao est soutenu par Ramos qui avorte rapidement les tentatives du Brésilien.

Les Merengues bloquent toutes les solutions courtes autour des défenseurs de l'Atletico. Au lieu de couvrir ses milieux de terrain, Xabi Alonso profite du quatre contre deux en faveur de ses défenseurs derrière (vs Falcao et Diego Costa) pour aller dans le camp adverse et presser Mario Suarez.

Les Merengues bloquent toutes les solutions courtes autour des défenseurs de l’Atletico. Au lieu de couvrir ses milieux de terrain, Xabi Alonso profite du quatre contre deux en faveur de ses défenseurs derrière (vs Falcao et Diego Costa) pour aller dans le camp adverse et presser Mario Suarez.

Les rares sorties de balle des Colchoneros sont orchestrées par Koke et Arda Turan sur le flanc gauche. A l’inverse de Diego Costa, qui se comporte comme un attaquant, le Turc décroche pour offrir des solutions à ses partenaires. Capable de quitter son aile gauche pour aller combiner côté opposé, le Turc voit ses déplacements compensés par les montées de Filipe Luis. Le latéral droit, Juanfran, reste lui en retrait afin de limiter la menace Ronaldo en contre-attaque. Dans l’axe, Mario Suarez ne quitte pas sa position axiale et dédiée à la conservation du ballon dans le camp madrilène. C’est d’ailleurs lui qui perd le ballon à l’origine du premier but madrilène : une erreur de sa part permet à Benzema, revenu défendre, de récupérer le ballon et de lancer un contre qui aboutira au corner repris victorieusement par Ronaldo (14e).

La réaction des Colchoneros :

Menés au score, les hommes de Diego Simeone n’ont pas d’autre choix que de jouer plus haut sur le terrain pour aller récupérer le ballon. Généralement seul face à la relance madrilène, Falcao est désormais soutenu par ses milieux de terrain. A tour de rôle, Koke (à gauche, dans la zone de Raul Albiol), Gabi et Diego Costa (à droite dans la zone de Sergio Ramos) sortent de l’alignement afin d’aller mettre la pression sur les défenseurs centraux madrilènes. Un système qui peut rappeler celui employé par le Milan AC face au FC Barcelone mais poussé un cran plus haut (lire : Milan AC 2-0 FC Barcelone, l’analyse tactique).

Un milieu de l'Atletico sort à hauteur de Falcao pour s'opposer aux trois relanceurs madrilènes. Derrière,

Un milieu de l’Atletico sort à hauteur de Falcao pour s’opposer aux trois relanceurs madrilènes. Derrière, ses partenaires bloquent les solutions courtes, forçant le Real à jouer latéralement ou loin devant.

Selon la circulation de balle madrilène, les trois hommes sortent au pressing afin d’empêcher le Real de trouver Modric ou Khedira derrière la ligne médiane. Derrière ce premier rideau formé avec Falcao, les milieux restés en place forment une ligne de quatre qui coulisse sur la largeur du terrain et bloque les solutions courtes. Lorsque Koke sort de sa position d’axial gauche, Mario Suarez et Gabi couvrent l’axe (face à Khedira et Modric), encadrés par Arda et Diego Costa. Afin de répondre aux mouvements de Özil dans le coeur du jeu, Filipe Luis est appelé à sortir de l’alignement défensif afin de bloquer Essien et de permettre à ses partenaires du milieu de prendre en compte les mouvements de l’Allemand. Même chose côté opposé lorsque Gabi ou Diego Costa sortent au pressing : Juanfran peut aussi quitter l’alignement pour serrer le marquage sur Ronaldo.

Pour l’Atletico, l’essentiel est de couper les transmissions vers Modric, véritable organisateur du jeu madrilène en début de partie. Cela a pour conséquence de forcer les Merengues à passer par les couloirs pour ressortir les ballons, ce qui facilite ensuite le travail défensif de la formation de Simeone. Arda et Diego Costa (ou Gabi lorsque le Brésilien est sorti au pressing) viennent alors en aide à leurs latéraux, soit en prenant à deux le porteur de balle (Ronaldo, Özil), soit en défendant face aux montées de Coentrao et Essien. Dans l’axe, les deux milieux axiaux coulissent vers le couloir en attendant le retour du troisième, sorti au pressing au départ. Une fois celui-ci replacé, le joueur le plus proche du ballon peut à son tour sortir de l’alignement pour aller mettre la pression sur les adversaires restés en soutien de l’action, forçant le Real à rejouer vers ses défenseurs au lieu de pouvoir conserver le ballon dans le camp adverse.

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Après une percée sur l’aile gauche, le ballon revient dans les pieds de Luka Modric, resté en soutien de l’action. Ronaldo, Özil et Benzema sont dans les 20 derniers mètres, Coentrao sur l’aile gauche et Khedira à droite. L’Atletico fait face avec ses deux lignes de quatre et Gabi est en train de revenir dans le dos du Croate.

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Gabi a réintégré le milieu de terrain et s’oppose désormais à Modric aux côtés de Mario Suarez. Malgré cinq solutions devant lui, le Croate n’a pas assez d’espaces pour poursuivre l’offensive vers les buts de Courtois.

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Pour ne rien arranger, Gabi sort mettre la pression sur lui. L’Atletico reforme une ligne de quatre devant sa défense. Pressé, Modric est obligé de revenir en retrait vers ses défensifs (Xabi Alonso en l’occurrence).

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Gabi poursuit sa course sur la passe en retrait et va mettre la pression sur Xabi Alonso. Falcao l’accompagne et sort sur Raul Albiol qui est servi par le milieu de terrain. Dans leur foulée, c’est tout le bloc colchonero qui peut remonter d’un cran.

Ce bon comportement défensif permet à l’Atletico de moins subir et de renvoyer plus souvent le jeu dans le camp merengue. Accompagnant le ballon, l’ensemble du bloc met ensuite la pression sur les sorties de balle adverses, forçant à son tour les relances longues à destination de Benzema, facilement récupérées par les défenseurs. Peu après la demi-heure de jeu, les Colchoneros sont récompensés sur leurs efforts suite à un ballon gagné par Mario Suarez dans les pieds de Ronaldo. Servi dans le rond central, Falcao fait la différence en résistant à la pression de Raul Albiol et Xabi Alonso avant de servir parfaitement Diego Costa dans l’espace. Parti de l’aile droite, le Brésilien prend Sergio Ramos de vitesse et s’en va battre Diego Lopez de près (1-1, 34e).

Neutralisation des collectifs :

Passée cette égalisation, l’opposition tactique ne bouge plus vraiment. D’un côté comme de l’autre, les équipes travaillent pour bloquer l’axe et enfermer l’adversaire sur les côtés, tout en restant le plus haut possible dans le camp adverse pour gêner les sorties de balle et limiter les possibilités de contre-attaques. En résultant énormément de longs ballons et de duels de plus en plus disputés au cours de la deuxième mi-temps. Sans surprise, les individualités sortent alors de leur réserve en prenant le dessus dans les un-contre-un. Ronaldo s’est ainsi retrouvé à l’origine de la double occasion de l’heure de  jeu (60e, Benzema sur le poteau puis Özil contré sur sa ligne par Juanfran) en récupérant un ballon repris de volée par Sergio Ramos vers son aile gauche. Idem quelques minutes plus tard avec le coup-franc qu’il a envoyé sur le poteau, obtenu par Benzema après un mouvement parti d’un long ballon de dégagement de Diego Lopez.

Il faut attendre les prolongations et le triple changement madrilène pour voir l’affrontement tactique changer légèrement de physionomie. Arbeloa, Di Maria et Higuain remplacent Coentrao, Modric et Benzema. Le Real Madrid passe en 4-2-3-1 avec Özil derrière l’attaquant. Problème, la formation de José Mourinho est la première à craquer : suite à un coup de pied arrêté, Koke dépose le ballon sur la tête de Miranda et permet à l’Atletico de prendre l’avantage (99e). Après ce but, les Merengues auront beau pousser, ils se heurteront à la défense adverse, toujours solide dans l’axe et acharnée sur les ailes (deux-contre-un face aux joueurs de couloir, Di Maria ou Ronaldo). Seul un mouvement obligera Courtois à l’exploit face à Özil, suite à un décalage crée par l’apport de Ronaldo sur la même aile que Di Maria. L’expulsion du Portugais sonnera la fin des espoirs madrilènes (114e).

Conclusion :

L’Atletico a eu le mérite de ne rien lâcher. Malgré l’entame de match difficile, et le but rapidement encaissé, les joueurs de Diego Simeone ont eu le « courage » d’oser remonter leur bloc pour aller gêner la relance madrilène. Récompensés sur leur première véritable occasion, ils semblaient avoir pris l’ascendant psychologiquement à la mi-temps. Ne dérogeant pas à leur système après la pause, ils ont tenu en respect un collectif merengue qui s’est délité après une excellente entame, s’appuyant de plus en plus sur ses individualités alors que les minutes défilaient.

 

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7 réponses

  1. Alex dit :

    Cette fin de saison est un cauchemar pour le Zé.
    Et pourtant il était réputé pour ne rien lâcher, là il semble baisser les bras.
    Le Real (et les joueurs) se rendra compte un jour de ce qu’aurait pu lui apporter José Mourinho pour entrer encore plus dans la légende du foot.
    On aime ou on n’aime pas, mais c’est un grand grand monsieur du football.
    Personnellement je n’aime pas trop ses tactiques.
    19 titres majeurs sur la scène européenne en 10 ans en incluant les championnats (et coupes) nationaux, qui dit mieux?
    Ah le Zé au PSG, ça aurait de la gueule !

  2. aziz dit :

    Comme d’habitude, le réal version Mourinho s’écroule dès qu’il y a de la résistance. Je continue à dire que le problème de « ce » réal est qu’il n’ y a pas de fond de jeu. Le réal ne sait dominer que 20 minutes par match contre les équipes de bon calibre. Juste le temps pendant lequel la qualité des individualités et le rush masquent le manque de méthode. Après, c’est fini. Ramos se plaignait l’an dernier du fait que l’entrainement tactique avec mou se limitait aux phases de contre-attaques et que l’équipe se sentait démunie lorsqu’il fallait faire le jeu. On le voyait bien hier, le bloc-équipe ne fonctionne pas correctement. Les adversaires ont toujours des opportunités de faire circuler le ballon et de créer des espaces. Et quand en plus la chance se met du côté des adversaires…
    Le mou va laisser le réal dans un état pire que lorsqu’il est arrivé.
    « Après moi la tempête » semble être sa devise. Grand entraineur vous avez dit???

  3. aziz dit :

    …petit homme en tout cas vous en conviendrez!

  4. jAX dit :

    Originally Posted By azizRamos se plaignait l’an dernier du fait que l’entrainement tactique avec mou se limitait aux phases de contre-attaques et que l’équipe se sentait démunie lorsqu’il fallait faire le jeu.
    […]
    Le mou va laisser le réal dans un état pire que lorsqu’il est arrivé.

    C’était assez incroyable ce que dit Ramos et ça confirme bien l’idée que j’ai de Mourinho. C’est un entraîneur très bon défensivement capable de resserrer les lignes et de laisser peu de chances aux adversaires mais en possession du ballon, ses équipes ne savent rien faire. Chelsea = kick&rush. Inter = équipe de contre. Real = équipe de contre. C’est dommage qu’il jouisse d’une telle cote.

    Par contre je ne pense pas qu’il laisse le Real dans une mauvaise posture au contraire. Je pense qu’avec Ancelotti ou un autre entraîneur de haut niveau, cette équipe pourrait faire très mal la saison prochaine. La défense est impressionnante, les joueurs techniques/physiques sont nombreux au milieu et en attaque il y a du très lourd (manque un neuf). L’effectif est en tout cas d’un très haut niveau, reste à créer un fond de jeu.

    Félicitations à l’Atlético, cette équipe est formidable (3 finales gagnées sur 3 + 3ème place en Liga, la meilleure saison d’un troisième dans l’histoire de la Liga) et le travail de Simeone est génial. Il a réussi à faire de cette équipe de loosers une machine défensive incroyable et surtout très létale devant. Et puis on observe peu à peu qu’il lui donne plus de solutions pour faire du jeu (Koke, Ardan et Diego la saison prochaine), ça s’annonce bien.

  5. Soussou dit :

    Bonsoir,
    Mr TONIUTTI, si vous pouviez nous donner une définition exacte du terme « fond de jeu » dans le foot. Merci d’avance

  6. aziz dit :

    @jAX
    Quand je dis que le réal est laissé dans un état pire qu’en 2010, je visais surtout l’image du club et l’ambiance entre dirigeants, joueurs et autres. L’éviction de Valdano a surement laissé des rancunes entre ceux qui étaient pour et ceux qui étaient contres. Celle de Casillas a divisé le vestiaire (même si sportivement elle n’est pas injustifiée vu les performances de Lopez). Casillas et pro. feront-ils preuve de sagesse contre ceux qui ne l’ont pas soutenu ou contre les ralliés du 6 juin 44 (exemple Pepe)? Je ne suis pas sûr, les égos des sportifs de haut niveau étant généralement démesurés. En tout ça n’est pas bon pour se reconcentrer sur les objectifs sportifs.
    Paradoxalement, je ne trouve pas le bilan sportif de Mourinho complètement négatif. Pour moi, c’est l’histoire du verre à moitié vide ou plein. Plein car avant lui le réal ne dépassait pas les 8emes en LC et avait une défense vraiment passoire. Vide car les objectifs n’ont pas été finalement atteints (LC), les victoires sur le Barça se sont faites quand cet adversaire était déclinant et surtout vu l’énorme potentiel humain qu’aucun entraineur au réal n’avait avant lui.
    En tout cas pour un fan du réal des Butragueno, Sanchez et co et puis des galactiques-le réal qui gagnait dans la modestie et qui perdait dans la dignité- je suis content de son départ.

  7. Ritverato dit :

    Bonjour, je crois que « chroniques tactiques » est un grand sité sur la web. J’ai l’intention de visiter la page souvent. excellent travail et je m’excuse pour français.

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