Real Madrid 1-1 Manchester United, l’analyse tactique

La confrontation était attendue, elle n’a pas déçu : Merengues et Red Devils se sont séparés dos à dos après un huitième de finale aller d’une très grande intensité. Si tout est encore jouable pour les deux formations, Manchester United semble ressortir de son déplacement en Espagne avec un peu plus de certitudes quant à son approche tactique. Car même au plus fort de la domination madrilène, les Mancuniens ont su se montrer à leur avantage en contre-attaque.

Au coup d’envoi, aucune surprise à signaler dans les rangs madrilènes : José Mourinho a fait confiance à son équipe-type, moins les absents (Diego Lopez – Arbeloa, Varane, Ramos, Coentrao – Khedira, Xabi Alonso – Di Maria, Özil, Ronaldo – Benzema). En revanche, Manchester United s’est présenté sur la pelouse de Santiago Bernabeu avec une formation extrêmement ambitieuse. Alors que Valencia était notamment attendu pour bloquer le couloir droit, Sir Alex Ferguson a fait le choix d’aligner d’entrée Rooney, Van Persie, Kagawa et Welbeck. Au milieu de terrain, Jones prenait place aux côtés de l’inamovible Carrick. Alors que Rooney était attendu dans l’axe en soutien de Van Persie, les premières minutes de jeu ont dévoilé son positionnement côté droit, laissant l’axe à Kagawa en soutien de Van Persie (De Gea – Rafael, Ferdinand, Evans, Evra – Jones, Carrick – Rooney, Kagawa, Welbeck – Van Persie).

Alors que le Real Madrid a donné l’impression de prendre les choses en main, le début de partie a véritablement été dicté par le comportement tactique de Manchester United. Jusqu’aux alentours de la demi-heure de jeu, les Anglais se sont forcés de relancer court : lorsqu’il récupérait le ballon, David de Gea cherchait d’abord à trouver ses défenseurs centraux (Ferdinand ou Evans). La relance s’organisait ensuite autour de ces derniers qui, soutenus par Carrick et Jones, couvraient toute la largeur du terrain. Pendant ce temps-là, les latéraux montaient au niveau de la ligne médiane et le quatuor offensif étaient resserrés de manière à attirer la défense madrilène dans un petit périmètre.

L’objectif premier de Manchester United était d’aspirer le Real avec sa première relance courte vers ses défenseurs : le quatuor offensif madrilène était attiré par son pressing habituel sur la défense adverse. Les Mancuniens cherchaient alors les relais de leurs latéraux (sans adversaire direct) pour ensuiter alerter les attaquants, à 4 contre 4 face à la défense espagnole. On a ainsi vu Evans trouver Evra en début de partie, le Français servant ensuite Welbeck dans la profondeur.

La relance mancunienne : ici, Evans a éliminé le premier rideau adverse pour trouver Evra dans le dos de Di Maria. Le latéral français a maintenant assez d'espaces pour ajuster une ouverture à destination de ses attaquants. Certains prendront la profondeur (Welbeck, Kagawa). D'autres offriront des solutions en appui (Van Persie).

Si les latéraux étaient bloqués par le Real, la défense mancunienne pouvait aussi jouer directement vers ses attaquants. Dans ce cas, Van Persie était souvent recherché en appui et Kagawa tentait de combiner avec lui pour partir dans la profondeur. Le grand avantage de cette organisation était d’éviter aux « défensifs » de Manchester United de prendre des risques, et donc d’offrir des munitions à leurs adversaires en contre-attaque. Les six joueurs les plus défensifs ne se livraient pas et comptaient sur le talent du quatuor offensif pour faire plier la défense madrilène en une ou deux passes.

Manchester United est en possession du ballon mais le Real est replacé : l'équipe ne prend pas de risque et n'hésite pas à repartir de zéro - de ses défenseurs - pour faire remonter la défense adverse et tenter une nouvelle attaque rapide.

Evidemment, ce système avait un défaut : il nécessitait une grande maîtrise technique de la part de tous les maillons de la chaîne. Autant relancer et trouver les attaquants que pour combiner devant afin de percer la défense avant que l’ensemble du bloc madrilène n’ait le temps de se replier. Il n’a ainsi pas manqué grand chose pour que Kagawa file au but en début de partie. Mais la plupart du temps, les Madrilènes récupéraient le ballon dans leurs 30 mètres et pouvaient à leur tour lancer une attaque. En début de partie, les hommes de José Mourinho ont joué long, de manière à éviter le pressing mancunien. Ronaldo était évidemment le joueur à cibler pour la relance madrilène : le Portugais a gagné plusieurs ballons dans les airs face à Rafael et Phil Jones. Ses déviations ont été utiles lorsqu’elles ont trouvé Xabi Alonso en retrait, qui profitait lui d’une grande liberté en raison de l’attentisme mancunien au milieu de terrain.

Néanmoins, les vingt premières minutes de jeu ont vu le Real Madrid abandonner de nombreux ballons à son adversaire en raison d’une relance trop directe. Excepté Ronaldo, les autres relais étaient facilement battus par la défense mancunienne. Du coup, le Real s’est surtout montré dangereux sur des ballons récupérés assez haut face à la relance mancunienne, notamment grâce aux sorties de Xabi Alonso au pressing.

Il a fallu attendre le quart d’heure de jeu pour voir les Madrilènes jouer plus court pour ressortir le ballon et véritablement construire leurs actions le camp adverse. Xabi Alonso a comme souvent joué plus bas, couvrant les montées de Coentrao dans le couloir gauche. Le Real a particulièrement insisté sur cette aile, envoyant tour à tour Ronaldo, Özil et Di Maria se mesurer à Rafael. Chargé de protéger ce dernier, Rooney a souvent manqué d’agressivité, laissant Coentrao servir ses attaquants qui pouvaient ensuite filer au duel avec le latéral mancunien. Après plusieurs corners, c’est le but égalisateur du Real qui a pris son origine sur cette aile, Di Maria profitant des espaces offerts par Rooney pour ajuster un centre en profondeur qui a trouvé Ronaldo au second poteau, dans la zone de Evra qui n’a rien pu faire.

L'égalisation madrilène : Özil et Benzema sont dans la surface, Ronaldo et Di Maria ont permuté : le premier pour disparaître de la construction et se faire oublier de Phil Jones - Patrice Evra est moins dangereux dans les airs -, le second pour profiter de l'espace offert par Rooney pour faire parler sa qualité de centre sans avoir à déborder ou créer un décalage.

En plus de ce couloir « faible », Manchester United a dû faire face aux conséquences de son plan anti-Ronaldo. Positionné à droite de Carrick, Jones avait pour rôle de suivre les déplacements du Portugais sur l’ensemble du terrain, ou du moins ses mouvements entre les lignes mancuniennes lorsqu’il repiquait de son aile vers l’intérieur. Cette situation créait un vrai décalage dans l’organisation de Manchester United, Jones évoluant la plupart du temps plus bas que son partenaire de l’entrejeu (Carrick).

Les conséquences du suivi de Ronaldo par Jones : un grand écart dans la ligne de 4 de Manchester United, et un Coentrao complètement oublié par son adversaire direct. Une situation qui expliquera la nécessité du repli d'un attaquant mancunien supplémentaire.

Il revenait donc aux membres du quatuor offensif de venir combler cet intervalle en se repliant à hauteur de ce dernier. En première mi-temps, on a ainsi vu Van Persie revenir défendre dans ses 40 mètres, Welbeck et Rooney complétant la ligne avec Carrick et ne laissant que le seul Kagawa devant. Une situation qui compliquait considérablement les sorties de balle, véritable réussite du début de partie. Censés offrir des relais à leurs défenseurs, les attaquants subissaient alors le pressing adverse et le Real s’offrait des ballons de récupération intéressants à jouer dans le camp adverse.

Malgré tout, Manchester a tenu le choc défensivement. Malgré plusieurs alertes dûes à des duels remportés par les techniciens adverses (Özil, Di Maria, Ronaldo), qui ont notamment profité des limites défensives des attaquants de United, le score de 1-1 à la mi-temps était une bonne affaire pour les leaders de la Premier League. Au retour des vestiaires, le Real a poursuivi son travail de construction au sol en positionnant Ronaldo au coeur du jeu. Un choix qui a confirmé l’option choisie par Sir Alex Ferguson, celle faisant de Jones le garde du corps attitré du Portugais : en réponse au positionnement de Ronaldo derrière Benzema, Jones s’est retrouvé devant sa défense laissant Carrick former un premier rideau défensif avec Kagawa.

Le positionnement défensif de Manchester en début de deuxième mi-temps : une ligne de quatre en couverture, derrière deux trios : le premier chargé de suivre les incursions des "défensifs" madrilènes (Khedira, Arbeloa, Coentrao) ; le second (Kagawa, Carrick, Jones) chargé de contenir les déplacements des attaquants afin de protéger un maximum la défense centrale.

Evoluant à hauteur de ces derniers, Özil décrochait pour offrir des solutions à Xabi Alonso et Khedira. Le Real lançait ses mouvements autour de ses trois joueurs. Devant, Di Maria s’ajoutait aux solutions offertes par Ronaldo et Benzema en repiquant vers le coeur du jeu. Sur les ailes, Khedira travaillait côté droit avec Arbeloa, tandis que Coentrao occupait l’aile gauche et forçait Rooney à défendre très bas.

Subissant désormais la possession madrilène, Manchester United a changé à plusieurs reprises de visage défensivement, notamment en fonction du positionnement de Ronaldo (rapport à celui de Jones). Une fois le danger n°1 du Real reparti sur une aile, l’équipe s’est réorganisée sur deux lignes de quatre, ne laissant que deux têtes dépassées devant : Welbeck dans la zone de Xabi Alonso et Khedira, et Van Persie en pointe. C’est dans ce système que Manchester a appréhendé la majorité des offensives madrilènes en deuxième mi-temps, toujours avec le même objectif : contenir et ne pas se faire éliminer, quitte à défendre très bas et à concéder des tirs à mi-distance.

Le système avec lequel Manchester United a joué la majeure partie de la deuxième mi-temps : un 4-4-1-1 classique avec des axiaux en zone (Carrick, Jones, Ferdinand, Evans) et des joueurs de couloir suivant leurs adversaires directs (Di Maria et Evra, Rooney et Coentrao, Giggs et Arbeloa etc...).

Nombreux ont été les Madrilènes à s’y essayer mais jamais De Gea n’a fauté. Les occasions véritablement dangereuses pour le portier espagnol sont venues des ailes, et notamment du flanc droit utilisé par Özil, Khedira ou Arbeloa. Déjà oublié par Rooney en début de partie, Coentrao a eu une seconde occasion de marquer à l’heure de jeu. Après cette seconde alerte, Giggs (64e) puis Valencia (73e) ont fait leur entrée en jeu pour verrouiller les couloirs. Peu en vue offensivement, l’Equatorien s’est attaché à fermer l’aile gauche madrilène.

Le dernier remplacement mancunien a vu la sortie d’un Rooney en difficulté malgré son retour à son poste de prédilection (derrière Van Persie) au profit d’Anderson, qui s’est à nouveau positionné aux côtés de Carrick pour permettre à United de résister aux derniers assauts adverses. Entre temps, les Anglais avaient manqué de « tuer » le match : auteur d’un travail exceptionnel devant, Van Persie a manqué par deux fois de donner l’avantage aux siens.

Offensivement, Manchester United procédait en contre : les longs ballons gagnés par les attaquants (Welbeck ou Van Persie) étaient ensuite bonifiés par les courses des joueurs sortis des deux lignes défensives – positionnées très bas – grâce à une bonne exploitation des espaces offerts par le repli madrilène. Au bout des 90 minutes de jeu, même si De Gea a été plus en vue de Diego Lopez, c’est Manchester United qui sort de ce match aller avec la meilleure impression grâce à deux facteurs : sa capacité à limiter les munitions offertes au Real en contre et celle qui lui permet d’être dangereux malgré un bloc défensif bien en place dans ses 30 mètres. A ce niveau-là, la prestation de Van Persie a été aussi utile qu’impressionnante.

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17 réponses

  1. François dit :

    Très bon analyse de ta part ! Un match très intéressant à suivre, le Real avait la possession et ManU était bien en place défensivement. Tout ce positionnement, conjugué avec un énorme travail de leur ligne offensive en perte et possession de balle leur permet de revenir à Old Trafford avec un match nul. Bien que toute l’équipe ait fait un gros match, je tire aussi mon coup de chapeau à Van Persie pour sa prestation hier. Attention au Real qui, bien entendu, est largement capable d’aller gagner en Angleterre.

  2. Jacques dit :

    SAF a clairement joué sur les limites du Real Madrid sous Mourinho, un fond de jeu inexistant, et une animation offensive brouillon et stéréotypé car l’équipe n’existe que pour jouer le contre, Man Utd n’a pas eu à s’inquiéter, vivement que Mourinho dégage.

    Sinon, attention au retour, si Man Utd joue le jeu, on connait tous par contre la force du Real Madrid en contre, et je suis assez optimiste quant au final à la qualification des Merengues.

    Sinon bonne analyse.

  3. aziz dit :

    OK avec Jacques sur la première partie mais pas sur la seconde: le réal joue le mardi 26 contre le barça (match retour de la copa del rey) et encore contre le barça le samedi 2 mars (championnat). Trois jours après le 5, ils jouent contre contre Manchester !! Aucune chance pour eux ils vont se faire éliminer sur les deux compétitions. C’est la fin du Madridisme à la Mourinho.

    Sinon, encore une très bonne analyse tactique de Florent.

  4. Acomax dit :

    aziz , sa fait longtemps que Mourinho a abandonné l’idée de gagner la ligua . Maintenant c’est soit la CL soit la copa del reye , ou bien les 2 , donc pas sur qu’il épuise ses joueurs clés pour le classico . Mais bon sa reste à voir !

    Encore une fois, très bonne analyse de ta part , à noter la très bonne prestation de De Gea et RVP !

  5. Babine dit :

    Bonjour, effectivement l’article est intéressant, au niveau tactique il y a des choses à dire, mais je suis réellement déçu de tout ce que je lis actuellement. Le spectacle n’était absolument pas au rendez-vous, le match n’avait aucun rapport avec l’engouement globale et fantasmé de ces deux équipes. Le bilan technique est très pauvre, de très nombreuses pertes de balles, mésententes et maladresses… De la défense à l’attaque en passant par le milieu , rien n’y faisait. Les gardiens ont chacun leurs sorties ratées et leurs peu voire très peu académique. Les défenseurs, Ferdinand et Evans étaient statiques au possible et très peu inspiré comme leurs arrières latéraux,du côté du Real ce n’est guère mieux, entre Varane qui esquive une expulsion évidente et son positionnement hasardeux sur quelques phases défensives, il n’a pas non plus été aidé par Ramos qui fait une piètre prestation (assez rare tout de même) sans parler du marquage de Welbeck sur le but ou de la belle glissade laissant un très peu inspiré Giggs jeté l’occasion en l’air. Arbeloa fidèle a lui même n’a été guère utile, Coentrao quant à lui réalise une bonne performance (une bonne surprise). Les milieux des deux équipes ont fait mauvais choix sur mauvais choix, avec énormément de pertes de balles dans la relance, Rooney a été ridicule, Giggs n’a pas fait mieux. Devrait on parler de Benzema? et de son remplaçant? de la performance très moyenne de RvP? Et l’homme de match, tristement d’ailleurs est Danny Welbeck, il s’est donné a fond, à beaucoup couru , notamment dans le vide… mais a récupéré quelques ballons et s’est mis dans des situations de but, 2 fois, vu la performance des autres acteurs, c’est déjà énorme…

  6. RMCF dit :

    Très bonne analyse encore, toujours un plaisir à revivre le match et ses dessous  » cachés « .

    @aziz : Tout comme Acomax je ne crois pas que Mourinho soit assez fou pour prendre tant d’importance au classico du 2 mars, le championnat figure en bas de liste à présent. Derrière il y a encore des compétitions à gagner..

    Au vue de la prestation du Real hier soir, je pense que ça reste encore du 50/50 à Old Trafford, si l’architecture du match reste la même, voir un avantage à MU vue qu’ils joueront devant leur supporters. Mais si les Mancuniens tentent plus offensivement ( comme la mentionné Ferguson après le match ) je crois que les écarts peuvent s’accroître autant du coté Red Devils que du coté Merengué, voir peut-être un légère avantage aux Madrilènes en cas de nul car les buts tomberont d’avantage surement.

  7. aziz dit :

    @RMCF et @Acomax:
    Même s’il fait reposer ses joueurs le 2, aller à Manchester avec deux branlées très récentes contre l’ennemi héréditaire ça laissera forcement des traces mentales.
    Maintenant rien n’interdit qu’ils se qualifient pour la finale de la copa del rey le 26, qu’ils laissent le barça gagner pour du beurre le 2 contre une équipe B et qu’ils aillent à Manchester gonflés à bloc par leur qualification en copa contre le barça. Bref : l’avenir du réal se joue le 26!

  8. aziz dit :

    @Babine
    Tu me déprime…il y avait des choses bien quand même. Maintenant, je suis sûr que le match retour sera fantastique car Manchester à domicile déçoit rarement en qualité de jeu.

  9. RMCF dit :

    @aziz :

    « Même s’il fait reposer ses joueurs le 2, aller à Manchester avec deux branlées très récentes contre l’ennemi héréditaire ça laissera forcement des traces mentales. »
    Peut-être qu’il y aura une  » branlée  » comme tu dis quand le Real jouera avec l’équipe B, mais surement pas lors du match retour de la Copa,…

    Bref tes commentaires laissent supposés de l’ampleur de ton objectivité…

  10. aziz dit :

    @RMCF
    Normalement je suis objectif sauf quand il s’agit de Mourinho. Entraineur sur-médiatisé, tactiquement sous-doué (ne se faire jouer ses équipes qu’en contre-attaque car c’est plus facile), dénicheur de talent médiocre (Modric,Contreao,…), arrogant (the only one), pleurnichard et mauvais perdant (absent lors des deux derniers galas FIFA, doigt dans l’oeil de Villanova). UNE TACHE ET UNE HONTE POUR LE FOOTBALL.

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