Real Madrid 1-1 Barcelone, l’analyse tactique

Le premier Clasico a donc accouché d’une souris. Vu la bonne prestation du Real, on serait presque tenté de dire d’une “souris blanche”. Car près d’un semestre après la Manita encaissée au Nou Camp, les Madrilènes ont fait des progrès. Malgré un Barça au complet, les hommes de Mourinho ont tenu le choc et sont allés chercher le nul à dix contre onze. Au coeur de ce Real solide défensivement, le trio Pepe – Xabi Alonso – Khedira a fait le ménage au milieu de terrain. Analyse.

Les compositions :

Comme annoncé avant la rencontre, Mourinho a décidé d’abandonner son habituel 4-2-3-1 pour densifier son milieu de terrain. Pepe remplace Özil dans le onze de départ et s’intègre entre la défense et le milieu de terrain, inversant ainsi le triangle habituel formé par l’Allemand, Xabi Alonso et Khedira : Casillas – Ramos, Carvalho, Albiol, Marcelo – Pepe, Xabi Alonso, Khedira – Ronaldo, Di Maria – Benzema.

Côté barcelonais, Guardiola bénéficie du retour de Puyol en défense centrale qui lui permet d’aligner son équipe-type. Retrouvant sa place dans l’entrejeu derrière Xavi et Iniesta, Busquets éjecte Mascherano du onze de départ. Devant, Villa et Pedro encadrent Messi alors que Adriano est préféré à Maxwell dans le couloir gauche : Valdes – Alves, Puyol, Piqué, Adriano – Busquets, Xavi, Iniesta – Pedro, Messi, Villa.

Le Real ne recule pas :

Bien décidé à ne pas se faire balader comme à l’aller, le Real met beaucoup d’agressivité durant les premières minutes. C’est tout le bloc madrilène qui travaille pour évoluer le plus haut possible sur le terrain. En pointe, Benzema se retrouve à travailler défensivement dans la zone de Busquets. Derrière le Français, Ronaldo et Di Maria ferment les côtés tandis que Xabi Alonso et Khedira suivent les déplacements de Xavi et Iniesta. Légèrement en retrait, Pepe est d’abord présent pour couvrir lorsque Xavi ou Iniesta décident de dézoner.

Au bout d’une dizaine de minutes, voyant que Xavi et Iniesta n’arrivent pas à trouver d’espaces, Messi redescend pour se joindre à la construction (voir ci-dessus). Généralement, ses décrochages viennent perturber le milieu adverse ce qui libère l’une des deux rampes de lancement du système Guardiola. Mais cette fois, il est marqué de très près par Pepe qui fait tout pour l’empêcher de se retourner. Deux minutes plus tard, c’est au tour de Pedro de décrocher pour tenter d’apporter une solution mais l’Espagnol est suivi lui aussi à la trace par Marcelo.

Cette capacité du bloc madrilène à répondre à toute tentative catalane pour apporter le surnombre au milieu de terrain rend complètement inefficace l’apport des latéraux (Alves et Adriano) sur les ailes. Le Barça n’étant pas maître dans l’entrejeu au niveau du nombre, les deux Brésiliens sont obligés de rester à hauteur de leurs milieux de terrain pour offrir des solutions supplémentaires sur les ailes. Et s’ils restent au milieu, ils ne sont pas devant pour apporter de la profondeur au jeu catalan. Symbole de cet état de fait, Xavi ne trouvera qu’une seule fois Daniel Alves dans la profondeur… En position de hors-jeu.

Le surnombre vient de l’arrière :

Les décrochages des attaquants ne suffisant pas pour faire reculer le Real, ce sont les défenseurs du Barça qui prennent les choses en main. Si Puyol reste derrière, Piqué et Busquets tentent tour à tour des incursions dans le camp adverse. Benzema n’étant en mesure que de défendre sur un seul joueur, l’autre peut porter le ballon à sa guise dans la moitié de terrain madrilène. Aucun adversaire ne pouvant se permettre de lâcher le marquage jusque dans ses 30 mètres, Piqué déjoue ainsi à plusieurs reprises le pressing madrilène. Un joueur supplémentaire qui fait reculer le bloc et libère ainsi quelques espaces au milieu de terrain.

Ces incursions venues de l’arrière transforment aussi l’animation du Barça sur les ailes. Des doublettes se forment : Iniesta-Adriano à gauche, Messi-Daniel Alves à droite mais le repli des ailiers madrilènes empêchent la création de décalages dans le dos des défenseurs. Il faut aussi souligner que la défense madrilène s’aligne parfaitement et ne fautera quasiment jamais au moment de jouer le hors-jeu (sauf sur l’action ci-dessus qui permet à Messi de se présenter face à Casillas). A la mi-temps, le Real contient très bien Barcelone et s’est crée plusieurs opportunités sur coups de pied arrêtés.

Pepe indispensable :

Cinq minutes après le retour des vestiaires, Albiol est expulsé pour une faute sur Villa en position de dernier défenseur. Messi convertit le penalty mais, plus important, le Real se retrouve à dix contre onze. Jusqu’à la 67ème minute et l’entrée en jeu de Arbeloa, c’est Pepe qui glisse aux côtés de Carvalho. Sauf que le Portugais ne lâche pas le marquage de Messi. S’il ne va plus le chercher jusque dans le rond central, il n’hésite pas à jaillir du back four pour empêcher l’Argentin de se mettre dans le sens du jeu. Ainsi, il évite à Xabi Alonso et Khedira d’hériter de cette tâche et leur permet de rester focaliser sur Xavi et Iniesta.

L’entrée de Afellay à la place de Pedro (67e) est presque synonyme de victoire pour la défense madrilène. Car si Pedro aurait pu profiter des sorties de Pepe pour venir semer le trouble dans une défense à trois avec Villa, le Néerlandais n’a pas ce profil et reste cantonné à l’animation de son couloir droit. Dans le même temps, Mourinho fait entrer Arbeloa et Adebayor ce qui permet au Portugais de retrouver le milieu de terrain. Aux côtés de Khedira, il réalise vingt dernières minutes à très haute intensité et avec le regain d’agressivité nécessaire pour compenser l’infériorité numérique.

Les entrées de Özil (57e) et Adebayor (67e) ont aussi donné un second souffle au Real. Si le premier est rentré discrètement dans son match, s’attachant à bien aider son latéral et à presser par moment, il est sorti du lot lorsque le second a fait son entrée. Très mobile dans une défense remaniée suite à la blessure de Puyol, Adebayor a apporté une vraie présence sur le front de l’attaque madrilène… Mis à part dans la surface où il a notamment manqué une offrande de Ronaldo.

Conclusion :

Un premier match décevant d’un point de vue spectacle mais extrêmement intéressant pour Mourinho en vue des trois suivants. En 90 minutes, Pepe s’est rendu indispensable à l’entrejeu du Real pour permettre à celui-ci de tenir haut face au Barça et ainsi couper les relations vers les deux latéraux qui n’ont été que très peu en vue hier soir. Néanmoins, qui dit bloc haut dit espaces dans la profondeur et un Villa en confiance aurait certainement pu en profiter. Mais à trois jours de la finale de la Coupe du Roi, une question se pose : qui pour remplacer Albiol si Pepe doit rester au milieu ?

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1 réponse

  1. Quentin dit :

    Comme tu l’as très bien fait remarquer, Pepe a été énorme. Je le savais très bon défenseur, mais quelle présence au milieu ! Il a ratissé un nombre impressionnant de ballons et a même apporté sa touche technique sur plusieurs ballons en profondeur. Je me suis posé la même question que toi concernant la finale de la Coupe du Roi et l’absence d’Albiol car Mourinho a vraiment trouvé la bonne formule avec Pepe au milieu.

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