Real Madrid 0-2 Barcelone, l’analyse tactique

Jamais deux sans trois, c’est ça ? Cette fois, l’adage n’a pas fonctionné. Après deux victoires tactiques de Mourinho, ponctuées par le succès en finale de Coupe du Roi, le duel des entraîneurs a basculé du côté de Pep Guardiola sur cette demi-finale aller. En remettant en question son animation, l’entraîneur catalan a su répondre au pressing intense reconduit par le Real pour le troisième match d’affilée. Et l’expulsion de Pepe a accéléré les choses dans une confrontation qui semble pliée à 90 minutes de son coup de sifflet final. Analyse.

Les compositions :

Fort de sa victoire en Coupe du Roi, Mourinho se contente de compenser les absences de Khedira et Carvalho. Très bon face à Valence, Diarra entre à la place de l’Allemand alors que Albiol fait son retour en défense centrale, lui qui était suspendu mercredi dernier. Devant, le trio offensif titulaire reste le même : Casillas (1) – Arbeloa (17), Ramos (4), Albiol (18), Marcelo (12) – Xabi Alonso (14), Diarra (10), Pepe (3) – Özil (23), Di Maria (22), Ronaldo (7).

Côté Barcelonais, Guardiola doit composer avec les absences des animateurs habituels de son flanc gauche. Iniesta n’est pas là, tout comme Maxwell et Adriano. Du coup, Puyol fait son retour et s’installe à gauche de la défense alors que Keita supplée le héros de la dernière finale de Coupe du Monde une ligne plus haut : Valdes (1) – Alves (2), Mascherano (14), Piqué (3), Puyol (5) – Busquets (16), Xavi (6), Keita (15) – Messi (10), Pedro (17), Villa (7).

Le plan du Barça :

Après une première variation, qui fut en fait un retour aux sources de son Barça, lors de la deuxième mi-temps de la finale de la Coupe du Roi, Guardiola démarre la rencontre avec une configuration inédite depuis le début des Clasico de ce printemps. Il faut dire que les absences d’Iniesta et d’Adriano, qui ont tous les deux un rôle prépondérant à jouer dans l’animation offensive catalane et sont remplacés par des profils très différents, rendent obligatoires une adaptation. Si possible une adaptation qui gênerait la force du Real lors des deux premiers matchs, à savoir son pressing très fort et le plus haut possible dans l’axe pour perturber Xavi.

Lors des deux premières rencontres, l’animation des couloirs catalans revenait aux deux seuls latéraux. Ceux-ci étaient suivis par le repli des ailiers du Real, laissant ainsi Pedro et Villa à la merci des défenseurs. Les latéraux madrilènes pouvaient suivre les décrochages (Pedro ou Villa) ou les déplacements (Messi) dans leur zone et quitter leur ligne de défense, leur partenaire du couloir se chargeant de la couverture sur le latéral (cf. Di Maria et Marcelo mercredi dernier). Or, cette capacité des latéraux à sortir du back four était l’une des clés du pressing madrilène.

Sur ce troisième match, Guardiola décide de changer ses plans dans les couloirs. Pedro (à gauche puis à droite) et Villa (à droite puis à gauche) y sont désormais fixés mais restent à hauteur de la ligne de défense madrilène. Résultat, les latéraux ne sont plus en mesure d’en sortir sous peine d’ouvrir d’énormes espaces sur les côtés. Conséquence logique, ils ne peuvent plus suppléer leurs milieux de terrain pour couvrir les dézonages des milieux de terrain. Ainsi, lorsque Messi va à droite, Xabi Alonso est le seul à le suivre ; idem pour Keita à gauche avec Diarra même si dans le cas du Malien, on verra Sergio Ramos sortir à son encontre.

Mais même dans ce cas, le milieu du Real se retrouve constamment entre-deux : d’un côté la nécessite de presser sur Busquets, de l’autre celle de savoir où est placé Keita dont les déplacements peuvent offrir une solution de passe à l’Espagnol qui éliminerait tout le milieu du Real. Face à Xavi, Pepe a un peu le même problème avec les déplacements de Messi suivi par Xabi Alonso (mais pas par Marcelo, vous suivez ?) dans son dos ce qui libère de l’espace dans l’axe. Xavi et Busquets peuvent distribuer plus facilement et terminent le match à 122/133 et 129/134 au niveau des passes, dont un bon ratio vers l’avant…

100 passes réussies vers l’avant sur 109 tentées. Propre.

En résumé, ligne par ligne, on a : Villa et Pedro qui fixe les défenseurs ayant l’habitude de soutenir le pressing ; Messi et Keita dont les déplacements dans la première moitié de terrain madrilène trouble le milieu à trois du Real… Qui, du coup, presse moins bien et libère Xavi et Busquets. En revanche, si le Barça est plus dominateur dans l’entrejeu grâce à cette organisation, il est aussi moins dangereux pour Casillas. Les latéraux ne portant pas le surnombre, il y a moins de solutions à l’avant et les seules situations chaudes sur le but de Casillas démarrent sur des duels remportés par Villa, Pedro ou Messi.

Le Real à 10 :

Ayant bien enregistré cette information, le Real revient des vestiaires avec Adebayor sur la pelouse. Les Madrilènes tentent d’évoluer plus haut : on voit ainsi le triangle de l’entrejeu s’inverser pour avoir Pepe en pointe haute et au pressing sur la même ligne que les deux ailiers (Ronaldo et Di Maria, derrière Adebayor) alors que Xabi Alonso et Diarra couvrent derrière et que le reste du bloc suit ce déplacement. Le défenseur portugais se retrouve même à disputer des duels aériens face à Mascherano pour tenter de trouver Di Maria par la suite. Sans succès. Sur l’un de ses pressings, il lève le pied sur Alves, carton rouge. Énervement.

A ce moment-là du match, dans son schéma de la deuxième période, voir le Real craquer n’est qu’une question de minutes. Car la sortie de Pepe lui enlève son harceleur numéro un de la relance adverse… Et offre au Barça un surnombre numérique au milieu si tant est qu’un attaquant du Real ne vienne pas compenser. Mis à part Adebayor une fois face à Busquets, aucun n’est venu. Le Real est passé de son 4-2-3-1 à un 4-4-1 avec un milieu de terrain très resserré : face au trio dans l’axe, on essaie de répondre avec une ligne Ronaldo-Diarra-Xabi Alonso-Khedira.

Mais si les ailiers se replient, plus personne ne couvre les couloirs au niveau de la première ligne défensive madrilène : une aubaine pour Daniel Alves qui est beaucoup plus en vue offensivement à partir de l’expulsion de Pepe. La dernière ligne du Real réussit quand même à résister un bon quart d’heure avant de craquer sur un duel remporté par Afellay et conclu par Messi dans une surface où il était le seul Barcelonais (comme quoi…). Les Madrilènes ont pris un coup et l’Argentin se chargera ensuite de leur mettre le deuxième. Plié.

Conclusion :

Belle victoire de Guardiola sur ce match. Après deux contre-performances, le coach du Barça a su se remettre en question pour proposer un plan que n’a pas su résoudre Mourinho avant l’expulsion de Pepe. Celle-ci lui a ensuite permis de faire la différence alors que le match semblait se diriger vers un 0-0 qui l’arrangeait certainement (en même temps, pour une demi-finale aller à l’extérieur, ça se comprend). Bref, Pep devient Señor Josep (voir Mourinho en conférence de presse) et il pourra savourer son succès la semaine prochaine dans un match qui, a priori, devrait le confirmer.

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