Rapport : Montpellier, paré pour le sprint

Après quelques semaines difficiles, marquées par une élimination en Coupe de France, Montpellier a repris sa marche en avant le week-end dernier face à Sochaux. Mercredi face à l’OM, les Héraultais ont confirmé leurs bonnes dispositions en s’imposant au Vélodrome. Malgré quelques approximations, ils ont largement fait montre de leur supériorité sur leurs adversaires. Décryptage du système montpelliérain, plus que jamais en course pour aller chercher le titre.

Sans le ballon : duels et compensations

Toujours organisés en 4-2-3-1, les Héraultais se sont calqués, comme au Parc des Princes, sur le système de jeu de leurs adversaires, le pressing haut en moins. Installés des deux côtés du rond central, Belhanda et la paire Saihi-Estrada se sont partagés le marquage des trois milieux de terrain marseillais. L’international marocain était la plupart du temps dans la zone de Diarra, les deux autres s’opposaient à Cheyrou et Kaboré. Quelque soit la position de leur adversaire direct, les trois Montpelliérains les suivaient. Ainsi, quand Kaboré ou Cheyrou décrochaient à hauteur de Diarra pour aider à la remontée des ballons, ils étaient suivis par Saihi ou Estrada.

Les milieux adverses pris, les Montpelliérains devaient ensuite composer avec les déplacements des attaquants de l’OM entre leurs lignes. Brandao étant au combat avec la défense centrale Hilton-Yanga Mbiwa, Ayew et Gignac étaient censés offrir des solutions dans le dos des milieux montpelliérains. Saihi et Estrada sortant régulièrement de leur moitié de terrain pour suivre Cheyrou ou Kaboré, des espaces se sont en effet crées dans la moitié de terrain du MHSC. Et ce sont les latéraux qui se sont chargés de les combler. Ainsi, Bocaly et Bedimo ont suivi Gignac et Ayew  lorsque ceux-ci tentaient de rentrer à l’intérieur du terrain pour se rapprocher de Brandao.

Pour compléter cette organisation défensive, qui a fait la part belle au marquage individuel, il fallait aussi prendre en compte le comportement des deux ailiers héraultais, Camara et Utaka. Dès que leur équipe n’était plus en possession du ballon, les deux hommes se replaçaient devant leurs adversaires directs. L’objectif ici était de faire en sorte qu’ils ne puissent pas être pris dans leur dos par la montée d’un latéral adverse, de manière à couvrir le couloir en cas de déplacement de leur latéral à l’intérieur du terrain pour couvrir les mouvements de Ayew ou Gignac.

Bien évidemment, ce système défensif, misant beaucoup sur les duels quand d’autres misent sur le surnombre, n’a pas non plus été sans faille. Montpellier a ainsi connu quelques difficultés à composer avec les permutations des attaquants adverses. Lorsque ces derniers pesaient sur la même aile, les décalages devenaient par exemple possibles. Marseille a aussi réussi à se montrer dangereux lorsque ses attaquants décrochaient, non pas entre les lignes où ils étaient marqués par les latéraux, mais à hauteur de la ligne Saihi-Estrada. Par ces déplacements, ils ont pu perturber le marquage montpelliérain et offrir une solution de relance supplémentaire à leurs défenseurs, qui étaient eux en surnombre (trois contre deux : Nkoulou, Mbia, Diarra contre Giroud et Belhanda).

Légende – Sur le flanc gauche de Montpellier, l’exemple du marquage habituel : en noir les déplacements des adversaires, en orange les déplacements en conséquence des Montpelliérains. En rouge, l’élément indispensable : la fermeture du couloir par l’ailier face au latéral adverse. Sur le côté droit de Montpellier, l’exemple illustrant les problèmes rencontrés dans l’entrejeu dès lors qu’un excentré adverse vient y décrocher (en blanc) : si le latéral le suit (en jaune), tout le couloir est ouvert pour le démarrage du latéral qui peut lui être directement alerté par l’un des défenseurs centraux (en surnombre face à Giroud). Le latéral héraultais reste donc en place pour conserver la ligne de quatre et couvrir la largeur. Et c’est aux milieux de terrain de composer avec le décrochage de l’attaquant.

Avec le ballon : relance sud-am et meneur avancé

De tricard à l’OM, Hilton est redevenu l’un des meilleurs défenseurs de Ligue 1 sous les couleurs du MHSC. Le Brésilien l’a encore prouvé dans son ancien jardin où, non content de tenir le choc défensivement, il a encore été très bon dans l’exercice de la relance. Avec Estrada positionné devant lui, il a formé un duo qui explique la tendance des Héraultais à attaquer via leur côté gauche : de Hilton jusqu’à Utaka via, si besoin, les relais d’Estrada. Recevant le ballon entre la ligne médiane et les 40 mètres marseillais, le Nigérian était ensuite rejoint par Bedimo. Beaucoup plus actif que Bocaly, le Camerounais a souvent profité du mauvais repli défensif de Ayew pour trouver des espaces et créer des décalages dans le bloc défensif marseillais (Kaboré étant obligé de venir compenser l’absence du Ghanéen).

Au-delà des remontées de balle construites via les couloirs, Montpellier a aussi pu compter sur l’activité de Giroud à la pointe de l’attaque. Là encore, Hilton et Estrada ont été les premiers passeurs privilégiés par leurs partenaires. Que ce soit au sol ou via des longs ballons, les deux Sud-Américains ont ensuite fait de leur attaquant la cible prioritaire dès lors qu’il s’agissait de sauter les relais offerts par Utaka ou Camara. Tout s’est ensuite joué sur la capacité des soutiens (Belhanda, Utaka, Camara) à l’international français à se montrer plus prompt sur les seconds ballons. Néanmoins, Giroud a eu fort à faire face à Mbia et Nkoulou. Une situation qui a poussé Montpellier à relancer court via les couloirs, ce qui l’a parfois contraint à prendre des risques dès lors que les Marseillais pressaient en équipe sur la zone entre Hilton-Estrada (ce qui n’est que très rarement arrivé).

Et Belhanda dans tout ça ? L’international marocain est tout simplement celui qui tire le plus profit de l’animation offensive de l’équipe. Face à l’OM, il n’a pas quasiment pas touché de ballons dans son camp, évoluant en véritable neuf et demi derrière Giroud. Mieux, Montpellier initiant ses mouvements offensifs sur les côtés, Belhanda était presque tout le temps servi dans le sens du jeu (via une passe latérale venant des couloirs par exemple, ou directement dans la profondeur). La donne était la même sur les longs ballons remis par Giroud : le meneur s’est retrouvé à chaque fois les épaules tournées vers le but adverse et a alors pu faire parler ses qualités de dribbles ou sa vision du jeu. Le troisième but montpelliérain face à l’OM a lui révélé un autre circuit de passes qui deviendra peut-être une habitude l’année prochaine, avec l’énorme travail de Stambouli capable de fixer plusieurs adversaires dans l’entrejeu, se défaire du pressing et libérer le ballon -là encore- à un Belhanda dans le sens du jeu…

Légende – Dans le camp montpelliérain (en orange), on retrouve le quatuor à la base de la relance héraultaise. Face à l’OM, l’équipe penchait à gauche via les positionnements de Hilton, Estrada (en jaune) et l’apport offensif de Bedimo (en blanc) pour soutenir Utaka. Dans le camp marseillais, les deux hommes formaient ensuite un triangle avec l’arrivée de Belhanda dans la zone (en rouge). A signaler aussi les possibilités de relance longue via Giroud (en gris), la suite de l’action dépendant ensuite des soutiens à l’international français et des combinaisons possibles (en bordeaux).

Conclusion :

Tout en étant loin de leur meilleur niveau, les Héraultais ont récité leurs gammes pour aller chercher cette victoire à Marseille, très précieuse dans la course au titre. Défensivement, ce match a permis de voir une fois de plus la qualité des joueurs dans les un-contre-un et la cohérence du bloc-équipe dans sa moitié de terrain. Offensivement, il a particulièrement mis en lumière le travail de toute l’équipe au service de Belhanda, afin de le mettre dans les meilleures conditions possibles. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que sa partition entraînera certainement quelques regrets pour Laurent Blanc, toujours à la recherche du joueur à placer derrière son attaquant de pointe…

A lire aussi, un article publié sur Carnet Sport, sur les jeunes sortis de la formation héraultaise : 100% Paillade

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3 réponses

  1. En effet Hilton est un taulier à son poste il l’a longtemps prouvé à Lens, et maintenant il montre un meilleur visage.
    Montpellier est aussi une équipe bien en place comme tu le démontres dans leur rigueur défensive, le match avait un tel enjeu pour le sprint final !

    Florent je te félicite pour tes analyses qui sont simples à comprendre et qui vont à l’essentiel. Tu fais du bon travail, tu es spécialisé dans le football ? Ou tu te documentes via des magazines comme Vestiaires ? Ou simplement tu as l’oeil, et tu regardes les matchs en te focalisant sur l’aspect organisationnel du jeu ?

    Moi qui suis éducateur des catégories jeunes de ma ville, j’adore analyser l’organisation des équipes ! Et j’apprécie lire tes analyses !

    Merci de partager tes connaissances !

  2. Merci pour les compliments, je suis un simple observateur pour le moment oui. ;)

  3. samirhenry dit :

    Bsr, très bonne analyse comme d’habitude ! Juste une question Florent (pas trop sur le sujet mais bon ), vous croyez que cette équipe de Montpellier est taillée pour jouer la LDC? et s’il y a insuffisances, quels sont les postes a renforcer pour l’année prochaine, justement pour pouvoir au moins faire bonne figure en C1 ??

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