Rapport : l’Uruguay, vainqueur de la Copa America 2011

Après le Japon, vainqueur de la Coupe d’Asie des Nations (voir le rapport), voilà un dossier tactique complet sur l’Uruguay dirigé par Oscar Tabarez. Les trois sorties de la Celeste face à l’Argentine (voir l’analyse), le Pérou (voir l’analyse) et le Paraguay (voir l’analyse) pour aller au bout de la Copa America ont permis d’apercevoir toutes ses facettes. Phase par phase, et ligne par ligne.

Une équipe-type flexible :

A partir des quarts de finale de la Copa 2011, Tabarez n’a plus changé son onze de départ sauf absence pour cause de blessure ou de suspension (Victorino out face à l’Argentine et Perez suspendu face au Pérou). Ainsi, le onze titulaire démarre avec Muslera (1) dans les buts. Diego Lugano (2) s’impose comme le patron de la défense dans l’axe, aux côtés de Coates (4), Victorino (6) ou Scotti (19, entré en jeu face à l’Argentine). Arevalo Rios (17) tient lui le milieu de terrain aux côtés de Diego Perez (15) ou Gargano (5). Eguren (8) est son premier remplaçant. Les couloirs sont tenus et animés par Caceres (22) et Alvaro Pereira (11) à gauche et Gonzales (20) et Maxi Pereira à droite (16). Devant, la blessure de Cavani en début de tournoi a poussé Tabarez à reconduire le duo Suarez (9) – Forlan (10) qui a aussi bien fonctionné qu’en Afrique du Sud.

La grande force de ce onze de départ tient dans sa flexibilité. Tout en conservant les mêmes joueurs, Tabarez peut librement passer d’un 4-2-3-1 des plus classiques à un système plus sécurisant en défense, avec trois défenseurs axiaux. Dans ce cas, Caceres glisse en position de stoppeur gauche et Alvaro Pereira redescend pour fermer le couloir. Au milieu, Gonzales se recentre pour former un trio avec Diego Perez et un Arevalo Rios en position plus décrochée. Cette capacité à s’adapter à l’adversaire, l’Uruguay l’avait déjà montrée lors du dernier Mondial : la France en avait d’ailleurs fait les frais en faisant face à une défense à trois dans l’axe avant de voir la Celeste évoluer en 4-2-3-1 pendant tout le reste du tournoi. Absent en Afrique du Sud, Cristian Rodriguez a été le grand perdant dans cette affaire puisqu’il a définitivement perdu sa place à gauche au profit de Pereira (qui évoluait latéral au début de la Copa) à l’issue de la phase de poules.

Pressing et repli :

Ce sont certainement les deux phases de jeu où l’Uruguay est le plus impressionnant collectivement. Si la ligne de récupération et de pressing dépend surtout de son adversaire (voir l’analyse de la finale face au Paraguay), la manière de presser, de couvrir, et de se replier reste la même.

Lorsqu’il n’a plus le ballon, l’Uruguay presse sous l’impulsion de son duo de l’entrejeu, soutenu par les quatre joueurs situés devant eux. Outre Suarez et Forlan qui ne rechignent pas à gêner la relance adverse, Gonzales et Alvaro Pereira se recentre pour en faire de même. Un milieu supplémentaire (généralement Diego Perez) sort de sa ligne pour s’ajouter à ce pressing tandis que l’autre reste en couverture. Généralement, ce travail combiné crée le surnombre dans l’axe en faveur de l’Uruguay (3 contre 2 milieux adverses), lui permettant de limiter les possibilités de passes au sol derrière le premier rideau défensif de la Celeste (le genre de passes qui brisent les lignes qu’affectionnent tant Xavi et Busquets pour donner un exemple précis).

Si l’adversaire a l’idée de tenter de contourner ce pressing en passant par les côtés (latéral puis milieu excentré), le milieu uruguayen travaille de manière à empêcher toute possibilité de retour dans l’axe, dans le dos du duo de l’entrejeu. Ainsi, si le ballon passe par le couloir libéré par Alvaro Pereira en train de presser dans l’axe, Arevalo Rios dézone pour aller fermer la porte et recrée l’égalité numérique pendant que le joueur de Porto glisse dans l’axe pour compenser. Tout est fait pour empêcher l’adversaire de trouver des solutions dans l’axe, entre les deux lignes uruguayennes. Même en cas de long ballon venu de l’arrière alors que le bloc n’est pas replacé : Caceres, Lugano et Coates forment alors un trio en couverture permettant le plus souvent de gérer les deux attaquants adverses restés à l’avant (Maxi Pereira étant alors aux avants-postes.

Une fois replié, le bloc uruguayen évolue avec deux lignes de quatre quadrillant ces 35/40 derniers mètres. Là encore, tout est fait pour repousser les attaques adverses sur les côtés, la défense comptant ensuite sur sa domination dans les airs (Lugano, Coates, Victorino etc…) pour écarter le danger. Devant le premier rideau défensif, Forlan offre un point d’appui dans l’axe pour la relance. Suarez en fait de même sur les côtés, souvent pour profiter des espaces laissés par les latéraux adverses montés aux avants-postes. La complémentarité des deux hommes fait ensuite le reste, le second profitant des fausses pistes (cf. Pérou 0-2 Uruguay) du premier et inversement.

Relance et construction :

Quelque soit sa position sur le terrain, lorsqu’il récupère le ballon, l’Uruguay ne prend aucun risque sur les premières passes. Que ce soit en allongeant vers les attaquants ou sur du jeu court avec les milieux de terrain, tout est fait pour ne pas se faire surprendre derrière en cas de perte de balle.

Dans cette optique de limitation des risques, les premières relances courtes uruguayennes sont latérales. Si le bloc ne sollicite pas Suarez pour tenir le ballon devant en attendant le soutien, c’est aux duos des couloirs de remonter les ballons : Caceres et Alvaro Pereira à gauche, Maxi Pereira et Gonzales à droite. C’est d’ailleurs cette dernière paire qui est le plus souvent sollicitée grâce à la complémentarité entre la vivacité et l’activité de Maxi et la qualité de passe (en profondeur) de Gonzales. Une fois le ballon remonté dans le camp adverse, en très peu de passes, le duo a le plus souvent deux solutions de jeu différentes qui s’offrent à lui grâce aux mouvements des attaquants.

Il peut d’abord insister dans le couloir en connectant avec Suarez. L’attaquant de Liverpool, actif sur toute la largeur du terrain, s’excentre souvent (à droite comme à gauche) pour proposer des solutions et se créer des situations de un-contre-un. Ces déplacements permettent de créer des triangles sur les ailes qui peuvent déboucher sur des décalages, notamment grâce à la vitesse de débordement de Maxi Pereira côté droit. Autre possibilité, sortir du couloir une fois le milieu de terrain franchi en passant par Forlan en position décroché : l’attaquant de l’Atletico se mue alors en meneur de jeu, le renversant en une ou deux touches si nécessaire ou cherchant une solution en profondeur (voire un tir direct). Le duo Rios-Pérez ne participe que très peu aux offensives, excepté quelques incursions du second côté droit pour former des triangles avec Gonzales et Maxi.

Tout comme en défense, l’Uruguay est à la recherche de l’efficacité le plus rapidement possible. La possession importe peu, l’important est de mettre du rythme dans la circulation et de provoquer les défenseurs adverses (par Suarez, Maxi et Alvaro Pereira, Gonzales). Pour deux raisons : en cas de faute, les coups de pieds arrêtés de Forlan sont des armes redoutables ; et si l’attaque se met vite en place, les milieux axiaux n’ont pas à y participer et peuvent donc rester en position de premiers défenseurs, prêts à jaillir si le ballon est perdu devant. Cette philosophie a fait que l’Uruguay a, malgré sa victoire finale en Copa America, été l’une des équipes qui a réalisé le moins de passes. Moins (en nombre) que l’Argentine ou le Brésil, éliminés en quarts de finale. (Source : CA2011.com)

Conclusion :

Limiter les risques et rechercher l’efficacité, voilà ce que l’on pourrait dire pour résumer le projet de jeu de l’Uruguay en quelques mots : un savant mélange de talents techniques (Suarez, Forlan, Maxi Pereira, Gonzales), de gros travailleurs, très intelligents sur le plan tactique (Arevalo Rios), sans oublier évidemment la garra typique de cette équipe, sans aucune limite sur le plan de l’engagement physique (Lugano, Caceres, Coates, Perez, Alvaro Pereira). La Celeste ou la preuve qu’il n’y a pas qu’un seul beau football possible.

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5 réponses

  1. Paul-Adrien dit :

    Et oui, il n’y a pas qu’un seul beau football.

    Tous les projets de jeu sont respectables à condition qu’on s’y tiennent et qu’on l’assume, défensif ou offensif, l’important c’est d’être cohérent. Pas non plus obligé de faire 1000 passes avant de marquer pour que ce soit « beau », etc.

    On est pas au pays des bisounours, que ça serve de leçon aux footix fan de la PlayStation.

    Suarez est un monstre… Absolument complet, capable de placer des appels incessants, de se battre en permanence, de dribbler, et même de jouer plus bas avec Liverpool dans un autre registre…

    L’Uruguay est bien la meilleur équipe Sud-Am, dans la top 4 mondial derrière l’Espagne, l’Allemagne, les Pays-Bas, ah tiens comme à la Coupe du Monde? Hé hé

  2. @LudovicT95 dit :

    Juste impeccable !! Bravo et merci ;)

  3. man on the edge dit :

    Impressionante analyse !

  4. Ben dit :

    Bien fait de ne pas lire ça au boulot. J’aurai lu en diagonale et baclé la lecture. Super analyse surtout quand on n’a peu suivi la Copa omme moi

  1. 12 juin 2014

    […] avec l’intention non exagérée de la remporter. Mais lors d’une Copa America qui a consacré l’équilibre et la flexibilité, le Chili n’a pu atteindre le graal, défait en quart de finale par le Venezuela. Et si le […]

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