Rapport : Le FC Porto, champion du Portugal

Vingt-trois victoires pour deux nuls en vingt-cinq rencontres soit un bilan comptable meilleur que celui du Barça, un titre de champion acquis à cinq journées de la fin, un quart de finale à jouer en Ligue Europa et surtout un entraîneur qui marche sur les traces du Special One… Toutes ses raisons rendaient obligatoires le décrpytage du FC Porto version 2010/2011, celui de Villas Boas, devenu dimanche soir le plus jeune entraîneur portugais à décrocher le titre de champion. Qui plus est, à Lisbonne après une victoire sur le Benfica. What else ?

Sur le tableau noir :

Si un schéma de jeu pouvait se résumer sur un simple tableau, voilà à quoi ressemblerait celui du FC Porto. Pour les amateurs de chiffres, il se résume donc à un 4-1-4-1 des plus basiques en phase défensive. Celui-ci se mue ensuite en 4-3-3 avec les montées des deux ailiers (Varela à gauche et Hulk à droite) sitôt le ballon récupéré. Ces derniers sont soutenus dans leurs couloirs par deux latéraux très actifs à la construction (Alvaro Pereira à gauche, Fucile à droite).

Dans l’axe, la défense s’articule autour de la charnière Rolando-Otamendi (Maicon était sur le banc face au Benfica). Celle-ci est supplée par Fernando chargé à la fois de faire le ménage dans l’entrejeu quand l’équipe se replie et d’effectuer les compensations quand celle-ci est en phase défensive. A l’autre bout du terrain, Falcao se démène sur le front de l’attaque. Il est soutenu par Guarin qui reste principalement dans l’axe alors que Moutinho évolue sur toute la largeur du terrain.

Repli et défense : de l’importance de Fernando

C’est le registre à la mode au milieu de terrain. Villas Boas ne déroge pas à la règle du joueur-sentinelle autour duquel est bâti tout l’équilibre défensif de l’équipe. Comme le montre la capture d’écran ci-dessous (et comme évoqué plus haut), Porto passe bien du 4-3-3 au 4-1-4-1 en phase défense avec le seul Fernando entre les deux lignes lorsque l’équipe doit reculer.

Avant cela, le milieu de terrain brésilien est là pour ratisser au milieu de terrain. Rarement instigateur du pressing, il se positionne au mieux pour profiter des ballons gagnés et des erreurs adverses engendrées par le travail défensif des cinq milieux qui le devance. Un rôle de récupérateur et de premier soutien en retrait pour permettre une relance et (généralement) un renversement rapide du jeu, une facette que nous verrons un peu plus loin dans cette analyse.

Une fois Porto mis sur le reculoir, Fernando est là pour soulager ses défenseurs et veiller à ce que tous leurs déplacements soient compensées. A la différence d’autres sentinelles qui vont aider leurs latéraux, Fernando reste la plupart du temps dans l’axe et travaille de concert avec ses deux défenseurs centraux. Sur le schéma de gauche, le latéral est débordé ; le stoppeur gauche va donc à l’interception ; conséquence, Fernando glisse à sa place. A droite, le stoppeur sort de la ligne de défense pour jouer un duel ; Fernando glisse dans son dos pour compléter la ligne défensive.

On retrouve ici un principe tactique que José Mourinho avait appliqué avec sa paire Cambiasso-Zanetti lors du match retour entre l’Inter et le Barça (voir Arsenal 2011/Inter 2010 : les différences-clés). Attention, il nécessite d’avoir un bloc très compact en phase défensive sans quoi les deux milieux de terrain devant Fernando n’auraient pas forcément le temps de combler l’espace laissé vide devant la défense par le Brésilien (en rouge sur le schéma).

Attaque : la recherche de la largeur

C’est très certainement l’aspect le plus frappant du jeu des Dragões. Sitôt le ballon gagné, ils cherchent à envoyer le ballon le plus rapidement possible sur une aile. Dans la majorité des cas, il leur suffit de trois passes ou moins pour trouver un partenaire dans le couloir. Hulk et Varela sont évidemment les plus servis dans ces conditions mais il est aussi possible de voir le latéral monter balle au pied ou Moutinho et Falcao dézoner pour emmener directement le ballon à leur ailier et combiner ensuite avec lui.

Outre les défenseurs centraux qu’il ne faut pas exclure de l’équation, leurs qualités de relance permettant de toucher parfois directement les ailiers, la création des conditions pour l’envoi du jeu sur l’aile s’effectue après des échanges entre cinq joueurs de transitions : les trois milieux de terrain et les latéraux (cercle blanc). Ces derniers restent dans leur zone alors que Moutinho et Guarin mènent les échanges dans l’axe, parfois aidés par Falcao, en attendant le moment opportun (comprendre la sortie du pressing adverse) permettant le renversement de jeu.

Une fois le ballon sur l’aile, les couples se forment. A gauche, Varela et Alvaro Pereira ont formé la paire la plus en vue face au Benfica. A droite, la polyvalence et les rentrées à l’intérieur de Hulk ont permis plus de variétés. Soutenu par les montées de Fucile, le Brésilien a aussi pu combiner avec Falcao qui s’est aventuré à plusieurs reprises dans cette zone du terrain. Lorsque c’était le cas, Guarin montait d’un cran pour apporter une présence devant pour éviter que les défenseurs centraux ne puisse suivre le Colombien sans avoir le souci de se découvrir.

Circulation et pressing : Moutinho superstar

C’est la suite directe du paragraphe précédent. Assez discret durant l’énorme premier quart d’heure de Porto face au Benfica, Moutinho va sortir du lot dès lors que l’adversaire va commencer à se montrer : le propre des meneurs. Lorsque Porto tient le ballon sur l’aile, l’ancien milieu du Sporting vient apporter une solution supplémentaire aux deux joueurs de couloir. C’est ainsi qu’on le verra lancer Alvaro Pereira côté gauche ou construire un triangle avec Hulk et Fucile sur le flanc droit. Le plus souvent en retrait, il est là pour réaliser le décalage ou renverser le cas échéant si l’adversaire a fermé le couloir.

Outre son rôle dans l’animation des Dragões, Moutinho est le véritable métronome de l’équipe lorsque celle-ci n’a pas le ballon. Comme le montre la capture ci-dessus, c’est lorsqu’il sort de la ligne des quatre milieux de terrain que Porto débute vraiment sa phase de pressing. Un rôle qui rappelle celui de Sneijder à l’Inter au passage… Du 4-1-4-1, l’équipe passe en 4-1-3-2. En pointe, Falcao et Moutinho pressent pour couper les solutions dans l’axe et obliger le relanceur à écarter sur un côté. Ceci fait, l’ailier se retrouve avec un duel à négocier. S’il le remporte, c’est une situation de cinq contre cinq face à une défense sur le reculoir qui se présente…

Le second but de Porto prend d’ailleurs son origine dans une action de ce type. Mais inutile d’en dire plus puisqu’il sera décortiqué image par image dans un article à venir. Juste une petite chose à signaler sur le pressing des joueurs de Villas Boas : il apparaît plus efficace sur le côté gauche, Varela semblant meilleur défenseur que Hulk. D’ailleurs, le côté droit des nouveaux champions du Portugal apparaît comme le plus facile à enfoncer pour l’adversaire au milieu de terrain. Reste à savoir par où passer pour finir le boulot…

Conclusion :

Le bloc-équipe est extrêmement cohérent et reprend quelques codes que l’on retrouve chez Mourinho (Fernando, Moutinho). De son côté, l’animation profite aussi à plein régime des capacités de percussion des joueurs de couloir grâce à une organisation faite pour leur apporter d’abord le ballon puis un maximum de solution le plus rapidement possible. Ajoutez à ça une qualité technique largement au-dessus de la moyenne et ce, sur toutes les lignes et vous obtenez une conclusion sybilline : Porto, c’est du lourd et Villas Boas est plutôt bien parti dans sa carrière d’entraîneur au plus haut niveau.

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