Rapport : l’Athletic Bilbao de Bielsa

La greffe a mis plusieurs mois pour se faire mais elle a bien pris en ce début d’année 2012. Après des mois d’irrégularité, Marcelo Bielsa voit son Athletic Bilbao récolter les fruits de son travail de fond, opéré depuis le début de la saison. Dimanche soir, les Basques sont tombés avec les honneurs sur la pelouse du Santiago Bernabeu. S’ils ont explosé en deuxième mi-temps après avoir été réduits à dix, leurs 45 premières minutes ont été excellentes. Retour sur cet acte peut-être annonciateur d’une belle année 2012 pour la formation de Bilbao.

La composition :

Au coup d’envoi, l’Athletic se présente en 4-3-3 face à un Real Madrid qui ressort son traditionnel 4-2-3-1 (avec quelques changements au niveau des hommes par rapport au onze habituel). Iraizoz garde les buts basques. Milieu défensif de formation, Javi Martinez (champion du monde en 2010 et d’Europe avec les espoirs) se retrouve en défense centrale aux côtés de San José. Les deux hommes sont encadrés par Iraola à droite et Amorebieta à gauche. Iturraspe se retrouve devant la défense, derrière deux relayeurs, De Marcos et Ander Herrera, lui aussi champion d’Europe espoirs tout comme Muniain qui évolue une ligne plus haut. Ce dernier est épaulé par Susaeta et Llorente qui sont les deux joueurs les plus offensifs de ce onze de départ.

Le onze de départ : Iraizoz (1) – Iraola (15), Javi Martinez (24), San José (6), Amorebieta (5) – Iturraspe (8), Ander Herrera (21), De Marcos (10) – Muniain (19), Susaeta (14), Llorente (9).

L’Athletic en phase défensive :

Déplacement chez le leader du championnat oblige, l’Athletic aborde ce choc en limitant les prises de risque sur le plan du pressing. Excepté certaines phases de jeu où le Real doit ressortir de ses 25 mètres, la formation de Bielsa ne se livre pas dans le camp adverse. Elle fait le choix de quadriller au mieux sa moitié de terrain, et surtout ses 30 derniers mètres, afin d’aspirer son adversaire pour mieux le contrer en passant par les ailes (voir par ailleurs).

Dans cette zone, les quatre défenseurs de l’Athletic Bilbao suivent à la trace les déplacements verticaux des quatre attaquants madrilènes. Ainsi, lorsque Benzema décroche de sa position d’avant-centre pour aller aider ses milieux de terrain, il est suivi par San José ou Javi Martinez selon la zone d’où il part. La donne est la même sur les côtés : Iraola et Amorebieta suivent tous les joueurs qui décrochent depuis leurs zones, quitte à revenir dans l’axe.

Légende – trois exemples de marquage : de haut en bas, Amorebieta reste dans sa zone pour suivre le déplacement de son adversaire ; idem pour San José dans l’axe ; à l’inverse, Iraola quitte sa zone.

En début de partie, les lignes très resserrées de l’Athletic permettent à Iturraspe de se mêler à la ligne de quatre derrière lorsque l’un des défenseurs la quitte. Cela permet à l’Athletic de conserver une ligne de quatre derrière en cas de sortie de l’un de ses défenseurs. Le projet peut fonctionner tant que le bloc défensif limite les espaces dans ce quinté de pur défensif et les deux milieux de terrain (Ander et De Marcos).

Ces derniers évoluent sur la même ligne, coulissant sur la largeur du terrain en fonction de la circulation de balle madrilène. Positionnés très bas en début de partie, les deux milieux de terrain forment un duo bien compact qui tente notamment d’enfermer les Madrilènes dans les couloirs lorsque ceux-ci y sont repoussés. Devant, Muniain et Susaeta ont pour rôle de suivre les latéraux madrilènes qui monteraient pour dédoubler dans les couloirs.

Face à cette organisation défensive, les Madrilènes vont trouver plusieurs solutions. Le rôle joué par Iturraspe (compensé les déplacements des défenseurs) leur permet notamment de prendre possession du coeur du jeu en jouant les surnombre face aux deux milieux de l’Athletic (ex : décrochage de Özil et jeu en une touche pour servir d’appui et libérer Granero ensuite). Si Xabi Alonso est resté plus en retrait comme à son habitude, il n’est ainsi par surprenant que son partenaire de l’entrejeu ait trouvé des positions de frappe. Pas étonnant non plus qu’une percussion venu de l’arrière et sur l’axe de Bilbao (Marcelo) ait permis au Real de revenir au score : c’est un apport sur la ligne censé protéger la défense de Bilbao (soit les deux milieux) qui a fait la différence.

L’Athletic en phase offensive :

Qu’elles soient rapides ou placées, les attaques de l’Athletic Bilbao au Bernabeu avaient avant tout un point commun : l’utilisation maximale de la largeur. La majorité de ces attaques se sont lancées à partir de passes ou de combinaisons réalisées dans ou vers les couloirs et dans la première moitié du camp adverse. C’est le cas sur l’ouverture du score, lorsque la fixation d’Ander Herrera dans l’axe aboutit sur la libération de Javi Martinez.

C’est aussi le cas en tout début de partie, lorsque le pressing du Real est au plus fort : Llorente quitte la pointe de l’attaque pour proposer des appuis sur les côtés, se rapprochant ainsi de ces premiers soutiens, les ailiers, alors chargés de ressortir les ballons grâce à des jeux en triangle effectués dans leur propre camp (avec latéraux et milieux relayeurs). Côté gauche, la relation Muniain-Llorente produit quelques mouvements parfaitement aboutis, soutenus ensuite par la remontée du reste du bloc de l’Athletic (soutien des latéraux et relayeurs).

En cas d’attaque placée, l’Athletic organise sa relance autour du trio formé par les défenseurs centraux (Javi Martinez, San José) et le milieu défensif (Iturraspe). A l’inverse du Barça qui a l’habitude de les étirer sur toute la largeur, les trois hommes évoluaient dans un périmètre assez resserré face au Real, un moyen sans doute de fixer les attaquants madrilènes sur l’axe et donc de libérer les côtés où les latéraux sont les véritables points de démarrage des attaques.

Face au Real, les latéraux (Amorebieta à gauche, Iraola à droite) étaient donc la plupart du temps libérés grâce à l’organisation madrilène. A l’instar du travail sur les attaques rapides, le jeu se développe ensuite en fonction des soutiens qui vont se présenter au porteur de balle. C’est notamment sur ces phases de jeu là que l’on voit la maîtrise de Marcelo Bielsa. A aucun moment deux joueurs se retrouvent à réaliser le même appel ou évoluer dans la même zone.

Généralement, un joueur s’approche du porteur de balle en se mettant sur la même ligne que lui (Ander, De Marcos voire Muniain pour une tentative de percussion ensuite). Un autre prend prend la profondeur pour offrir une solution le long de la ligne de touche (Susaeta à droite, Llorente ou Muniain à gauche). Et un troisième tente de trouver un intervalle ou se placer entre les lignes adverses. En plus de la solution du retour en retrait, il reste deux joueurs pour aller peser dans la surface adverse. Point très important de cette animation, outre les mouvements coordonnés, les joueurs quittent souvent leur zone de jeu initiale pour perturber le marquage adverse.

Légende – sur une attaque côté gauche : en blanc, le trio à la relance choisit de servir Amorebieta ; en jaune, trois joueurs lui donnent des solutions (Muniain en décrochage, Ander dans les intervalles, Llorente dans la profondeur) ; si l’attaque se poursuit après la première transmission, les deux joueurs libres vont dans la surface adverse (en rouge).

A noter aussi que sur d’autres phases de jeu, les cinq axiaux présents dans le camp adverse (De Marcos, Ander, Llorente, Muniain et Susaeta) peuvent évoluer très proches les uns des autres, et donc se retrouver assez éloigné des premiers passeurs. Dans ce cas, ces derniers n’hésitent pas à sauter une ligne pour trouver directement la profondeur. Le jeu de Bilbao s’articule ensuite soit autour du porteur en cas de ballon récupéré, soit sur le pressing et la présence des Basques sur les seconds ballons (d’où la densité de joueurs présents dans les 30 derniers mètres sur ces phases de jeu).

Opposition et conclusion :

Ce projet de jeu de l’Athletic a porté ses fruits durant les 45 premières minutes. Après avoir ouvert le score sur un contre emmenée par Javi Martinez, les Basques sont passés tout près d’inscrire le but du break par Llorente puis De Marcos. Parti avec la ferme intention de presser son adversaire, le Real est paradoxalement revenu dans le match en reculant légèrement son bloc afin de densifier son milieu de terrain pour faciliter sa récupération et ne plus être pris en défaut sur les contres adverses. Cela a abouti sur une possession assez équilibré entre les deux formations mais une domination territoriale des Madrilènes.

Dimanche soir, il a manqué à Bilbao la possibilité de pouvoir tenir le ballon haut dans le camp adverse en attendant la faille. Une fois la première passe donnée dans le camp adverse, le temps de jeu est en effet très court, misant sur les déplacements coordonnés de chacune des solutions au porteur pour trouver la faille : soit l’action se termine, soit le ballon est perdu et de nouveaux efforts doivent être rapidement produits pour se réorganiser défensivement. Rapidement menés 2-1 en deuxième mi-temps, les Basques n’ont du coup jamais semblé en mesure de revenir, payant sans doute les efforts consentis jusqu’ici, en plus de l’infériorité numérique et d’un banc défaillant en terme d’impact.

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11 réponses

  1. martial dit :

    salut…toujours bien les articles.

    C’est moi n’est pas trop fan du Real/Mourinho?..lol

    allez bonne continuation.

  2. The teacha dit :

    bon article. Bielsa est l’un des entraineurs qui produit le plus de jeu partout où il passe.
    Xavi a dit à la sortie du match contre Bilbao qu’il venait de disputer l’un des plus beaux matchs de sa vie en terme de qualité et de spectacle proposé par les 2 équipes

  3. erick dit :

    j’espère que l’équipe va accrocher la ligue des champions!!ça pourrait montrer aux équipes qu’il n’est pas toujours nécessaire de dépenser je ne sais combien d’argent…

  4. titi dit :

    bravo, pas assez de personnes lisent tes articles , qui son d’une grande qualité technique.
    continue surtout t’arrete pas

  5. @martial. J’aime beaucoup le Real, sauf quand il joue contre le Barça. J’étais de ceux qui étaient confiants après la Manita. Je pensais que Mourinho finirait par trouver une solution viable. Mais malgré quelques matchs meilleurs que les autres, il n’y est pas arrivé après huit rencontres. Et sans faire preuve d’une grande imagination dans les plans de jeu, du coup jusqu’ici, le plaisir est gâché.

    @The teacha, erick et titi : merci pour les compliments. Et j’espère aussi qu’ils vont accrocher l’Europe tout en faisant un bon parcours en Ligue Europa à partir du mois de février. De quoi nous offrir de belles affiches (contre le Barça en finale de Coupe du Roi ou contre du Manchester en Ligue Europa par exemple). En tout cas, on les reverra sur ce site d’ici la fin de saison. Si tout se passe bien.

  6. zedgil dit :

    Excellent.
    Etes-vous journaliste pro ? Ou juste un fan au regard (très) fin ? Là je suis vraiment épaté.

  7. Je ne suis pas journaliste pro, même si c’est ce à quoi j’aspire à un moment donné. :)

  8. zedgil dit :

    Vos articles sont meilleurs que tout ce que je lis ailleurs (vous devez être le seul à mettre pro-barca et pro-real d’accord sur le contenu d’une analyse) et je pense que vous avez toutes vos chances.

  9. The teacha dit :

    Oui ce sont de trés bons articles. Ce qui est interessant (pour moi), c’est qu’on y parle juste analyse tactique, ca peut aider et inspirer beaucoup d’entraineurs au niveau amateur.Pas de blablas de forums sur les transferts, les rumeurs,les licenciements et jen passe…. Les analyses ici sont bien plus approfondies que sur les sites sportifs plus connus du web. Je n’apprécie pas les personnes qui ont fait des études de journalisme pour leur carrière mais qui n’ont jamais touché un ballon de leur vie même en tant qu’amateur et qui se permettent donc d’influencer l’opinion des gens avec leurs analyses ( genre Pierre Menes ou Vincent Dubuc).Bref, continuez à rester simple et efficace en continuant à traiter l’essentiel du football autour de la tactique

  10. Jack-Mess dit :

    Sur les contres, ce qu’a fait Bilbao me fait un peu penser à ce qu’avait fait Arsenal contre le Barça à l’Emirates l’an passé. Peu importe les joueurs impliqués, l’offensive s’organisait en 1-3. Le ballon est donné au joueur axial et devant lui, il a un joueur par ailes + un attaquant de pointe.

    Arsenal avait fait ça avec Wilshere, Fàbregas, Van Persie et Walcott ( Wilshere avait donné le ballon à Fàbregas qui par la suite avait centré pour Van Persie). Contre Madrid, le but est marqué de la sorte, Ander Herrera (un futur très grand selon moi, tout comme Isco de Malaga) fixe la défense puis écarte le jeu sur Javi Martinez qui centre par la suite pour Llorente.

    Cette équipe

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