Rapport de match : Le Milan AC face à Bari (3-0)

Attention, nouveau format dans notre rubrique tactique ! Outre les analyses, vous retrouverez désormais ce genre d’essais. Axé autour d’une équipe, ils tenteront de décrypter les grandes lignes du jeu d’une équipe dans un match. Sans rentrer dans le détail, ils espèrent ressembler aux notes que peuvent ramener certains superviseurs. Mais en 90 minutes, difficile d’être exhaustif.

Ce jeudi soir, le Milan AC recevait Bari pour le compte du dernier huitième de finale de la Coupe d’Italie. Malgré l’écart entre les deux équipes depuis le début de saison (c’est tout simplement le choc des extrêmes de Série A), Allegri a décidé de ne pas ménager ses stars : Ibrahimovic, Robinho et Cassano étaient présents sur la pelouse au coup d’envoi. Derrière eux, l’habituel milieu à trois est composé de Ambrosini, Gattuso et Merkel. L’arrière-garde est construite autour d’une charnière Nesta/Yepes avec Antonini à gauche et Oddo à droite. Roma prend place dans les buts.

L’adversaire :

Dernier de Série A, les galletti se sont évidemment déplacés dans le but de rester solides le plus longtemps possible. Comme souvent pour les équipes qui défendent, la formation s’est organisée autour de deux lignes de quatre. Une fois le ballon récupéré, les ailiers (Romero et Alvarez) écartaient au maximum et les deux milieux axiaux (Donati et Pulzetti puis Masiello) se chargeaient d’apporter du soutien aux deux attaquants de pointe (Kutuzov et Castillo). Les latéraux n’avaient eux pas vocation à apporter dans les 25 derniers mètres (Raggi et Parisi).

Tendance à gauche, à gauche, à gauche !

C’est l’aspect tactique le plus frappant après ce Milan-Bari : la formation d’Allegri penche à gauche. Premier élément d’explication : les trois attaquants ont naturellement tendance à se déplacer dans cette zone du terrain. Parce que ce sont des joueurs intelligents, ils n’y allaient pas tous en même temps. Lorsque le premier s’écartait, le second se rapprochait pour offrir un appui ou un soutien tandis que le troisième restait dans l’axe, prêt à terminer le mouvement si le ballon lui parvenait.

Outre les déplacements des trois attaquants, les deux joueurs de soutien de cette zone ont eux aussi à plusieurs reprises pris le couloir. Très intéressant sur ce match (preuve en est son bilan statistique avec un but et une passe décisive), le jeune Merkel s’est souvent excentré pour se défaire du marquage adverse lorsque le Milan préparait ses attaques. Lorsqu’il n’y était pas, c’est Antonioni qui montait pour étirer la première ligne adverse comme on peut le voir ci-dessous. Les deux ailiers de Bari ayant pour habitude de se recentrer en phase défensive, le latéral milanais était souvent libre.

L’entrée d’Abate à la place de Gattuso en deuxième période a légèrement rééquilibré la répartition des attaques entre le côté gauche et l’axe. L’aile droite est elle restée très peu utilisée par les Milanais (absence de Pato ?) si ce n’est pour terminer quelques mouvements par des montées de Oddo.

Le relais Robinho

Lorsque le Milan n’est plus en possession du ballon, l’équipe se replie progressivement pour se retrouver organisée en 4-3-1-2. Même s’il leur arrive de permuter sur quelques phases, c’est Robinho qui redescend jouer le rôle du meneur de jeu et, parfois, du harceleur du porteur de balle adverse. Derrière lui, les trois milieux de terrain coulissent évidemment selon la position du ballon et les deux excentrés soutiennent leurs latéraux lorsque les latéraux adverses décident de monter.

Lorsque le ballon est récupéré, Robinho est le premier joueur recherché par la relance. Dans le meilleur des cas, le ballon lui est glissé dans la course. Il se retrouve ainsi face au jeu et avec deux solutions devant lui (Cassano et Ibrahimovic). A partir de là, tout se joue sur le repli de l’adversaire. Si les joueurs qui ont apporté leur soutien à l’attaque vont moins vite que le Brésilien ou n’arrivent pas à le ralentir, le Milan peut se retrouver dans une situation de trois contre deux (trois ou quatre) face à des adversaires qui reculent. Et dans ce cas, le talent du trio offensif fait la différence. Bari l’a appris à ses dépens sur le premier but.

Romero peut lever les bras de dépit. Il vient de manquer sa passe et de servir Robinho dans la course. A droite et à gauche du Milanais, le latéral et le milieu de Bari sont d’ores et déjà éliminés. Face au Brésilien, Ibrahimovic attend le ballon qu’il convertira en but après un un-contre-un face à son défenseur central.

Transversales

Dominés dans les deux surfaces, les joueurs de Bari ont toutefois réussi à résister tant bien que mal au milieu de terrain. Après avoir été étouffé en début de match, ils ont profité au mieux de la principale faille de l’organisation milanaise au milieu de terrain : la non-couverture des côtés. En effet, trois joueurs ne suffisent pas pour couvrir tout le terrain. Les latéraux revenant à hauteur des défenseurs en phase défensive (les ailiers adverses montant), le Milan n’a pas pressé son adversaire dès lors que celui-ci a commencé à utiliser les changements d’aile en phase de préparation/transition.

Un petit exemple illustrée… Le ballon est à droite en possession du latéral qui est en train de le remonter. Décidé à mettre la pression, le milieu à trois du Milan coulisse et Merkel vient couper la passe vers l’ailier pris par Antonini. Ambrosini se retrouve dans la zone du premier axial, Gattuso dans celle du deuxième. Résultat, le couloir droit est libéré pour la montée du latéral gauche. A partir de là, la suite de l’action se joue sur la rapidité des deux blocs à coulisser : celui de Bari pour proposer des solutions, celui du Milan pour venir les couper.

Si ce choix d’Allegri n’a pas eu de conséquences, il est évident qu’il ne pourra pas se permettre de faire le même en Ligue des Champions ou dans des gros matchs de Série A. Pour peu que le latéral soit vif et capable d’effacer son adversaire direct, le danger peut très vite arriver dans la surface. Même Raggi (latéral droit de Bari) a désorganisé le bloc milanais sur une ou deux phases de jeu.

Quelques joueurs, en bref :

– Très bon match d’Alexander Merkel. Seul véritable relayeur du Milan au coup d’envoi, il a très bien rempli son rôle en se retrouvant régulièrement dans des zones proches des trois attaquants lorsque le Milan attaquait. Dans l’autre sens, c’est Robinho qui décrochait à hauteur de ses milieux de terrain pour apporter des solutions.

– Nesta reste infaillible malgré ses 34 ans. A gauche, Antonioni n’a eu aucun souci face au jeune Espagnol Romero ; à l’inverse, Oddo a perdu quelques duels qui auraient pu devenir dangereux face à Alvarez. Le Hondurien a été l’offensif le plus intéressant de Bari ce soir, réussissant des choses intéressantes malgré le peu de ballons touchés.

– Ibrahimovic et Cassano, une affaire qui marche déjà. La relation paraît naturelle entre les deux hommes, et quand Robinho arrive à s’y incruster, ça peut faire claquer quelques sloggis aux supporters de San Siro.

Conclusion :

Aussi déséquilibré fut-il, le match n’en a pas moins été intéressant. S’il a tout pour être léthal, notamment en contre-attaque, le Milan AC n’en reste pas moins vulnérable sur les côtés. Si cette vérité ne se confirmera peut-être pas face aux grands clubs italiens et européens, les équipes moyennes de Série A devraient peut-être travailler les changements de jeu et les déplacements qui vont avec pour profiter des espaces laissés dans le dos du milieu de terrain le plus loin du ballon… Mais attention à ne pas perdre la balle.


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