Rapport de match : Le Japon, champion d’Asie

La Coupe d’Asie des Nations s’est achevée ce samedi sur la victoire finale du Japon en finale face à l’Australie. C’est le quatrième succès des Samouraïs dans cette compétition, une première dans l’histoire de la compétition. Pour y parvenir, les Japonais ont dû venir à bout de la Corée du Sud et de l’Australie en demi-finale puis en finale. Pousses jusque dans les prolongations, ils s’en sont sortis à chaque fois : d’abord grâce à leur gardien Kawashima lors de la séance de tirs au but face à la Corée, puis grâce à un déboulé de Nagatomo côté gauche conclu par une magnifique volée de Lee. Décryptage de l’organisation japonaise sur ces deux rencontres.

Sur le tableau noir :

Voilà à quoi ressemble la formation japonaise lorsque le match démarre. Kawashima garde les cages et est protégé par une défense à quatre classique. Sur les côtés de celle-ci, les deux latéraux (Nagatomo à gauche et Uchida à droite) participent pleinement aux offensives de l’équipe et multiplient donc les allers-retours. Lorsqu’ils sont en position haute, ils sont couverts par les deux milieux récupérateurs, Endo et Hasebe : un schéma qui peut rappeler l’Espagne 2010 avec Xabi Alonso et Busquets.

Devant, le très combatif Maeda est le seul joueur qui reste très haut sur le terrain quelque soit la position du ballon. Derrière lui, les tâches sont partagés. Okazaki joue le rôle du premier soutien à l’attaquant de pointe depuis son aile droite : il rentre beaucoup à l’intérieur et pèse surtout dans les trente derniers mètres. A l’inverse, Kagawa à gauche (remplacé par Fujimoto lors de la finale) et Honda dans l’axe sont des joueurs-clés lorsque le Japon doit placer ses attaques, intervenant généralement entre les deux lignes adverses.

Le circuit-clé :

Kagawa absent lors de la finale, les joueurs de Zaccheroni ont d’ailleurs eu beaucoup de mal face au bloc australien très bien organisé dans sa moitié de terrain et n’hésitant pas à aller gêner les rampes de lancement du jeu japonais. Les Socceroos avaient très certainement relevé les difficultés des sud-coréens dès que ces derniers voyaient leur première ligne défensive éliminée par une passe à destination de Honda ou Kagawa entre les deux lignes. Exemple ci-dessous.

Le ballon part de Endo au niveau de la ligne médiane. Les deux latéraux japonais sont déjà dans le camp adverse et étirent la premier rideau défensif sud-coréen ce qui ouvre des espaces. Honda en profite pour faire un appel en diagonale et se retrouve servi entre les deux lignes sud-coréennes (flèches jaunes). Autour de lui, le mouvement est déjà lancé. Dans le couloir, Nagatomo démarre le long de la ligne et sollicite le ballon. Une fois servi (flèches oranges) et sa vitesse aidant, il prend le dessus sur son adversaire direct et centre dans une surface où Kagawa, Okazaki ou Maeda proposent des solutions.

Le contre australien :

Evidemment prévenus, les Australiens ont tenté de contrer ce circuit de passes très dangereux et bien maîtrisé par les Samouraïs. Une organisation spécifique qui se décrit en deux parties. La première, c’est un bloc assez haut et des offensifs concernés pour gêner les lancements de jeu japonais. La seconde, c’est un marquage serré sur Honda de la part de Jedinak. Kagawa absent et Fujimoto n’ayant pas le même volume de jeu, l’attaquant du CSKA apparaissait comme la seule solution capable de faire des différences entre les lignes australiennes.

Esseulé au coeur du jeu, Honda a ainsi eu énormément de mal à se défaire de son garde du corps (Jedinak), supplée, selon la zone, par Valeri le deuxième milieu récupérateur australien. Devant, Cahill pressait sur toute la largeur du terrain pour aller ennuyer Endo et Haseba dans leurs zones de prédilection tandis que Holman et McKay se chargeaient le plus souvent de fermer les solutions de passe en profondeur entre les lignes. Et quand celles-ci venaient à passer, tout se jouait sur l’anticipation de Jedinak ou Valeri, généralement plus prompts que Honda dans ce domaine… Ou l’empêchant de jouer dans de bonnes conditions ensuite.

Face à un adversaire agressif dans l’entrejeu, l’une des clés pour annihiler ce pressing est l’utilisation de la largeur du terrain pour préparer ses attaques. C’est ce qu’a parfaitement appliqué le Japon pendant quelques minutes. Honda évolué dans une position légèrement décrochée, ne cherchant plus à se retourner mais à offrir un relais au sol pour des changements de jeu partant du milieu de terrain opposée. Ci-dessous, un exemple : le ballon part de Hasebe, Honda glisse dans le dos de Holman et peut servir directement Nagatomo dans le couloir sans avoir à se retourner pour faire face à Jedinak.

En défense :

Malgré cette adaptation dans l’animation offensive, les Japonais ont eu énormément de mal à créer le danger dans les 30 derniers mètres. Et pour cause, le bloc australien extrêmement compact imposait un défi physique difficile à relever pour les hommes de Zaccheroni qui peinait à trouver les intervalles qui leur permettrait d’accélérer. Derrière, les soucis étaient identiques. Le jeu direct des Australiens créait des situations d’égalité numérique dans la surface japonaise entre les duos Cahill-Kewell et Konno-Yoshida. Tout partait de longs ballons balancés par Carney, Neill ou Wilkshere depuis le milieu de terrain.

Le Japon ayant pour habitude de se replier de manière très compacte dans l’axe, les deux latéraux australiens avaient tout le loisir de s’avancer dans leurs couloirs jusqu’aux 40, voire même 30, mètres pour envoyer ensuite leurs centres dans la surface. Dans d’autres cas, ils profitaient du repli assez large des ailiers japonais pour combiner avec Holman ou McKay pour se retrouver décalés et envoyer des centres tendus dans la surface. Dans les deux cas, tout reposait ensuite sur les duels entre les attaquants et la défense centrale.

Le coaching crucial :

Si le mètre 89 de Yoshida a su rivaliser dans les airs face à Kewell ou Cahill, le mètre 78 de Konno a eu beaucoup plus de difficultés. Peu avant l’heure de jeu, Zaccheroni va réaliser le changement qui va soulager son défenseur. Iwamasa remplace Fujimoto (le remplaçant de Kagawa) et s’installe aux côtés de Yoshida en défense centrale. Konno glisse dans le couloir gauche et c’est l’excellent Nagatomo qui se retrouve au milieu de terrain. Ce remplacement, a priori défensif, va pourtant complètement déstabiliser le bloc australien.

La première raison, c’est d’abord le rendement exceptionnel de Nagatomo sur son aile gauche. Sur cette finale, le joueur de Cesena s’est payé le luxe d’être aussi bon offensivement au poste de latéral (lancé) qu’à celui de milieu de terrain (arrêté). Et ça, c’est la marque des excellents latéraux. Deuxième raison, Konno couvrant désormais le couloir gauche, Endo peut évoluer plus haut sur le terrain et participer aux offensives. C’est ainsi qu’on le verra souvent arriver de derrière pour profiter des services en profondeur de Honda ou, comme sur le but ci-dessous, se décaler le long de la ligne de touche pour lancer Nagatomo.

Conclusion :

Des stars en puissance (Nagatomo, Honda), des principes de jeu qui ont la cote en ce moment (latéraux offensifs, défenseurs solides dans les duels), un entraîneur réactif et efficace sur son banc de touche pour un plan de jeu très cohérent à l’arrivée. Le Japon fait un très beau champion d’Asie 2011 et ses prochaines sorties seront à suivre de près si vous souhaitez aiguiser votre oeil de tacticien. Peut-être l’une des sélections les plus intéressantes à jouer dans l’année à venir.

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