Rapport : Bordeaux, 4-2-3-1 et sortie de balle

Un bloc plus bas, un jeu plus direct et plus vertical. Voilà en quelques mots le projet de Jean Tigana pour les Girondins à son arrivée. Dix mois plus tard, le technicien n’est plus là et Bordeaux cherche à se refaire un moral. Première étape positive mercredi dernier face au PSG. Avec un bloc plutôt bas et un but prenant son origine dans un contre parfaitement mené, comme quoi. Néanmoins, tout n’a pas fonctionné dans l’animation offensive bordelaise, notamment au moment d’enclencher la phase de remontée du bloc-équipe. Décryptage.

Sur le tableau :

Si l’entraîneur a changé après la déroute face à Sochaux, Bordeaux a conservé son 4-2-3-1 à Lens et face au PSG. Quelques joueurs ont changé : Jussiê et Diabaté forment une paire « soutien et pointe » ; Trémoulinas s’est transformé en milieu gauche ; et Plasil s’est installé à droite suite au retour de Diarra (suspendu face à Lens) dans l’axe aux côtés de Fernando. Derrière, Carrasso est protégé par une défense composée de Chalmé, Sané, Planus et Marange. Dans le camp d’en-face, Paris évolue aussi en 4-2-3-1 avec des latéraux de rechange (Armand à la place de Tiéné, Ceara derrière Jallet) et un Nenê dans l’axe en soutien de Erding.

Qui dit schéma à une seule pointe entraîne forcément des soutiens, plus ou moins attitrés, à celle-ci. Pour schématiser, deux grandes possibilités se dégagent pour l’entraîneur. Le milieu offensif abat un gros travail défensif, à la fois sur le plan du pressing que sur celui du repli : dans ce cas, il densifie l’axe (de deux à trois joueurs) ce qui permet de libérer plus facilement les ailiers au moment de la remontée du ballon (cf. MU avec le duo Anderson-Berbatov). La deuxième possibilité est de voir l’équipe formée un bloc sur deux lignes de quatre joueurs, le milieu déchargé du travail défensif veillant alors à se rendre disponible tout en restant à distance raisonnable de l’attaquant pour pouvoir enchaîner (cf. MU avec Rooney et Chicharito).

Le duo Jussiê / Diabaté :

Sur la mi-temps qu’il a disputé, Jussiê a énormément travaillé défensivement. Diarra et Fernando ne sortant que sur certaines occasions, pour conserver le surnombre dans l’axe (vs Erding, Nenê et parfois Chantôme), le Brésilien s’est chargé de gêner la construction parisienne (Clément et Chantôme). Il n’a pas non plus oublié, comme Plasil en deuxième mi-temps, de suivre son adversaire (Chantôme) lorsque celui-ci tentait de prendre un intervalle dans les 30 derniers mètres.

Devant lui, Diabaté a essayé de rester le plus proche possible du reste de l’équipe. Il s’est ainsi souvent retrouvé à récupérer des ballons au niveau du rond central. Il faut dire que malgré sa taille, il n’excelle pas dans les airs et la plupart des longs ballons de relance plein axe finissait sur la tête de Sakho ou Camara. En revanche, à l’instar de Berbatov pour rester dans l’exemple mancunien, il a su se défaire de la pression de la défense adverse en s’excentrant pour récupérer des ballons ressortis par les côtés.

Le milieu offensif (Jussiê) abattant un important travail en phase défensive, la tâche revenait vraisemblablement aux ailiers pour soutenir le plus rapidement possible Diabaté. L’ouverture du score rapide les appelant à la prudence (et appelant Paris à sortir), ils ont surtout suivi les montées des latéraux adverses et se sont donc retrouvés loin de leur attaquant de pointe. Et si Trémoulinas a la pointe de vitesse pour rapidement remonter le terrain, il ne combine avec Diabaté que lorsque celui-ci s’excentre côté gauche. Tandis qu’à droite, Plasil met plus de temps à venir apporter du soutien… A l’inverse d’un Ben Khalfallah plus rapide et logiquement plus intéressant dans ce rôle en deuxième mi-temps.

Remonter et enchaîner :

En plus de ces problèmes de profils, les Girondins ont en plus manqué d’automatismes dans leurs déplacements. Ou plutôt, ils ont conservé leurs mauvaises habitudes d’équipe qui cherche d’abord la conservation du ballon avant la construction d’une attaque.

Sur le schéma ci-dessus, les Girondins démarrent en phase défensive. Les ailiers sont repliés et Jussiê défend aussi formant un milieu à trois avec Fernando et Diarra. Seul devant, Diabaté s’excentre pour récupérer une relance (flèche jaune). Derrière lui, il attire Sakho en couverture et, puisqu’il va dans sa zone, il se retrouve avec Armand à ses côtés. Deux contre un dans la zone, Diabaté n’arrive pas à se retourner et doit revenir derrière.

A ce moment-là, deux solutions s’offrent à lui (en orange) : Plasil (le milieu droit) et Fernando (ici axial droit, remplaçable par Jussiê). Les deux joueurs restent sur la même ligne ; ainsi lorsque le ballon ressort par Plasil (en jaune), Fernando le récupère et poursuit le changement de jeu. Celui-ci pourra par exemple se poursuivre jusqu’à la création d’un deux contre deux côté opposé ou s’arrêter sur une tentative d’accélération de Jussiê.

Cet exemple développé, imaginons-en un pas moins dangereux mais nécessitant des déplacements anticipés. Ainsi lorsque l’attaquant de pointe ressort le ballon, une course vers l’aile du milieu axial peut compléter un rapprochement de l’autre milieu de terrain de la zone où se situe le porteur. Celui-ci se retrouve alors avec une solution vers l’avant, ouvrant la profondeur, et une autre solution plus sécurisé sur la même ligne que lui. Aux joueurs du couloir adverse de compenser pour poursuivre le changement de jeu si besoin : le milieu se recentre et le latéral monte d’un cran.

Conclusion :

Il s’agit là d’une des nombreuses possibilités offertes dans ces situations. Le but était simplement de mettre en avant le souci qui a très souvent fait défaut aux Girondins sur les 18 derniers mois : le manque de mouvement des joueurs qui ne sont pas dans une zone proche de l’action et l’incapacité de certains à avoir un coup (une passe) d’avance. En d’autres termes, faire l’appel pour le joueur qui va recevoir le ballon. N’est pas Manchester United qui veut mais la première chose serait d’essayer.

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2 réponses

  1. Guess dit :

    Tiens donc, on dirait Coco Suaudeau. Intéressant…

    Merci pour l’article en tout cas !

  2. arnaud dit :

    Super article! très intéréssant merci beaucoup

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