Pays-Bas 0-1 France : l’analyse tactique

En allant gagner à Amsterdam, les Français ont en partie rattrapé les deux points perdus en Biélorussie au mois de septembre (0-0). Les voilà désormais en tête du groupe A avec la Suède, leur prochain adverse. Dans le jeu, ils ont (enfin) retrouvé le Paul Pogba de l’Euro, celui qui assure l’équilibre de l’équipe aux côtés de Blaise Matuidi. Un retour au bon moment, à l’occasion de ce premier match à gros enjeu sur la route du Mondial 2018.

Les compos :

Pour ce déplacement, Didier Deschamps a misé sur la continuité en reconduisant les titulaires de France-Bulgarie (4-1). Seul changement, forcé par la blessure de Bakary Sagna, Djibril Sidibé débutait la rencontre sur le flanc droit de la défense.

Dans l’autre camp, c’est une équipe des Pays-Bas privée de son seul joueur d’expérience -et tireur de coup de pied arrêté- (Sneijder) qui s’est avancée sur la pelouse de l’Arena d’Amsterdam. Attendue en 4-3-3, elle a finalement débuté en 4-2-3-1 avec le duo Strootman-Wijnaldum positionné devant la défense.

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Les Bleus retrouvent « leur » Pogba : 

« Il peut faire plus et doit faire plus. » Malgré le succès contre la Bulgarie, Didier Deschamps avait pris le temps de s’arrêter sur la performance de Paul Pogba en conférence de presse. Et pour cause, le milieu de terrain de Manchester United s’était quelque peu oublié sur la pelouse du Stade de France. Au-delà de son déchet technique, il avait surtout mis en péril l’équilibre de l’équipe par son positionnement souvent trop avancé. Cette prestation s’ajoutait en plus à une autre du même acabit en Biélorussie.

Le Pogba de l’Euro s’est-il perdu sur la route le menant à Manchester United ? En juillet dernier, le joueur avait prouvé qu’il était capable de se fondre dans le 4-4-2 de Deschamps en réalisant une excellente 2ème partie de tournoi. Laissant le jeu entre les lignes à Payet ou Griezmann, il s’était concentré sur l’orientation du jeu au milieu et la couverture des attaques. Preuve de sa capacité à accomplir cette tâche plus défensive, il avait terminé l’Euro avec le plus grand nombre de ballons récupérés.

Ce Pogba-là, l’équipe de France l’a retrouvé face aux Pays-Bas. A croire que l’enjeu que revêtait ce premier choc dans la course au Mondial a permis de le faire revenir. Positionné devant la défense aux côtés de Matuidi, le milieu de terrain ne s’est quasiment jamais aventuré entre les lignes néerlandaises. Au contraire, il a assuré la couverture de Sissoko et Sidibé côté droit, tout en fermant l’axe lorsque Matuidi en faisait de même à gauche derrière Payet et Kurzawa.

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Avec le ballon, il a aussi évité de trop en faire. Face à un bloc néerlandais compact sur la largeur, son jeu long (20% de ses passes) a permis de donner de l’air à la circulation de balle des Bleus et éviter les possibles traps. Après une première mi-temps sérieuse, on irait même jusqu’à scolaire tant il s’est attaché à rester dans son rôle de milieu axial, le joueur de Manchester United a pris plus de risques après la pause. Et ça a failli payer, puisque son jeu long aurait pu permettre à Gameiro de marquer (54e) ou Kurzawa de faire marquer (59e).

Buteur sans quitter sa position en première mi-temps (30e), il aurait aussi pu récidiver en deuxième : d’abord de la tête sur un corner (66e), puis sur l’une de ses rares montées en fin de match (77e). Une capacité à être décisif qui n’est qu’une cerise sur l’excellent gâteau qu’était sa performance ce lundi.

Attaque structurée et contre-pressing efficace 

Avec un Pogba dans le rôle attendu par Deschamps, l’équipe de France a retrouvé une structure offensive cohérente, à défaut d’être déstabilisante. Il faut dire qu’en face, il y avait une équipe qui avait plutôt bien travaillé défensivement, opposant un bloc très compact sur la largeur. Ils ont ainsi su réduire l’influence de Dimitri Payet, élément déclencheur des attaque placées contre la Bulgarie. Le Hammer a bien réussi à être dangereux en début de partie (7e), mais il a beaucoup moins pesé sur la durée.

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A défaut d’être dangereux en construisant, les Bleus ont déstabilisé la défense adverse grâce à un pressing à la perte efficace. Sur la première demi-heure, la meilleure occasion (Gameiro, 14e) est ainsi venue d’une récupération rapide du ballon… Idem pour le but aussi, Pogba profitant d’un ballon intercepté par Koscielny au niveau de la ligne médiane (30e).

Ce contre-pressing, efficace face aux Pays-Bas, est la conséquence directe du meilleur équilibre des Bleus en phase offensive. On en revient à la discipline de Paul Pogba dans ce match, qui a contribué à rendre l’équipe plus efficace à la perte du ballon grâce à une meilleure occupation des espaces. L’important pour l’équipe de France sera de conserver cet équilibre à l’avenir. Car même contre des équipes encore plus regroupées, le contre-pressing reste une arme redoutable.

Un côté gauche en difficulté : 

Dominatrice jusque dans le camp adverse, l’équipe de France a réalisé une excellente première mi-temps sur le plan défensif. La ligne de stats des Pays-Bas à la pause en témoigne puisque Janssen a été le seul à tenter sa chance… sur une offrande improbable de Dimitri Payet (40e).

Au-delà de leur capacité à défendre en avançant, les joueurs de Didier Deschamps ont aussi verrouillé l’axe. Derrière Griezmann-Gameiro, le milieu est resté très compact sur la largeur, privant Strootman, Wijnaldum et Pröpper d’espaces. Résultat, les Pays-Bas n’ont pas trouvé d’autres solutions que de faire tourner la balle entre leurs défenseurs, de Blind à Karsdorp en passant par la charnière Van Dijk-Bruma, pour tenter de contourner le bloc français.

Ils ont néanmoins trouvé en Karsdorp un redoutable animateur sur le flanc droit. Souvent servi lancé, le jeune latéral du Feyenoord a posé d’énormes problèmes à Kurzawa, tiraillé entre la position intérieure de Klaassen et les déboulés de son vis-à-vis le long de la ligne de touche. Peu aidé par son milieu gauche, souvent battu par la passe qui lançait le latéral, le gaucher du PSG a passé une soirée compliquée. Heureusement, sa partenaires de la défense ont su repousser les centres adverses.

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L’autre carte des Pays-Bas était le jeu long, sur Janssen en début de partie, puis Bas Dost après l’heure de jeu. Partant de Bruma, Van Dijk ou Strootman, ces longs ballons ont une nouvelle fois visé les zones des latéraux français. Là encore, ces derniers ont été bien soutenus par une charnière ultra-solide qui a tout renvoyé (56 dégagements au total pour la défense bleu, dont 28 pour la paire Koscielny-Varane).

Deuxième mi-temps : « on ferme ! »

S’ils ont tenu derrière, les Bleus ont peut-être trop laissé venir leurs adversaires après la pause. Le 1-0 dans la poche, ils ont redémarré la deuxième mi-temps en laissant la possession aux Néerlandais. Celle-ci s’est en effet inversée entre les deux mi-temps (56/44 France en 1ère ; 54/46 Pays-Bas en 2ème). Les Bleus ont beaucoup plus joué par à-coups, ou par éclairs (Pogba pour Gameiro, 54e) que par des actions construites.

Laisser venir l’adversaire pour le contrer : le plan reste assez logique dans une telle situation. Le problème, c’est que les Bleus n’ont pas réussi à mener un seul contre à terme. Trop souvent, les transitions ont été gâchées, soit par un mauvais choix, soit par du déchet technique. Des problèmes qui existaient déjà pendant l’Euro et sur lesquels on attend toujours une progression. Malgré ça, les Bleus ont quand même eu les opportunités pour doubler la mise (Pogba sur corner et dans le jeu en fin de partie).

En ne marquant pas, les Français sont restés sous la menace d’un retour des Pays-Bas en fin de partie. Et l’égalisation n’était pas si loin lorsque Depay a profité d’un mauvais dégagement de Koscielny (sa seule erreur du match) pour se retrouver seul devant Lloris (82e). Comme au début de l’Euro (Albanie, Roumanie, Suisse et même Irlande), le gardien de Tottenham a sauvé les siens et préservé les 3 points de la victoire.

Conclusion :

Si l’essentiel a été assuré avec le succès (1-0), ce match face aux Pays-Bas marque aussi une progression de l’équipe de France par rapport aux matchs face à la Biélorussie et la Bulgarie. Contre les Pays-Bas, les Bleus ont en vérité retrouvé le niveau qui était le leur pendant l’Euro, grâce à un Pogba de nouveau appliqué dans son rôle de milieu de terrain.

Mais qui dit Euro, dit aussi limites : l’équipe a finalement assez peu produit offensivement, souffrant de la même Payet-dépendance sur attaque placée et d’un jeu de transition assez pauvre. Sa passivité à 1-0 a aussi invité les Pays-Bas à accentuer la pression avec du jeu long. Certes, elle aurait pu doubler la mise mais elle ne l’a pas fait. On en revient à ses problèmes de production offensive : vu qu’elle a du mal à se créer des occasions, elle se doit de les mettre au fond…

Heureusement, les Bleus ont pu s’appuyer sur leur véritable point fort depuis la reprise : une association Koscielny-Varane en très grande forme et qui semble en progression de match en match. En espérant une confirmation dans un mois face à la Suède.

 

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6 réponses

  1. Benm dit :

    Je pense que l’on parle un peut trop de Pogba dans les deux cas, il a été bon contre les pays bas mais j’ai été plus impressionné par la prestation de Matuidi, en première mi temps les deux occasions de gameiro partent de récupérations et d’ouverture de matuidi… je crois qu’il ne perd aucun ballon en première mi temps en ne faisant pas que des passes latérales comme peuvent lui reprocher certaines personnes parfois, son activité a étouffé les néerlandais en 1ère mi temps et les journalistes néerlandais ont été bien plus impressioner par la prestation du parisien que par celle du mancunien

  2. Tout à fait. Je me suis épanché sur Pogba parce qu’il y a une différence entre sa prestation contre les Pays-Bas et les deux précédentes contre la Bulgarie et la Biélorussie. Mais l’un va avec l’autre. Parce que contre la Bulgarie, Matuidi (comme Kanté avant d’ailleurs) a quasiment dû défendre pour deux au milieu de terrain. Il avait fait un très bon match dans ce registre la semaine dernière. Contre les Pays-Bas, il a été meilleur aussi parce que l’équipe autour de lui (et notamment son partenaire au milieu) était plus équilibrée. A partir du moment où il y a moins d’espaces à couvrir autour de toi ou dans ton dos, c’est plus facile de défendre en avançant.

  3. Iniesto dit :

    Salut Flo,
    Est-ce que tu penses que la compacité du 4-4-2 qui donne de l’espace aux latéraux adverses (Karsdorp par exemple) et élimine Payet sur une passe ne serait pas simplement une des limites de ce système de jeu ?
    Avec ce système de 4 milieux à plat, comment une équipe peut-elle défendre efficacement le coeur du jeu et en même temps limiter les espaces des latéraux adverses ?

  4. C’est un problème qui se passe une ligne plus haut à mon sens, au niveau des attaquants qui doivent pouvoir aller cadrer les joueurs susceptibles de lancer Karsdorp. Exemple simple, il s’est parfois retrouvé seul parce que les Néerlandais jouaient long et du coup Payet n’avait pas le temps de coulisser.
    Ce qui est intéressant quand on revoit son match, c’est que les problèmes sont restés les mêmes avec Payet, Sissoko et Martial qui ont fait quelques séquences à gauche eux aussi. Du coup, ce n’était pas à proprement parler le problème du milieu gauche devant Kurzawa mais une ligne plus haut, au moment de cadrer le passeur.

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