PSG : Thiago Motta, garant de la maîtrise parisienne

Le PSG a (enfin ?) décroché son troisième titre de champion de France de son histoire dimanche dernier, le premier depuis 19 ans. Tactiquement, ce sacre récompense les 18 mois de travail de Carlo Ancelotti, au sein desquels il est possible de distinguer deux grandes phases : la recherche de la bonne formule (12 mois), et son perfectionnement (6 mois en 4-4-2). Toutefois, tout au long de cette dernière période, le système de jeu parisien a souffert d’un mal récurrent à la construction. Très souvent, en Ligue 1 comme en coupe d’Europe, le PSG a subi au milieu de terrain, souffrant généralement du surnombre crée par les systèmes adverses (trois contre deux dans l’entrejeu).

Constat :

Pour pallier à ce déficit, les joueurs de la capitale ont accepté de laisser venir l’adversaire pou le prendre en contre, comptant sur l’imperméabilité de leur défense et l’efficacité de leur attaque pour faire la différence. A défaut de maîtriser totalement les rencontres, les Parisiens ont ains pu se contenter de l’essentiel : répondre présents dans les deux zones de vérité pour prendre des points. Un choix payant au vu des six derniers mois et du bilan de cette saison 2012/2013.

Mais au-delà du système de jeu, ce sont aussi les profils des attaquants parisiens qui font que le club de la capitale « laisse venir » dans les grands rendez-vous.. Défensivement, aucun des membres de l’attaque parisienne ne travaille énormément comme pourraient le faire Lewandowski et Götze à Dortmund ou Muller et Mandzukic au Bayern. Mais surtout offensivement, Lavezzi et Ménez aiment les grands espaces et ont besoin de profondeur pour exprimer pleinement leurs qualités. Plus ils en ont et plus Paris peut être dangereux rapidement. Pour cela,  leurs partenaires privilégient le jeu rapide… Soit des transmissions à risque, pouvant entraîner des ballons rapidement rendus à l’adversaire.

Face à Lyon dimanche dernier, ce PSG était sur la pelouse de Gerland durant le premier quart d’heure. Dominé et pressé par son adversaire, il ne semblait en mesure de créer le danger qu’en cas de perte de balle des milieux lyonnais ou d’exploits individuels d’un attaquant (Pastore, Lavezzi, Ménez…). Mais passé cette entame compliquée, c’est une autre équipe qui a émergé, et pris l’ascendant sur des Lyonnais incapables de faire face. Et cette montée en régime parisienne avait un grand artisan : Thiago Motta.

Thiago Motta : l’invincible 

Revenons d’abord sur la saison du joueur. Même s’il a peu joué, l’international italien peut se targuer d’être le porte-bonheur du PSG cette saison. Il n’a tout simplement jamais perdu (15 matchs joués, 14 titularisations, 9 victoires et 6 matchs nuls). Il faut remonter au mois d’avril 2012 pour trouver la dernière trace d’une défaite du PSG avec Thiago Motta sur le terrain. C’était le 29 avril 2012 et Paris, alors en plein sprint final avec Montpellier, avait chuté face à Lille (1-2). Trois points qui s’étaient envolés au cours de vingt dernières minutes passées en infériorité numérique.

En plus de manquer de nombreux matchs cette saison, Thiago Motta n’a surtout pas réussi à les enchaîner. Sur l’ensemble de la saison, sa plus longue série se résume à quatre matchs disputés entre la 16ème et la 19ème journée de championnat, soit les dernières semaines précédant la trêve hivernale. Et les premières faisant suite à la mise en place du 4-4-2 par Ancelotti… Un bilan ? 4 victoires, dont une face à Lyon (déjà), 12 buts marqués, aucun encaissé et la prise des commandes de la Ligue 1. Pas mal comme chiffres.

Thiago Motta : la maîtrise

Son dernier match face à l’OL a permis de voir en l’espace de 90 minutes ce qu’il aurait pu apporter à ce PSG 2012/2013, qui manque parfois de créativité au milieu de terrain. Ses premières minutes ont d’abord rappelé sa qualité de premier passeur, censé lancer les attaques, le plus souvent rapides. Il avait déjà réalisé une grosse performance dans cet exercice du côté de Barcelone, lorsque son retour avait pallié à l’absence de Blaise Matuidi pour cause de suspension. Aux côtés de Verratti, ils avaient limité un maximum les déchets… mais ce soir-là, la physionomie de la rencontre n’avait pas permis au PSG de l’utiliser en tant que véritable plaque tournante de l’entrejeu parisien.

Dimanche dernier en revanche, l’Italo-Brésilien a pu dicter le tempo de la rencontre après un quart d’heure difficile sous la pression de Clément Grenier. Ne recherchant plus forcément ses attaquants, il s’est installé dans le rond central, dans un rôle de premier organisateur, que l’on pourrait rapprocher de celui de Sergi Busquets à Barcelone (pas étonnant quand on rappelle que Motta a fait ses classes au sein de l’école blaugrana). Le jeu parisien s’est organisé autour de lui à tel point que, sans quitter l’axe, il a permis au PSG de tenir le ballon dans la première moitié du camp lyonnais et de prendre en main le tempo de la rencontre.

En chiffres, le PSG c'est 450 passes tentées pour 363 réussies ; Thiago Motta c'est 57 passes réussies sur 68 tentées, très rarement en retrait.

En chiffres, le PSG c’est 450 passes tentées pour 363 réussies face à l’OL ; Thiago Motta c’est 57 passes réussies sur 68 tentées. A noter que le temps fort parisien, de la fin du premier quart d’heure à l’heure de jeu, correspond sans surprise à sa meilleure période. Sur ces 45 minutes, il réalise un 39/45 dans ses transmissions (68% de ses passes sur cette période, les 32% restants étant étalés entre le premier quart d’heure et la dernière demi-heure).

Tout le jeu parisien s’est donc organisé autour de lui et de sa position dans le rond central. Côté gauche, les décrochages de Lavezzi, les déplacements de Matuidi et l’apport de Maxwell dans le couloir ont permis au PSG de construire un triangle efficace pour conserver du ballon et forcer l’OL à reculer. A chaque fois que Matuidi s’enfonçait dans le camp lyonnais, Mvuemba était obligé de le suivre au marquage, ouvrant un espace à compenser par les deux autres milieux lyonnais. Forcé de reculer, Grenier ne pouvait plus rester au contact de Thiago Motta qui se retrouvait sans adversaire direct pendant quelques secondes lorsque le ballon lui revenait.

De l’autre côté, le système dépendait surtout de la disponibilité de Pastore au milieu de terrain et de l’apport de Jallet le long de la ligne de touche. Thiago Motta restant dans sa position devant la défense, c’est généralement un attaquant qui venait compléter le triangle, soit en prenant la profondeur (Ménez), soit en proposant une solution à l’intérieur du jeu (Ibrahimovic).

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Le côté droit parisien : Jallet dans le couloir, Pastore à hauteur de Thiago Motta et Ibrahimovic en relais devant.

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Le côté gauche parisien, organisé différemment puisque Matuidi et Lavezzi combinaient souvent dans l’axe, l’Argentin travaillant aussi selon les déplacements de Maxwell sur l’aile.

Depuis sa zone, Thiago Motta devait faire le lien entre les deux côtés du terrain en se rendant disponible sur chaque passe en retrait en alternant jeu court (Matuidi, Pastore) et jeu long (Jallet, Maxwell, Lavezzi). Si le bloc lyonnais tardait à remonter sur lui, il pouvait aussi aller de l’avant en cherchant un partenaire à servir dans l’axe. A plusieurs reprises, il a trouvé ses attaquants entre les lignes lyonnaises, jouant encore une fois de sa qualité de passes, notamment pour trouver Ibrahimovic.

Malgré cette maîtrise de l’entrejeu, les Parisiens n’ont pas véritablement été efficaces sur attaque placée. Fin de saison oblige (?), cette inefficacité peut peut-être s’expliquer par un manque de disponibilité et de courses dans les 30 derniers mètres.

Thiago Motta : l’équilibre

Au-delà de son rôle de plaque tournante lorsque l’équipe est en possession du ballon, Thiago Motta est aussi le garant de l’équilibre défensif de l’équipe en phase offensive. Dans les grands matchs, il n’y a que quand il est présent que Matuidi peut prendre le risque de se livrer sur le flanc gauche de l’attaque parisienne. Quand le Français monte, Thiago Motta reste en retrait et protège sa défense centrale. Il doit se positionner de manière à couper les sorties de balle adverses, notamment en bloquant les relais censés aider à la remontée des ballons (n°10 dans un 4-2-3-1 par exemple).

Actuellement, il est le seul milieu de terrain capable de s’épanouir dans ce registre, Verratti n’ayant pas (encore ?) un bagage de véritable milieu récupérateur. Par ailleurs, l’expérience du champion d’Europe 2010 avec l’Inter Milan est aussi primordiale pour sentir les bons coups et déclencher le pressing au bon moment. Le but du titre, inscrit par Ménez, en est d’ailleurs une parfaite illustration.

Au départ de l'action, il y a un long ballon de Lopes dans le camp parisien. Alex quitte l'alignement défensif pour jouer le duel aérien avec Gomis. Devant lui, Motta est au contact de Grenier, et Matuidi dans la zone de Mvuemba.

Tout part d’un long ballon de Lopes dans le camp parisien. Alex quitte l’alignement défensif pour jouer le duel aérien avec Gomis. Devant lui, Motta est au contact de Grenier, et Matuidi dans la zone de Mvuemba. Le PSG est en place.

Alex remporte le duel aérien et renvoie le ballon dans le camp lyonnais. Sans adversaire direct du fait de l'organisation parisienne, Gonalons peut récupérer le ballon sans pression. Mais le milieu défensif lyonnais a du mal à contrôler le ballon...

Alex remporte le duel aérien et renvoie le ballon dans le camp lyonnais. Sans adversaire direct du fait de l’organisation parisienne, Gonalons récupère le ballon sans pression. Mais le milieu défensif lyonnais a du mal à le contrôler.

Mais les difficultés de Gonalons ne sont pas suffisantes pour permettre à Thiago Motta de sortir au pressing sans danger. Le positionnement d'Ibrahimovic bloque la passe en retrait, qui permettrait ensuite aux Lyonnais d'ouvrir le jeu et, peut-être de passer dans le dos du milieu parisien. Les voyants sont donc au vert : Thiago Motta peut lâcher son adversaire direct pour aller chercher le porteur du ballon.

Ibrahimovic empêche le Lyonnais de se donner de l’air en revenant en retrait. Grâce à son positionnement, et à l’instar des attaquants du Bayern qui permettent le pressing de leurs milieux de terrain (lire : Comment défendre comme le Bayern Munich ?), Thiago Motta peut quitter son rôle au contact de Grenier pour aller chercher le ballon dans les pieds de Gonalons.

L'international italien met l'impact nécessaire pour récupérer le ballon. Malgré la présence de Dabo, celui-ci sort de la zone dans les pieds d'Ibrahimovic. Thiago Motta poursuit son action dans le camp lyonnais et crée le surnombre face aux deux défenseurs centraux adverses. Après une remise d'Ibrahimovic, il décale Ménez côté gauche qui trompe Lopes.

L’international italien met l’impact nécessaire pour gagner son duel. Malgré la présence de Dabo, le ballon ressort de la zone dans les pieds d’Ibrahimovic. Thiago Motta poursuit son action dans le camp lyonnais et crée le surnombre face aux deux défenseurs centraux adverses. Après une remise d’Ibrahimovic, il décale Ménez côté gauche qui trompe Lopes.

Conclusion : 

S’il n’est pas indispensable au collectif parisien, Thiago Motta est certainement le joueur qui symbolise le plus sa marge de progression en vue de la saison prochaine. Récupérateur, dépositataire de la construction et capable d’équilibrer l’équipe à lui seul dans l’entrejeu, son profil pourrait permettre au PSG de maîtriser plus efficacement le rythme de certaines rencontres. Reste à savoir si sa condition physique lui permettra de suivre les ambitions du club de la capitale…

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5 réponses

  1. Pole-Emploi dit :

    Non mais va bosser au lieu de pondre des articles de 500 lignes pour brasser du vent.

  2. Carlitos__94 dit :

    Encore un tres bon article. Je pensais pas que ce joueur, a son age, aurait encore la capacite de combler le manque d’un joueur au milieu de terrain. On voit encore bien sur ton exemple qu’avec des joueurs intelligents au milieu de terrain, on peut proposer un milieu a 2 joueurs et non etre oblige de jouer a 3. Formule bien plus interessante a voir (du point de vue spectateur) car elle permet du jeu et de la liberte sur les couloirs.

    A transferer aux coachs de L1 (gourcuff exclu)et leur entetement du 4-2-3-1.

    sur ce match, le positionnement Gourcuff – Grenier etait aussi interessant a observer. Ils ont aussi rendu plus facile le job de Thiago en jouant tous les deux dans la meme zone.

    Encore bravo pour l article.

  3. totti dit :

    En cas de départ d’Ancelloti au Real, je pense que ce dernier serait un remplaçant idéal à Xabi Alonso qui apparemment ne prolonge pas en Espagne.

  4. 1GRR dit :

    Du coup, son association avec Matuidi semble beaucoup plus naturelle que celle avec Verrati. Dans le cas du second, je ne suis pas certain de bien comprendre comment elle doit fonctionner idéalement.

    Par ailleurs, qui a son profil et son expérience pour le remplacer s’il était définitivement jugé trop fragile ? Est-ce que le PSG va plutôt essayer de faire progresser Verrati dans ce registre ou aller chercher quelqu’un avec un gros bagage ?

  5. Will Mak Dey dit :

    Salut à tous :-)

    Je tiens d’abord a te remercier pour tes analyses qui sont pertinentes et je t’encourage de tout coeur.

    Concernant Thiago Motta, Produit de la maison barça, j’ai mis en ligne un petit montage sur son match à domicile contre Evian cette saison sur Youtube, si sa intéresse.

    Bon courage et merci encore.

    lien de la vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=2nNFWpDqmoI

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