Paris SG 3-2 Barcelone, l’analyse tactique

Le PSG était dos au mur mais il l’a fait : sortir vainqueur de son second match de la saison en Ligue des Champions, face à une équipe du Barça qui se présentait au Parc des Princes avec un quasi sans-faute sur le plan comptable et une défense invaincue depuis le début de la saison. En place dans leur moitié de terrain, les Parisiens ont su s’adapter à leurs adversaires et appuyer sur l’éternel point faible des Blaugranas : les coups de pied arrêtés.

Privé d’Ibrahimovic et de Thiago Silva, Laurent Blanc devait construire une nouvelle équipe compétitive pour ce premier grand rendez-vous de la saison. Et à l’inverse du quart de finale retour face à Chelsea la saison dernière, il a semblé travailler son sujet. Alors que Cavani y était annoncé ces derniers jours, c’est Pastore qui a débuté en lieu et place d’Ibrahimovic. Un choix fort et qui sera expliqué par ailleurs.

Côté Barcelone en revanche, pas de surprise pour Luis Enrique. La formation catalane s’est présentée sur la pelouse du Parc dans son système de jeu habituel et avec un onze de départ qui ressemblait fort à une équipe-type. Titulaire face à l’APOEL Nicosie, Ter Stegen démarrait une fois encore dans les buts au détriment de Bravo ; Mascherano était lui préféré à Piqué et Bartra en défense centrale.

 

Le plan de jeu parisien : 

Ni 4-1-4-1, ni 4-4-2 en losange, ni 4-2-3-1, le système de jeu parisien avait pour but de bloquer avant tout l’axe du terrain, que ce soit face à la relance ou la construction barcelonaise. Positionné en pointe de ce système, Pastore avait pour mission de couper les transmissions entre la charnière Mathieu-Mascherano et Busquets, positionné dans le rond central. L’Argentin se positionnait toujours sur les lignes de passes entre les centraux du Barça et leur sentinelle.

Si une passe était toutefois possible, il était ensuite secondé par Thiago Motta, qui devait alors sortir sur Busquets afin de le mettre sous pression. Au sein du deuxième rideau, Matuidi et Verratti se retrouvaient dans les zones de Rakitic et Iniesta.

C’est sur la fermeture des couloirs que les Parisiens avaient véritablement décidé de s’adapter au Barça. Côté gauche, Lucas Moura a eu une mission capitale : limiter l’influence de Jordi Alba en se positionnant toujours entre lui et les buts de Sirigu. Il a ainsi permis une fermeture efficace de ce couloir, complétant le travail de Verratti (sur Iniesta) et Van der Wiel (sur Neymar).

A droite en revanche, Cavani laissait un véritable boulevard à Daniel Alves en optant pour un rôle beaucoup plus axial (peut-être pour bloquer le jeu long de Mascherano, notamment lorsque Paris évoluait haut en début de partie). Très rapidement, le latéral droit du Barça est donc devenu le relais idéal pour ses partenaires afin de franchir le premier rideau adverse et entrer dans la moitié de terrain parisienne.

Pour sortir de sa moitié de terrain, Barcelone passe par Daniel Alves, laissé libre par l'organisation parisienne.

Pour sortir de sa moitié de terrain, Barcelone passe par Daniel Alves, laissé libre par l’organisation parisienne.

Matuidi se démultiplie : 

Bloquant efficacement l’axe et le flanc gauche du Barça, le bloc parisien laissait venir son adversaire côté droit. Remontant le ballon, Daniel Alves n’avait aucun adversaire à sa portée jusqu’à ce que Matuidi coulisse depuis l’axe afin de lui fermer la porte et d’éviter le deux-contre-un (Alves-Pedro vs Maxwell).

Le milieu de terrain français retrouvait là une situation qu’il avait connu avec la sélection durant la dernière Coupe du Monde. Face à la Suisse, Didier Deschamps avait fait le choix d’aligner Benzema côté gauche. Mais le Madrilène ne suivait pas les montées du latéral droit adverse (Lichsteiner), il laissait à Matuidi le soin de se déplacer afin de bloquer le couloir, restant ainsi une solution immédiate pour contre-attaquer. Laurent Blanc avait-il le même objectif mardi soir avec Cavani ? Difficile à dire puisque le PSG n’a pas réussi à sortir beaucoup de ballons dans le dos d’Alves au cours de la première mi-temps.

La liberté accordée à Alves sur ses remontées de balle lui permettait toutefois d’alimenter Messi en ballons. Dans ce cas, les Parisiens côté gauche recevaient le soutien de partenaires : soit de Cavani ou Pastore qui se repliaient, soit de Thiago Motta qui suivait le décrochage de l’Argentin. Souvent, attaquants et milieux devaient participer à l’action puisqu’il fallait à la fois bloquer Messi et maintenir une pression pour Rakitic dans cette partie du terrain.

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En fonction des déplacements de leurs adversaires, les Parisiens s’adaptent défensivement : ici, Thiago Motta vient à aide à Maxwell et Matuidi afin de faire face à Messi, Daniel Alves et Rakitic. En couverture, David Luiz et Marquinhos se partagent le marquage de Pedro. Plus haut, Cavani et Pastore bloquent les solutions en retrait, Mascherano et Busquets.

Agressifs et proches de leurs adversaires, les Parisiens ont ainsi limité le développement d’actions dans le coeur du jeu. Les rares accélérations barcelonaises dans cette zone sont venues de coups de génie individuels (notamment Messi et Iniesta sur le premier but égalisateur, 11e). Les côtés étaient eux bien fermés : les centres barcelonais sont venus « de loin » et n’étaient donc pas dangereux pour la défense parisienne (même si l’un d’entre eux a fini par un but suite à un dégagement manqué – Neymar, 56e).

Pressing catalan et sorties de balle parisiennes : 

Si le plan défensif était clair pour le PSG, le fait de laisser monter Daniel Alves permettait au Barça de s’installer dans sa moitié de terrain. A défaut de percer la défense, les Catalans la faisaient courir, de la droite vers la gauche et inversement, augmentant la pression et surtout créant une situation idéale pour déclencher le pressing sitôt le ballon perdu.

En acceptant de subir, les Parisiens se sont dès lors reposés sur leur capacité à se sortir de ce genre de situations. Et malgré quelques passages compliqués, ils ont majoritairement su s’extirper du pressing catalan. A ce jeu-là, Thiago Motta et Verratti ont excellé en multipliant les bons choix pour aérer le jeu (notamment sur la largeur). En cas de besoin, notamment en deuxième mi-temps, Matuidi et Pastore sont redescendus afin d’offrir des solutions supplémentaires.

Généralement, ces derniers se retrouvaient toutefois un cran plus haut : Pastore pour faire la transition entre sortie du pressing et lancement de la phase offensive, Matuidi pour prendre la profondeur et offrir une solution supplémentaire dans la défense catalane, en plus de celles offertes par Lucas Moura et Cavani.

Dos au but et sous la pression de Busquets, Verratti ne s'affole pas et trouve Thiago Motta.

Dos au but et sous la pression de Busquets, Verratti ne s’affole pas et trouve Thiago Motta. En retard, Rakitic n’a pas le temps de sortir sur l’Italien qui poursuit le changement de jeu en trouvant Maxwell côté gauche.

Dans le rond central au départ de l'action, Matuidi démarre dès qu'il voit que son partenaire a de l'espace. Il offre ainsi une solution supplémentaire dans la profondeur.

Dans le rond central au départ de l’action, Matuidi démarre dès qu’il voit que son partenaire a de l’espace. Il offre ainsi une solution supplémentaire dans la profondeur.

Taillé pour contre-attaquer, le PSG a ainsi pu remonter rapidement le terrain pour finir dans le camp barcelonais. A défaut de se créer de réelles situations de but dans le jeu, il a obtenu des coups de pied arrêtés qui lui ont permis de mettre à mal la défense catalane. Après un premier avertissement, David Luiz a ouvert la marque sur coup-franc (10e), avant que Verratti ne profite d’une sortie hasardeuse de Ter Stegen pour permettre à son équipe de reprendre l’avantage sur corner (26e).

Deuxième mi-temps : 

En tête à la pause, les Parisiens ont tenté de tenir le même plan de jeu le plus longtemps possible en deuxième mi-temps… le temps d’inscrire un troisième but – dans le jeu cette fois – qui les a finalement mis à l’abri du retour catalan dans la dernière demi-heure. Sur cette phase de jeu, la différence a été une nouvelle fois faite par Pastore, auteur de la remontée de balle puis du décalage de Van der Wiel sur l’aile droite (56e).

La réduction du score quasi-immédiate de Neymar a toutefois remis une énorme pression sur les épaules parisiennes pour la dernière demi-heure. Fatigués, les Parisiens ont logiquement reculé ; les lignes se sont distendues, le pressing s’est relâchée et les créateurs du Barça ont trouvé plus d’espaces.

Chargé de remonter les ballons, Alves se retrouvait maintenant en fin de mouvement : le Brésilien a ainsi lancé Messi dans la surface avant que l’Argentin lui rende la pareille… pour deux centres dangereux mais écartés par la défense parisienne. Côté gauche en revanche, Lucas Moura a poursuivi son travail sur Jordi Alba, finissant sur la même ligne que Van der Wiel, Marquinhos ou David Luiz sur certaines séquences.

Paris recule mais garde le même objectif : verrouiller l'axe.

Paris recule mais garde le même objectif : verrouiller l’axe et les relais qui peuvent s’offrir aux rampes de lancement barcelonaises. A noter que Alba et Alves n’ont toujours pas le même traitement : le premier est suivi de près par Lucas Moura quand le second bénéficie d’encore plus de liberté après la pause (Matuidi étant concerné par Rakitic sur cette situation).

Les dernières minutes de la partie n’ont pas réellement changé l’affrontement tactique. Laurent Blanc a fait du poste pour poste avec les entrées de Cabaye (Verratti, 71e), Chantôme (Pastore, 86e) et Bahebeck (Lucas, 90e). Côté catalan, Luis Enrique a lui fait entrer Xavi (Rakitic, 69e) à partir du moment où le recul du PSG s’est confirmé, sans toutefois que l’Espagnol ne trouve de solutions dans le dernier tiers. Les entrées de Munir (Pedro, 62e) et Sandro (Alves, 83e) n’ont pas changé grand chose malgré le passage à trois défenseurs (Alba, Mathieu et Mascherano). Le jeune international espagnol a toutefois été le dernier à créer le danger sur les buts de Sirigu en touchant l’extérieur du poteau sur une frappe à mi-distance.

Conclusion : 

Si elle a forcément fait du bien aux Parisiens et à leur entraîneur, cette victoire du PSG ne se serait peut-être pas dessinée sans les coups de pied arrêtés victorieux de la première mi-temps. Le choix de Luis Enrique de reconduire Ter Stegen, forcément en manque de repères au vu de son temps de jeu depuis la reprise, dans les buts en Ligue des Champions a peut-être aussi renforcé ce point faible.

Par ailleurs, si Messi a brillé, il n’en a pas été de même pour les autres milieux du Barça : Iniesta n’est sorti du lot que sur certaines séquences et la paire Busquets-Rakitic n’a clairement pas eu le rendement escompté. Ils étaient certes bien bloqués par le milieu parisien, mais n’ont jamais donné l’impression de chercher des solutions pour s’en sortir (décrocher entre les défenseurs pour Busquets, permuter pour Rakitic et Iniesta). Devant, Neymar et Pedro ont eux été bien cadrés par la défense parisienne.

Mais ces bémols côté Barça ne doivent pas non plus effacer les points positifs entrevus hier soir chez les Parisiens. Mis face à un énorme défi, notamment côté Matuidi, le milieu de terrain a répondu présent et un rendement digne de ses meilleures partitions de la saison dernière. Emmenée par Marquinhos, la défense a elle aussi répondu présente. Devant, Lucas Moura et Cavani ont fait beaucoup de sacrifices défensifs, laissant à Pastore le soin de briller dans le costume qu’Ibrahimovic avait laissé vacant.

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5 réponses

  1. Blograna dit :

    Y a une stat que j’arrive pas à trouver (qui sera peut-être dans la Data Room ?), mais qui m’interpellerait…
    Le nombre de ballon récupérés dans les pieds par le PSG qui ont provoqué des attaques rapides et des situations/occasions. Et la même stat côté Barça. De mémoire, ou du moins au niveau du ressenti, Paris a dû être dangereux au mois 5 ou 6 fois après un pressing victorieux, le Barça jamais…
    Pourtant le pressing Catalan était plutôt bon en ce début de saison, mais là la ligne arrière ne suivait pas, l’équipe était souvent coupée en 2 en phase de pressing et Paris pouvait jouer entre les lignes (avec Pastore notamment).

  2. Storm91 dit :

     » 82 ballons perdus, c’est le total inhabituel (source Opta) subit par le FC Barcelone face au PSG mardi soir. Si on enlève les frappes, centres et autres corners qui ne correspondent pas à des vraies pertes, on passe à 54 ballons cédés aux Parisiens (dont 14 dans les 30 mètres blaugranas). Parmi ces 54 ballons cédés 29 ont directement été « grattés » par les joueurs du PSG, Motta, Pastore et Lucas en tête. Ainsi, celui sur Dani Alves par Javier Pastore a entraîné le coup franc du 1-0, celui sur Jordi Alba par Lucas a été à l’origine du corner pour la tête de… Marco Verratti (2-1). » @Blograna

  3. Pilou dit :

    Je n’ai pas l’impression que ce dispositif mis en place lors du match contre Barcelone sera reconduit très souvent, même en Ligue des Champions, sauf contre des équipes aussi adeptes de la possession de balle que le Barça telle que le Bayern de Guardiola par exemple.
    Et même dans cette hypothèse, il y a le problème Ibra qui, dans la même position que Pastore, ne fera pas les mêmes efforts que l’argentin et la séquence de la Data Room de la semaine dernière sur Ajax-PSG le montre très cruellement.
    Difficile en tout cas d’y voir les prémisses d’une solution de rechange tactique pour Laurent Blanc dans cette configuration sans la possession de balle…

  4. Benjamin dit :

    Bonjour Blograna,

    Tu trouveras dans ce lien des éléments de réponse à ta question, côté Barça : http://www.mundodeportivo.com/20141002/fc-barcelona/champions-league-el-barca-perdio-54-balones-en-paris_54416651212.html

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