Paris SG 2-2 FC Barcelone, l’analyse tactique

Même si le Barça est sorti du Parc des Princes dans la meilleure position avant le match retour, le PSG a réussi son pari : réussir à bousculer la référence du moment. S’appuyant sur une défense centrale toujours aussi forte, les Parisiens ont fait preuve de solidarité au milieu de terrain, et ont su appuyer sur les points faibles de Barcelone (dans les airs et sur coups de pied arrêtés) pour se montrer dangereux.

Compositions et organisations :

Du côté des visiteurs, aucune surprise n’était à signaler au coup d’envoi. De retour sur le banc de touche, Tito Vilanova a relancé le système qui avait permis à ses hommes de balayer le Milan AC au tour précédent (lire : Barcelone 4-0 Milan AC, l’analyse tactique). Suspendu, Pedro laissait sa place sur l’aile gauche à Sanchez. Positionné à droite sur la feuille de match, Villa revenait dans l’axe dès que possible afin de permettre à Messi de rejoindre le milieu de terrain. Alves compensait ces déplacements en prenant le couloir, laissant Piqué, Busquets et Mascherano en couverture (Valdes – Daniel Alves, Piqué, Mascherano, Jordi Alba – Busquets, Xavi, Iniesta – Villa, Messi, Sanchez).

Du côté du PSG, l’annonce de la titularisation de Beckham a été au centre de toutes les discussions avant la rencontre. Offensivement, les arguments en sa faveur ne manquaient : l’Anglais fait généralement moins de fioritures que Verratti quand il s’agit de relancer et, avec la qualité de son pied droit, il peut lancer les contres parisiens ou se charger des coups de pied arrêtés. Défensivement en revanche, son impact pouvait être questionné. Avant ce match, il avait toujours été bien protégé par un milieu droit agressif (Chantôme) sur le porteur de balle, qui lui permettait d’éviter de trop subir les duels (lire : Paris SG 2-0 Marseille, l’analyse tactique). Moins porté sur le pressing, Lucas Moura pouvait-il être en faire de même ? Carlo Ancelotti n’a pas attendu d’avoir la réponse à cette question, puisque c’est Matuidi qui a débuté aux côtés du Brésilien, jouant de sa présence pour tenter de dissuader Iniesta dans ses tentatives balle au pied (Sirigu – Jallet, Alex, Thiago Silva, Maxwell – Moura, Matuidi, Beckham, Pastore – Ibrahimovic, Lavezzi).

Le projet de jeu parisien :

Sans surprise, les Parisiens ont débuté la rencontre en cherchant à limiter les espaces dans leur moitié de terrain. En première ligne, Ibrahimovic et Lavezzi s’opposaient au trio de relance barcelonais, formé par Piqué, Mascherano et Busquets. Le dernier cité avait droit à une surveillance rapprochée de la part de l’un des deux attaquants parisiens. Une situation habituelle pour le Barça, qui entraînait une réponse toute aussi normale : les décrochages de Xavi à hauteur de sa sentinelle afin de prendre en main la relance barcelonaise et la première passe vers l’avant.

Le capitaine du Barça était alors libre de remonter les ballons plein axe. Les attaquants parisiens n’étaient pas concernés par ses mouvements et les milieux axiaux (Matuidi-Beckham) restaient en position de manière à ne pas ouvrir d’espaces qui auraient permis à Xavi de trouver des solutions en profondeur. Face à ces approches plein axe, Moura et Pastore complétaient la première ligne ; ils étaient partagés entre deux rôles : fermer les côtés en cas de montées des latéraux barcelonais, et soutenir Matuidi et Beckham si Iniesta et Messi étaient trouvés dans les espaces.

L'opposition en début de partie : Busquets est surveillé par Lavezzi. Xavi n'est pas accompagné par le milieu parisien lorsqu'il décroche. Symbolisées par les flèches jaunes, les compensations du Barça sur l'aile droite, qui permettent à Messi de venir offrir des solutions dans l'entrejeu : montée d'Alves + déplacement de Villa dans l'axe = décrochage de Messi.

Bloqué dans l’axe, le Barça était naturellement amené à s’excentrer dans le camp parisien pour s’installer dans les 40 derniers mètres. La position de Sanchez, dans la zone de Jallet, ainsi que les habitudes d’Iniesta, ont amené les Catalans à privilégier le flanc gauche. Laissant Busquets, Piqué et Mascherano en couverture face à Lavezzi et Ibrahimovic, Jordi Alba se joignait aux combinaisons offensives, menées à tour de rôle par Iniesta, Messi et Xavi. Quand ils n’étaient pas aux lancements de jeu, les trois créateurs offraient des solutions au porteur, toujours courtes de manière à enchaîner ensuite en une touche de balle (une-deux etc.).

La défense parisienne étant fixée par les positionnements de Sanchez (vs Jallet), Daniel Alves (vs Maxwell) et Villa (Thiago Silva et Alex), il revenait aux quatre milieux de terrain de contenir les déplacements de Messi, Iniesta et Xavi. Alignés (ou presque), lorsque le Barça remontait le ballon, Moura, Matuidi, Beckham et Pastore se déplaçaient ensuite en fonction de la construction barcelonaise. Si Xavi et Iniesta se retrouvaient sur la même ligne, les deux milieux les plus proches sortaient à leur rencontre tandis qu’un troisième récupérait le marquage de Messi. Pastore s’est ainsi retrouvé à plusieurs reprises en couverture de Matuidi et Beckham, tous deux sortis mettre la pression dans l’axe.

Premier exemple : Matuidi sort sur Messi pour l'empêcher de se lancer. Moura et Beckham sont proches de Iniesta et Xavi. A droite, Pastore n'est pas concerné par l'action. A gauche, Jordi Alba est libre de tout marquage. Si le ballon arrive dans sa zone, Moura pourrait être amené à sortir sur lui : Matuidi récupérerait alors le marquage d'Iniesta, Beckham celui de Messi et Pastore reviendrait dans l'axe pour suivre Xavi.

En confiance après un début de match réussi, les Parisiens ont essayé d'aller chercher le porteur de balle plus haut, toujours avec le même souci de couvrir les solutions : ici, Beckham sort sur Xavi pour compléter le travail de Lavezzi sur Busquets. Derrière lui, Matuidi et Pastore sont dans les zones de Iniesta et Messi. Le côté droit est complètement ouvert à Daniel Alves.

Offensivement, les Parisiens s’appuyaient sur deux solutions pour ressortir les ballons. Si les premières touches suivant la récupération de balle le permettaient, ils recherchaient en priorité les espaces dans les dos des latéraux catalans. Lucas Moura a ainsi remonté plusieurs ballons sur le flanc droit, profitant des montées de Jordi Alba pour s’échapper dans son dos. Un circuit à double tranchant puisque pour être le référent des contres parisiens, il ne devait pas suivre Alba lorsqu’il tentait de passer dans le dos de Jallet. C’est Matuidi qui se chargeait de protéger le latéral parisien dans ces cas-là. Sur les contres, Moura devait franchir l’obstacle Busquets pour créer le danger. Il était ensuite aidé par les déplacements de Lavezzi, chargé de lui ouvrir l’axe afin qu’il recherche Ibrahimovic (action de la 25e, tir à côté d’Ibrahimovic après un duel avec Piqué).

S’ils ne pouvaient pas repartir au sol, les Parisiens passaient en priorité par les airs (19 duels remportés sur 24, dont 11 dans le camp du Barça – voir la capture Squawka). Laissant Lavezzi à la pointe de l’attaque, Ibrahimovic décrochait au milieu de terrain pour aller au duel avec Busquets. Matuidi était l’un des premiers soutiens à la retombée, grâce à sa capacité à mettre l’impact nécessaire sur les seconds ballons. En plus d’aller chercher Busquets dans les airs, les Parisiens ont ciblé la zone de Jordi Alba, où là aussi ils prenaient le dessus physiquement à la retombée des longs ballons de Beckham. Ibrahimovic, Matuidi et Moura se chargeaient d’animer le jeu, laissant à Lavezzi le soin de finir les mouvements (première occasion de la partie, 5e). Au-delà de ces mouvements, l’avantage des Parisiens dans les airs a surtout eu son importance dans le dernier quart d’heure : d’abord Thiago Silva sur coup de pied arrêté (à l’origine du but d’Ibrahimovic, 79e), puis Ibrahimovic en déviation pour Matuidi (90e).

Alves en solitaire :

Profitant du comportement défensif des milieux parisiens, focalisés sur le trio Xavi-Iniesta-Messi, Daniel Alves a bénéficié d’une très grande liberté dans ses montées. Pastore se replaçant dans l’axe dès que Beckham ou Matuidi sortaient au pressing, le Brésilien devenait un relais évident permettant au Barça de progresser dans le camp parisien, tout comme Sanchez sur l’aile gauche. A l’instar de l’Espagne face à l’équipe de France (lire : France 0-1 Espagne, l’analyse tactique), les milieux barcelonais les plus reculés bénéficiaient d’espaces lorsque les ballons revenaient sur eux après avoir enfoncé le PSG sur une aile. Si les remontées rapides des milieux parisiens les empêchaient d’en profiter en progressant vers le but de Sirigu, l’absence de repli de Ibrahimovic et Lavezzi leur donnait assez de champ libre pour envoyer le jeu côté opposé.

Après une première approche sur l'aile gauche, le Barça a ressorti le ballon sur Iniesta. Jordi Alba est monté, ce qui a entraîné la déformation de la première ligne parisienne. Matuidi complète le travail de Jallet dans sa zone. Moura se retrouve face à Iniesta, Beckham face à Xavi. Devant la défense, Pastore est revenu dans l'axe pour protéger la défense de Messi. Hors-champ, Daniel Alves est libre de s'avancer sur l'aile droite. Spectateur sur l'action, Lavezzi ne redescend pas pour rester au contact de Busquets, ce qui ouvre l'espace pour un changement de jeu.

Après avoir fixé côté gauche, le Barça a ainsi renversé plusieurs fois le jeu à destination de Daniel Alves. Problème, si son adversaire direct (Pastore) était très loin, il en était de même pour les joueurs censés le soutenir (Messi, Iniesta, Xavi). Alves devait du coup se débrouiller en solitaire face à un Maxwell qui, intelligemment, ne se livrait pas pour éviter d’être pris de vitesse et se contentait de contrôler son vis-à-vis pour l’empêcher de repiquer dans l’axe. Tout se jouait sur la capacité des Catalans à offrir des solutions à leur latéral avant que les deux lignes parisiennes ne coulissent de son côté. Mais sauf déplacement exceptionnel de Villa (33e), celles-ci se sont montrés plus efficaces dans l’exercice.

Le déplacement "exceptionnel" de Villa, sans doute réutilisable la semaine prochaine : Barcelone a attiré le milieu parisien sur la gauche. Au lieu de renverser le jeu directement vers Alves, les Catalans passent par David Villa, qui décroche de sa position d'avant-centre afin de forcer Thiago Silva à sortir de l'alignement (1). Villa prolonge en une touche vers Alves (2) avant de redémarrer immédiatement vers le but de Sirigu. Objectif : prendre Thiago Silva de vitesse pour offrir une solution dans la profondeur à son latéral (3).

Messi sorti, Paris presse plus :

Blessé à quelques minutes de la mi-temps, Lionel Messi a quitté ses partenaires après avoir ouvert le score sur un service parfait de Daniel Alves (38e). Sa sortie a évidemment eu un grand impact sur la deuxième mi-temps puisqu’elle a libéré le pressing parisien du PSG. Dès la reprise, les hommes de Carlo Ancelotti sont allés chercher le Barça jusque dans ses 30 mètres, mettant la pression sur Piqué et Mascherano et encerclant le duo Xavi-Busquets grâce à ses milieux de terrain. Une nouvelle approche qui a évidemment rappelé celle de Malaga ou du Real Madrid il y a quelques semaines (voir : Comment contrer la relance du Barça ?). Le Barça a réagi en ajoutant un joueur supplémentaire pour participer à l’effort de relance : Iniesta a reculé afin de se rendre disponible à ses défenseurs.

Obligé de courir après le score, le PSG prend plus de risques pour récupérer le ballon.

Avec le recul de Xavi et Iniesta, c’est Fabregas qui est devenu le joueur-clé de l’animation catalane. L’ancien milieu de terrain d’Arsenal se retrouvait à la mène des contre-attaques lorsqu’il était trouvé par ses partenaires, dans le dos des milieux parisiens sortis au pressing. Devant lui, Villa et Sanchez proposaient des solutions dans la profondeur, cherchant les espaces entre les latéraux et les défenseurs centraux adverses. Fabregas a aussi pesé sur l’aile droite, offrant les fameuses solutions qui manquaient à Daniel Alves en première mi-temps. Depuis ce côté, deux ballons de buts ont été offerts à Sanchez. Deux occasions manquées par le Chilien qui s’est tout de même rattrapé en obtenant le penalty qui a permis au Barça de reprendre l’avantage (89e).

Le milieu parisien pris à défaut par la sortie de balle du Barça, orchestrée par Xavi et Iniesta. Détaché de la défense parisienne afin de se défaire du marquage de Alex ou Thiago Silva, Fabregas peut se lancer sans opposition vers les buts de Sirigu.

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10 réponses

  1. aziz dit :

    manque la conclusion ??

  2. Unibet dit :

    C’est intéressant parce que la stratégie utilisée par le PSG n’était absolument pas la même que celle utilisée par le Milan AC qui était en 5-5-1 (ou presque)

  3. aziz dit :

    Finalement avec l’absence de Messi au retour, Fabregas va jouer « libéré » un peu comme il jouait à Arsenal. Le PSG va t-il gagner au change? Grosse question.

  4. fms dit :

    un petit paragraphe sur le changement de tactique induit par la sortie de Messi ?

  5. boka dit :

    le barca trouve le plan B

  6. jAX dit :

    Tactiquement, le match du PSG me paraît parfait. En première période, le Barça a clairement été neutralisé dans les duels (Iniesta et Xavi par Matuidi et Messi par Thiago Silva) et de ce fait n’a pas pu se créer énormément d’occasions grâce à ses individualités (seul Sanchez avait le dessus sur son vis-à-vis mais il n’est pas assez bon en ce moment). Collectivement, le bloc bas et les déplacements des milieux ont laissé peu d’opportunités (Dani Alves et les ballons dans le dos principalement) qui ont été plus ou moins exploités. À ce propos, le déplacement de Villa à la 33ème minute, c’est absolument génial !

    Dani Alves a absolument dominé son couloir mais ça n’a pas suffit à prendre le dessus (le centre sur Sanchez était pourtant parfait). Peut-être que le Barça n’a pas suffisamment pris de recul sur ce match, Busquets a touché 67 ballons contre 114 pour Iniesta et 131 pour Xavi. Je pense qu’en reculant un peu plus, ils auraient pu aspirer le milieu parisien (en faisant décrocher Messi, susceptible d’être suivi par Matuidi) ce qui aurait fait sortir tout son bloc pour ensuite qu’Alves plonge dans le dos de la défense. Sur ce match, il a systématiquement été servi dans les pieds, bien qu’il soit dangereux, il l’est beaucoup plus en profondeur.

    Le PSG a parfaitement contenu ce Barça, le retour en revanche sera totalement différent. En fan du Barça, je vois une victoire culé notamment grâce à la profondeur et à l’obligation pour Paris de marquer. 3-1.

  7. Tarik75 dit :

    Bonne analyse ! Dommage qu’il manque une synthèse, une conclusion qui nous donne des axes de réflexion pour mercredi..

  8. jAX dit :

    Sur cette passe par exemple, Busquets élimine le milieu parisien sans même que Messi ait décroché parce que Beckham et Matuidi ont suivi Xavi et Iniesta. Derrière Messi peut trouver Villa ou Dani Alves.

    http://www.dailymotion.com/video/xypd0u_busquets-pass-psg_sport#.UVxXlKKzKuI

  9. RMCF dit :

    Pareillement Jax ( hormis le fait que je sois supporter du Real ! )

  10. Alex dit :

    Il me semble que sur le 1er but catalan Ibra, qui est à 2 m de Dani Alvès, regarde le train passer…
    J’aurais bien aimé une analyse sur le rôle réel de Beckham, pas sûr que le faire jouer d’entrée ait été une bonne idée.
    Quand à la conclusion de l’article, elle est comme le score, difficile à caractériser.

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