Paris SG 2-1 FC Porto, l’analyse tactique

Dos au mur après la défaite des siens face à Nice, Carlo Ancelotti avait promis des changements à l’occasion de cette revanche face au FC Porto. Le coach parisien a tenu sa parole en changeant un système de jeu jusqu’ici inamovible. En abandonnant son 4-3-3 pour un 4-4-2, il a su déstabiliser tactiquement son adversaire du soir et faciliter la tâche de ses joueurs.

4-4-2 contre 4-3-3 :

Confiants dans ses capacités après sa performance collective de l’aller, le FC Porto s’avançait au Parc des Princes dans sa formation habituelle, en 4-3-3. Excepté Maicon, remplacé par Mangala, Vitor Pereira renouvelait l’équipe qui avait battu le PSG il y a un peu plus de deux mois dans son stade : Helton dans les buts, Danilo, Otamendi, Mangala et Alex Sandro en défense, Fernando devant celle-ci, Lucho et Moutinho à la création et un trio d’attaque complémentaire avec James Rodriguez (le meneur), Varela (l’ailier) et Jackson Martinez (l’avant-centre). Malgré le petit score du match aller (1-0), Porto restait sur une vraie démonstration ; ils avaient montré aux Parisiens ce que représentait le niveau Ligue des Champions (lire : FC Porto 1-0 PSG, l’analyse tactique). A l’époque, le 4-3-3 d’Ancelotti n’avait pas été en mesure de tenir la comparaison et il était difficile, avant le match, d’imaginer le club de la capitale inverser la tendance sans le moindre changement.

Au lieu de changer  d’hommes, l’entraîneur aux deux Ligues des Champions a changé de schéma tactique. A la découverte du onze de départ (Sirigu ; Van der Wiel, Alex, Thiago Silva, Maxwell ; Matuidi, Chantôme, Pastore, Lavezzi ; Ibrahimovic, Ménez), le 4-2-3-1 apparaissait comme une solution logique, permettant notamment au milieu parisien de se calquer sur celui de Porto. Mais la réciproque étant aussi vraie, la formation de Vitor Pereira aurait pu en profiter ; Fernando se serait notamment retrouvé dans la zone de Pastore, proie facile dès lors qu’un adversaire direct peut le marquer de près.

En faisant le choix du 4-4-2, Ancelotti a permis à ses créateurs, et à Pastore en particulier, d’éviter la zone du Brésilien. Seuls les attaquants s’y sont aventurés lorsqu’ils décrochaient de leurs positions initiales. Les créateurs (Pastore et Lavezzi) se sont retrouvés sur les côtés, et ont pu profiter des espaces entre les ailiers et les latéraux adverses, zones délaissées par le quadrillage naturel du 4-3-3.

Comportement défensif :

Quelque soit ses ambitions, un 4-4-2 nécessite une bloc bien compact et une grande cohésion, de manière à gérer au mieux les courses entre les lignes et les projections des adversaires (lire : Lorient-Toulouse, opposition de style). Lorsque Porto ressortait de ses 30 mètres, le PSG s’organisait afin de limiter l’influence des trois milieux adverses. Devant, Ibrahimovic et Ménez se positionnaient entre les défenseurs centraux et Fernando. La première ligne de quatre parisienne se retrouvait elle au marquage des joueurs chargés de faire la transition défense-attaque : Pastore et Lavezzi face aux latéraux (Danilo et Alex Sandro), Matuidi et Chantôme face aux deux relayeurs (Moutinho et Lucho).

Ces derniers, et particulièrement Chantôme face à Lucho, n’hésitaient pas à sortir au pressing si leurs adversaires directs décrochaient. Si le ballon reculait, les milieux parisiens poursuivaient leurs courses dans le camp adverse pour aller sur le nouveau porteur du ballon, entraînant alors avec eux le reste du bloc parisien. Conservateurs dans l’axe, le PSG pressait aussi dès que Porto cherchait à franchir la ligne médiane en passant par ses latéraux : Pastore et Lavezzi déclenchaient le pressing et étaient suivis de près par Matuidi ou Chantôme, au marquage du relayeur adverse le plus proche de la zone.

Après une entame de match compliquée, le FC Porto a trouvé des solutions pour faire reculer le bloc parisien. Les décrochages de James Rodriguez et Jackson Martinez dans l’axe, entre Matuidi et Chantôme, ont perturbé le travail défensif de ces derniers et permis de libérer des espaces pour leurs soutiens (Lucho, Moutinho et les latéraux). A l’aise techniquement, les hommes de Vitor Pereira étaient en mesure d’aboutir à un décalage dès qu’ils réussissaient à trouver l’appui d’un de leurs attaquants dans l’axe. Obligeant la première ligne parisienne à se resserrer pour bloquer la profondeur à Lucho ou Moutinho, ils libéraient des espaces dans les couloirs pour les incursions de Danilo ou Alex Sandro sur les extérieurs.

En phase défensive, les Parisiens se repliaient sur deux lignes de quatre, Pastore et Lavezzi redescendant très bas pour aider leurs partenaires… Et participer au travail de relance (voir plus loin). Si Porto multipliait les temps de jeu au milieu de terrain, un attaquant pouvait aussi décrocher afin d’éviter que Fernando ne puisse apporter le surnombre comme il avait pu le faire au match aller.

Comportement offensif :

Deux circuits de passes ont rythmé l’animation parisienne tout au long de la rencontre. La première mettait à contribution Pastore et Lavezzi, qui évoluaient au sein du bloc-équipe en phase défensive. Sitôt le ballon récupéré, les deux Argentins offraient des solutions courtes à leurs défenseurs en prenant les couloirs. Sans adversaire direct dans ces zones du terrain, ils avaient le temps de remonter les ballons et de permettre au bloc-équipe de se déployer. Face à eux, les latéraux adverses étaient le plus souvent contraints de reculer, sous peine d’être pris dans leur dos par les appels de Ménez sur les ailes.

Ce sont du coup les milieux adverses qui coulissaient de manière à empêcher la progression de Pastore ou Lavezzi (ex : Moutinho vs Pastore en première mi-temps). Très à l’aise une fois en mouvement, Pastore a été excellent dans ce registre, réorientant sans mal le jeu vers Matuidi ou Chantôme (en sautant le relais du premier cité) lorsque l’espace se refermait devant lui. Dans d’autres situations, il est aussi rentré à l’intérieur du terrain pour chercher à renverser le jeu vers Lavezzi côté droit. Mais le plus souvent, les Parisiens recherchaient les relais de Ménez ou Ibrahimovic, qui décrochaient à tour de rôle dans la zone de Fernando. Le Suédois était d’ailleurs l’autre solution pour la relance parisienne, ces décrochages au niveau de la ligne médiane offrant un point de fixation idéal en cas de besoin d’allonger le jeu.

Cette fois, Ménez joue les points de fixation entre Mangala et Fernando. Les milieux de Porto sont en place face à Matuidi et Chantôme. Excentré sur l’aile gauche, Ibrahimovic attire Danilo. Pastore se retrouve dès lors libre de tout marquage alors que Lavezzi peut être pris par Alex Sandro si le ballon lui vient.

Dos au but, les attaquants parisiens réorientaient ensuite la circulation de balle vers les couloirs. Pastore et Lavezzi recevaient les soutiens de Maxwell et Van der Wiel. Côté gauche, Matuidi assurait la couverture derrière les deux Sud-Américains, qui combinaient ensemble et laissaient à Ménez le soin de prendre la profondeur. Côté droit, Lavezzi et Van der Wiel étaient plus dans la percussion, le Néerlandais dédoublant plusieurs fois avec l’Argentin. Ibrahimovic et Ménez participaient à la construction des deux côtés et plongeaient dans l’axe dès que possible pour se retrouver à la finition. Matuidi et Chantôme restaient en couverture et disponibles pour renverser le jeu si nécessaire.

Coaching et final :

Une fois l’avantage acquis en deuxième mi-temps, Carlo Ancelotti a attendu le dernier quart d’heure pour faire ses changements. En remplaçant Lavezzi (77e), Verratti a fait basculer le PSG en 4-1-4-1… Et non pas en 4-3-3 : Pastore et Ménez se repliaient à hauteur de leurs milieux de terrain en phase défensive, conservant les deux lignes de quatre qui avaient fait la réussite du PSG jusqu’ici. Verratti est entré entre Matudi et Chantôme pour gérer les projections de Lucho, qui se rapprochait de Jackson Martinez sur chaque attaque portugaise en laissant la paire Defour-Moutinho à la création. Entré en jeu à la place de Ménez (86e), Jallet a fermé le couloir droit en réponse à l’arrivée de Atsu sur la pelouse. Deux minutes plus tard (88e), Nene remplaçait Pastore poste pour poste.

Même si le match a basculé sur des détails (coup-franc sur le premier but, faute de main sur le second), Carlo Ancelotti peut être rassuré : son discours passe encore, en tout cas auprès des titulaires du soir. Car pour la première fois depuis très longtemps (la première fois tout court ?), les Parisiens ont répondu présent à la récupération du ballon et ont donné l’impression de former un véritable bloc-équipe. Le changement d’organisation a évidemment facilité les choses mais les caractéristiques de celle-ci, idéales pour affronter le 4-3-3 de Porto, ne seront peut-être plus aussi utiles au moment de retrouver le championnat et des adversaires repliés dans leur moitié de terrain. Une renaissance à surveiller donc.

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5 réponses

  1. C. Moa dit :

    Merci pour cette analyse, de qualité comme toujours.

  2. Bluffé dit :

    Bluffé par cette annalyse ! Merci !

  3. Bvggy dit :

    Très intéressant.
    Dans cette organisation, l’influence technique de Zlatan est moins directe : il a surtout servi d’épouvantail à Fernando, non ? C’est certes utile (et efficace) mais un petit peu frustrant… :)
    Par ailleurs, comment analyses-tu les quelques périodes de pression portugaise où la relance parisienne était totalement muselée ? Ça ne s’est pas avéré très dangereux, note.

  4. Paris a gagné son match en réussissant justement à se défaire de ses périodes de pression, et à occuper le camp adverse, jouer plus haut etc… Porto étant supérieur techniquement et à la création, ils trouvaient la solution par moments pour revenir dans le camp parisien et approcher les buts de Sirigu. Le match ne se joue à rien au final, malgré les stats en faveur du PSG.

  5. thibier dit :

    Vraiment bluffant… J’espère que ton site se porte bien et que les visites se font de plus en plus nombreuses. Ça à l’air d’être du très bon travail, ça ne peut pas passer inaperçu ce genre de chose. Si je dis « ça a l’air » c’est que je devrais regarder le match à nouveau pour te donner raison ou tort, notamment sur les détails (Chantome qui dézonne plus pour marquer son adversaire par exemple). Je l’ai regardé 2 fois, je sais pas si je le regarderai 3 fois, mais tu me donnes envie quand meme afin de l’analyser avec ta grille de lecture.

    Bref, bon boulot keep workin’ like that bro’

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