Paris SG 2-1 Bordeaux, l’analyse tactique

Non sans difficulté, le PSG a décroché son premier titre de la saison samedi dernier sur la pelouse de Libreville. Sans réelle solution face à des Girondins en place tactiquement et prêts à répondre au défi physique, ils ont dû attendre les dernières minutes de la partie pour pouvoir renverser la tendance.

Cavani, Digne et Marquinhos n’étant ni prêts ni vaccinés, c’est un PSG version 2012/2013 qui a fait le déplacement à Libreville. Sans grande surprise, Laurent Blanc s’appuyait au coup d’envoi sur le onze-type qui était allé chercher le titre la saison dernière. En défense, Alex était une nouvelle fois préféré à Sakho. Devant, Lavezzi complétait Ibrahimovic en attaque (Sirigu – Jallet, Alex, Thiago Silva, Maxwell – Lucas Moura, Thiago Motta, Matuidi, Pastore – Ibrahimovic, Lavezzi).

Côté girondin, Francis Gillot devait composer avec pas moins de huit absences dont celles de Henrique et Diabaté. Les Bordelais étaient particulièrement affaiblis en défense : Planus et Bréchet suspendus, Faubert blessé, le coach girondin n’avait dans son groupe que deux défenseurs centraux de formation (Sané et Savic). Annoncé titulaire, le Serbe a finalement débuté sur le banc, Gillot préférant repositionner Sertic aux côtés de l’international sénégalais. Devant cette charnière expérimentale, les Girondins jouaient avec deux véritables « récupérateurs » (Nguemo, Poko) et sans spécialiste à la pointe de leur attaque (Carrasso – Mariano, Sané, Sertic, Poundjé – Obraniak, Nguemo, Poko, Maurice-Belay – Plasil, Saivet).

Bordeaux isole Ibrahimovic :

Sans grande surprise, les Parisiens ont rapidement pris contrôle du ballon et du terrain. Positionnée au niveau du rond central, la première ligne bordelaise (Saivet-Plasil) évoluait à hauteur de la paire Thiago Motta-Matuidi, laissant le champ libre à Thiago Silva et Alex. Derrière leurs deux attaquants, les Girondins étaient répartis sur deux lignes de quatre. En début de partie, le bloc tentait de rester le plus compact possible afin de couper la relation entre la relance parisienne et Ibrahimovic.

En clair, les Girondins ciblaient les joueurs chargés de la transition dans l’axe. Associé à Saivet, Plasil se chargeait de limiter les espaces autour de Thiago Motta. Derrière lui, Nguemo et Poko sortaient à tour de rôle au pressing sur Matuidi ou Pastore, qui repiquait dans l’axe pour aider ses milieux de terrain. L’un comme l’autre étant capables de profiter du moindre espace pour se lancer et solliciter une combinaison avec Ibrahimoivc, les Bordelais souhaitaient les empêcher de démarrer. Dès qu’ils approchaient de la ligne médiane, ils se retrouvaient forcément face à l’un des milieux girondins.

Dans ce registre purement défensif, Poko et Nguemo ont réalisé deux bonnes performances, harcelant sans cesse leurs adversaires. En cas de nécessité, ils recevaient l’aide d’Obraniak, Maurice-Belay ou Saivet. Positionné à droite, le premier est souvent revenu défendre dans l’axe afin de répondre aux mouvements de Pastore dans l’entrejeu. Il évitait ainsi à ses milieux de subir la supériorité numérique que pouvait apporter l’Argentin, récupérant parfois même le marquage d’Ibrahimovic afin de permettre à ces derniers de rester au pressing des milieux parisiens.

Les Bordelais sont en place dans l'entrejeu : Nguemo et Poko sont au contact de Pastore et Matuidi. Obraniak les couvre en récupérant le marquage d'Ibrahimovic.

Les Bordelais sont en place dans l’entrejeu : Plasil est aux côtés de Thiago Motta tandis que Nguemo et Poko sont au contact de Pastore et Matuidi. Obraniak les couvre en récupérant le marquage d’Ibrahimovic. Dernier rempart avec Carrasso, la défense bordelaise coulisse sur côté ballon afin d’être en mesure de répondre rapidement au cas où le Suédois parvienne à se retourner. Côté opposé, Maurice-Belay revient bloquer le couloir face à la montée de Jallet.

Paris oublie les côtés :

Cet important travail défensif était à double tranchant pour la défense bordelaise puisqu’elle se retrouvait « sans filet » lorsque le PSG décidait de jouer vite vers l’avant et parvenait à franchir Plasil-Saivet-Poko-Nguemo sur une passe. Sertic et Sané n’avaient pas droit à l’erreur dans leurs interventions ; à plusieurs reprises, ils se sont retrouvés à disputer des deux-contre-deux face aux attaquants parisiens. Un duel perdu face à Ibrahimovic, et c’est Lavezzi qui pouvait en profiter en prenant l’espace. Plus mobile que son partenaire, l’ancien attaquant de Naples a aussi posé des problèmes en décrochant au milieu de terrain.

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Les Girondins laissent venir Thiago Silva et Alex et se concentrent sur les joueurs chargés d’opérer la transition vers Ibrahimovic dans l’axe (ici, Obraniak sur Pastore, Poko sur Matuidi et Nguemo sur Thiago Motta). A défaut de pouvoir trouver ses milieux de terrain, le défenseur brésilien peut jouer directement sur ses attaquants en jouant dans les intervalles entre les Bordelais au marquage. Une tâche ardue mais pas impossible. Derrière, tout se joue sur la capacité des défenseurs girondins à s’imposer, ou au moins ralentir les prises de balle adverses afin de permettre le repli de leurs milieux de terrain.

A la recherche de solutions dans le coeur du jeu pour alimenter Ibrahimovic, le PSG en a oublié les côtés pendant de longues minutes. Dans les couloirs, Jallet et surtout Maxwell bénéficiaient pourtant d’espaces en raison du rôle des milieux excentrés bordelais. Comme évoqué précédemment, Obraniak aidait ses milieux de terrain lorsque Pastore, Ibrahimovic ou Lavezzi redescendaient dans l’entrejeu. Côté gauche, Maurice-Belay avait lui eu un rôle d’ailier plus classique en phase défensive puisqu’il devait à la fois couper la relation entre Jallet et Lucas Moura et fermer le couloir lorsque la défense bordelaise coulissait côté opposé (le côté de la construction parisienne en raison de l’influence de Pastore au milieu de terrain, voir capture précédente).

Le véritable problème pour le PSG résidait dans l’utilisation des couloirs. A partir du moment où le côté de Lucas Moura était bien fermé par le duo Poundjé/Maurice-Belay, les Parisiens n’avaient plus de réelles solutions sur les extérieurs. Depuis son aile gauche, Pastore repiquait dans l’axe pour lancer les mouvements et ne pouvait donc pas relayer les montées de Maxwell dans son couloir. Avec un Ibrahimovic 100% axial, le seul joueur susceptible d’attaquer les latéraux bordelais et de prendre la profondeur était Lavezzi. L’Argentin s’y est essayé en début de partie, sans grand succès. Il fallu attendre l’entrée en jeu de Coman (73e) pour voir un joueur essayer de provoquer sur les ailes.

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Les Girondins ayant coupé le circuit menant à Ibrahimovic dans l’entrejeu, Lavezzi tente d’offrir d’autres solutions en prenant la profondeur sur les ailes. A part l’Argentin, aucun Parisien n’était capable de faire ce type d’appels pour mettre à contribution la défense bordelaise. Un manque de profondeur qui poursuit Laurent Blanc depuis ses débuts à Bordeaux : à partir du moment où les circuits préférentiels sont coupés par l’adversaire, ses équipes manquent de solution quand il s’agit d’aller vite de l’avant.

Bordeaux et l’utilisation du ballon :

En plus de gêner la construction du PSG, les Girondins sont parvenus à plusieurs reprises à créer le danger dans le camp adverse. Leur cible : le flanc droit de la défense parisienne et le duel entre Jallet et Maurice-Belay. Dès qu’ils mettaient le pied sur le ballon, les Bordelais avaient deux solutions : soit écarter directement dans les couloirs pour passer par leurs latéraux, soit chercher les appuis de Saivet et Plasil qui devaient résister aux duels avec les défenseurs parisiens avant ensuite d’envoyer le jeu sur les côtés. Dans les deux cas, l’objectif était de sortir le plus rapidement possible de la zone où Thiago Motta et Matuidi ont l’habitude de mettre la pression.

Côté droit, Mariano lançait la plupart des offensives. Le Brésilien était ensuite soutenu par les déplacements de Obraniak, Plasil ou Saivet. De l’autre côté, la paire Poundjé/Maurice-Belay se chargeait de l’animation, elle aussi soutenue par les trois « attaquants » de l’équipe. Dans les deux cas, Poko et Nguemo restaient la plupart du temps en couverture devant les trois défenseurs restés en retrait. Dès ses premiers duels côté gauche, Maurice-Belay a pris l’ascendant sur Jallet ; après quelques duels perdus, les Parisiens ont fini par craquer. Sur un changement de jeu manqué d’Ibrahimovic (pressé par Obraniak au milieu de terrain), Maurice-Belay a jailli de sa position défensive (voir capture n°1) pour accélérer et dépasser Jallet puis Alex après avoir sollicité un relais de Saivet, futur buteur (38e).

L'origine du but bordelais : au départ, Obraniak repousse Ibrahimovic au niveau de la ligne médiane (en rouge). Le Suédois tente de changer le jeu vers Jallet (en jaune) mais Maurice-Belay anticipe bien et récupère le ballon qu'il porte jusqu'au niveau du rond central.

L’origine du but bordelais : au départ, Obraniak repousse Ibrahimovic au niveau de la ligne médiane (en rouge). Le Suédois tente de changer le jeu vers Jallet (en jaune) mais Maurice-Belay anticipe bien et récupère le ballon qu’il porte jusqu’au niveau du rond central. Après avoir sollicité un une-deux avec Saivet, il attaque Alex et l’entraîne près du poteau de corner avant de rendre le ballon au même Saivet au premier poteau.

Après la pause, les Parisiens ont affiché une plus grande maîtrise dans l’entrejeu grâce à l’ajout de solutions et un meilleur quadrillage du terrain. En plus de Pastore, toujours aussi actif dans l’axe, et Ibrahimovic, Lucas Moura décrochait beaucoup plus pour défaire le pressing bordelais dans l’entrejeu. Lavezzi se déplaçait lui sur toute la largeur, offrant des relais dans le dos d’Obraniak côté gauche et pesant sur l’aile droite sur certaines séquences. Avec Pastore, Moura et Matuidi, le PSG pouvait désormais compter sur trois « pistons » multipliant les mouvements verticaux pour faire reculer les milieux bordelais. De quoi ouvrir le terrain à Thiago Silva ou Thiago Motta, et permettre au PSG d’utiliser de manière beaucoup plus efficace la largeur.

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Au lieu de rester au niveau de la défense bordelaise comme en première mi-temps, Lucas Moura revient travailler dans l’entrejeu en même temps que Pastore ou Ibrahimovic. Autour du rond central, les Parisiens offrent ainsi autant de solutions qu’il y a de milieux bordelais chargés de les empêcher de jouer. De plus, la proximité entre chacun d’entre eux permet de libérer rapidement le ballon et de lancer des jeux à deux ou trois. En cas de nécessité, Thiago Silva et Alex sont disponibles en retrait.

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Les nombreuses courses de Lucas Moura, Pastore ou Matuidi font reculer les milieux girondins. En couverture, Thiago Motta et Thiago Silva ont beaucoup plus de liberté et peuvent désormais faire office de rampes de lancement des actions.

Paris appuie sur les points faibles :

En ajoutant ainsi des solutions au milieu de terrain, les Parisiens ont doucement fait reculer le bloc bordelais tout au long de la deuxième mi-temps. Au fil des minutes, Saivet s’est retrouvé de plus en plus esseulé en attaque et donc plus facile à marquer pour les défenseurs parisiens. Plasil était en effet forcé de redescendre pour aider ses milieux de terrain à contenir les mouvements de Pastore, Moura ou Matuidi. Le face-à-face entre Sirigu et Poko à l’heure de jeu, remporté par le gardien parisien, a fait office de tournant du match (59e), les Parisiens augmentant ensuite la pression dans le camp girondin.

Mais les efforts consentis pour prendre l’avantage au milieu de terrain se payaient dans les 20 derniers mètres. Une nouvelle fois, le PSG manquait de profondeur : excepté Lavezzi qui restait aux avants-postes, les défenseurs bordelais voyaient venir Pastore, Lucas Moura ou Matuidi de loin et se retrouvaient la plupart du temps sur les trajectoires. Plus la surface de réparation approchait et plus les espaces étaient resserrés, obligeant les Parisiens à des enchaînements sans faute pour espérer trouver la faille. Ce qu’ils n’ont pas fait.

Cinq minutes après la dernière occasion bordelaise (Saivet, 77e), ils sont malgré tout revenus au score sur une perte de balle bordelaise dans l’entrejeu. Récupérant le ballon, Lucas Moura a déposé les deux milieux bordelais avant de servir Ibrahimovic, passeur pour Ongenda (82e). Bordeaux payait sur cette action les nombreux ballons perdus par ses deux milieux de terrain depuis le début de la partie. Et ce n’était pas fini puisque c’est une autre perte de balle du même genre qui a entrainé du second but parisien (Alex, 90e+5) : une phase arrêtée de trop pour des Marine et Blanc qui avaient souffert sur la majorité des coups-francs et corners parisiens.

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En possession du ballon, Nguemo a deux possibilités au vu de la présence de Matuidi devant lui et de Thiago Motta dans le dos de Plasil : jouer latéralement pour Poko ou pour Obraniak. Malheureusement, le Camerounais fait le mauvais choix en servant son partenaire de l’axe, qui se retrouve sous la pression de Lucas Moura. Le Brésilien récupère le ballon et file vers le but de Carrasso, lançant l’offensive menant à l’égalisation parisienne.

Conclusion :

Même s’il a semblé maîtriser les débats, le PSG est passé tout près de laisser filer le premier titre de la saison. Malgré la possession et la domination territoriale, les Parisiens ont eu beaucoup de mal à se créer des occasions dans le jeu. Pour preuve, ils ont surtout été dangereux sur des ballons perdus par les milieux bordelais. Un déchet technique ciblé par Francis Gillot dès le coup de sifflet final et que les Girondins pourront peut-être régler une fois au complet (retour de Sertic au milieu, voire de Plasil ou Obraniak dans d’autres configurations tactiques). Concernant les difficultés sur coups de pied arrêtés, même chose : au complet et avec Henrique ou Bréchet, les Girondins solutionneront sans doute une partie de ces problèmes.

Côté PSG, difficile de tirer des conclusions de ce match alors que l’équipe 2013/2014 n’a pas réellement débuté la saison (Cavani, Digne et Marquinhos absents). Samedi, les Parisiens ont répété un scénario vu et revu la saison dernière en sanctionnant les erreurs de leurs adversaires… La fébrilité du flanc droit risque toutefois de remettre quelques statuts en question si elle se confirme dès vendredi à Montpellier.

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6 réponses

  1. Pagaille dit :

    Excellente Analyse. On sent l’oeil averti du supporter bordelais. Ceci dit je pense qu’en football tout but marqué ou encaissé provient d’une erreur quelque part (Avis personnel). Le but bordelais vient aussi d’une perte de balle d’Ibrahimovic (passe ratée) plus la d’une lenteur d’Alex sur Maurice Bellay et enfin ce placement catastrophique et indigne à ce niveau de Jallet par rapport à Saivet juste à côté de lui.
    Mais au final je suis bien d’accord avec la conclusion de l’article. Tirer des enseignements me parait bien farfelu aussi bien côté parisien que bordelais. Parce que Bordeaux aussi affrontera très peu d’équipes dans ce championnat où il pourra se permettre de laisser le ballon et attendre derrière !!!

  2. Je comprends ce que tu veux dire. Mais entre la transversale manquée et l’erreur technique sur des passes à 3 mètres, il y a quand même un monde.

  3. Pagaille dit :

    Tout à fait. Et comme tu l’as très bien précisé le raté de Zlatan vient aussi d’un bon pressing de Obraniak qui le pousse à l’urgence de cette passe et donc au raté. De la même façon les passes à 3 mètres ratées viennent aussi d’un travail de harcèlement du milieu parisien qui n’est pas inexistant et non d’un ratage anodin « sur un fauteuil ». Le sentiment d’urgence pousse en général les joueurs moyens ou pas au point physiquement à rater leur initiatives. M’enfin cela n’enlève rien à la qualité du travail d’analyse.

  4. Brah dit :

    Très bonne analyse encore une fois.

    Mais je me demandais, si tu comptes parler du Real Madrid sous Ancelotti car de ce que j’ai vu c’est potentiellement très intéressant, moi qui pensais que Carlo allait avoir une vision plutôt similaire à Mourinho dans la conception du Real.

    On voit qu’il part carrément sur autre chose, avec un 4-3-3 très intéressant, un placement de Ronaldo en electron libre qui peut passer sur un 4-4-2 et un jeu basé pas forcément sur une possession outrageuse mais une excellente utilisation du ballon avec un jeu rapide fait de permutation permanente et à une touche de balle quasiment.

  5. Ca devrait arriver oui, une analyse sur le Real.

  6. souleres dit :

    Essai

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