Paris SG 2-0 Marseille, l’analyse tactique

Revenu au Parc avec le même onze et le même système que dimanche dernier, l’Olympique Marseille espérait peut-être tirer profit des nombreuses absences côté parisien. Cela n’a pas été le cas : le PSG a dominé une formation phocéenne qui est apparue résignée après la pause. En plus du résultat, les Parisiens ont ajouté la manière, notamment grâce à un pressing efficace de la paire Gameiro-Ibrahimovic.

Dimanche soir, le PSG avait triomphé de l’OM grâce à sa solidité défensive et son réalisme en contre-attaque. Malgré la défaite, les Marseillais étaient sortis du Parc avec la satisfaction d’une deuxième mi-temps où ils avaient mieux maîtrisé les sorties de balle parisiennes et même approché les buts de Sirigu. Son effectif étant au point physiquement, il était logique que Elie Baup reconduise ceux qui s’étaient montrés convaincants, soit l’intégralité du onze-titulaire (Mandanda – Fanni, Nkoulou, Mendes, Morel – Romao, Barton – Kadir, Valbuena, Ayew – Gignac). Côté parisien, les blessures et les suspensions, en plus du calendrier chargé qui s’annonce, ont forcé Carlo Ancelotti à largement remanier son 4-4-2. Par rapport à dimanche, huit changements étaient à noter ; seuls Maxwell, Matuidi et Ibrahimovic étaient renvoyés sur la pelouse au coup d’envoi (Douchez – Van der Wiel, Camara, Sakho, Maxwell – Chantôme, Beckham, Matuidi, Ménez – Ibrahimovic, Gameiro).

Par rapport à dimanche

Avant le coup d’envoi, Elie Baup avait annoncé la couleur aux micros de France Télévisions : son équipe avait pour objectif premier de ne pas avoir à courir après le score. C’est donc sans surprise que les Phocéens sont rentrés dans ce second match avec les mêmes ambitions que lors de l’opposition de dimanche soir. Une fois le ballon en possession des Parisiens, l’équipe se regroupait dans ses 40 mètres sur deux lignes de quatre joueurs, ne laissant que Gignac et Valbuena en pointe pour repousser la relance adverse vers les couloirs.

Là encore, celle-ci comme quatre jours plus tôt, avec le quatuor formé par les défenseurs centraux (Camara, Sakho) et les milieux défensifs (Matuidi, Beckham). A gauche, Sakho restait en couverture et Matuidi portait parfois le ballon jusque dans la zone de Maxwell-Ménez. A droite, c’était l’inverse : Camara sortait de la ligne pour alerter Van der Wiel-Chantôme alors que Beckham restait en retrait dans l’axe, prêt à renverser le jeu en cas de retour du ballon dans sa zone.

La relance parisienne face à l'organisation marseillaise : en bleu les joueurs qui participent à la relance, en rouge l'organisation adverse et les déplacements de Valbuena-Gignac sur la largeur.

Les premières minutes ont permis de découvrir les modifications dans l’animation offensive parisienne, conséquences logiques des changements de joueurs. Dimanche, les milieux excentrés (Pastore, Moura) repiquaient dans l’axe pour aller créer le danger dans la zone de Barton et Romao ; cette fois, c’est Ibrahimovic qui a fait ce travail en décrochant pour offrir des solutions à ses relanceurs et orienter le jeu dans le camp marseillais. Beaucoup plus influent, le Suédois profitait des mouvements autour de lui : si Beckham restait en retrait, Matuidi n’hésitait pas à monter pour animer le flanc gauche avec Ménez et Maxwell. Couloir opposé, Chantôme a plusieurs fois repiqué dans l’axe afin de compenser les décrochages d’Ibrahimovic pour se retrouver dans une position d’attaquant. Ils limitaient ainsi les possibilités pour les défenseurs centraux marseillais de suivre les déplacements de Suédois. Van der Wiel compensait lui-même les déplacements de son milieu en prenant le couloir, grâce à la couverture assurée par Beckham. Devant, Gameiro reprenait lui la partition de Lavezzi, prenant les espaces offerts par la défense marseillaise.

La construction parisienne : en bleu les deux triangles faisant l'animation, en jaune les déplacements et leurs compensations côté droit ; en rouge, les Marseillais attirés par les mouvements de Ibrahimovic et Chantôme.

Rebelote

Comme dimanche dernier, l’OM est bien entré dans son match en contenant les approches parisiennes et en ressortant bien les ballons. Sans véritable pression de la part de la première ligne parisienne, les Marseillais pouvaient relancer facilement de leur moitié de terrain. Ils reconstruisaient ensuite les schémas déjà vus dimanche sur les ailes, avec les déplacements de Valbuena pour créer le surnombre. En début de partie, ils ont surtout insisté côté droit, profitant de l’attentisme de Ménez face à Fanni pour lancer les mouvements. Comme lors de la deuxième mi-temps de dimanche dernier, Barton et Romao restaient en retrait des offensives, laissant Ayew et Gignac apporter des solutions dans la surface parisienne.

Malheureusement pour eux, le PSG est resté très solide dans l’axe ; mieux, l’impact de Matuidi dans la zone d’attaque favorite des Marseillais (aile droite) a permis de limiter les risques de décalage. C’est d’ailleurs une récupération de l’ancien Stéphanois de ce côté du terrain qui a été à l’origine de l’ouverture du score parisienne, à la demi-heure de jeu. Après l’avoir gagné, les Parisiens ont rapidement ressorti le ballon dans l’axe. Chantôme a profité de sa position reculée et de l’absence de pressing adverse pour ajuster une longue ouverture qui a lancé Ibrahimovic au duel face à Lucas Mendes. Comme Lavezzi face à Nkoulou dimanche, le Suédois a pris le dessus sur son adversaire direct et s’en est allé tromper Mandanda pour donner l’avantage aux Parisiens (1-0, 34e).

L'origine du but parisien : cette capture permet de bien distinguer le problème jusqu'ici non résolu posé par la relance parisienne. Barton et Romao sont ici pris entre la protection de leur défense et la sortie au pressing sur la relance parisienne. Pas attaqué, Chantôme a tout le temps d'ajuster son ouverture à destination de Ibrahimovic. Pour les futurs adversaires du PSG, une solution viendra peut-être : ajouter un troisième joueur derrière, pour véritablement aider les défenseurs centraux et mieux couvrir la largeur du terrain, tout en permettant aux milieux de sortir sur le porteur de balle.

Avant cette action, Gameiro s’était plusieurs fois mis en évidence sur des ballons identiques, gagnés par la défense parisienne et rapidement ressortis grâce aux rampes de lancement offertes par Beckham et donc Chantôme. Malgré la supériorité parisienne, les Marseillais sont parvenus à développer quelques mouvements intéressants, notamment en réduisant les distances entre leurs quatre attaquants. Sur des sorties de balle côté droit, on a ainsi vu Ayew quitter son aile gauche pour aller proposer des solutions dans l’axe (zone Beckham-Matuidi) en plus de Valbuena. Ces mouvements n’ont toutefois fonctionné que lorsque les attaquants phocéens avaient des espaces dans la profondeur, face à une équipe parisienne en pleine transition défensive. Car sur attaque placée, les déplacements de Ayew, combinés à la prudence de la paire Romao-Barton n’ont fait que diminuer la présence marseillaise dans la surface adverse.

Ayew dans l'axe avec Valbuena : la combinaison avec Kadir permet la mise en place d'un triangle poussant la défense parisienne à se livrer et ouvrant la profondeur.

Paris au pressing

Malgré ces quelques approches marseillaises,, le PSG a rendu une copie beaucoup plus consistante que dimanche dernier. Dominateurs dans la plupart des duels, les Parisiens sont parvenus à réaliser ce qui manque à leurs prestations depuis plusieurs mois : le pressing. La présence de Gameiro et de Chantôme sur deux des quatre postes offensifs n’y a pas été étrangère. Formant la première ligne parisienne aux côtés d’Ibrahimovic, Gameiro a souvent sonné la chargé en sortant sur les défenseurs centraux marseillais. Le PSG a notamment coupé la relation vers Fanni, qui était le relais privilégié des Phocéens en début de partie pour atteindre la moitié de terrain adverse. Côté droit, si Mendes avait souvent plus de champ pour servir Morel, ce dernier devait très rapidement composer avec la pression de Chantôme. Anodin de prime abord, ce travail du milieu droit parisien a été capital dans le match tranquille de Beckham : en sortant sur Morel, Chantôme limitait les risques de passes vers la zone de l’Anglais, qui aurait pu souffrir face à la vivacité de Valbuena ou Ayew.

Le bon pressing parisien : Ibrahimovic et Gameiro sont sur les défenseurs marseillais ; cela permet aux milieux de remonter et d'aller chercher leurs adversaires directs.

Le travail combiné de Gameiro et Chantôme a été accompagné par le reste du bloc parisien, qui a fini le match beaucoup plus haut que dimanche dernier. En deuxième mi-temps, la ligne du milieu de terrain faisait même front au niveau de la ligne médiane avec un duo Matuidi-Beckham au marquage de Romao et Barton. Pour pouvoir jouer court, l’OM a été contraint de faire décrocher le premier pour offrir une solution supplémentaire à ses défenseurs, mais sans grand succès. Bloqué à droite par Matuidi si ce n’était pas par les attaquants parisiens, et à gauche par le duo Chantôme-Van der Wiel (qui a pris le dessus sur Ayew dans les duels), l’OM n’avait plus que la solution Gignac pour tenter d’approcher les buts parisiens, soit sur des tentatives individuelles, soit en l’utilisant en tant que référent sur des longs ballons de relance en espérant que des déviations trouvent ses partenaires. Même s’il a rivalisé dans les airs avec Sakho ou Camara, le bon repli des milieux parisiens et leur supériorité dans les duels ont empêché les Marseillais de construire autour de leur avant-centre.

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2 réponses

  1. Elias dit :

    Quel plaisir de lire ces analyses !
    Enfin du pertinent ! Merci et bravo !

  2. thibier dit :

    Un délice.

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