Paris SG 1-1 Ajaccio, l’analyse tactique

Dos au mur après un but de Pedretti, les Parisiens ont dû cravacher pour marquer arracher le point du match nul au Parc des Princes. S’ils n’ont pas été en réussite, ce match a tout de même mis en lumière les premiers « problèmes » à résoudre pour Laurent Blanc.

Compositions et premier circuit :

Sans surprise, c’est donc avec le 4-4-2 traditionnel du PSG que Cavani a fait ses débuts au Parc des Princes. Pour ce match, Laurent Blanc avait reconduit les 10 titulaires de la fin de saison d’Ancelotti pour entourer l’attaquant uruguayen (Sirigu – Jallet, Alex, Thiago Silva, Maxwell – Lucas Moura, Thiago Motta, Matuidi, Pastore – Ibrahimovic, Cavani). Du côté d’Ajaccio, Fabrizio Ravanelli avait préparé un 4-1-4-1 avec Mutu seul en pointe et Pierazzi entre les deux lignes de quatre (Ochoa – Nadeau, Perozo, Zubar, Bonnart – Pierazzi – Mostefa, Lasne, Pedretti, Diarra – Mutu). Sur le papier, Pedretti et Lasne devaient donc défendre face aux deux rampes de lancement parisiennes (Motta et Matuidi).

Dans les faits, Ajaccio a évolué plus bas en raison des déplacements de Pastore et Lucas Moura. Sur les relances parisiennes, les deux hommes revenaient à tour de rôle au milieu de terrain afin d’offrir une solution supplémentaire par rapport aux deux milieux ajacciens. Sur les côtés, Maxwell et Jallet se positionnaient au niveau de la ligne médiane et le long de la ligne de touche. L’objectif des Parisiens était de créer un surnombre dans l’axe avec Pastore (ou Moura), Motta et Matuidi afin de s’ouvrir des angles de passes dans le coeur du bloc ajaccien (autour de Pierazzi), à destination de Ibrahimovic ou Cavani.

Pastore redescend se joindre à la relance. Thiago Silva, Alex et Thiago Motta (qui fait la jonction entre les deux lignes) sont les plus reculés. Pastore et Matuidi fixent les milieux ajacciens : Thiago Motta se retrouve libre côté droit.

Pastore redescend se joindre à la relance. Thiago Silva, Alex et Thiago Motta (qui fait la jonction entre les deux lignes) sont les plus reculés. Pastore et Matuidi fixent les milieux ajacciens : Thiago Motta se retrouve libre côté droit.

Le premier mouvement parisien de la partie a d’ailleurs assez bien résumé le projet : un décrochage de Lucas au milieu de terrain, une passe à destination de Cavani qui revient à hauteur d’Ibrahimovic pour lui remettre le ballon. Le Suédois envoie ensuite le jeu en profondeur sur l’aile droite à destination de… personne, Jallet n’ayant pas pris le couloir pour être au bout de l’action. A défaut de trouver ces solutions sur les ailes, les deux attaquants parisiens remettaient ensuite le ballon pour leurs meneurs (Pastore, Lucas), voire Matuidi qui suivait l’action depuis le milieu du terrain.

La première de Cavani :

Evidemment, l’Uruguayen a focalisé toutes les attentions au cours des premières minutes de jeu. Très vite, le partage des tâches a été assez clair vis-à-vis d’Ibrahimovic. Dans les 30 derniers mètres, Cavani pesait sur la défense et Ibrahimovic revenait offrir des solutions entre les lignes adverses, comme sur le circuit évoqué précédemment. L’ancien buteur du Napoli restait dans l’axe, et se déplaçait sur la hauteur, revenant parfois à hauteur de son partenaire.

En revanche, dès que l’adversaire était en possession du ballon, Cavani revenait défendre et Ibrahimovic devenait le référent à la pointe de l’attaque. Ainsi, sur les quelques phases de possession corses, Cavani redescendait au milieu de terrain afin de marquer les joueurs chargés de faire circuler le ballon. Avec lui, les deux lignes de quatre parisiennes devraient donc enfin pouvoir compter sur un joueur capable de perturber les milieux et ainsi diminuer le temps de possession adverse. Pour rappel jusque-là, les Parisiens devaient compter sur l’activité de leurs seuls milieux de terrain pour s’en sortir, ce qui les obligeaient généralement à jouer assez bas ou à concéder des espaces sur la largeur.

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Cavani revient au marquage du milieu axial le plus proche du ballon. Cela circonscrit l’attaque d’Ajaccio au couloir, déjà bien bloqué par les deux lignes parisiennes.

Un autre exemple dans la même zone. Par son positionnement, Cavani bloque la sortie de balle latérale. La saison dernière, Matuidi devait généralement sortir lui-même sur le porteur en cas de transmission de ce genre (en jaune), entraînant le resserrement des milieux côté opposé.

Un autre exemple dans la même zone. Par son positionnement, Cavani bloque la sortie de balle latérale. La saison dernière, Matuidi devait généralement sortir lui-même sur le porteur en cas de transmission de ce genre (en jaune), entraînant le resserrement du milieu de terrain.

La seconde action de la partie de Cavani a d’ailleurs bien illustré tout ce qu’il pourrait apporter en phase défensive cette saison. Permettant de bloquer Ajaccio sur un demi-terrain par sa position, il a gagné un ballon dans les pieds d’un milieu avant de se lancer vers les buts adverses. Avec Ibrahimovic devant pour relayer ses remontées de balle, le PSG risque d’être encore plus dangereux cette saison sur ces phases de jeu. A noter aussi que Cavani peut continuer ce travail défensif dans le camp adverse : lorsque ses milieux de terrain montent d’un cran pour prendre les adversaires chargés de la transition, Cavani monte aussi pour aller presser les défenseurs centraux.

Le plan d’Ajaccio :

Buteurs sur leur unique tir de la partie (Pedretti, 9e), les Ajacciens ont ensuite adopté une tactique ultra-défensive qui leur a permis de longtemps résister aux assauts parisiens. Celle-ci se fondaient sur deux grands axes : la fermeture des couloirs afin d’éviter d’être pris dans la profondeur sur les ailes (sur les passes préférées d’Ibrahimovic, cf. premier circuit du match), et la densification de l’axe afin de limiter les possibilités de passes à destination des deux attaquants parisiens.

Pour le premier point, les ailiers redescendaient très bas afin de compléter les quatre défenseurs et fermer les couloirs. Ils répondaient ainsi aux montées de Jallet et Maxwell, qui ont évolué très haut à partir du moment où le PSG s’est installé dans le camp adverse. Devant ce qui était désormais une ligne de six joueurs, un véritable losange était en place avec Pierazzi dans l’axe, Lasne et Pedretti sur les côtés et Mutu en pointe. Ce dernier s’opposait à la première relance (Thiago Motta, Thiago Silva, voire Alex).

Ajaccio face à la relance parisienne. Les deux ailiers sont déjà entre le but et les latéraux. Lasne et Pedretti sont à hauteur de Pastore et Lucas Moura (qui revient demander le ballon sur cette action. En couverture, Pierazzi est là pour venir en aide en cas de duel perdu dans cette zone du terrain.

Ajaccio face à la relance parisienne. Les deux ailiers sont déjà entre le but et les latéraux. Lasne et Pedretti sont à hauteur de Pastore et Lucas Moura (qui revient demander le ballon sur cette action. En couverture, Pierazzi est là pour venir en aide en cas de duel perdu dans cette zone du terrain.

Des deux côtés, Pedretti et Lasne devaient faire face à Pastore et Lucas Moura. Naturellement, les Parisiens ont majoritairement attaqué côté gauche en raison des percussions de Matuidi, qui permettaient de créer une égalité numérique dans la zone : Lasne devait en effet compter sur le soutien de Nadeau (son latéral) et Mostefa (son ailier) pour à la fois contrer Pastore, contenir Matuidi et gérer les déplacements de Maxwell. Dans l’axe, Pierazzi était là pour éviter les deux contre deux entre ses défenseurs centraux et le duo Cavani-Ibrahimovic. Côté droit, Ajaccio était en surnombre face à Lucas Moura et Jallet (trois contre deux avec Pedretti, Bonnart et Diarra), Thiago Motta ne montant quasiment pas avant la dernière demi-heure.

Une tentative de variation côté parisien : Ibrahimovic décroche à la place de Lucas Moura.

Une tentative de variation côté parisien : Ibrahimovic décroche à la place de Lucas Moura. Paris perd en présence offensive (Cavani seul dans la défense) mais se crée deux égalités numériques de chaque côté du losange ajaccien (Pastore, Matuidi, Maxwell d’un côté / Ibrahimovic, Jallet, Lucas Moura de l’autre). Problème, les Corses sont en position pour empêcher le jeu latéral, et Pierazzi est toujours libre de compenser depuis sa position intermédiaire.

Paris avait besoin de largeur :

Très vite, les besoins parisiens dans le jeu sont apparus évidents. Avec son losange et sa ligne de six, Ajaccio était en mesure de bloquer les transmissions adverses dans l’axe. En revanche, ils pouvaient se retrouver en difficulté à partir du moment où les actions parisiennes démarraient des couloirs. Dès la relance, les joueurs de la capitale devaient ainsi trouver les relais de Pastore ou Lucas Moura en position excentrée, de manière à faire sortir le losange ajaccien et exploiter ensuite les espaces qui en résultaient dans l’axe.

Mais les deux Parisiens ont récupéré la majorité de leurs ballons en position axiale (en témoignent leurs positions moyennes). Il a fallu attendre la fin de la première mi-temps pour voir Lucas Moura récupérer quelques ballons réellement sur l’aile. Avec Jallet pour fixer un adversaire, le Brésilien repiquait ensuite dans le coeur du jeu pour aller provoquer Pedretti ou Bonnart. Un essai qui appelait à être confirmé après la pause, avec des mouvements similaires pour Pastore qui profitaient lui des courses de Matuidi pour réellement mettre en difficulté le bloc ajaccien. C’est d’ailleurs un débordement de l’international français qui a offert à Cavani sa première grosse opportunité de la partie (48e).

Remplaçant de Pastore à l’heure de jeu (58e), Lavezzi a poursuivi ce travail en demandant la majorité de ses ballons dans le couloir gauche. Il obligeait ainsi le losange ajaccien à se déplacer vers sa zone. Capable ensuite de se sortir du couloir et du marquage de Lasne, il s’ouvrait tout le terrain et a plusieurs fois renversé le jeu côté opposé, créant des deux-contre-deux à jouer pour Moura et Jallet. Autre possibilité pour l’Argentin, repasser par ses milieux de terrain qui bénéficiaient dès lors de plus d’espaces pour chercher leurs attaquants ou attaquer eux-mêmes la défense ajaccienne. En utilisant ainsi la largeur, les Parisiens ont fait courir les milieux corses et fini par les fatiguer. Et c’est sur un énième gauche-droite que le PSG a pu mettre Ongenda en position de servir et de créer une situation de un-contre-un pour Cavani (lire : l’analyse détaillée de l’action).

Le PSG multiplie les solutions sur la largeur, ce qui oblige les deux milieux (Pedretti et Lasne) à beaucoup courir

Le PSG multiplie les solutions sur la largeur, ce qui oblige les deux milieux (Pedretti et Lasne) à beaucoup courir pour être présents face aux attaquants excentrés parisiens (Lucas Moura et Lavezzi). S’ils sont en retard, il revient aux latéraux de quitter l’alignement (comme Bonnart ci-dessus) pour aller au marquage. C’est d’ailleurs ce qu’il se passera sur le but de Cavani.

Conclusion :

Si, selon l’expression consacrée, « le PSG aurait dû gagner ce match 99 fois sur 100 », les problèmes d’animation rencontrés en première mi-temps sont à retenir. L’équation à résoudre est plutôt simple. Dans un 4-4-2 classique, l’efficacité de la formule offensive dépend principalement de la complémentarité entre les quatre attaquants. En simplifiant à l’extrême : avec de véritables ailiers, les attaquants peuvent se concentrer sur l’axe (Ribéry-Robben / Kroos-Mandzukic) ; à l’inverse, avec des créateurs excentrés revenant naturellement dans l’axe, les attaquants doivent être plus mobiles et capables d’aller demander les ballons sur les ailes (Isco-Özil / Ronaldo-Benzema).

Au-delà de l’entrée en jeu de Lavezzi en deuxième mi-temps, Cavani a d’ailleurs plusieurs fois quitté sa position d’avant-centre pour aller participer aux mouvements sur les côtés. Il s’agit peut-être d’un mouvement que l’on reverra plus souvent lors des prochains matchs du PSG face à d’autres « équipes regroupées ». En attendant, le principal chantier de Laurent Blanc se trouve bien à ce niveau : sous Ancelotti, Paris pouvait compter sur Lavezzi ou Ménez en pointe pour « compenser » les déplacements dans l’axe de Pastore depuis son couloir gauche. Avec l’association Cavani-Ibrahimovic devant, Laurent Blanc va devoir trouver les bons « excentrés » pour conserver un certain équilibre et quadriller de façon efficace toute la largeur du terrain avec son quatuor offensif.

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7 réponses

  1. Dim dit :

    C’est nul. 3 paragraphes pour expliquer qu’Ajaccio a mis le bus, aucune analyse réelle du manque d’utilisation des côtés parisiens jusqu’à la rentrée en jeu de Lavezzi, aucune analyse sur la performance de Lucas qui en jouant trop bas et trop dans l’axe a déséquilibré l’équipe parisienne et empêché une bonne utilisation de la largeur une grande partie du match, aucune mention de Christophe Jallet ignoré un nombre incalculable de fois sur son coté pour revenir repiquer dans l’axe, aucune analyse du déplacement d’Ogenda qui après servir Cavani apporte un déplacement dans la verticalité que n’ont jamais fait Pastore ou Lucas ce qui surprend la défense ajaccienne et mouvement dont ce sert Cavani pour réaliser son crochet et éliminer le défenseur, aucune mention sur le manque de mouvement des joueurs parisiens hormis à la limite Cavani et le on reste statique en se faisant passes à 30m ca va rentrer un jour, aucune mention de l’utilisation importante d’un jeu long sur Ibra qu’on avait pas l’habitude de voir avec Ancelotti, aucune mention du manque d’équilibre du système et de la mauvaise utilisation des zones offensives avec trop souvent trop d’écart entre le milieux et les attaquants et puis concrètement « deux rampes de lancement parisiennes (Motta et Matuidi) » LOL la dernière chose que les 2 ont du lancé ca doit être les dés pour jouer aux petits chevaux.

  2. Les paragraphes d’Ajaccio sont indispensables pour comprendre les problèmes parisiens.

    Sur Lucas qui redescend, c’est mentionné dans le premier circuit et illustré ensuite par une capture.

    Jallet ignoré dans son couloir, c’est logique à partir du moment où on ne le pensait qu’en finisseur (comme sur le premier circuit). Je rejoins là-dessus, c’est le manque de verticalité de Pastore et Moura qui le rendait inutile dans son couloir. Sans oublier le repli constant des Ajacciens (comme quoi, c’est pas mal de se pencher sur leur cas aussi…) pour tout simplement les empêcher de combiner de cette façon.

    Le déplacement d’Ongenda fait en effet une partie du but. Avec une meilleure image j’en aurais fait un article à part. Malheureusement ce n’est pas le cas.

    Le manque de mouvement, ça rejoint ce qui est dit au-dessus, ceux de Cavani sont évoqués à la fin de l’article. La mauvaise utilisation des zones offensives, c’est quasiment le sujet des deux dernières parties.

    Quant à Motta et Matuidi, c’est juste une évidence. Même si Motta plus que Matuidi, avec Pastore aussi. Motta-Verratti en fin de match, c’était plus parlant.

  3. Noah01 dit :

    Pour ma part je trouve que c’est une bonne analyse de Florent.
    Paris doit apprendre à accélérer le jeu devant avec moins de touches de balle et des combinaisons (M.Laurent Blanc les combinaisons ça se travail à l’entrainement n’est ce pas?)

    Sinon même si dans l’analyse aucune mention suite à l’activité de mon ptit hervin Ongenda …
    Grâce à vous Dim on les a en commentaire comme quoi nous sommes complémentaires .
    Place.

  4. Allez, si c’est demandé, je vais essayer de trouver de quoi refaire le but parisien.

  5. sebtheouf dit :

    Le bus… Ouais encore faut il expliquer comment et c’est très bien fait ici.

    Le problème c’est que personne veut se sacrifier dans cette équipe. Faut que Lucas colle sa ligne de touche et tous les soucis sont réglés… Il colle, il attire son latéral, il le dribble et voila il a 2 girafe dans la surface pour marquer…

    Sinon c’est un peu bête mais pour moi le tournant c’est la sortie de Matuidi. Completement inutile dans ce genre de match… 80% de possession, Motta suffit, et dans l’utilisation du ballon, ok il percute il apporte le surnombre mais du coup il participe à l’embouteillage dans l’axe. L’entrée de Verratti change tout. Moi j’aurais même mis Pastore dans l’axe et Lavezzi sur le coté.

  6. Bissa95 dit :

    Tt a fait d’accord avec sebtheouf, vu la possession de balle et la zone de récupération, il fallait garder Pastore et faire rentrer lavezzi. L’embouteillage ds l’axe de Pastore et Lucas, c’est pour mieux combiner avec cavani et Ibra, a condition que les joueurs occupent l’espace sur les cotes par jallet/maxwell et motta/
    Matudi. À+

  7. Yamanosuke dit :

    Je suis évidemment d’accord sur la nécessité d’élargir le jeu, mais avec des meneurs excentrés c’est plus dur comme vous l’avez dit. Il va falloir modifier leurs déplacements naturels ou changer au moins un des deux.
    Par contre je tenais à souligner, leur faiblesse dans la zone d’appels de ces meneurs excentrés, ils faisaient bien l’appel de l’extérieur mais rentraient vers l’intérieur, le schéma aurait dû être contraire, c’est à dire appeler entre les lignes intervalles pour écarter le ballon.
    Offrir de la largeur à un point de départ: l’appel, le lieu de la demande.

    Ensuite le gros changement selon moi, pour l’instant du moins, comparé à Ancelotti; se trouve à la perte du ballon: le pressing se situe bien plus haut, la majorité des occasions parisiennes découlent d’un « nouveau » pressing parisien, plus haut, fait depuis l’attaquant (Cavani) et par les milieux axiaux qui montent vite sur le porteur du ballon. Les (faux) ailiers ferment plus ou moins bien les départs adversaires vers la largeur.

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