Juve-Barça : Comment quadriller la moitié de terrain catalane ?

C’était l’une des clés de la demi-finale entre le Barça et le Bayern, le comportement de la Juventus dans la moitié de terrain blaugrana aura aussi son importance samedi soir. Alors, quelles options pour Allegri et quels dangers pour son équipe ?

La relance du Barça : 

Elle est observable depuis des années : les défenseurs centraux s’écartent pour faire de la place dans l’axe à Busquets, qui offre une troisième solution courte. Les latéraux montent d’un cran afin d’occuper les couloirs, les relayeurs offrant eux des solutions de transition dans l’axe. Tout est fait pour repartir court et au sol.

Devant, Neymar et Suarez restent la plupart du temps en position. Seul Messi décide parfois de repiquer dans l’axe afin d’occuper un rôle de n°10, notamment lorsqu’il s’agit de profiter des espaces entre les milieux et les défenseurs adverses.

Le losange, expérimenté par les autres, utilisé par la Juve : 

C’est l’option la plus « logique » à mettre en place, surtout avec le forfait de Chiellini. Le 4-4-2 en losange permet à la fois de bloquer les 3 solutions courtes qui se présentent à ter Stegen (Piqué, Busquets, Mascherano) et les deux relais assurant la transition dans l’axe (Iniesta, Rakitic).

Après un quart d’heure d’individuelle totale (lire : Bayern-Barça : le pari fou de Guardiola), c’est cette option qu’avait choisi le Bayern pour gêner les sorties de balle catalanes. Au tour précédent, le PSG s’était aussi présenté avec une équipe capable d’évoluer ainsi dans le camp adverse, mais sans toutefois accomplir les efforts pour être une réelle menace (lire : Barcelone 2-0 PSG, l’analyse tactique).

C’est aussi ce système qu’utilise la Juventus d’Allegri dans la moitié de terrain adverse pour bloquer la relance courte du gardien. Face au Real, Tevez et Morata étaient secondés par Vidal afin de bloquer le jeu court de Casillas (Varane, Pepe et Kroos lorsque celui-ci décrochait). Une réussite puisque le portier madrilène a joué long la plupart du temps.

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La configuration probable de la Juve face à la relance barcelonaise (moins Chiellini, forfait).

Mais, et c’est là l’une des spécificités du Barça depuis des années, le gardien n’est pas un portier classique… ou plutôt, il est un joueur de champ comme les autres. Comme Valdès auparavant, le jeu au pied est l’un des points forts de ter Stegen.

Il l’a démontré lors de la demi-finale face au Bayern Munich : il peut mettre le ballon où il veut dans sa moitié de terrain si l’adversaire lui laisse assez de temps. En l’occurrence, face au losange bavarois, le jeu l’amenait naturellement à rechercher les couloirs où Alba et Alves étaient sans adversaire direct, en soutien de Neymar et Messi.

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Les zones ciblées par ter Stegen pour « casser » le pressing adverse. Près de 50% de ses passes étaient destinées à ses latéraux sur les deux rencontres face au Bayern. 

La qualité du jeu au pied de l’Allemand et la présence d’un deux-contre-un à la retombée permettaient aux Catalans de mettre le ballon au sol. Une fois que ce dernier était contrôlé, leur qualité technique suffisait pour qu’ils profitent de leur surnombre en faisant courir le ballon dans leur moitié de terrain… jusqu’à atteindre l’un des attaquants pour déclencher l’offensive.

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Une fois le ballon contrôlé, difficile de maintenir la pression sur le Barça.

Un enseignement simple : pour priver le Barça du ballon, il faut l’empêcher de le mettre au sol. Dès lors, laisser les couloirs libres face à un gardien aussi à l’aise au pied que ter Stegen n’est pas une option valable à 100%. Dans son plan de jeu initial, Pep Guardiola l’avait d’ailleurs pris en compte.

Quand il a décidé d’aligner un système sans « +1 » en défense – à trois défenseurs centraux pour faire face à Messi, Suarez et Neymar, son choix était de s’appuyer sur Xabi Alonso ou Lahm pour effectuer les compensations et conserver l’équilibre… mais l’alignement défaillant des défenseurs bavarois, qui plus est en difficulté sur les longs ballons, a rapidement eu raison de ses ambitions.

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Schweinsteiger, Muller et Lewandowski bloquent les solutions courtes. Si ter Stegen joue vers Alba, Bernat rentre dans l’axe et Xabi Alonso se replie ; s’il joue sur Alves, Thiago revient dans l’axe et Lahm redescend.

Le 3-5-2, pour fermer les couloirs autrement :  

Une autre option maîtrisée depuis plusieurs saisons maintenant par la Juventus : le 3-5-2. Ce système permet à la fois de bloquer les solutions courtes et axiales, tout en ayant la possibilité d’envoyer des joueurs au pressing dans les couloirs lorsque ter Stegen décide de jouer vers ses latéraux.

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Au lieu de faire coulisser les milieux, le 3-5-2 demande aux latéraux de sortir sur Alba et Alves lorsque ter Stegen joue vers eux. En couverture, la ligne de défense coulisse et permet de conserver l’avantage numérique face à Messi, Suarez et Neymar (4 contre 3).

Evidemment, ce système demanderait un match sans faille de la part d’Evra et Lichtsteiner. Leur lecture du jeu et des trajectoires serait primordiale pour anticiper les relances de ter Stegen et être présent à la retombée afin d’empêcher le « premier contrôle » de Daniel Alves ou Jordi Alba.

Le danger : être aspiré trop loin de la ligne médiane 

Chaque plan ayant ses failles face à une équipe de la qualité du Barça, le 3-5-2 ne déroge pas à la règle. S’il permet de bien quadriller la largeur du terrain, le danger peut venir des décrochages des joueurs chargés de la transition (Alba, Alves, Rakitic, Iniesta).

Si leurs adversaires directs se font aspirer, des espaces s’ouvriraient alors pour Messi, Suarez ou Neymar, compliquant la tâche des défenseurs, qui doivent déjà être irréprochables dans la lecture du jeu long et les duels aériens.

L’absence d’un joueur en couverture des milieux peut aussi être problématique en cas de jeu long de ter Stegen vers ses attaquants (Suarez a été ciblé à plusieurs reprises lors de la demi-finale) : la bataille – capitale – pour les deuxièmes ballons se résumerait en effet à des duels avec des Catalans dans le sens du jeu et des Turinois tournés vers leurs buts.

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Deux exemples de danger pour la Juventus : Evra et Marchisio se font aspirer par les décrochages d’Alves et Iniesta, augmentant de fait la distance qui les sépare de leur défense.

Mais à l’inverse du Bayern lors du tour précédent, la Juve n’aura pas « besoin » d’aller chercher le Barça aussi loin de ses buts pour servir son plan de jeu. Elle l’a déjà prouvé au tour précédent face au Real Madrid, et même depuis le début de la compétition : la formation d’Allegri a l’habitude de prendre plusieurs formes dans un même match.

Du losange pour « tester » la relance adverse au 3-5-2 pour préserver le score, en passant par le 4-4-2 à plat pour quadriller sa moitié de terrain, la Juve a fait de cette variété tactique l’une de ses principales forces pour arriver jusqu’en finale. Et elle devra encore une fois s’appuyer dessus samedi soir pour trouver les bonnes solutions face à la machine blaugrana… tout en restant très attentives sur ses phases de transition.

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3 réponses

  1. yas sed dit :

    Bravo, encore une fois , une très bonne analyse.
    Vos vidéos nous manque beaucoup.

  2. Moez dit :

    Merci pour cette analyse. Je verrai bien Allegri mettre un 4-4-2 plat, d’ailleurs je pense que c la seule solution viable, les autres étant trop risquées:

    * Une défense à 4 (classique).
    * Une attaque Tevez-Morata (classique)
    * Au milieu 2 joueurs sur les ailes pour contrer Alves et Alba, mais capables de jouer parfois les pompiers dans l’axe: Pogba, Marchisio, …?
    * 2 récupérateurs-presseurs centraux bons tactiquement et très endurants: Vidal et Sturaro/Marchisio.

    Ces 2 derniers seront la clé du match contre le Barça: ils joueront le rôle de Alonso-Kedhira à l’époque où Mourinho a trouvé la clé pour casser le système du Barça. Sauf que le Barça d’aujourd’hui est bien plus compliqué à jouer car il sait jouer direct (grâce à Suarez), alors qu’avant ce n’était pas possible avec Messi dans l’axe.

    Ces 2 joueurs clés de la Juve devront s’occuper de Rakitic-Iniesta mais en plus de ça, un des deux (disons Vidal) doit apporter un soutien aux attaquants pour presser Piqué-Masch-Busquets.
    Il ne devra sortir que lorsqu’il est presque sûr que le ballon ne transpercera pas le milieu, son but n’est pas d’empêcher Busquets de prendre le ballon, mais d’empêcher de se retourner et de faire une passer à un joueur de champs, Vidal ne doit donc pas marquer Busquets, mais le presser lorsqu’il sait qu’il va recevoir le ballon.
    Dans ce cas les 2 attaquants doivent absolument empêcher la passe latérale vers Piqué/Masch et les milieux latéraux se tiennent prêts à venir couvrir l’axe et prendre Rakitic/Iniesta.
    Dans les cas où Busquets y arrive si Vidal sort mais trop tard ou si Piqué/Masch n’étaient pas bien serrés:
    Un des milieux latéraux devra couvrir l’axe, l’attaquant pressant le central devra idéalement revenir pour prendre la latéral Barcelonais délaissé et Vidal devra revenir rapidement au milieu pour couvrir l’axe.

    Mais une fois le Barça installé, il ne faut surtout pas presser Piqué-Masch, il ne pourront rien faire s’il n’y a aucun espace autour des joueurs adverses, il faudra que le bloc soit assez bas pour ne pas laisser de place dans le dos de la défense.
    En revanche, il faut un attaquant sur Busquets (pas besoin de plus) et l’autre attaquant reste renforcer le milieu au cas où Messi pique/décroche dans l’axe.

    C’est la seule possibilité, car sinon aller mettre 3 joueurs à plein temps au pressing sur Piqué-Masch-Busquets, c’est juste de la folie.

  3. aziz dit :

    Salut,
    Merci pour cette leçon tactique rafraichissante. Moi perso, je pense que la seule chance de la Juve est de faire comme Chelsea en 2009 (éliminé de peu) ou en 2012 (même si c’était miraculeux): faire le bus devant Buffon en jouant bas et profiter des contres. La clé n’est pas le 3-5-2 ou le 4-4-2 mais le resserrement des lignes. Au Barça il n’ y a que Messi qui est explosif, avec des lignes serrées c’est là qu’il s’exprime le « moins » bien. Quant aux autres de la MSN, je trouve qu’on fait des tonnes. Si le match est vraiment serré, ils ne feront « rien ».
    @Moez
    Tu as écris « ils joueront le rôle de Alonso-Kedhira à l’époque où Mourinho a trouvé la clé pour casser le système du Barça  » : Non mais tu rêves! JAMAIS Mourinho n’a trouvé la clé! le Réal a gagné quand uniquement le Barça s’est affaibli !

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