France 4-0 Norvège : les enseignements

Pour leur premier match de préparation, les Bleus ont rendu une copie plutôt encourageante en vue du Mondial. Privés de leurs leaders techniques (Ribéry, Benzema), les hommes de Didier Deschamps ont joué la carte du collectif et de la circulation simple du ballon pour dominer une formation norvégienne qui a coulé après la pause. Prochaine étape, observer la réintégration des vedettes et leur impact – positif ou négatif – sur l’animation offensive de l’équipe.

Ribéry et Benzema avaient beau ne pas être au rendez-vous, l’équipe de France qui a débuté hier soir ressemblait quand même beaucoup à celle qui devrait débuter le Mondial dans quelques jours. Devant Ruffier qui gardait exceptionnellement les buts de Lloris pour ce match, trois des quatre défenseurs partent a priori titulaires aux yeux de Didier Deschamps (en imaginant qu’un Varane à 100% soit le quatrième). Dans l’entrejeu, l’ancien coach de l’OM a relancé son milieu-type, découvert lors du match retour face à l’Ukraine (Cabaye-Pogba-Matuidi). Devant, le plus que jamais titulaire Valbuena était associé à Griezmann et Giroud, remplaçants poste pour poste des deux stars des Bleus.

Pressing et récupération :

Défensivement, les Français ont eu besoin de quelques minutes pour trouver la bonne formule face au 4-4-2 mis en place par les Norvégiens. En effet, en début de partie, Valbuena se positionnait très souvent dans l’axe afin de bloquer l’un des milieux de terrain adverses, complétant le travail de Matuidi qui sortait sur le second. Pogba évoluait lui un cran plus bas et coulissait vers le couloir lorsque la Norvège passait par la zone que devait normalement garder Valbuena.

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Le pressing des Bleus n’est pas symétrique en début de partie : Valbuena quitte sa zone pour bloquer l’axe aux côtés de Matuidi.

Il a fallu quelques minutes, et quelques consignes de Didier Deschamps, pour rééquilibrer le milieu de terrain, qui s’est alors articulé comme un 4-1-4-1 classique. Pogba et Matuidi sont devenus les deux joueurs chargés de sortir dans l’axe, laissant Griezmann et Valbuena bloquer les couloirs face aux latéraux adverses. Les deux ailiers pouvaient aussi sortir jusqu’au niveau de Giroud afin de bloquer les défenseurs centraux adverses, peu à l’aise avec le ballon. Les Bleus se sont autorisés quelques phases de pressing haut, mais – premier match de préparation oblige – l’essentiel était ailleurs et se passait justement dans l’entrejeu.

A l’instar d’un grand nombre d’équipes évoluant dans le même système, les Bleus alternaient entre le 4-1-4-1 classique et le 4-4-2 en position défensive. Préposé aux sorties en première ligne, Matuidi rejoignait ainsi Giroud afin de bloquer la transition adverse. Lorsque le Parisien sortait à hauteur de son attaquant, Cabaye quittait sa position devant la défense et complétait la deuxième ligne à hauteur de Griezmann, Valbuena et Pogba. Un classique vu et revu durant la saison chez d’autres équipes et qui permet de défendre en avançant depuis sa propre moitié de terrain.

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Matuidi sort à hauteur de Giroud pour aller bloquer Tettey. Cabaye suit le mouvement et avance au milieu de terrain pour compléter l’axe aux côtés de Pogba.

Le second but inscrit par les Bleus dans ce match (Giroud, 50e) vient justement d’une récupération de balle de Cabaye dans l’entrejeu. Sitôt le ballon intercepté, le milieu du Paris Saint-Germain a su faire le bon choix en écartant vers Valbuena, seul en raison du positionnement trop avancé du latéral gauche norvégien au moment de la perte de balle. Le décalage s’est ainsi crée dès la récupération, il a suffit que le Marseillais fasse ensuite sa passe dans le bon tempo pour mettre l’attaquant d’Arsenal en position de doubler la mise. A noter que tout au long de la rencontre, Cabaye a effectué un bon travail d’orientation du jeu après récupération. Toutefois, la Norvège n’a pas non plus mis une énorme pression sur le milieu de terrain.

Seul bémol dans la prestation défensive des Bleus, leurs difficultés en première mi-temps face au flanc gauche de la Norvège et notamment au milieu de terrain Daehlie. Bien soutenu par les mouvements de King (attaquant) et Högli (latéral gauche), le joueur de Cardiff a posé beaucoup de problèmes au duo Debuchy-Valbuena. Seul Pogba semblait en mesure de mettre fin, par sa présence athlétique, à la circulation de balle norvégienne dans cette zone où les Bleus ont plus subi que sur le reste du terrain. Il a même fallu que Ruffier s’emploie pour éviter que Högli n’égalise peu avant la pause (42e).

Animation : 

C’est certainement à ce niveau que se situent les enseignements les plus intéressants de ce premier match de préparation. Face au 4-4-2 de la Norvège, a priori censé se rapprocher de l’organisation de la Suisse, les Bleus se sont montrés particulièrement efficace au milieu de terrain, dans la transition défense-attaque. Comme face à l’Australie, où Cabaye, Nasri et Pogba avaient été associés dans l’entrejeu, ils se sont appuyés sur une relance à cinq (défenseurs centraux et milieux de terrain) afin de permettre aux latéraux d’évoluer plus haut dans le camp adverse.

Cette animation a permis à Griezmann de repiquer dans l’axe afin de se muer soit en deuxième attaquant aux côtés de Giroud, soit en deuxième solution entre les lignes avec Valbuena. Portant très peu le ballon, le joueur de la Real Sociedad travaillait la plupart du temps en remises, soit pour Valbuena à ses côtés, ou Pogba et Matuidi qui se projetaient à hauteur une fois la première passe effectuée, soit vers Debuchy et Evra qui suivaient eux aussi la remontée du ballon depuis les côtés. Valbuena et Giroud étaient dans le même registre, si bien que les Bleus parvenaient à enchaîner rapidement dans l’entrejeu pour rentrer dans le dernier tiers du terrain.

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La relance des Bleus : les défenseurs et les milieux font tourner la balle jusqu’à mettre hors de position la première ligne adverse. L’un d’entre eux s’avance ensuite pour trouver Griezmann ou Valbuena entre les lignes, qui se chargent ensuite de distribuer le jeu en fonction des déplacements autour d’eux.

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Pour relancer, les Bleus peuvent aussi s’appuyer sur le jeu long de Cabaye, capable d’ouvrir vers Evra ou Debuchy depuis sa position plein axe. Les déplacements dans l’axe de Griezmann permettent aussi à Valbuena de décrocher pour offrir des solutions plus courtes ou faire sortir les milieux adverses et créer des brèches pour les incursions de Pogba, Matuidi ou Griezmann.

Dans la zone de vérité, les Bleus se sont appuyés sur plusieurs solutions. Côté gauche, Evra et Matuidi se chargeaient d’animer le couloir, toujours soutenus par les relais proposés par Valbuena ou Griezmann à l’intérieur du terrain. Lorsque les deux hommes étaient haut dans le camp norvégien, Cabaye se chargeait évidemment de la couverture. Dans le coeur du jeu, les projections de Pogba et les appels en profondeur de Griezmann s’appuyaient sur Giroud qui se chargeait de tenir son rôle de pivot dos au but. Enfin à droite, Debuchy était le plus esseulé mais il bénéficiait souvent d’assez d’espaces pour se débrouiller, le jeu arrivant de la gauche où ses partenaires s’étaient chargés de « fixer » la défense norvégienne.

Des remplaçants au diapason : 

Habituellement, ces rencontres de préparation se terminent au moment de l’entrée en jeu des premiers remplaçants. Et pour cause, les joueurs sont d’abord en quête de temps de jeu pour retrouver ou garder la forme, et le turnover opéré par le sélectionneur grippe généralement le collectif. Ce match a toutefois dérogé à la règle puisque, malgré les six changements effectués par Didier Deschamps, les Bleus ont conservé un vrai liant dans le jeu jusqu’au coup de sifflet final. Tous les entrants se sont mis au niveau des titulaires et se sont fondus dans le collectif, permettant à l’ensemble de continuer sur sa lancée jusque dans les dernières minutes de la rencontre.

Un constat qui renvoie à la question qui va animer les prochains jours : que va-t-il se passer lorsque Didier Deschamps va réintégrer les leaders techniques que sont Karim Benzema et Franck Ribéry ? Leurs absences sur ce premier match de préparation ont permis à Didier Deschamps de mettre en place une équipe qui, à défaut de stars, a fait la différence en faisant circuler rapidement le ballon. Excepté Pogba qui a fait parler sa puissance à plusieurs reprises dans l’entrejeu, les Bleus ont rarement provoqué en un-contre-un, préférant le « contrôle-passe » aux dribbles et autres tentatives individuelles. Le 4ème but est un modèle du genre, aucun joueur n’excédant les deux touches de balle durant  sa mise en place.

Le retour de Benzema dans le onze de départ ne devrait sur le papier pas poser de problèmes. L’attaquant du Real Madrid assume désormais son statut de véritable attaquant de pointe, dézonant beaucoup moins, et le jeu de passes lui convient habituellement. En revanche, le cas Ribéry pose plus de questions après ce premier match de préparation. Le milieu de terrain du Bayern doit normalement reprendre sa place au détriment d’un Griezmann qui n’a pas démérité, mais qui a surtout pesé sur la partie par ses déplacements intelligents entre les lignes. En travaillant intelligemment dans l’axe, il a notamment facilité le travail de Valbuena.

A l’inverse, Ribéry est plus habitué à rester sur son aile gauche afin de faire parler ses qualités de percussion et de débordements. Dès lors, son retour demandera très certainement une adaptation de la part du reste de l’équipe. Face à l’Australie en octobre dernier, la présence de Nasri dans l’entrejeu et les courses vers l’intérieur de Evra avaient permis aux Bleus de développer le même type de football qu’hier tout en conservant la menace Ribéry sur l’aile, qui focalisait d’ailleurs toujours deux adversaires. A Didier Deschamps de trouver désormais les bonnes solutions pour garantir un retour probant de ses stars face au Paraguay, et s’éviter ainsi quelques jours de casse-tête avant le début des hostilités.

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1 réponse

  1. Très bonne analyse sur le match opposant la France et la Norvège, après le match nul d’hier face au Paraguay, il ne reste plus qu’un match contre la Jamaïque pour tester de nouvelles choses ! ;)

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