Tottenham 2-2 Arsenal, l’analyse tactique

Samedi après-midi, Tottenham et Arsenal se retrouvaient pour un North London Derby capital dans la course au titre. Battues dans la semaine par West Ham et Swansea, les deux formations avaient l’occasion de se relancer en prenant en plus l’ascendant sur un adversaire direct. Menés au score contre le cours du jeu après une belle entame, les Spurs ont profité de l’expulsion de Coquelin pour revenir et prendre l’avantage. Une avance qu’ils n’ont pas su gérer, concédant un nul qui a finalement fait les affaires de Leicester, vainqueur à Watford (0-1).

Les compositions : 

Pas de surprise à signaler au coup d’envoi dans les rangs des Spurs : Mauricio Pochettino a pu aligner son équipe-type du moment, lui qui doit toujours faire sans Vertonghen (blessé) en défense centrale. Côté Arsenal en revanche, Arsène Wenger a fait plusieurs choix forts. Le technicien français a lancé El-Neny aux côtés de Coquelin dans l’entrejeu et préféré Welbeck à Giroud pour occuper la pointe de l’attaque. Il a aussi fait appel à Gabriel et Ospina pour remplacer Koscielny et Cech.

Tottenham vs Arsenal - Football tactics and formations

Un match disputé à haute intensité : 

C’est le premier enseignement à tirer de ce North London Derby. D’entrée de jeu et malgré quelques temps plus faibles en deuxième mi-temps, la rencontre s’est disputée sur un rythme très élevé. D’un côté comme de l’autre, il s’agissait d’aller de l’avant le plus rapidement possible afin de mettre la défense adverse à découvert.

Pour Tottenham, le but était d’attaquer avant qu’Arsenal n’ait le temps de se replier en nombre dans sa moitié de terrain. De l’autre côté, l’idée des Gunners était d’exploiter le moindre espace pour progresser vers les buts de Lloris avant que Tottenham n’ait le temps de relancer son pressing grâce au retour des attaquants (Lamela, Alli, Eriksen…).

Cette envie de se projeter vite vers l’avant des deux côtés s’est ressentie sur le plan statistique avec un nombre très élevé de ballons récupérés (70 pour Tottenham, 66 pour Arsenal). A titre de comparaison, il y en a seulement eu 71 lors du match entre le Borussia Dortmund et le Bayern Munich.

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L’une des rares de Tottenham pour récupérer le ballon rapidement : la compacité de son bloc.

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De gauche à droite, les ballons récupérés par Arsenal, Tottenham et les joueurs qui en ont fait le plus. On notera au passage que Tottenham a réussi à récupérer beaucoup plus de ballons qu’Arsenal dans la moitié de terrain adverse.

Il faut quand même rappeler que ces « ballons récupérés » peuvent être provoqués (tacles, interceptions) mais aussi être la conséquence d’erreurs et d’approximations techniques. Or ces dernières n’ont pas manqué sur ce match. Dele Alli a terminé la rencontre avec 14 ballons perdus, dont 9 sans intervention de l’adversaire. Kane, Eriksen, Sanchez, Welbeck et Ramsey ont eux aussi eu pas mal de déchets (plus de 5 ballons perdus chacun).

Par ailleurs, les deux équipes n’ont pas dépassé les 75% de passes réussies (75% pour Tottenham, 71% pour Arsenal), ce qui est plutôt faible pour une rencontre d’un tel niveau.

Özil disparaît, Dembélé brille : 

Cette intensité dans le jeu a rapidement tourné à l’avantage des Spurs. Plus compacts tactiquement et surtout très présents dans les duels (supérieurs à l’impact), les joueurs de Mauricio Pochettino ont multiplié les récupérations de balle au milieu et dans le camp adverse.

Ils ont notamment pris l’ascendant grâce à l’activité de leur flanc gauche, avec un Danny Rose dominateur face à Aaron Ramsey. L’activité de Lamela et Alli, toujours prompts à revenir chercher le ballon dans les pieds des milieux d’Arsenal (13 tacles tentés à eux deux), a aussi empêché les Gunners de poser le jeu au milieu de terrain.

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A la perte du ballon, les Spurs réagissent vite : Dembélé et Lamela viennent fermer sur le porteur et ses solutions courtes.

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Seule solution pour Bellerin, le jeu vers l’avant sur Ramsey, immédiatement pris par Rose qui permet la récupération du ballon.

Face à une telle intensité, Arsenal n’a pas réussi à trouver Mesut Özil. Que ce soit dans l’entrejeu pour faire le lien avec l’attaque ou dans sa moitié de terrain lorsqu’il s’agissait de ressortir en contre, l’Allemand a eu très peu d’influence. Comme souvent dans ces cas-là, il a été contraint de s’exiler sur les côtés pour se rendre disponible.

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A sa décharge, le pressing des Spurs (Dier sur Coquelin sur cette image) a souvent repoussé Arsenal sur les côtés.

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Au final, l’Allemand n’a réussi qu’une seule passe dans la surface de réparation de Tottenham en 90 minutes (et aucune passe-clé !).

A l’inverse d’Arsenal, les Spurs ont réussi à poser le jeu au milieu de terrain au bout d’une dizaine de minutes. Si les Gunners étaient organisés de manière à repousser la relance vers les côtés, en laissant notamment de l’espace à Rose à gauche, ils n’ont pas réussi à refermer leur piège pour récupérer le ballon. En cause, le rendement de Dembélé dans le coeur du jeu.

Aux côtés de Dier, le Belge a offert des solutions à ses partenaires pour sortir des couloirs et utiliser ensuite la largeur. Le manque de présence défensive de Özil lui a offert de l’espace. Malgré l’activité de Ramsey, qui a souvent épaulé El-Neny et Coquelin en défendant à l’intérieur, Dembélé a pu faire des différences balle au pied (5 dribbles réussis sur 6 tentés). Il a ainsi fait le lien entre ses partenaires de l’attaque, notamment sur l’occasion qui s’est terminée sur un arrêt à bout portant d’Ospina face à Lamela (26e).

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Lamela remet le ballon sur Dembélé qui va pouvoir alerter Eriksen dans l’espace entre Coquelin et Sanchez.

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Sur cette séquence, El-Neny et Ramsey sont pris de court par Dier et Dembélé. Le milieu de terrain anglais trouve Kane, qui peut remettre sur Lamela dans l’espace.

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Dembélé permet aussi de renverser le jeu lorsqu’Arsenal verrouille un côté.

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Le bilan de Dembélé en terme de passes données/reçues et les joueurs qui l’ont le plus sollicité (Rose, Lamela et Eriksen notamment).

Les choix de Wenger : la réussite Welbeck, l’échec du milieu

On l’a évoqué en ouverture de cet article, Arsène Wenger avait fait plusieurs choix importants pour ce match. Le premier concernait son milieu de terrain avec l’association El-Neny/Coquelin. La présence de l’Egyptien, souvent collé à son arrière-garde, a renforcé l’équipe sur le plan défensif par rapport à une doublette Coquelin-Ramsey trop légère malgré l’activité du Français. Certes, Arsenal a été dominé (26 tirs concédés), mais finalement peu ont été réellement dangereux pour Ospina (voir ci-dessous).

Mais au-delà de la difficulté qu’a eue l’équipe pour aller chercher Dembélé et Dier (voir précédemment), la paire Coquelin/El-Neny a vite atteint ses limites lorsque les Gunners avaient le ballon. Peu enclins à jouer vers l’avant, les deux hommes ont de fait facilité le travail défensif (pressing) de Tottenham et les retours des joueurs à vocation offensive (Lamela, Dier).

Leur manque de créativité a aussi entraîné des déséquilibres dans l’animation offensive des Gunners : afin de jouer vers l’avant, Arsenal devait s’en remettre aux décrochages de Özil et surtout de Ramsey. El-Neny avaient beau se positionner un cran plus haut lorsque le Gallois prenait sa place dans l’entrejeu, ses mouvements n’étaient ni tranchants ni coordonnés avec ses partenaires. Résultat, une animation offensive sans liant et dépendante du rendement de Welbeck à la pointe de l’attaque.

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Ramsey devait parfois redescendre très bas pour soutenir Gabriel et Mertesacker alors que ses milieux se positionnaient dans le camp adverse.

Heureusement, l’ancien avant-centre de Manchester United a livré un très gros match sur la pelouse de White Hart Lane. Préféré à Giroud pour sa capacité à prendre la profondeur, l’Anglais a vite donné raison à son coach. Allant chercher les espaces dans le dos de Rose ou Walker (souvent sortis au pressing), sa vitesse a posé beaucoup de problèmes à la paire formée par Alderweireld et Wimmer. Il s’est ainsi retrouvé à l’origine de l’ouverture du score de Ramsey (39e), suite à un bon travail sur l’aile gauche.

Ce but a d’ailleurs ouvert une période assez positive pour les Gunners qui ont eu des opportunités, à défaut de réelles occasions de but. Perturbés par ce but encaissé contre le cours du jeu, les Spurs ont perdu plusieurs ballons au milieu qui auraient pu profiter à Özil, Sanchez ou Welbeck en contre-attaque. Le deuxième carton jaune de Coquelin (55e) a rendu le momentum à Tottenham qui n’en demandait pas tant. Sept minutes plus tard, Alderweireld (60e) et Kane (62e) avaient renversé la vapeur.

Pourquoi Tottenham n’a pas conservé son avantage ? 

A ce moment du match, il était difficile d’imaginer Arsenal revenir au score. Et pourtant… Les Gunners ont plus frappé au but durant la dernière demi-heure à dix contre onze que pendant la première heure de jeu. En cause, le changement d’Arsène Wenger qui a joué son va-tout en faisant entrer Giroud (à la place de El-Neny, 75e). Le Français s’est installé en pointe, encadré par Welbeck et Sanchez, ce qui laissait Özil et Ramsey dans l’entrejeu.

Face à un tel milieu de terrain, Tottenham avait tout à gagner à « calmer le jeu » afin de placer des attaques face à un milieu qui n’est pas fait pour défendre. Mais au contraire, les Spurs ont continué à jouer sur un rythme élevé, entraînant attaques rapides et pertes de balle. Ce sont justement ces ballons perdus qui ont permis aux Gunners de revenir sur les buts de Lloris, d’être dangereux et finalement d’égaliser par l’intermédiaire de Sanchez (76e).

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A l’origine du but de Sanchez, une défense des Spurs loin d’être en place et un alignement d’un autre âge (Rose couvre tout le monde).

Conclusion : 

Dominés pendant une bonne demi-heure puis réduits à 10 rapidement en deuxième mi-temps, Arsenal peut s’estimer heureux de repartir de White Hart Lane avec un point. Même s’ils ont eu quelques temps forts, les Gunners sont apparus moins forts collectivement que leurs adversaires du jour. Ospina a d’ailleurs été un élément-clé de ce match nul, réalisant 9 arrêts dont 2 parades-réflexes sur sa ligne de but (26e, 58e). Arsène Wenger peut toutefois retenir le réalisme de ses hommes qui n’ont pas tremblé sur les rares occasions qu’ils ont pu se procurer.

Les regrets sont clairement pour les Spurs qui ont laissé filer deux points qui s’offraient à eux après le but splendide de Kane (62e). Toujours portée vers l’avant, pour défendre et pour attaquer, l’équipe de Pochettino n’a tout simplement pas su « gérer » son avantage. En témoigne son niveau de passes réussies qui n’a pas augmenté dans la dernière demi-heure face à un adversaire pourtant réduit à 10 et désormais sans véritable milieu récupérateur…

 

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