Tottenham 0-0 Liverpool : la première de Jurgen Klopp

Dans une Premier League plutôt atone depuis le début de saison, l’arrivée de Jurgen Klopp à Liverpool a forcément attiré l’attention. Pour sa première sur un banc anglais, le coach allemand se retrouvait face au Tottenham de Mauricio Pochettino, dans un match qui promettait beaucoup en terme d’intensité. Après une grosse entame, à la hauteur de ce qui était attendu niveau pressing mais pauvre sur le plan technique, les Reds ont eu du mal à tenir le rythme demandé par leur nouveau coach. Ils sont néanmoins sortis de White Hart Lane avec un point et sans but encaissé.

Un partage des points qui a satisfait Klopp en conférence de presse : « Ce n’est pas un résultat de rêve mais ça me va. (…) On doit s’améliorer mais aujourd’hui, après trois jours ensemble, ça finit à 0-0. Pour l’instant, ça me satisfait complètement. C’est un bon début, sur lequel on peut travailler. » Il faut dire qu’au coup d’envoi, Liverpool devait faire face à de nombreuses absences, au milieu (Henderson) et surtout devant (Benteke et Sturridge).

La surprise du système : 

A la découverte du onze de départ, la plupart des spectateurs s’attendaient à voir Liverpool en 4-2-3-1 (système fétiche de Klopp à Dortmund). Mais le technicien allemand a préféré surprendre, en proposant un 4-3-2-1 (ou « sapin de Noël »). Ce choix a sans doute facilité les débuts de son équipe, alors que Pochettino avait préparé son match en regardant justement des matchs du Borussia Dortmund de son adversaire. Au lieu de bloquer les couloirs, Coutinho et Lallana se sont positionnés dans le coeur du jeu derrière Origi. Autour de Lucas Leiva, Can et Milner étaient chargés de fermer les côtés face aux montées des latéraux de Tottenham.

« The start was brilliant. We came in… They were surprised a little bit. » (Jurgen Klopp après la rencontre)

Ce système, très dense dans l’axe, a permis à Liverpool de bien contrôler les relances de Tottenham en début de partie. En première ligne, Origi se positionnait entre Alderweireld et Vertonghen. Il coupait ainsi la relation entre les deux centraux, limitant la relance des Spurs à un demi-terrain. Dans l’entrejeu, Lucas Leiva était dans la zone d’Eriksen, tandis que les couples Can-Coutinho et Milner-Lallana verrouillaient l’axe : ils bloquaient à la fois le jeu direct au sol vers les attaquants et suivaient les mouvements de Dembelé ou Alli dans l’entrejeu. Face à cette densité, seul le milieu belge a réussi à tirer son épingle du jeu grâce à sa qualité de dribble (5 tentés, 5 réussis).

Liverpool vs Tottenham - Football tactics and formations

Conséquence de cette densité dans l’axe côté Reds, Vertonghen et Alderweireld n’avaient qu’une solution courte « facile » : écarter le jeu vers leurs latéraux (Rose à gauche, Walker à droite). Ce sont ces transmissions qui déclenchaient le pressing des Reds : Can ou Coutinho sur Walker, Milner ou Lallana sur Rose selon les situations. Tout le bloc de Liverpool se déplaçait ensuite côté ballon afin de réduire les espaces et pousser les Spurs à la faute. Bien orchestrées, ces séquences se sont surtout concentrées sur les 20 premières minutes de jeu: dès que Origi a reculé, tout le terrain s’est ouvert pour à Alderweireld et Vertonghen, facilitant leur relance et la construction des Spurs.

« We don’t want to go on the first ball (Vertonghen ou Alderweireld n’étaient pas attaqués), we want to go on the second ball (la passe vers Rose ou Walker) and we were there. Good timing… » 

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Situation de base : Origi coupe la relation entre les deux centraux. Au milieu, la densité rouge bloque la transition, qui ne peut passer que par le flanc gauche avec la disponibilité de Rose.

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Milner déclenche le pressing alors que le reste du bloc coulisse derrière lui : Clyne est au contact de Chadli, Origi bloque le retour sur Vertonghen. Libre – bien que difficile à servir vu la proximité de Milner par rapport à Rose, Alli peut se retrouver sous la menace de Skrtel et Lucas. A noter aussi la position de Lallana, sur la seule ligne de passe intérieure possible pour Rose et qui peut devenir une solution immédiate en cas de ballon récupéré.

Liverpool a toutefois maintenu une certaine activité défensive dans sa moitié de terrain. Là aussi, on retrouvait l’envie de ne pas subir et de remettre la pression sur l’adversaire dès que possible. Le bloc se regroupait en 4-3-2-1 et s’appuyait sur le volume de jeu de ses milieux de terrain pour bloquer les côtés et permettre la remontée du bloc. Comme sur les phases de relance, les Reds attiraient les Spurs sur les côtés pour les enfermer grâce au marquage serré de Clyne ou Moreno et aux déplacements de Can et Milner. Lorsque Tottenham ne pouvait plus avancer, les Reds sortaient sur les passes en retrait afin de repousser l’équipe de Pochettino dans sa moitié de terrain.

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Le sapin de Noël se retrouvait aussi en phase défensive avec un axe densifié et des espaces laissés sur les côtés pour enfermer les Spurs.

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Milner et Lallana ayant coulissé côté, c’est Lucas qui sort du bloc afin de forcer Rose à jouer en retrait vers ses défenseurs.

Les éléments du pressing appliqués : 

Cette réponse face à l’animation offensive des Spurs s’est accompagnée de plusieurs séquences où Liverpool maintenait le pressing si important pour son nouvel entraîneur. Pour des équipes « pro-actives », les touches jouées par l’adversaire sont l’occasion de densifier au maximum la zone de jeu pour mettre un maximum de pression. Un ballon récupéré peut en effet déboucher sur une attaque rapide à jouer, en exploitant notamment toute la largeur du terrain. Sur chaque remise en jeu adverse, les Reds étaient tous impliqués. Cela a offert quelques belles batailles pour le ballon, Tottenham appliquant le même principe sur les touches de Liverpool.

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Sur chaque remise en jeu, tous les joueurs de Liverpool sont impliqués pour récupérer le ballon.

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Les 22 acteurs se retrouvent alors dans une toute petite portion du terrain.

Autre élément-clé, le pressing à la perte. C’est d’ailleurs sans doute dans ce secteur que l’effet Klopp s’est fait le plus sentir sur les 90 minutes de jeu : même lorsque le pressing « organisé » sur la relance des Spurs s’est désagrégé, les Reds ont maintenu cette activité à la perte du ballon. Can, Milner, Coutinho, Lallana et Lucas ont été les moteurs de ce travail très important pour – a minima – bloquer la transition des Spurs ou – dans le meilleur des cas – forcer une perte de balle. Au fil du match, les courses étaient moins synchronisées mais les séquences effectuées en début de partie sont prometteuses pour la suite.

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Au duel avec Dembélé, Origi perd le ballon.

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La balle ressort dans l’axe sur Alli, immédiatement mis sous pression par Lucas, Lallana et Coutinho.

Des limites dans le jeu de transition : 

A Dortmund, le « gegenpressing » porté par Klopp était à la base du jeu d’attaque. L’équipe allemande excellait en transition offensive : la capacité de Bender ou Gundogan à verticaliser le jeu sitôt le ballon récupéré permettait à Lewandowski, Götze, Reus et Blaszczykowski de briller. Mais pour cela, ils ont dû apprendre à jouer ensemble et bien exploiter les espaces non-couverts par un adversaire surpris en pleine phase offensive. C’est justement ce que Liverpool n’a pas su faire sur la pelouse de White Hart Lane. Durant leur temps fort du début de partie, leur seule grosse occasion est venue d’un corner qui a fini sur la transversale de Lloris après des déviations de Can et Origi (9e).

Le rendement du trio d’attaque a notamment été insuffisant : Coutinho (6), Lallana (11) et Origi (12) ont perdu au total 29 ballons (49 ballons perdus au total par Liverpool). C’est plus que les quatre joueurs à vocation offensive de Tottenham. Dans une équipe qui mise tout sur la verticalité, le déchet des joueurs les plus avancés limite forcément la qualité du jeu d’attaque. Sans remises de leur part, point de projection possible pour les milieux de terrain. Point positif toutefois, les courses existent déjà : Milner et Can ont en effet multiplié les projections vers l’avant. Souvent dans le vide, elles seront certainement mieux exploitées dans un avenir proche.

When we had the ball, we were not cool enough. We didn’t see the right option. You’ve got a ball from this space (il se tourne vers la gauche), you should open your view and go to this side (il se tourne vers la droite). »

En difficulté dans le jeu de transition, les Reds n’avaient dès lors plus que les attaques placées pour amener le danger sur les buts de Lloris. Assez basique à Dortmund, seulement magnifiée par la qualité de certains joueurs (Götze, Lewandowski, Gundogan…), l’animation offensive version Klopp peut être résumée en une formule : la recherche de la verticalité. L’équipe s’est là aussi heurtée au faible rendement de ses attaquants, en difficulté sur les premières touches (Lallana, Origi) quand ils n’étaient pas trop focalisés sur le ballon à défaut de voir les courses de leurs partenaires. A noter tout de même les bonnes relances de Sakho, qui a les qualités pour devenir un pilier dans l’équipe du coach allemand.

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Milner se rend disponible à l’intérieur du jeu pour la relance de Skrtel.

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Il cherche ensuite Origi dans la profondeur. En deux passes, Liverpool tente d’aller le plus vite possible dans le dernier tiers des Spurs.

 

Conclusion : 

Liverpool et son nouveau coach ont encore beaucoup de travail mais le nul ramené de Tottenham est prometteur pour la suite. L’équipe a su développer les principes de jeu chers à son nouveau coach pendant 20 bonnes minutes et est restée solide défensivement par la suite, malgré quelques occasions concédées (et parfois offertes à l’adversaire). Preuve de l’effet Klopp, l’équipe a réalisé ses meilleures performances de la saison en terme de distance parcourue et de sprints effectués.

C’est évidemment avec le ballon que la mise en place sera plus longue, mais les retours à venir de Sturridge et Benteke vont déjà apporter plus de qualité individuelle aux avants-postes. Reste à savoir comment le technicien allemand va décider de les intégrer à sa « nouvelle » équipe. Fera-t-il un choix entre les deux, décidera-t-il de les associer en sacrifiant l’un de ses milieux offensifs ou reviendra-t-il au 4-2-3-1 pour ne pas avoir à choisir ? Une question qui trouvera sa réponse dans les prochaines semaines, qui verra notamment Liverpool se déplacer à Chelsea (fin octobre) puis à Manchester City (courant novembre).

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1 réponse

  1. 18 octobre 2015

    […] Tottenham 0-0 Liverpool : la première de Jürgen Klopp (Florent Toniutti, Les Chroniques Tactiques, 18/10/2015) : Arsenal for ever mais je crois que je vais suivre d’un œil plus attentif qu’auparavant les Reds. Encore un vrai régal ce papier. […]

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