Manchester United : le « pressing-trap » des Red Devils

Après une première saison « d’adaptation » à la tête de Manchester United (et à la Premier League), Louis Van Gaal entame sa deuxième saison dans « le meilleur championnat du monde ». Chargés d’ouvrir la saison de Premier League face à Tottenham samedi dernier, les pensionnaires d’Old Trafford ont fait le minimum en décrochant une petite victoire (1-0) grâce à un csc de Kyle Walker.

Au-delà du résultat, en ce début de saison, c’est surtout la performance collective de l’équipe qui est à relever, notamment la première mi-temps qui s’est révélée très intéressante sur le plan tactique : si les Spurs ont réalisé la meilleure entame, le 4-4-2 mis en place par le technicien néerlandais a montré de belles choses en terme d’équilibre et de solidité, posant notamment plusieurs « pressing-traps » dans lesquels sont tombés les milieux des Spurs.

Le pressing-trap : définition  

Littéralement « pièges de pressing », cet « outil » a été bien défini par Michael Carrick dans une interview à Four Four Two. Il s’agit de « forcer l’adversaire à jouer où on le veut. Cela peut se faire en laissant de l’espace au joueur que l’on doit marquer afin que le ballon vienne à lui puis tenter d’intercepter la passe avant qu’elle n’arrive. » Face à Tottenham, le milieu de terrain de Manchester United est passé de la théorie à la pratique sur plusieurs phases de jeu : lui et Schneiderlin ont gagné plusieurs ballons dans la moitié de terrain des Spurs grâce à des « pièges » bien posés par ses partenaires.

carrick1

Depay cadre parfaitement Alderweireld qui se retrouve le long de la ligne de touche, avec beaucoup d’adversaires devant lui (Young, Schneiderlin et Shaw). A l’intérieur, Dier apparaît comme la solution pour sortir de cette zone bloquée par les Mancuniens. Le piège est posé.

carrick2

Deuxième axial des Red Devils, Michael Carrick anticipe la passe d’Alderweireld vers Dier et jaillit dans les pieds du milieu des Spurs.

Car le pressing-trap est évidemment une oeuvre collective. Il demande une grande cohésion entre les joueurs, tant sur la hauteur (distance entre les lignes) que sur la largeur du terrain (distance entre les joueurs). A l’instar des autres séquences qui permettent de presser l’adversaire, le travail des joueurs en première ligne est par exemple capital. L’attaquant doit savoir cadrer le porteur, afin de l’attirer vers la zone dans laquelle le pressing sera effectué ou le piège sera refermé.

Aligné aux côtés de Rooney samedi dernier, Memphis Depay a abattu un excellent travail dans ce domaine, qui va certainement conforter Van Gaal dans l’idée de le préférer à un joueur comme Mata, plus créatif mais qui pèse moins dans cette zone du terrain dès lors que l’équipe n’a plus la possession du ballon.

La cohésion entre les lignes, élément-clé pour « poser » le pressing 

Au cours des premières minutes de jeu, les Red Devils ont eu des difficultés face à la relance de Tottenham. Les défenseurs centraux des Spurs s’écartaient afin de quitter la zone de Depay et Rooney, tandis que Dier décrochait afin de participer à la circulation latérale du ballon. S’appuyant sur leur gardien, les trois joueurs des Spurs parvenaient facilement à effacer la première ligne mancunienne, finissant la plupart du temps en sortant la balle sur Alderweireld côté droit.

En commençant à construire très bas, ils aspiraient aussi les attaquants mancuniens loin de leurs milieux de terrain. Conséquence, beaucoup plus d’espaces entre l’attaque et le milieu de United. Des intervalles qui profitaient notamment à Bentaleb, positionné entre la relance et le reste de l’équipe. Ressortant de ces 30 mètres côté droit (Alderweireld), Tottenham poursuivait sa remontée en faisant circuler le ballon jusqu’à l’opposée, jusqu’à ce que l’équipe parvienne à trouver Kane en appui ou les relais d’Eriksen aux abords de la ligne médiane.

sfsfdfs

Dier décroche pour créer le surnombre face à la ligne Depay-Rooney.

fdsfds

Depay est loin, Alderweireld a le temps de progresser. La distance entre les attaquants et les milieux de United offre beaucoup d’espaces à Bentaleb.

Schneiderlin tente bien de sortir sur l'Algérien mais il est trop loin pour que le "pressing-trap" fonctionne.

Schneiderlin tente bien de sortir sur l’Algérien mais il est trop loin pour que le pressing ait une quelconque efficacité.

sfddfs

Après un échange avec Alderweireld, Bentaleb envoie le jeu à l’opposée vers Davies et Chadli, qui vont remonter le ballon.

Pour Manchester, la priorité était de s’ajuster afin que Depay et Rooney puissent mieux cadrer les relanceurs. Comme leurs adversaires directs, les attaquants mancuniens se sont à leur tour écartés afin d’être plus proches d’eux (notamment Depay par rapport à Alderweireld, qui était la solution recherchée par Vorm). Dans le même temps, les milieux sont aussi montés d’un cran afin de réagir au cas où le gardien tentait de jouer vers Dier ou Bentaleb.

sfddsfsfd

En s’écartant l’un de l’autre, Depay et Rooney se rapprochent des défenseurs qui sont excentrés sur ces séquences (Alderweireld, Vertonghen). Bentaleb devient une solution pour Vorm mais il doit faire face au pressing de Carrick ou Schneiderlin s’il tente de se retourner.

mu3

Pas de piège sur cette séquence : Carrick et Schneiderlin sont au contact de leurs adversaires directs. Mais la pression de Depay sur Alderweireld. N’ayant pas de solution courte, le Belge est contraint de dégager, ce qui permet aux défenseurs mancuniens de récupérer facilement le ballon.

En resserrant l’espace entre les différentes lignes, le bloc mancunien a grippé la circulation de balle des Spurs. Le but inscrit à la 22e minute marque d’ailleurs un véritable tournant dans l’opposition tactique. Suite à cette ouverture du score, les Red Devils se sont montrés de plus en plus confiants dans leur système défensif, multipliant notamment les interceptions dans le camp adverse (1 interceptions entre la 1ère et la 22e, 3 entre la 23e et la 45e). Cela s’est aussi ressenti sur le PPDA(+40) de l’équipe (rappel : définition et méthode de calcul à lire ici), qui a diminué de moitié au cours de la mi-temps (de 34,25 de la 1ère à la 22e minute à 15,38 de la 23e à la 45e).

Une défense plus sereine : 

Cette manière de défendre face à la relance adverse tranche avec la méthode utilisée par Louis Van Gaal à son arrivée dans le nord de l’Angleterre. A l’époque, comme il l’avait fait avec les Pays-Bas lors du Mondial 2014, le Néerlandais avait débuté la saison avec son système défensif traditionnel, usant de l’individuelle face à la relance adverse avant que son équipe ne bascule en zone en phase défensive. Il s’était toutefois heurté aux limites individuelles de ses défenseurs, souvent en difficulté dans les duels et sur le jeu direct pratiqué par les adversaires qui ne trouvaient pas de solutions dans l’entrejeu.

Samedi dernier, rien de tout ça. A partir du moment où United a réglé les problèmes de distance entre ses lignes, Chris Smalling et Daley Blind ont passé un après-midi très serein sur la pelouse d’Old Trafford. Le défenseur anglais s’en est même tiré avec les louanges de plusieurs médias à l’issue de la partie. Une sérénité nouvelle et qui découlait directement de la bonne organisation défensive de l’équipe.

A défaut de pouvoir recruter le défenseur central de classe internationale (que les supporters attendent depuis la fin de l’ère Vidic-Ferdinand), Louis Van Gaal semble être parti pour s’adapter… une nouvelle fois. En recrutant Schneiderlin et Schweinsteiger, le Néerlandais s’est offert deux autres joueurs de haut niveau, capables d’épauler Carrick dans l’entrejeu. Avec ces trois-là, notamment réputés pour leur lecture du jeu, le 4-4-2 mancunien risque de poser pas mal de problèmes aux équipes aimant repartir de leurs défenseurs. Prochaine échéance de ce type le 12 septembre prochain face à Liverpool.

Vous aimerez aussi...

2 réponses

  1. the teacha dit :

    le problème c’est qu’il semblerait que Van Gaal veuille jouer en 4-3-3, donc faut voir si ca reste tjrs aussi efficace. Je pense qu’il y à plus de possibilités de passer côté Mata car on connait qu’il est moins agressif dans le pressing et le repli. je verrai mieux l’equipe évoluait en 4-2-3-1 pour ma part.

  2. KevinL dit :

    Super article encore une fois !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *