Manchester City 1-3 Chelsea : l’analyse tactique

Samedi après-midi, Chelsea a frappé un très grand coup en allant s’imposer sur la pelouse de Manchester City (1-3). Hyper-réalistes, les Blues ont profité des lacunes de City des deux côtés du terrain (manque de réalisme et fébrilité défensive) pour renverser la partie après avoir été menés 1-0 à la pause. Ce succès leur permet de creuser un petit écart en tête du classement (3 pts d’avance sur Arsenal, 4 pts sur Manchester City et Liverpool).

Les compos : 

Cette place de seul leader vient aujourd’hui couronner une période ultra-positive pour Conte et ses hommes. Passés en 3-4-3 après une défaite contre Arsenal (0-3), les Londoniens restaient avant le match de samedi sur une série de 7 victoires en Premier League. Du coup, c’est sans grand surprise que le coach italien a reconduit son équipe-type pour ce déplacement à l’Etihad Stadium. Seul absent à signaler, Nemanja Matic était remplacé par Cesc Fabregas au milieu de terrain.

Côté Manchester City, on connaît la capacité de Pep Guardiola à adapter son système et son animation de jeu à l’adversaire. Des ajustements que l’on retrouve à chaque match, mais qui ne chamboulent en rien les grands principes qui régissent ses équipes. Le Catalan n’a pas dérogé à cette règle pour ce choc au sommet, opposant au 3-4-3 de son adversaire un système à trois défenseurs beaucoup plus tourné vers l’attaque, avec notamment Jesus Navas et Leroy Sané pour animer les couloirs.

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Le meilleur attaquant contre le meilleur défenseur ? 

Un duel Guardiola-Conte, c’est avant tout une histoire d’attaque-défense… Non pas que l’Italien n’ait que ça à faire-valoir, loin de là, il l’a montré à la Juve. Mais toutes les équipes qu’il a entraînées partagent un point commun : elles savent défendre. Même si l’arrière-garde de Chelsea est encore en chantier, croiser la route de Guardiola était l’occasion d’un nouveau test du « système Conte ». Car même si c’était aussi un work in progress en facecela restait une formation dirigée par l’un des meilleurs « penseurs » de l’attaque.

On a eu l’occasion de l’observer avec la Juve pendant 3 ans (2011-14) puis avec l’Italie (2014-16) : les systèmes défensifs de Conte passent d’abord par une fermeture du coeur du jeu. Que ce soit en 3-5-2 ou en 3-4-3, la règle reste la même : lorsque Chelsea défend, les milieux et les attaquants forment un bloc très compact, qui coulisse comme un seul homme sur la largeur. L’objectif est de diriger l’adversaire sur les côtés en espérant l’y enfermer et récupérer le ballon.

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Les équipes qui affrontent celles de Conte ont ainsi toujours des espaces à exploiter sur les côtés pour avancer. Le problème vient ensuite du manque de solutions face à un formation bien regroupée, qui empêche toute pénétration. Le bloc-équipe de Conte peut ainsi passer beaucoup de temps en phase défensive, coulissant comme un seul homme face à un adversaire incapable de trouver une brèche pour pénétrer dans les 20 derniers mètres ou la surface de réparation.

Evidemment, Guardiola s’attendait à ce type d’opposition et il a préparé quelque chose pour la faire déjouer. On vient de le dire, une équipe de Conte peut se contenter d’attendre en position défensive : du point de vue de l’adversaire, cela veut dire qu’elle laisse du temps pour préparer les attaques. Pour City, il s’agissait de bien utiliser ce temps pour attaquer intelligemment. Et pour cela, il n’y a rien de mieux que de placer les joueurs les plus créatifs dans les zones non-quadrillées par l’adversaire : les côtés !

Le schéma de jeu côté Skyblues était limpide : remonter le ballon jusqu’au milieu de terrain et le conserver entre la défense à trois (Otamendi, Stones, Kolarov) et les deux milieux (Fernandinho, Gundogan). Sur les côtés, Jesus Navas et Sané jouaient très haut afin de fixer Marcos Alonso et Victor Moses. Leurs montées laissaient le champ libre au niveau du milieu de terrain pour De Bruyne et Silva. Et rapidement, City se retrouvait avec de l’espace pour ses deux créateurs.

Alonso-Cahill : le point faible de Chelsea 

Kevin De Bruyne a été le plus actif, multipliant les déplacements dans le couloir droit afin de mettre l’accent sur le côté faible de Chelsea (Hazard, Marcos Alonso, Cahill). Une fois libéré, plusieurs options s’offraient à lui : enrouler un centre (avec peu de réussite : 3/16 au total), trouver un relais à l’intérieur sur lequel s’appuyer (Silva, Aguero) ou lancer son ailier (Navas) dans la profondeur… et sinon ? Ressortir du couloir et ainsi amorcer un renversement pour aller chercher l’espace à l’opposée.

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De Bruyne et son volume de jeu ont très clairement fait pencher le jeu de Manchester City à droite. A la pause, 54% des attaques des Skyblues venaient de ce côté ; à l’issue de la rencontre, ce pourcentage s’élevait à 48%, contre 31% pour le flanc gauche et 22% dans l’axe.

Au-delà de cette préférence pour la droite, toutes les occasions de City sur attaque placée sont venues des prises de balle excentrées de Silva ou De Bruyne. Avant de délivrer sa superbe ouverture pour Sané (big chance pour Aguero, 33e), Silva est parti de la droite. Sur le csc de Cahill (45e), la première remontée de balle est aussi venue de la droite par De Bruyne. Le ballon est ensuite allé à gauche avant de revenir à droite sur Jesus Navas, offrant un un-contre-un à l’Espagnol face à Marcos Alonso.

Attaqué sur les côtés, Chelsea a malgré tout correctement couvert sa surface (23 dégagements au total). David Luiz a fait un très gros travail de couverture sur les centres adverses (6 dégagements). Mais le joueur le plus décisif dans ce secteur a sans doute été Victor Moses (5 dégagements), avec notamment un sauvetage décisif à 1-1 devant Sergio Aguero (67e).

Chelsea, obligé de répondre sur le terrain de l’intensité : 

En vérité, ces attaques placées de City ont été à la base de l’emballement de la rencontre. Si Chelsea se contentait d’attendre, la maîtrise technique des Skyblues et leur bonne préparation tactique finiraient toujours par leur offrir des solutions. Et leur pressing à la perte efficace en début de match réduisait les opportunités pour contre-attaquer. Pour Chelsea, il fallait donc éviter de subir : nouveau mot d’ordre, ne pas laisser le temps à City de trouver De Bruyne et Silva dans les fameuses positions excentrées.

Le match s’est équilibré à partir du moment où les Blues ont joué plus haut, avec l’ambition de couper le jeu de City avant même la ligne médiane. Avec un Chelsea obligé de sortir presser pour ne pas subir et une équipe de City habituée à ce rythme, la rencontre s’est ouverte. Résultat, les attaques rapides et le jeu direct ont pris le dessus sur le jeu placé. Cette hausse du rythme a été l’occasion de voir les limites des deux arrières-gardes lorsqu’elles sont exposées.

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Du côté de Chelsea, le flanc droit a encore souffert. A plusieurs reprises, Manchester City est parvenu à ressortir en attaquant dans le dos de Cahill. Il a fallu deux retours décisifs d’Azpilicueta et même un de Pedro (!!!) pour empêcher ces attaques rapides d’arriver jusqu’à la surface de Courtois. L’ancien défenseur de l’OM a sans doute été le meilleur parmi les 6 alignés samedi, même si une remise manquée aurait pu profiter à Aguero si David Luiz n’était pas passé par là (25e).

Manchester City, plombé par sa défense…

Exposés, Otamendi, Stones et Kolarov n’ont de leur côté pas rassuré sur leurs premières interventions. Otamendi a vite été averti (17e) et a traîné ce carton comme un boulet sur toutes les actions décisives de la partie (voir par ailleurs…). Stones a lui perdu un ballon dangereux dans sa surface face à Costa (12e) et manqué un dégagement qui a offert à Chelsea son premier tir du match (Hazard, 15e). Enfin, Kolarov y est lui aussi allé de son dégagement manqué, qui n’a toutefois pas profité aux Londoniens.

Tous se sont faits prendre de vitesse sur un long ballon de Fabregas depuis sa moitié de terrain. Sur cette action, il a fallu un petit miracle pour que Hazard décide de ne pas tenter sa chance alors que le but semblait ouvert (25e). Ce n’était que partie remise pour Chelsea, puisque la défense de Manchester City a été une nouvelle fois battu en deuxième mi-temps sur une ouverture de Fabregas. Au duel avec Otamendi (averti…), Diego Costa n’a cette fois pas manqué l’occasion d’égaliser (1-1, 60e).

L’Argentin est aussi directement impliqué sur le 2e but des joueurs de Conte. Cette fois, pas de long ballon mais une sortie de balle réussie qui déjoue le pressing à la perte de City : en couverture, Otamendi sort sur Diego Costa mais est en retard… Son carton fait alors toute la différence : la faute tactique lui coûterait une expulsion. Du coup, il laisse l’avant-centre lancer Willian, qui dépose tout le monde (Kolarov, Stones) et s’en va inscrire le 2e but des siens (70e).

… et son manque de réalisme : 

Mais les errements de la défense seraient passés au second plan si Manchester City avait su faire le break. Entre la 45e et la 60e minute, les Skyblues ont eu plusieurs balles de 2-0 qu’ils n’ont pas su convertir, la plus franche étant le tir sur la barre de De Bruyne alors qu’il n’avait plus qu’à pousser le ballon au fond des filets. Même après le but de Diego Costa, les joueurs de Guardiola ont eu deux occasions pour reprendre l’avantage… sans succès (voir ci-dessous).

Ce manque de réalisme a cruellement tranché avec l’attaque de Chelsea, qui a tout simplement fait un sans-faute à partir de l’heure de jeu. Les Blues ont en effet marqué trois buts en trois tentatives, de l’exploit individuel de Diego Costa (60e) aux occasions plus franches pour Willian (70e) et Hazard (90e) en contre.

Le deuxième but a clairement assommé Manchester City qui n’a plus réussi à créer le danger par la suite. Les entrées de Iheanacho (76e) et Touré (78e) n’ont pas vraiment eu d’impact. L’attaquant nigérian s’est même retrouvé aux premières loges sur le 3e but de Chelsea en étant l’auteur de la perte de balle.

Conclusion : 

Au bout du compte, ce City-Chelsea, premier duel entre Guardiola et Conte, ne pouvait pas mieux résumer le caractère des deux entraîneurs. Toujours capable de trouver des solutions, même contre les meilleures défenses, Guardiola a mis à mal la défense de Chelsea avec ses choix (De Bruyne). Résultat, les Blues ont quasiment concédé trois fois plus d’occasions que d’habitude (2,04 xGc contre une moyenne de 0,72 depuis le début de la saison).

Mais la limite de Guardiola, c’est son extrémisme. Son plan de jeu ne change pas en fonction du score. Même avec l’avantage au tableau d’affichage, son équipe continue de jouer de la même façon. Utile pour continuer à marquer, mais les problèmes commencent lorsque le 2e but ne vient pas. L’équipe reste alors à la merci d’une erreur individuelle ou d’un duel perdu par la défense. Soit exactement ce qu’il s’est passé entre la 44e et la 60e minute.

Aujourd’hui, les limites les plus évidentes de Manchester City se situent au niveau de son arrière-garde. A l’heure actuelle, Otamendi, Stones et Kolarov n’ont ni le niveau ni la constance pour assurer la couverture d’un projet aussi ambitieux pendant 90 minutes. Si l’attaque pêche devant le but, l’adversaire a toujours des raisons d’y croire. Et si sa victoire est retentissante, Chelsea n’a d’ailleurs pas été la première équipe à en profiter cette saison.

Pour Conte, ce succès valide sans doute définitivement le nouveau système. Malgré la première place, l’équipe a encore une belle marge de progression. Défensivement, plusieurs joueurs ne semblent être que des solutions par défaut (Cahill, Marcos Alonso), mais cela tient malgré tout (à l’instar du milieu de l’Italie à l’Euro). Même l’incorporation de Fabregas, qui pouvait être un motif d’inquiétude au coup d’envoi, s’est faite quasiment sans encombre.

Devant, Hazard et Diego Costa masquent les limites collectives du moment. Que ce soit en transition ou sur jeu placée, tout gravite autour d’eux et de leur capacité à fixer l’attention de plusieurs adversaires à la fois. A voir si Willian, auteur d’une excellente rentrée, réussit à reprendre une place de titulaire. L’équipe a toutefois encore beaucoup de boulot au niveau de la relance et de la construction en raison des limites actuelles de certains joueurs dans ce secteur (Kanté, Cahill…).

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2 réponses

  1. patrick dit :

    conclusion geniale!!! chelsea gagne mais n’est pas un rouleau compresseur car presque tout leurs buts ne proviennent pas de la construction du jeu. Hazard, costa et moses (comme dans les match precedents) vont la dirfference avec leur vitesse et puissance. malheur a l’adversaire(Man u, toth…) qui perd le ballon au milieu de terrain .

  2. Dosso dit :

    Votre analyse est sublime je me suis régale merci merci et encore merci car j’ai beaucoup appris

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