Manchester City 1-2 Tottenham, l’analyse tactique

Après Leicester-Arsenal, les deux autres actuels pensionnaires du Big Four se retrouvaient dimanche en fin d’après-midi : Manchester City accueillait Tottenham dans un match à quitte ou double pour les joueurs de Manuel Pellegrini après leur défaite face aux Foxes le week-end dernier. Après une première mi-temps peu spectaculaire, la rencontre s’est emballée suite à l’ouverture du score de Harry Kane sur penalty (53e). Man City est enfin sorti de sa torpeur et revenu au score… avant d’être puni en fin de partie par une équipe de Tottenham ultra-réaliste. Avec ce succès, les Spurs n’ont plus que deux longueurs de retard sur Leicester et se placent eux aussi officiellement dans la course au titre.

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Les compositions : 

Par rapport au match perdu la semaine dernière chez le leader, Manuel Pellegrini enregistre le retour de Kompany en défense centrale. Le Belge fait son retour aux côtés d’Otamendi. Fernando et Clichy débutent eux aussi la rencontre, prenant les places de Delph et Kolarov. Du côté de Tottenham, Mauricio Pochettino aligne une formation classique qui doit toujours faire avec l’absence de Vertonghen, blessé, en défense centrale.

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Le point-clé de ces compositions d’équipe est le positionnement de Yaya Touré. Aligné dans l’entrejeu aux côtés de Fernandinho face à Leicester, l’Ivoirien avait été complètement dépassé par les transitions fulgurantes des Foxes. Tottenham étant aussi dangereux sur ces séquences, Manuel Pellegrini a décidé de renforcer son milieu en alignant Fernando et en replaçant Touré un cran plus haut aux côtés de Sergio Aguero.

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Tottenham : l’ambition de jouer 

Le début de match – et l’ensemble de la première mi-temps – sont à l’avantage de Tottenham sur le plan de la possession de balle. D’entrée de jeu, les Spurs affichent l’ambition de conserver le ballon face à une équipe de City très prudente. Touré et Aguero se positionnent en première ligne, mais le reste du bloc citizen est cantonné dans ses 40 mètres, notamment Fernando et Fernandinho.

Cette absence de pression sur le porteur de balle adverse permet aux Spurs de développer leur jeu. Wimmer et Alderweireld s’appuient sur les relais proposés par Dier ou Dembélé pour faire vivre le ballon. Objectif, s’ouvrir des lignes de passes qui permettent d’effacer la ligne Touré-Aguero. Alors que les latéraux offrent des solutions sur la largeur, Alli, Son et Eriksen se positionnent dans les intervalles qui séparent les milieux adverses. Lorsque la première passe vers l’avant est donnée, l’équipe a ainsi une multitude de solutions courtes pour combiner.

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Alderweireld trouve Dier entre Touré-Aguero et le milieu de Man City. Fernandinho est bien trop loin de son vis-à-vis, ce qui laisse le temps au milieu des Spurs de trouver Eriksen, bien positionné entre les deux Brésiliens de City.

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L’animation de Tottenham à l’oeuvre : la passe verticale d’Alderweireld est bonifiée par la présence d’Eriksen, Alli et Son, qui offrent une multitude de solutions pour combiner dans le coeur du jeu. En même temps, les latéraux apportent la largeur, souvent nécessaire dans les 30 derniers mètres.

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Deuxième exemple : Touré et Aguero sont éliminés : Alderweireld a du champ pour s’avancer.

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Dele Alli et Son offrent deux solutions intérieures (entre Fernandinho-Fernando et Sterling-Fernando). Walker et Rose occupent les ailes. Eriksen est lui la solution courte à rechercher pour Son et Alli afin de poursuivre la progression vers le but adverse.

Tottenham pénètre ainsi très bien dans le camp adverse en s’appuyant sur la qualité des passes vers l’avant d’Alderweireld ou Dier. Remplaçant de Vertonghen, Wimmer se met aussi au diapason. Quatrième joueur chargé de la relance, Dembélé apporte une force de percussion supplémentaire. Son rôle prend de l’importance lorsque l’adversaire resserre les lignes et réduit les espaces : sa capacité à prendre le dessus en un-contre-un permet de recréer les décalages qui venaient à la base de la vitesse de circulation du ballon.

City resserre les espaces entre ces lignes : 

Face à cette relance, Manchester City prendre petit à petit la mesure de son adversaire et lui laisse moins de latitudes. Cela passe d’abord par un resserrement des distances entre la défense et le milieu de terrain, qui réduit le champ d’action des milieux offensifs. Malgré une relance efficace, qui permet de donner l’impulsion aux attaques, ces derniers ont du mal pas à enchaîner dans la moitié de terrain adverse et à maintenir la vitesse du ballon.

Les latéraux ont beau avoir de la liberté dans les couloirs, ils peinent eux aussi à en profiter. Les Spurs manquent de justesse, notamment les joueurs offensifs, qui perdent beaucoup de ballons. Autre problème, City fait bloc dans sa moitié de terrain : lorsque le temps de possession des Spurs s’allonge, Yaya Touré redescend aider ses partenaires du milieu de terrain, ce qui complique forcément la tâche des attaquants.

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Otamendi est sorti de sa défense pour empêcher Son de se retourner. A défaut de pouvoir enchaîner dans l’axe, Dembele peut ouvrir le jeu sur Rose côté gauche.

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En position basse, le bloc de City est renforcé par le retour de Yaya Touré dans l’axe.

En place défensivement (seulement 1 tir concédé dans la surface, qui plus est bloqué par la défense, en première mi-temps), Manchester City remonte son bloc et parvient aussi à perturber la relance adverse. Fernando et Fernandinho laissent beaucoup moins d’espaces dans le dos de Touré et Aguero, qui sont eux aussi mieux positionnés. Bilan, moins de solutions pour les défenseurs adverses, un ballon qui circule moins vite et des ballons de récupération à exploiter en contre par les Skyblues.

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Aguero coupe la relation entre les deux centraux, Touré se charge de Dier, Silva met la pression sur Wimmer : City est en place.

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Fernando et Fernandinho sortent eux aussi plus haut afin de combler l’espace dans le dos de Touré-Aguero, qui profitait jusqu’ici à Dier et Dembele.

Mais Manchester se heurte aux mêmes problèmes qui avaient plombé sa prestation face à Leicester : la supériorité de son adversaire dans les transitions. Qu’ils soient récupérés en phase défensive dans leur moitié de terrain ou plus haut, dans l’entrejeu, face à la relance des Spurs, les ballons gagnés ne se transforment pas en contre-attaque. Que ce soit en pressant à la perte du ballon ou en effectuant un repli défensif, Tottenham devance toujours les projections vers l’avant de Manchester City.

A défaut d’être dangereux directement, les Skyblues tirent leur possession de ces séquences. Libéré de son couloir droit, Silva cherche des solutions face à la défense regroupée des Spurs mais celle-ci concède très peu d’espaces. Les rares décalages sont venus côté gauche avec les appels de Sterling, servi par Silva ou Touré. Mais au final, la production offensive de Manchester City est resté très limitée en première mi-temps : seulement 5 tirs, dont 4 sur coups de pied arrêtés… et 3 tirs bloqués par la défense.

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Touré gagne un ballon dans les pieds de Dembélé. C’est un deux-contre-deux à jouer avec Aguero face à Wimmer et Alderweireld.

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Les Spurs reviennent néanmoins très vite aider la défense centrale : Walker intercepte la passe de l’Ivoirien pour l’Argentin et récupère le ballon.

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City gagne un ballon devant sa surface et ressort sur Sterling…

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Mais l’ancien des Reds est vite enfermé par Walker qui le réorientent vers le coeur du jeu où Eriksen, Alli et Dembele sont en train de revenir. A noter aussi la présence de Dier en couverture dans le dos de Touré.

Deuxième mi-temps : le penalty enflamme le match 

Après le repos, le match repart sur les mêmes bases : la possession à Tottenham et l’attente pour Manchester City. Jusque-là, les Spurs pointent à 64% de possession de balle contre 36% pour leurs adversaires. Aguero se crée une première balle de but mais manque le cadre (48e). C’est le premier tir effectué dans le jeu, dans la surface et non-bloqué par la défense dans ce match, preuve de son côté fermé. Mais les débats s’animent avec un penalty généreux accordé par M.Clattenburg pour une main de Sterling sur un centre de Rose (52e). Kane ne manque pas une telle occasion de donner l’avantage à son équipe (53e).

Manchester City n’a dès plus le choix et doit prendre les choses en main : sous l’impulsion de Silva, Yaya et Fernandinho, les Skyblues prennent l’initiative alors que, dans le même temps, Tottenham se regroupe pour préserver son avantage. La possession s’inverse complètement, basculant à 62% en faveur de Manchester City entre la 53e et la 90e minute de jeu.

Les joueurs de Manuel Pellegrini ont toutefois du mal à percer la défense des Spurs, toujours bien regroupée. Seul Yaya Touré crée le danger en envoyant un coup-franc surpuissant sur la barre de Lloris (55e). Ils ont malgré tout un avantage : la présence de Fernando en couverture permet de prévenir la plupart des tentatives de contre adverses. Jusqu’à la sortie du Brésilien (66e), Tottenham ne se crée pas le moindre tir et peine à sortir de sa moitié de terrain : seulement 12 ballons touchés dans le camp adverse… en 12 minutes de jeu.

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Fort de son avantage au tableau d’affichage, Tottenham tente de profiter des opportunités qui se présentent en contre-attaque.

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Manchester City s’en remet alors à Fernando pour protéger sa défense et contrecarrer les plans adverses.

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Les Spurs sont regroupés en phase défensive : excepté Kane, tout le monde défend. Côté City, Fernandinho se joint aux attaques, l’ensemble étant couvert par Fernando.

L’entrée en jeu de Iheanacho à la place de Fernando entraîne une réorganisation dans le jeu de City : le jeune Nigérian passe deuxième attaquant, Yaya Touré retrouvant sa position de deuxième milieu axial aux côtés de Fernandinho. Tottenham en profite pour reprendre la possession pendant quelques minutes, sans approcher toutefois le but de Hart. Pochettino choisit alors de faire entrer Carroll à la place de Son (72e) : objectif évident, renforcer la capacité de l’équipe à conserver le ballon.

Le problème, c’est que les Spurs ne retrouvent pas leur maîtrise de la première mi-temps. Obligé de presser, City ne laisse plus autant de temps pour s’organiser et – surtout – les joueurs offensifs disparaissent sous la pression : Dele Alli, Eriksen et Kane perdent la plupart des ballons qu’ils ont à disputer. Manchester pousse et finit par égaliser : sur un débordement de Clichy, Dembele laisse filer Iheanacho qui marque sur son premier tir du match (74e).

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Quelques secondes avant l’égalisation de City (74e) : alors que Clichy va partir dans le dos de Walker grâce à Silva, Iheanacho va passe dans le dos de Dembele qui ne se préoccupe plus de sa position.

Le coup de poignard de Lamela : 

Se dirige-t-on vers un remake de Arsenal-Leicester ? Non, car les Spurs prouvent dans les minutes qui suivent que cette action n’était qu’une erreur ponctuelle. Leur système défensif concède toujours aussi peu de grosses occasions : au total, sur les 19 tirs de Manchester City, 12 interviennent dans le jeu (7 sur cpa) et surtout 8 sont bloqués par la défense (dont 6 dans le jeu). Bref, une équipe difficile à mettre hors de position.

Fort de cette solidité défensive, Mauricio Pochettino procède à son deuxième changement : Lamela remplace Dele Alli (81e). Après Carroll pour conserver le ballon, l’entrée de l’Argentin marque un changement d’approche de la part du technicien, qui apporte un élément susceptible de faire la différence sur du jeu rapide. Et il va vite être exaucé : sur une perte de balle de Touré, Lamela hérite du ballon et accélère dans l’espace libre laissé par l’Ivoirien. Dans le bon tempo, il glisse la balle à Eriksen qui trompe Hart (83e).

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A l’origine du but de Tottenham, Yaya Touré est pris par le milieu des Spurs. Fernando et Iheanacho sont ensuite beaucoup trop loin pour rattraper l’Argentin, qui s’en va fixer la défense centrale (Otamendi) avant de servir Eriksen.

Ce deuxième but des Spurs scelle la rencontre. Manchester City ne reviendra pas, malgré une grosse occasion dans les arrêts de jeu pour David Silva, alors que son équipe poussait et envoyait toutes ses forces dans une dernière bataille dans la surface adverse (Otamendi, Kompany…).

Conclusion : 

Loin de l’intensité et du spectacle d’Arsenal-Leicester, ce match n’en a pas été moins intéressant sur le plan tactique. Les Spurs ont confirmé avec ce succès qu’ils étaient peut-être l’équipe la plus complète de Premier League du moment. Les circuits de relance sont rodés, l’animation offensive cohérente et récitée, les transitions efficaces et la défense collective très solide. L’équipe manque néanmoins de justesse à l’approche de la zone de vérité (manque de lucidité ou limites de la jeunesse de l’effectif ?), même si elle s’est montrée très réaliste sur ce match.

Pour Manchester City, cette nouvelle défaite face à un membre du top 4 sonne sans doute le glas des espoirs de titre. L’équipe s’est pourtant rassurée défensivement en concédant très peu d’occasions durant la première mi-temps, forcément renforcée par le retour de Kompany. Elle a néanmoins encore pâti de sa lenteur dans le jeu de transition en première mi-temps… Une lenteur qui a fini par lui coûter le match sur la perte de balle de Touré sanctionnée par un Lamela, dont l’entrée a fait basculer le money-time.

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