Manchester City 1-1 Liverpool : l’analyse tactique

A la poursuite de Chelsea et à la lutte pour rester dans le Big Four, Manchester City et Liverpool ont offert un très beau spectacle dimanche après-midi en clôture de la 29e journée de Premier League. Analyse détaillée de cette nouvelle bataille entre Pep Guardiola et Jurgen Klopp.

Les compositions :

Pas de surprise au coup d’envoi. Après avoir surpris à Monaco (Touré et Otamendi sur le banc ?), City retrouve son ossature du moment avec l’Ivoirien dans l’entrejeu et l’Argentin en défense aux côtés de Stones. Côté Liverpool, Klopp doit toujours faire sans Henderson et Lovren, blessés. Du coup, c’est Can qui débute devant la paire Matip-Klavan, encadré par Wijnaldum et Lallana au milieu de terrain.

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City déjoue le pressing adverse :

Avec la balle, Manchester City doit d’abord répondre au pressing de Liverpool afin de sortir de ses 30 mètres. Face à eux, Firmino est en première ligne dans la zone de Touré et chargé de sortir côté ballon. Comme souvent avec Klopp, son équipe laisse partir la première passe et veut surtout priver le destinataire de solutions : Mané et Coutinho sont prêts à fermer les couloirs et les deux relayeurs jouent très haut afin de couper la transmission à destination des milieux de City (De Bruyne ou Silva).

Mais laisser partir la première passe, c’est aussi donner du temps aux défenseurs pour trouver des solutions. En l’occurrence, ceux de City n’hésitent pas à porter le ballon afin de s’en créer de nouvelles, au gré des mouvements de leurs partenaires. Un laps de temps qui permet notamment à Otamendi et De Bruyne de se trouver sur le côté gauche. Le Belge se montre encore une fois très inspiré, dans la même position reculée qu’il avait occupée en 2ème mi-temps face à l’AS Monaco.

Arrivés dans l’entrejeu, les pensionnaires de l’Etihad Stadium récitent leur jeu face à une défense de Liverpool qui a beaucoup de mal à les stopper. Ils insistent côté gauche, attaquant les espaces dans le dos de Lallana (half-spaces), que ce soit grâce à De Bruyne, Silva ou Aguero. Comme on en a l’habitude depuis quelque temps, l’objectif est de finir par une passe en profondeur sur Sané (ou un autre joueur) afin de prendre de vitesse la défense adverse (voir vidéo de Gundogan ci-dessous).

Le pouvoir de fixation de City côté gauche crée aussi des espaces à l’opposée. Quand ils en ont la possibilité, les joueurs (en passant par Touré) renversent sur Sterling, lui-même soutenu par les montées de Fernandinho ou le soutien intérieur de Silva. Là encore, City se crée des situations intéressantes face à Milner, mais celles-ci sont trop souvent gâchées par le manque de justesse de Sterling dans le dernier geste.

C’est finalement sur une attaque rapide que les joueurs de Manchester se créent leur première bonne position de tir de la rencontre : après une première tentative excentrée de Sané, Silva récupère la balle à l’entrée de la surface mais sa reprise ne trouve pas le cadre (20e). Dans le même temps, Liverpool n’a tout simplement pas existé offensivement (aucun tir jusqu’à la 22e minute).

Yaya Touré et les seconds ballons :

City concède peu et se crée même des situations en contre-attaque. Bref, l’équipe défend bien en ce début de match. Et pour expliquer cette réussite défensive, il faut aussi détailler le comportement défensif des Skyblues. Sans surprise, ces derniers font le nécessaire pour fermer le coeur du jeu à Liverpool, envoyant notamment Silva dans la zone de Can voire Matip, alors que Sané et Sterling resserrent à l’intérieur en phase défensive. Devant, Aguero fait aussi les efforts nécessaires pour forcer les relances.

Un danger peut toutefois guetter City dans cette situation : jouer long et mettre la pression sur les deuxièmes ballons, les équipes de Klopp savent le faire. Sauf que l’équipe de Guardiola répond présente, comme elle l’avait fait lors de son huitième de finale aller face à l’AS Monaco… C’est d’ailleurs précisément ce qu’elle n’a pas su refaire au Stade Louis-II mercredi dernier.

Renforcée par la présence de Touré devant elle, la défense est agressive à la retombée. Autour de l’Ivoirien, les milieux abattent aussi leur part du travail afin de forcer Liverpool à reculer quand ils ne peuvent pas récupérer le ballon. S’il n’est pas le plus mobile, Touré est très souvent bien placé et permet à City de sortir vainqueur de cette bataille, soit à l’impact, soit par des relais courts qui permettent de sortir le ballon.

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A la pause, il a déjà 6 ballons récupérés à son compteur… c’est deux fois plus que n’importe quel joueur de Liverpool. A noter au passage que City récupère le ballon assez bas par rapport à ce que l’on pourrait penser d’une équipe habituelle de Guardiola.

Matip et la relance des Reds :

Pour les Reds, la solution va venir d’une meilleure utilisation du ballon. Les mouvements les plus intéressants partent de ballons remontés au sol, soit en s’appuyant sur des décrochages (Firmino), soit en utilisant la qualité de relance de Matip pour contourner le bloc de City. On l’a dit un peu plus haut : par son positionnement défensif, City protège l’axe. Sterling et Sané se placent en priorité dans les half-spaces, ne sortant sur le côté que lorsque leur adversaire direct est servi (Milner ou Clyne).

Côté Sterling, pas de souci à ce niveau : Milner et Klavan sont souvent très proches l’un de l’autre, ce qui facilite le travail du milieu anglais. A l’opposée en revanche, Clyne joue plus haut et passe dans le dos de Sané afin d’offrir une solution intercalée entre les lignes de Man City. Bon relanceur, Matip le trouve à plusieurs reprises.

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L’ancien latéral de Southampton se retrouve alors dans une situation idéale avec une multitude de solutions à l’intérieur du jeu (Mané, Firmino, mais aussi Lallana). En plus d’éliminer Sané, les passes de Matip peuvent aussi effacer De Bruyne, qui se fait souvent aspirer au milieu de terrain et en oublie la couverture nécessaire de son coéquipier. Dans sa zone, Lallana est plus prompt à se projeter que lui à se replier.

Discret sur son aile gauche, Coutinho se retrouve ainsi à la fin d’un mouvement lancé à l’opposée par une passe de Matip pour Clyne (34e). Les autres grosses occasions de Liverpool dans cette première mi-temps interviennent ensuite sur coups de pied arrêtés : Matip manque le cadre (36e) avant d’être contré par Stones alors qu’il n’avait plus qu’à reprendre le ballon pour le mettre au fond des filets (42e).

Man City, finalement puni de ces errements individuels :

Au retour des vestiaires, les Reds vont profiter d’une très mauvaise entame de 2e mi-temps de la part de City. C’est presque une constante depuis le début de la saison de Man City. L’équipe de Guardiola peut donner l’impression d’avoir le dessus dans le jeu, elle reste toujours à la merci d’une erreur individuelle si elle ne parvient pas à faire la différence.

Face à Liverpool, cela aurait pu se produire dès la première mi-temps lorsque Stones et Otamendi ont mal négocié un ballon qui a permis à Mané de filer au but. Heureusement pour eux, le défenseur argentin a pu reprendre in extremis l’attaquant de Liverpool (24e).

C’est finalement Gaël Clichy qui s’est retrouvé dans le mauvais rôle en début de deuxième période. Alors que son équipe est en place, le Français glisse au moment de négocier une ouverture de Can qui doit arriver dans son dos pour Firmino. Il se relève mais ne peut combler son retard à temps pour revenir sur le Brésilien. Il le déséquilibre et concède un penalty, transformé par Milner (51e).

City se désorganise, Liverpool frôle le KO :

S’en suit une période beaucoup plus compliquée pour Man City. Les Skyblues passent du 4-3-3 à un 4-4-2 qui, théoriquement, doit leur permettre d’aller chercher plus haut leurs adversaires. Au lieu de revenir dans le milieu, Silva reste dans cette nouvelle position plus avancée afin d’accompagner Aguero pour forcer l’adversaire à reculer en bloquant notamment Emre Can.

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Le problème, c’est que les deux lignes de quatre derrière ont beaucoup de mal à récupérer le ballon. Le double-pivot Touré-De Bruyne ne fonctionne pas ; l’Ivoirien commence en plus à baisser de rythme sur le plan physique alors qu’il est de plus en plus exposé.

Offensivement, cette réorganisation pose aussi des problèmes. City semble perdre la structure qui faisait jusque-là sa force et lui permettait de réciter un excellent football. Les entreprises sont plus individuelles que collectives, ce qui facilite la tâche de Liverpool en défense. Cette possession moins réfléchie entraîne des pertes de balle qui deviennent autant d’occasions de transition pour les Reds (des occasions qui ne s’étaient pas présentées en première mi-temps).

A tour de rôle, Fernandinho et Otamendi doivent s’employer pour couper des débuts de contre dangereux. Les deux sont par contre battus, comme leurs partenaires, sur une action menée par Coutinho et conclue par Firmino. Malheureusement pour les Reds, Caballero est décisif en remportant son face-à-face avec l’attaquant brésilien (61e). Autre signe de cette période compliquée pour City, il s’agit de la seule du match où ils perdent la possession du ballon (53% en faveur de Liverpool).

Le coaching gagnant de Guardiola :

La solution pour les Skyblues vient finalement du banc de touche et de Pep Guardiola. Le technicien catalan profite de la sortie de Touré pour réorganiser son équipe. Sagna entre en jeu au poste de latéral droit et Fernandinho passe n°6. Une nouvelle animation s’en suit : Silva et Sterling offrent des solutions à l’intérieur, soutenant Sané et Aguero, désormais associés en pointe. Seul élément offensif renvoyé sur une aile, Kevin De Bruyne retrouve un rôle d’ailier droit qu’il connaît aussi très bien (65e).

En l’espace de quelques minutes, le Belge devient le go-to-guy de la construction de City. La participation des défenseurs et la multiplicité des solutions dans le coeur du jeu resserrent naturellement le bloc de Liverpool, ce qui lui offre du champ sur l’aile. Son pied droit lui permet ensuite de retrouver Aguero entre les défenseurs adverses ou de porter directement le danger dans la surface en centrant fort devant le but.

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Dans cette nouvelle disposition, Man City n’a besoin que de 4 petites minutes pour trouver la faille et revenir au score (1-1, 69e). A la passe, Kevin De Bruyne. A la finition, Sergio Aguero pour son 13e but de la saison.

Au-delà de l’égalisation, ce changement tactique permet aussi à Man City de retrouver contrôle et maîtrise au milieu. Le losange permet de mieux conserver le ballon et l’équipe retrouve une structure qui lui permet aussi d’être efficace à la perte. Sané ne va notamment pas ménager ses efforts pour redescendre aider ses partenaires dans ces situations. Résultat, la possession s’envole en faveur de City dans cette fin de match (72% entre la 66e et la 94e minute).

Problèmes de finition :

Mais dans la dernière ligne droite, la fatigue se fait sentir et le pressing à la perte n’est forcément efficace. Sur une séquence qui voit City perdre le ballon, le récupérer et finalement le reperdre, Liverpool se crée la plus grosse occasion de cette 2e mi-temps : seul face au but après une remise de Firmino, Lallana manque complètement sa reprise (80e). Quelques minutes plus tard, Firmino se retrouve aussi dans la surface de City, toujours suite à une contre mais sa frappe n’est pas cadrée (82e).

Il est important de noter que ces contres des Reds ne sont pas la conséquence d’un déséquilibre de la part Skyblues en phase offensive. Sur l’action de Lallana (voir ci-dessous), Liverpool ne se retrouve pas en situation de supériorité numérique. C’est plus la gestion de la transition défensive qui fait défaut, pas le fait d’être trop ambitieux offensivement.

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Cette occasion est la dernière de Liverpool dans ce match. Les deux alertes subies par son équipe poussent Guardiola à presser l’entrée de Fernando (83e) pour renforcer son milieu face à ces contres. Sané cède sa place, Sterling remonte d’un cran tandis que Fernandinho se retrouve en position de relayeur. City reprend la maîtrise de la rencontre dans les dernières minutes, poursuivant son entreprise de destruction côté droit avec De Bruyne. Silva et le Belge offrent 2 nouvelles occasions à Aguero qui manque le cadre à chaque fois (86e, 90e).

Conclusion :

« C’est l’un de mes plus beaux jours en tant qu’entraîneur. » Après 21 titres en 7 ans, la déclaration de Guardiola à chaud après la rencontre pouvait prêter à sourire. Pourtant, quand on remet ce match dans son contexte, on peut la comprendre.

Cette saison, Liverpool n’est pas n’importe quelle équipe. Dans les grands matchs de Premier League (confrontations entre les équipes du Big 6), l’équipe de Klopp est même la meilleure. Face à City dimanche, elle a même terminé son mini-championnat en étant invaincue (5 victoires et 5 nuls). Avant d’aborder ce match, Manchester City devait en plus digérer sa défaite à Monaco et son élimination de la Ligue des Champions.

Et malgré tout ça, les joueurs ont fait preuve de beaucoup de personnalité dès le début de la rencontre. Ils n’ont pas hésité pas à prendre des risques avec le ballon afin de faire reculer leurs adversaires. Même quand le match n’a pas tourné en leur faveur, ils se sont accrochés avant de finalement retrouver la maîtrise de la partie en fin de match (alors que l’on aurait pu imaginer une baisse de régime logique après les efforts consentis en milieu de semaine).

Certes, Liverpool aurait sans doute mis fin au suspense si Lallana avait pu pousser ce maudit ballon au fond des filets (80e). Mais en terme d’occasions gâchées, City a aussi du répondant entre les tirs d’Aguero en fin de match, le poteau de De Bruyne, la reprise de Silva… mais aussi certaines dernières passes manquées, qui passent souvent à l’as des décomptes (tirs ou xG) alors qu’elles ont de fortes chances d’être décisives.

Bref, Manchester City ne gagnera peut-être rien cette saison (à suivre en FA Cup, le 23 avril contre Arsenal) mais la formation de Pep Guardiola semble vraiment sur la bonne voie en cette fin de saison. Certains éléments semblent en progression (Otamendi, Stones), d’autres apportent alors qu’on ne les attendait plus (Touré) et l’équipe a retrouvé une production offensive à laquelle il ne manque plus que les buts. Le rendez-vous est pris pour la saison prochaine.


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