Liverpool 1-0 Leicester, l’analyse tactique

A l’occasion du Boxing Day, Liverpool est devenu la deuxième équipe de la saison (après Arsenal) à s’imposer face à Leicester. Dans un match disputé sur un très gros rythme, les Reds ont dominé les transitions, privant leurs adversaires de munitions. Peu inspirés toutefois en phase offensive, ils s’en sont remis à un éclair de Firmino pour débloquer le score.

Les compositions : 

Pas de surprise au coup d’envoi, que ce soit chez les bleus de Leicester ou les rouges de Liverpool. La formation de Claudio Ranieri se présente à Anfield en étant quasiment au complet. Seul Drinkwater manque à l’appel et est remplacé par King, déjà entré en jeu lundi dernier face à Chelsea.

Côté Liverpool, Jurgen Klopp aligne une onze de départ qui ressemble fort à une équipe-type. Seul poste toujours en balance, la pointe de l’attaque revient à Origi plutôt que Benteke.

Liverpool vs Leicester - Football tactics and formations

Liverpool, maître des transitions 

C’était la première bataille qui comptait dans ce match : qui de Leicester ou Liverpool allait dominer le jeu rapide, souvent au coeur de leurs succès respectifs. Avec seulement 7 tirs pour les Foxes (contre 13,4 habituellement), on peut dire que ce sont les Reds qui ont remporté cette victoire haut la main. Grâce à leur solidarité défensive, ils ont privé leurs adversaires des attaques rapides dont ils raffolent.

Leicester s’appuie sur un jeu très direct et tourné vers l’avant. L’équipe fait très peu tourner : les joueurs cherchent avant tout à exploiter le moindre espace pour progresser vers le but adverse. Face aux Reds, cela s’est illustré d’abord par du jeu long puis un grand nombre de ballons portés par Vardy, Mahrez ou Kanté à la récupération.

Si cela peut fonctionner face à d’autres équipes, cela devient un problème face à des Reds qui ont fait les efforts défensifs, tant au niveau du pressing que du repli. Le temps de se mettre dans le sens du jeu et de prendre de la vitesse avec le ballon, le porteur de balle avait déjà deux ou trois adversaires sur le dos pour l’encercler, le priver de solutions et in fine récupérer le ballon.

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Liverpool perd le ballon en phase offensive. Une situation intéressante à jouer pour Vardy et Okazaki pour peu qu’ils soient vite soutenus.

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Non seulement, les deux attaquants ne sont pas accompagnés, mais ils sont en plus rattrapés par le repli express de Lallana et Can.

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Kanté est en possession du ballon : trois joueurs arrivent sur lui.

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Sa qualité technique lui permet d’en éliminer deux, mais le 3ème (Henderson) est de trop et récupère le ballon.

Rarement en bonne position, les joueurs de Claudio Ranieri auraient certainement gagné à combiner une fois le premier pressing effacé. Plusieurs fois, Mahrez ou Kanté ont éliminé un premier adversaire pour s’ouvrir le chemin du but avant d’être repris par un autre.

Or les rares fois où ils ont pu enchaîner ce dribble réussi par une passe, ils ont lancé des mouvements amenant de réelles occasions de but (Mahrez, 42e ; Dyer, 73e). Encore fallait-il lever la tête ou avoir un partenaire capable d’offrir une solution… A ce niveau, la petite forme de Vardy (fiévreux avant la rencontre) et l’influence nulle de Okazaki ont sans doute pesé lourd sur ces séquences de jeu.

Les entrées de Ulloa et Dyer ont d’ailleurs apporté des solutions intéressantes en fin de match lorsque Leicester devait courir après le score. L’Argentin a notamment apporté un impact physique bienvenu face à Sakho et Lovren, même si insuffisant pour revenir à la marque.

Des Reds peu inspirés sur attaque placée : 

En contrôlant le jeu rapide de Leicester, Liverpool n’avait toutefois réalisé que la moitié du chemin vers la victoire. Dans le jeu, les Reds ont opté pour une possession très prudente, peut-être pour limiter les munitions offertes en contre-attaque à leur adversaire. En début de partie, il n’y a d’ailleurs eu que ce genre de ballons pour mettre Leicester en bonne position.

Libérés de tout marquage par le système défensif adverse, Sakho et Lovren n’ont pourtant pas pris beaucoup de risques avec le ballon, se contentant de transmissions latérales à destination de Moreno ou Clyne. Ces premières passes ne permettaient pas de fixer le bloc de Leicester, qui n’avait qu’à coulisser vers les côtés pour enfermer le porteur de balle.

La distribution des passes de Lovren et Sakho face à Leicester : les deux hommes ont surtout joué entre deux (33 passes) et avec leurs latéraux (18 passes de Sakho à Moreno, 13 passes de Lovren à Clyne).

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Seul danger pour Leicester sur ces séquences, le jeu en profondeur vers Origi. Entre les lignes, les projections de Henderson et Can et les mouvements de Firmino étaient contrôlés par les Foxes.

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Très vite, Liverpool se retrouvait en infériorité numérique sur les côtés, la faute au repli de Leicester qui contrôlait les courses venus de l’arrière.

Bilan de l’opposition, Liverpool contrôle le ballon (62% de possession) et s’installe dans le camp adverse mais ne trouve pas de bonnes positions de tir. En face, Leicester est en place et s’appuie sur sa défense en « tiroirs » pour combler les brèches (lire : Leicester : les raisons du succès). Les rares situations difficiles à gérer pour Huth et Morgan viennent d’attaques rapides consécutives à des ballons perdus, qui les mettent à découvert face à la vitesse d’Origi.

La blessure de l’ancien Lillois (38e) a même enlevé à Liverpool l’un de ses atouts offensifs sur le début de rencontre. Moins rapide, Benteke allait apporter d’autres qualités en pointe, son gabarit offrant par exemple une cible évidente dans la surface lorsque Liverpool ne pouvait plus progresser sur les côtés. A la pause, les Reds ont tenté leur chance à 19 reprises, mais Schmeichel n’a pas eu un seul arrêt difficile à faire (0 « big chance »).

Firmino, l’homme-clé en 2016 ? 

Il a fallu un éclair de Roberto Firmino pour voir les Reds prendre l’avantage après le repos (62e). Positionné en soutien de l’avant-centre, le Brésilien avait traversé la première mi-temps dans l’ombre. Coincé entre Kanté et King, il n’était pas assez mobile pour offrir de réelles solutions à ses partenaires, excepté sur l’action ci-dessous.

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Vardy et Okazaki suivent Henderson et Can, laissant un grand espace dans l’axe.

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Firmino en profite pour décrocher et se mettre dans le sens du jeu. Kanté et King lui laissent assez de temps pour ajuster une passe qui va prendre à défaut toute la défense des Foxes. Cette situation ne se reproduira plus, Vardy et Okazaki ne laissant plus autant d’espaces entre eux par la suite.

En deuxième mi-temps, le Brésilien s’est montré un peu plus mobile. Il a notamment attaqué et occupé les espaces sur les ailes, dans le dos des latéraux de Leicester. Sur le but, c’est lui qui est à l’origine et à la dernière passe de l’action, s’appuyant sur Can avant de trouver Benteke dans la surface adverse (62e). Quelques minutes plus tôt, il touchait l’un de ses premiers ballons dans la surface de Leicester sur le flanc droit.

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La distribution des ballons reçus par Firmino en première et deuxième mi-temps.

A elle seule, l’action amenant au but des Reds illustre l’importance que pourrait avoir Firmino dans cette équipe en 2016. A l’inverse de Coutinho ou Lallana, le Brésilien a la vista et le sang-froid nécessaire à l’approche de la zone de vérité. Il est celui qui – à l’instar de Götze dans le Dortmund de Jurgen Klopp – peut mettre ses partenaires dans les meilleures conditions grâce à sa qualité dans les petits espaces.

Son rendement est toutefois encore loin des meilleurs meneurs du championnat : 25 passes/match en moyenne quand Özil, De Bruyne, Silva ou même Lanzini dépassent les 50. C’est certainement là que se situe sa marge de progression (et avec lui, celle des Reds) pour revenir à hauteur du Big Four et lutter jusqu’au bout pour une place en Ligue des Champions.

Et Leicester dans tout ça ? 

Battus pour la première fois en 10 rencontres, les Foxes ont quand même conservé la tête de la Premier League grâce à la défaite d’Arsenal à Southampton (lire : Southampton 4-0 Arsenal : stats et palette)… La fatigue s’est toutefois bien faite sentir à l’issue des 90 minutes et ils n’auront peut-être pas récupéré d’ici mercredi soir et leur match face à Manchester City.

Toutefois, les Skyblues seront toutefois un adversaire bien plus « facile » à jouer que Liverpool, car moins habitués à jouer sur un rythme élevé. Reste à savoir si les joueurs de Claudio Ranieri sauront justement mettre assez de folie dans la rencontre pour rebondir immédiatement après ce revers.

 

 

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2 réponses

  1. Gueye dit :

    Analyse Claire et précise

  2. CC dit :

    Bonjour, très intéressante analyse, une fois de plus.
    Je me demande comment en etes-vous arrivé à ce niveau de connaissance et d’analyse tactique ?

    Merci de votre réponse?

    Christophe

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