Leicester City : les raisons du succès

Leicester n’en finit plus de surprendre. Lundi dernier, les Foxes se sont offerts le scalp de Chelsea grâce à des buts de Jamie Vardy et Riyad Mahrez. Ce week-end, ils ont enchaîné une nouvelle victoire à l’extérieur en s’imposant sur la pelouse d’Everton. Ce succès leur garantit de passer Noël au chaud en tête du championnat. Alors que la Premier League entre dans la période des fêtes, cruciale à plus d’un titre, essayons de comprendre les raisons du succès de la formation de Claudio Ranieri.

L’équipe-type : du grand classique 

Ceux qui ont suivi le Monaco de l’entraîneur italien ne seront pas dépaysés en découvrant le système de jeu de Leicester : un 4-4-2 à plat avec deux animateurs excentrés (Mahrez et Albrighton), qui encadrent une paire complémentaire dans le coeur du jeu (Kanté, Drinkwater).

Derrière, la charnière centrale est rompue aux duels du championnat d’Angleterre (Huth-Morgan). Elle peut toutefois pêcher par lenteur sur certaines séquences. Elle doit donc être protégée au maximum : les latéraux se livrent peu offensivement et l’ensemble de l’équipe fait bloc en phase défensive.

Leicester vs Chelsea - Lei - Football tactics and formations

Le XI de Leicester face à Chelsea.

Les chiffres-clés : 

Par rapport à ses premiers poursuivants en tête de la PL, Leicester tient très peu le ballon : avec 43,8% de possession et 335,9 passes/match en moyenne, les Foxes sont 19ème de Premier League dans ces deux catégories. Ils passent même à la 20ème place au niveau du pourcentage de passes réussies, qui dépasse à peine les 70% (70,6%). Sur ces trois données, leur succès peut s’apparenter à celui de Caen en Ligue 1.

Ce faible pourcentage de passes réussies leur suffit néanmoins pour être la meilleure attaque du championnat avec 37 buts marqués en 17 rencontres. Deux joueurs portent cette force de frappe : Jamie Vardy (15 buts) et Riyad Mahrez (13 buts et 7 passes décisives). Ils tirent en partie ces excellents bilans du style de jeu des Foxes, qui leur permet de jouer sur leurs qualités (qualité d’appels de Vardy, qualité de dribbles de Mahrez).

Leicester joue très vite vers l’avant afin d’attaquer avant que l’adversaire n’ait le temps de se repositionner. Preuve de cet allant, l’équipe est dans le top 3 des formations qui jouent long en Premier League (1 passe longue toutes les 5 passes en moyenne, comme Watford et West Brom). Ce jeu très direct s’accompagne d’une grande cohésion entre les différentes lignes.

Au-delà des individualités Vardy et Mahrez, c’est bien à ce niveau que se situe la grande force collective de Leicester par rapport aux autres formations de Premier League. Le bloc-équipe reste très compact malgré le rythme de jeu élevé et les longs ballons. Cette cohésion permet à Leicester de multiplier les actions défensives. En valeur absolue comme sur le plan du PPDA, les Foxes font partie des équipes les plus actives du championnat anglais.

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En terme d’intensité défensive, Leicester est la seule équipe de Premier League qui rivalise avec le Big 6 (Big Four + Liverpool et Tottenham) tout en ayant pourtant beaucoup moins le ballon.

Cohésion et intensité : l’exemple des deuxièmes ballons 

Un exemple concret pour démarrer : la présence sur les renvois des gardiens de but. Côté Leicester, Kasper Schmeichel joue toujours long (1 passe courte en moyenne sur 28 passes/match). Dans l’autre moitié de terrain, l’équipe fait aussi souvent le nécessaire afin de bloquer le jeu court du gardien adverse : contre Chelsea, Vardy et Ulloa bloquaient les passes à destination de Zouma ou Terry.

Sur ces phases de jeu, comme sur les touches d’ailleurs, Leicester ne laisse rien au hasard et est particulièrement bien organisé à la retombée. Toutes les lignes sont impliquées, particulièrement les milieux et les attaquants, qui ont pour mission de quadriller la zone où le ballon atterrit.

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Drinkwater sort du milieu afin de disputer le ballon, Kanté reste en couverture pour intervenir si ce dernier ressort au sol. Mahrez, Albrighton, Vardy et Ulloa sont eux aussi actifs sur cette séquence et resserrent autour de la « zone de dispute » du ballon.

Ces phases de jeu mettent en avant la complémentarité du duo Drinkwater-Kanté, que l’on retrouve ensuite partout sur le terrain. Quand le ballon est en l’air, le premier sort le disputer tandis que le second reste en couverture pour le gratter au sol. Une association bien utile alors que Leicester est l’équipe qui dispute le plus de duels aériens en Angleterre (42,6/match alors que le 2ème n’est qu’à 37,2)

Leur activité dans le coeur du jeu est bien encadrée par les attaquants et les milieux excentrés. Ces derniers n’hésitent pas à abandonner leurs couloirs (et le latéral adverse) pour venir les aider à l’intérieur et accentuer la pression sur les adversaires. Devant, Vardy et Ulloa bloquent les milieux adverses, forçant l’adversaire à passer par les côtés où il se fait ensuite enfermer.

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Au contact, Kanté repousse Willian tandis qu’Albrighton revient dans la zone pour l’enfermer.

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La position d’Albrighton illustre le travail des milieux des Blues, toujours attiré par le ballon quitte à délaisser des adversaires à l’opposée.

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Autre preuve de l’implication de tous les joueurs à la récupération, l’orientation des regards de Mahrez et Ulloa, intéressés par le ballon.

N’golo Kanté est particulièrement à son avantage dans cette formation. Sa vivacité dans l’entrejeu en fait un récupérateur hors-pair et ses chiffres après 17 journées sont particulièrement impressionnants. Avec 5,3 tacles/match (3,9 réussis) et 4,2 interceptions, il est d’assez loin le milieu le plus actif du championnat sur le plan défensif. Sa « première touche » et sa capacité à se projeter sont toutes aussi intéressantes pour les Foxes, qui peuvent compter sur lui pour accompagner les contres.

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Une défense à tiroirs : 

Mettre beaucoup de pression et d’intensité est une chose, mais il faut aussi savoir bien se comporter lorsque le pressing est déjoué par l’adversaire. Pour Leicester, le danger peut arriver rapidement sur les buts lorsque ce dernier parvient à ressortir d’un côté pour aller chercher l’espace à l’opposée.

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Chelsea a réussi à sortir la balle du flanc gauche pour jouer vers Ivanovic à l’opposée. Albrighton fait l’effort pour aller bloquer son vis-à-vis.

Sur ces séquences, Albrighton et Mahrez sont les premiers joueurs mis à contribution puisque forcés de faire un gros effort pour fermer le couloir. Si l’adversaire parvient à renverser le jeu plus près des buts de Schmeichel, c’est alors à Simpson ou Fuchs de sortir afin de bloquer le possible centre qui pourrait partir dans la surface de réparation.

Ces déplacements latéraux seraient toutefois inutiles s’ils n’étaient pas suivis par le reste du bloc. Car même lorsqu’il faut défendre latéralement, Leicester conserve sa cohésion : les attaquants se déplacent afin de combler les brèches qui pourraient se créer entre les milieux (ex : intervalle entre Kanté et Albrighton)… et les milieux en font de même avec les espaces au sein de la défense (ex : intervalle entre Fuchs et Huth).

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Chelsea sort de la gauche et se dirige vers la droite. Albrighton s’apprête à fermer le couloir. Dans l’axe, Vardy est au contact de Ramires.

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L’attaquant de Leicester suit Ramires en attendant que Kanté soit en mesure de reprendre le marquage du Brésilien.

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Fuchs sort au pressing sur Ivanovic. Huth (6) et King (10) couvrent la profondeur alors que Ulloa et Albrighton ferment l’intérieur.

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Sur cette séquence, la sortie du latéral de sa défense est couverte par le repli d’Albrighton, lui-même protégé par Drinkwater.

Cette communication entre chaque ligne est pour beaucoup dans le nombre élevé d’interceptions réalisées par les Foxes depuis le début de la saison. Tous concernés par l’effort défensif, les joueurs sont présents sur les lignes de passes. Cela est aussi confirmé par le nombre de centres (4,1) et de passes bloqués (11,8) : dans ces deux catégories, les joueurs de Claudio Ranieri sont en tête en Premier League… et en bonne position par rapport aux cinq principaux championnats (3ème et 1er).

Sur le plan visuel, cette manière de défendre explique aussi pourquoi Leicester se retrouve souvent à onze dans ses 30 mètres. Vardy et Ulloa décrochent pour combler un intervalle au milieu, espace lui-même crée par le retour de Kanté ou Drinkwater en défense pour en combler un autre etc… L’ensemble se replie mais peut se redéployer à tout moment une fois la menace repoussée.

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Leicester à XI derrière.

 

Boxing Day : ça passe ou ça casse ? 

Assurés de passer Noël en tête, les Foxes vont avoir fort à faire pour ressortir de cette période dans le fauteuil de leader. Car leur football demande une énorme débauche d’énergie, tous les joueurs étant impliqués dans toutes les phases de jeu défensives (et l’équipe passant beaucoup de temps sans le ballon). Le bilan de Leicester est d’ailleurs moins brillant dès qu’il a fallu enchaîner trois matchs en une semaine. C’est arrivé trois fois cette saison et les joueurs de Claudio Ranieri ont à chaque fois laissé filer des points sur ces séquences.

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Leur seule défaite de la saison (face à Arsenal) a aussi marqué les limites individuelles de l’effectif face à une formation meilleure sur le papier et surtout capable de répondre au défi de l’intensité. Si Chelsea et Manchester United ont été dépassés sur ce point, Liverpool ou Tottenham auront de plus sérieux arguments à faire valoir dans ce domaine. En revanche, l’opposition face à Manchester City risque d’être intéressante, les Skyblues n’aimant généralement pas les adversaires capables de leur rentrer dedans.

Reste à savoir aussi comment certains joueurs vont digérer cette période des fêtes : indispensable dans l’entrejeu, N’golo Kanté va-t-il connaître le contre-coup du Boxing Day qui a touché d’autres transfuges de Ligue 1 avant lui ? Même chose pour Riyad Mahrez ou Jamie Vardy, qui n’avaient pas les mêmes statuts la saison dernière à la même époque.

 

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3 réponses

  1. Yohann dit :

    Excellente analyse. Ranieri est un coach intelligent et qui sait analyser son équipe et recruter en fonction. Sa défense est costaude mais lente, il adapte son jeu en fonction de cela avec, comme vous le mentionnez justement, des latéraux qui jouent peu offensivement. Du coup, les 2 milieux excentrés (car il faut jouer sur la largeur du terrain) sont très libres de leurs mouvements offensifs. Il a un vrai 6 accompagné d’un excellent relayeur pour garantir une stabilité et les attaquants répondent au profil de jeu assez direct. Pour moi, leur seul souci peut venir des matchs à domicile avec des adversaires qui vont les attendre et du coup, joueront en contre derrière leur défense assez lente.
    Mais que j’aime ces coachs qui jouent avec les qualités de leur joueur et qui recrutent en fonction de cela. Car un attaquant qui a l’habitude de jouer à 2 n’est pas forcément le meilleur seul devant.

  2. diego dit :

    Merci. On en apprend beaucoup!

  3. seb dit :

    Excellente analyse, comme dit plus haut on apprend beaucoup de choses! Tres utile pour les parieurs :)

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