Leicester 0-0 Manchester City, l’analyse tactique

Il y a les bons et les mauvais 0-0. Lundi en début de soirée, Manchester United et Chelsea s’étaient quittés dos à dos à Old Trafford après une deuxième mi-temps sans intérêt. Pour clôturer la 19ème journée de Premier League, Leicester et Manchester City ont eu aussi joué sans marquer, mais ont offert 90 minutes bien plus agréables à suivre. Analyse.

Les compositions : 

Surprise à la découverte du onze de départ de Leicester : Claudio Ranieri abandonne son 4-4-2 habituel pour renforcer son milieu de terrain. Cantonné au banc de touche depuis le début de saison, Inler se retrouve entre les deux lignes de quatre du technicien italien. Conséquence, Vardy est seul en pointe.

Du côté de Manchester City, la blessure de Kompany empêche Manuel Pellegrini d’aligner son équipe-type. L’entraîneur chilien reconduit quand même dix des onze joueurs qui ont débuté face à Sunderland il y a trois jours pour une victoire facile (4-1). De retour de blessure, Aguero remplace Bony à la pointe de l’attaque.

Leicester vs Manchester City - Football tactics and formations

Leicester et la dépendance au pressing haut : 

Habituellement, Leicester s’appuie sur ses deux attaquants pour gêner les milieux adverses et surveiller leurs incursions dans les 30 derniers mètres. Dès que c’est possible, ils permettent aux Foxes d’enfermer l’adversaire sur un côté en empêchant la sortie du ballon vers le défenseur central le plus proche.

Le changement de système décidé par Ranieri pour ce match rend cette option impossible. Les Foxes ont plus de mal à circonscrire la circulation de balle adverse, malgré l’activité de Kanté et Drinkwater dans le coeur du jeu. Une fois arrivé au milieu de terrain, City a souvent une solution pour se défaire de la pression et utiliser la largeur.

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Seul entre quatre adversaires, Vardy ne pouvait faire pas grand chose pour empêcher les sorties de balle et les renversements de jeu adverses.

Conséquence directe de ce changement tactique, Leicester ne peut mettre le porteur en difficulté que sur des séquences de pressing très haut dans le camp adverse. Des phases de jeu qu’elle alterne avec de la défense de position dans sa moitié de terrain. Positionné entre les lignes, Inler est le joueur qui permet de faire la bascule d’une phase à l’autre.

Le Suisse accompagne ses partenaires offensifs lorsqu’il faut aller à la chasse aux deuxièmes ballons dans le camp adverse. Dans sa moitié de terrain, il évolue plus près de sa charnière centrale, laissant à Mahrez et Albrighton le soin de défendre intérieur pour aider Kanté et Drinkwater. Inler est d’abord là pour couvrir Huth et Morgan lorsque ces derniers sortent au pressing (Aguero, Sterling…) ou doivent combler un intervalle plus large que prévu avec leurs latéraux.

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En position haute, Inler participe au pressing avec le reste du bloc offensif.

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En position basse, il est là pour couvrir Huth et Morgan lorsque ces derniers sortent de la défense pour bloquer Aguero.

Ce changement de système rend l’attaque de Leicester ultra-dépendante de son pressing haut pour se montrer dangereuse : toutes les occasions de Foxes en première mi-temps viennent de ballons gagnés dans la moitié de terrain adverse (Mahrez, 25e – Vardy 40e).

En phase défensive, les relances sont beaucoup trop simples pour gêner City : l’objectif est de chercher Vardy et de compter sur son abnégation pour perturber Otamendi ou Mangala. Objectif, les forcer à des relances hasardeuses et être présent sur les deuxièmes ballons. L’avant-centre court beaucoup dans le vide, mais l’une de ses courses est quand même à l’origine d’un centre dangereux de Fuchs en fin de première mi-temps (39e). C’est peu vu les efforts accomplis.

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La principale occasion de Leicester en première mi-temps est venue d’un ballon chipé par Vardy dans les pieds de Fernandinho (40e).

Il faut dire aussi qu’à l’instar de Liverpool, les joueurs de Manuel Pellegrini se montrent pour bloquer les embryons d’attaques rapides de leurs adversaires. En début de partie, Sterling montre à plusieurs reprises son implication en revenant aider ses milieux de terrain pour mettre fin aux remontées de balle adverses.

Première mi-temps : avantage City 

Malgré quelques frayeurs dans sa moitié de terrain, Manchester City domine largement cette première mi-temps. L’équipe de Manuel Pellegrini est la première à créer le danger sur des attaques rapides, d’abord en déjouant le pressing haut de Leicester, puis grâce à des ballons récupérés dans la bataille au milieu de terrain. De Bruyne ouvre le bal face à Schmeichel (18e), imité par Sterling quelques minutes plus tard (27e).

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Lorsque Leicester est en position haute, Huth et Morgan ne sont plus protégés par Inler et peuvent être pris de vitesse par Sterling ou Aguero.

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Deuxième séquence, Inler est trop court dans les airs face à Yaya Touré, le ballon ressort sur Sterling face à Simpson.

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Quelques secondes plus tard, Sterling a déposé son latéral et se retrouve avec un 4 contre 4 à jouer près de la surface adverse. Sans résultat…

L’opposition tactique entre les deux équipes fait aussi du flanc gauche de City son côté fort dans ce match. Les dégagements de Schmeichel vers le côté opposée créent une zone de combat entre les deux blocs (pressing haut, dispute des seconds ballons). Résultat, des espaces à exploiter à l’opposée, notamment pour Kolarov qui profite plusieurs fois du repli parfois tardif de Mahrez.

Les montées du Serbe peuvent créer un décalage dans la défense de Leicester : sans Mahrez à proximité, c’est le latéral Simpson qui doit sortir de sa défense pour bloquer son centre. Les espaces augmentent alors entre les défenseurs, qui peuvent être mis en difficulté par l’aisance technique de City dans les petits périmètres. Mais heureusement pour les locaux, les Skyblues sont loin d’être inspirés dans la zone de vérité…

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Mahrez est en retard, Simpson est obligé de sortir, Inler compense. Leicester n’est pas dans une situation idéale (3 contre 3).

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Lorsque Mahrez est à proximité pour défendre, les Foxes sont bien plus en sécurité.

Deuxième mi-temps : le regain de forme des Foxes 

Au retour des vestiaires, les Mancuniens passent quand même près d’ouvrir la marque sur un centre de De Bruyne, repris par Aguero (46e). Difficile d’y croire à ce moment de la partie, mais cette action fait clairement office de tournant du match.

Car dans les minutes qui suivent, c’est bien Leicester qui prend l’ascendant. L’équipe met plus d’application dans ses sorties de balle et se crée enfin des situations face à une défense de City sur le reculoir. Ce regain de forme des joueurs de Ranieri ne les met toutefois pas à l’abri puisque City a encore des ballons à jouer grâce à des récupérations de Fernandinho ou Touré au milieu de terrain.

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A partir d’une récupération à 30 mètres de ses buts, Leicester part contre : Vardy combine avec Kanté qui mène l’attaque.

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Les Foxes ont un quatre contre quatre à jouer, mais à part celui de Vardy, les appels de Mahrez et Albrighton ne sont pas francs sur les ailes. Kanté tente sa chance de loin, sans cadrer. Dommage, puisqu’il s’agissait d’un quatre contre quatre à jouer.

 

Mais la hausse du rythme de la partie les empêche désormais de poser le jeu comme ils aiment le faire. A l’inverse, Leicester monte en puissance à mesure que la partie gagne en intensité.

Le retour du 4-4-2 : 

En plein milieu de la deuxième mi-temps, la possession est quasiment rééquilibrée et Claudio Ranieri choisit ce moment pour retrouver son 4-4-2. Ulloa fait son entrée à la place de Inler et se positionne aux côtés de Vardy (68e). Immédiatement, Leicester retrouve ce qui a fait sa force ces dernières semaines et enferme beaucoup plus facilement City sur un demi-terrain.

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Sur les remises en jeu, la présence d’Ulloa en plus de Vardy permet de contrôler à la fois le milieu et le défenseur le plus proche du ballon.

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Derrière, ce sont les milieux qui en profitent et grattent des ballons bien plus haut, offrant des attaques rapides.

Pendant une dizaine de minutes, Leicester continue de malmener son adversaire en le privant de ballons… sans toutefois concrétiser par des occasions de but. City a même de quoi répondre en contre-attaque mais Bony n’est pas plus précis qu’Aguero dans la zone de vérité. Le rythme retombera finalement dans les dix dernières minutes : un final sans aucun tir, mais qui verra City retrouver la possession qu’elle avait perdu depuis le début de la deuxième mi-temps.

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L’évolution du nombre de passes au fil des périodes-clés de la rencontre : Leicester a équilibré les débats lorsque la possession de City s’est étiolée.

En rouge, le temps fort de Leicester.

Pour y parvenir, les Foxes ont mis beaucoup plus d’intensité défensive durant leur temps fort (46e-80e).

Conclusion : 

Dans une période rude pour les organismes, la gestion des efforts a été la clé de ce match : l’adaptation tactique de Ranieri (4-1-4-1) a permis à Leicester d’économiser quelques forces en première mi-temps.

Résultat, ses joueurs ont mieux poursuivi la rencontre, même s’il leur a manqué 10 minutes de réserve dans le final pour finir fort. On regrettera une nouvelle fois cette habitude de foncer tête baissée vers le but (comme face à Liverpool) et à ne chercher le partenaire qu’en dernier recours, qui les empêche de bien négocier certaines actions.

De son côté, Manchester a raté sa chance en première mi-temps. Leicester avait pourtant offert des situations. Au sommet de leur forme, les Skyblues auraient sans doute eu le sang-froid nécessaire pour sanctionner les limites adverses. Hier ce n’était pas le cas, surtout avec un Aguero méconnaissable dans la zone de vérité. Cela fait 5 matchs que City n’a plus gagné à l’extérieur, une série qui ne met pas en confiance avant d’enchaîner trois déplacements (Watford et Norwich en championnat, et Everton en Cup).

 

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