Chelsea 1-3 Liverpool, l’analyse tactique

Tombeur du Real Madrid de Mourinho en Ligue des Champions il y a quelques saisons, Jurgen Klopp a joué un autre mauvais tour au Portugais pour leur premier affrontement en Premier League. Pourtant, les Reds sont passés à côté de leur entame de match. Menés au score et face à une équipe de Chelsea renforcée défensivement, ils ont su faire preuve de patience et de constance pour renverser le match et finalement s’imposer dans le dernier quart d’heure.

Les compositions : 

Pour jouer ce match présenté comme décisif concernant son avenir dans la capitale anglaise, José Mourinho aligne une équipe conçue pour être solide derrière. Zouma débute en position de latéral droit, Mikel et Ramires sont dans l’axe devant Terry et Cahill. Le coach portugais décide aussi de renforcer ses couloirs en y mettant Willian et Oscar, laissant Hazard et Diego Costa en pointe.

Côté Liverpool, pas de grande surprise dans le onze de Jurgen Klopp, si ce n’est peut-être la titularisation de Firmino en pointe. A part le Brésilien, l’équipe-type qui s’est dessinée depuis son arrivée est reconduite. En revanche, le système de jeu change : le 4-3-2-1 vu contre Tottenham et Southampton est remplacé par un 4-2-3-1 plus classique vu les standards du technicien allemand.

Chelsea vs Liverpool - Football tactics and formations

Chelsea, renforcé derrière, efficace devant :

Les premières minutes sont largement à l’avantage des Blues de Chelsea. L’équipe de Mourinho est très réactive sur les phases de transition et domine son adversaire sur le plan athlétique. Lorsque le ballon est perdu, Ramires, Oscar ou Willian sont très présents pour ralentir le rythme de jeu adverse. Physiquement, les joueurs de José Mourinho prennent aussi rapidement l’ascendant. En place défensivement, toujours proches du porteur, ils font la différence « à l’impact » (Zouma sur Coutinho, Mikel sur Lallana…).

Avec le ballon, l’équipe de José Mourinho s’appuie sur les déplacements de Diego Costa, en réaction à l’organisation des Reds. Comme lors de ses précédentes sorties, Liverpool pousse en effet la première passe sur le côté pour déclencher son pressing. En allant demander le ballon sur les ailes, le Brésilien offre un point de fixation capable de résister à la pression malgré deux ou trois adversaires sur le dos. Il se retrouve ainsi à l’origine de l’ouverture du score, décalant Azpilicueta sur l’aile gauche (4e).

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Comme d’habitude, Liverpool force la première passe à aller sur le côté pour enfermer le porteur ensuite.

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Mais avec Diego Costa devant, le latéral sous pression a une solution rapide pour allonger et porter le jeu dans le 1/3 des Reds.

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Diego Costa résiste à Clyne et sert Azpilicueta dans une zone délaissée par la défense (pas de couverture, ni de contrôle de la course par Milner).

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Avec 6 joueurs des Reds dans un petit périmètre, l’équipe est forcément affaiblie dans la surface. Willian et Ramires se projettent sur Sakho et Moreno. Le second prend le dessus sur le latéral espagnol pour ouvrir le score.

Cette ouverture du score rapide met Chelsea dans une situation confortable au vu de l’équipe alignée par Mourinho. En phase défensive, le 4-4-2 mis en place est très solide en début de partie. Oscar et Willian abattent un énorme travail pour protéger leurs couloirs. Le premier est particulièrement efficace face aux montées de Clyne (12 ballons récupérés pour Willian, 9 pour Oscar). Dans l’axe, Mikel et Ramires sont aussi très importants : vigilants, ils accompagnent les projections adverses dans les 30 derniers mètres et comblent les brèches qui se créent dans la ligne défensive.

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En phase défensive, Chelsea réduit les espaces entre ses deux lignes de quatre pour bloquer la progression adverse.

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En cas de projection (Firmino) dans la profondeur, les milieux (Mikel) suivent afin de ne pas mettre leurs défenseurs à découvert.

Seul problème, et pas des moindres, les difficultés de l’équipe pour repartir à partir de cette position défensive. S’ils sont à l’aise sans le ballon, Ramires et surtout Mikel sont ciblés par le pressing des Reds dès que l’équipe essaie de passer par l’entrejeu pour relancer. Sous pression, le Nigérian perd deux ballons dans le premier quart d’heure dans sa moitié de terrain. Des erreurs qui auraient pu coûter chers très tôt dans le match si Liverpool était parvenu à enchaîner correctement.

L’autre problème concerne les phases d’attaque rapide : Chelsea défend plutôt bien en début de match, mais ne se crée quasiment aucune situation à exploiter en contre-attaque. En cause, un Eden Hazard déjà loin de son meilleur niveau et ciblé par le pressing à la perte des Reds. Les joueurs de Klopp ne lui laissent que très peu de temps pour réagir et se mettre dans le sens du jeu. Lorsqu’il récupère la balle, deux, trois, voire quatre joueurs arrivent rapidement sur lui afin de le stopper.

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Liverpool ne laisse pas le temps à Chelsea de poser le jeu dans sa moitié de terrain.

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Même chose sur les attaques rapides : Hazard est vite entouré par plusieurs adversaires et manque de solutions.

Bilan de la première demi-heure pour Chelsea : la défense tient plutôt bien mais l’attaque est complètement annihilée par l’activité des Reds à la perte du ballon (pressing et repli). Pour preuve, le but de Ramires est le seul tir des Londoniens sur l’ensemble de la première mi-temps. Dans ses cages, Begovic passe un début de partie plutôt tranquille, n’étant mis à contribution que sur des timides tentatives de Lallana (19e, 26e) ou Lucas Leiva (37e) : aucune grosse occasion pour Liverpool…

Diego Costa et Hazard, symboles des difficultés offensives des Blues dans ce match : le premier doit aller au combat sur les côtés pour permettre à Chelsea de sortir de la zone-press de Liverpool.

Diego Costa et Hazard, symboles des difficultés des Blues dans ce match : le premier doit aller au combat sur les côtés pour permettre à Chelsea de sortir de la zone-press de Liverpool. Le second touche la majorité de ses ballons loin de la zone de vérité et est vite repris par les milieux adverses.

Liverpool : la patience récompensée 

Les Reds se heurtent à une équipe de Chelsea qui les privent de jeu rapide et les forcent à poser leurs attaques. Et le peu d’espaces laissés entre les lignes pousse les Reds à la faute techniquement. Souvent servis, Milner et Firmino perdent énormément de ballons, soit par précipitation, soit par manque de solutions (14 ballons perdus à eux deux). Chelsea maîtrise particulièrement bien la fermeture des couloirs, empêchant notamment les combinaisons entre Milner-Clyne et leurs attaquants.

Pour les joueurs de Jurgen Klopp, la solution vient sur des relances verticales pour fixer la défense adverse. Avec un pressing de Diego Costa et Hazard facile à déjouer (quand il n’est pas inexistant), c’est Sakho qui prend les choses en mains et cherche ses attaquants dans les intervalles au milieu. Et le Français est efficace : ses passes cassent des lignes et il trouve les relais de Firmino ou Lallana dans l’axe. Ces transmissions resserrent le bloc de Chelsea autour du porteur, offrant enfin un peu d’espaces à exploiter sur les extérieurs.

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La première ligne de Chelsea ne fait pas l’effort de cadrer la relance de Sakho, qui a le temps de trouver Firmino dans l’intervalle.

Pendant la première demi-heure, Chelsea garde l’avantage grâce au bon repli de Willian et Oscar. Mais au fil du temps, Liverpool se montre aussi plus patient dans sa construction. Au lieu d’être rendus, les ballons ressortent plus souvent des couloirs et le bloc en profite pour avancer vers le but de Begovic. Après les lancements de jeu dans sa moitié de terrain, Sakho se retrouve à donner des ballons en étant au-delà du rond central. Et il va continuer à peser sur le jeu tout au long de la deuxième mi-temps.

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Alors que Liverpool vient de ressortir le ballon, Sakho a un intervalle à exploiter plein axe. Excentré pour défendre au départ, Mikel est en retard.

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Les passes de Mamadou Sakho face à Chelsea : 92% de réussite, 75% de passes vers l’avant dont 11 dans le dernier tiers. Il a réalisé plus de passes dans le dernier tiers que Willian ou Oscar (10) côté Chelsea…

Juste avant la pause, c’est Coutinho qui sort de sa boîte pour remettre les deux équipes à égalité. En difficulté dans le jeu, le Brésilien profite d’un bon travail de Milner et Firmino côté droit pour se retrouver lancé face à Ramires à 20 mètres des buts adverses. Il élimine son collègue de sélection sur un crochet et envoie une frappe superbe sous la lucarne du portier londonien. 1-1 à la pause.

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Milner et Firmino au départ de l’action, Coutinho à la finition après son duel avec Ramires. A noter la position de Mikel, très proche de sa défense pour combler l’espace entre Terry et Cahill, qui participe aussi à la création du un-contre-un entre les deux Brésiliens.

Ce but a le don de récompenser les efforts des Reds, qui sont revenus après une entame compliquée. Après la pause, les joueurs de Jurgen Klopp reprennent la rencontre là où ils l’ont laissé et maintiennent la même intensité sur le plan défensif. De son côté, Chelsea tente aussi de rivaliser dans l’entrejeu, où la bataille se concentre. Jusqu’à la 60e minute, les deux gardiens sont peu sollicités (aucun tir cadré de part et d’autre).

Coachings : 

Arrive alors l’heure des changements : c’est Mourinho qui dégaine le premier en faisant entrer Kenedy à la place de Hazard (58e). Le Brésilien s’installe côté gauche et laisse l’axe à Oscar. Il ne perd pas de temps pour se mettre en évidence puisqu’il réalise le second tir des Blues dans la minute qui suit, après un bon travail de Diego Costa pour le lancer sur son aile (59e). En face, Jurgen Klopp répond en faisant entrer en jeu Benteke à la place de Milner (64e). L’attaquant belge s’installe à la pointe de l’attaque : Firmino se retrouve en soutien et Lallana passe sur l’aile droite.

L’impact du Belge est quasi-immédiat : il offre aux Reds un nouveau point de fixation, cette fois dans le domaine aérien. En moins d’une demi-heure de jeu, il remporte 3 duels de la tête et remet 4 ballons (passes de la tête) à ses partenaires (sur 13 passes au total). Il est ainsi passeur décisif pour Coutinho sur le deuxième but des Reds, parti d’une transversale de Mamadou Sakho (74e)… avant de clôturer la marque quelques minutes plus tard (83e).

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A l’origine du 2nd but de Liverpool, un long ballon de Sakho vers Benteke qui remet pour Coutinho.

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A aucun moment les milieux de Chelsea ne combleront leur retard par rapport au Brésilien.

Ce second but symbolise d’ailleurs assez bien la déliquescence du bloc des Blues au fil de la deuxième mi-temps. Si l’entrée de Kenedy n’a pas eu d’impact sur le bloc-équipe, le remplacement de Mikel par Fabregas intervient seulement quelques minutes avant cette action (70e). La sortie du Nigérian a clairement coïncidé avec la baisse de régime de l’équipe. Pointé du doigt pour ses performances, le milieu espagnol n’arrange pas son cas avec cette entrée puisqu’il n’a pas pesé sur le jeu alors que l’équipe s’est affaiblie défensivement. Une preuve à cela, une longue période sans le moindre tacle tenté après son entrée (voir ci-dessous, entre la 72e et la 83e minute).

Le gros temps faible des Blues après la sortie de Mikel : pas un seul tacle en l'espace de 10 minutes...

Le gros temps faible des Blues après la sortie de Mikel : pas un seul tacle en l’espace de 10 minutes… soit durant la période qui voit Liverpool inscrire 2 buts et récupérer la victoire.

 

 

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1 réponse

  1. Anne Onyme dit :

    J’adore ce site, les analyses sont toujours fines et me font entrevoir peu à peu la belle profondeur du football. Merci ! Continuez comme ça !

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