Chelsea 1-0 Manchester United, l’analyse tactique

Déjà bien lancés, les Blues ont fait un pas de plus vers le titre de champion d’Angleterre en neutralisant Manchester United, qui restait sur une belle série de victoires. Abandonnant la possession à leurs adversaires, les hommes de José Mourinho ont ressorti leur Classique, concédant peu d’occasions et marquant sur l’une de leurs rares incursions dans le camp adverse.

Les compositions : 

Pour ce match, José Mourinho avait préparé un plan afin de verrouiller le milieu de terrain, notamment pour répondre au circuit long de United qui tourne autour de Marouane Fellaini. Zouma est entré dans le onze de départ aux côtés de Matic avec pour objectif de répondre à la taille du Belge dans les airs. Diego Costa et Rémy blessés, Drogba débutait lui en attaque, soutenu par Oscar, Fabregas et Hazard.

Côté Manchester United, Louis Van Gaal devait lui composer avec une cascade d’absences. En plus de Van Persie, écarté des terrains depuis plusieurs semaines maintenant, les Red Devils ont perdu Blind, Jones et Carrick depuis la dernière journée et la victoire lors du derby face à Manchester City la semaine dernière. Cela a forcé le technicien néerlandais à relancer McNair derrière et surtout Falcao en pointe. Il s’agissait de la première titularisation du Colombien depuis 6 semaines.

 

Le plan de Mourinho : 

Tout au long de la saison, Louis Van Gaal s’est appuyé sur Marouane Fellaini et son jeu aérien pour porter le jeu dans le camp adverse lorsque la construction « au sol » ne fonctionnait pas. La semaine dernière face à Manchester City, les Red Devils ont d’ailleurs utilisé ce circuit de jeu « annexe » en début de partie pour répondre à la bonne entame de leurs rivaux, présents et réactifs sur leurs relances courtes. Le jeu sur Fellaini et l’engagement du reste de l’équipe sur les deuxièmes ballons leur avaient permis de s’installer dans le camp des Skyblues pour finalement dominer la rencontre assez facilement.

José Mourinho a donc choisi de neutraliser ce « circuit long » en alignant Kurt Zouma aux côtés de Nemanja Matic. L’ancien Stéphanois n’a pas lâché Fellaini, le suivant même lorsqu’il s’excentrait côté gauche pour travailler avec Young ou Shaw. S’il n’a pas pris le dessus dans les duels aériens (1/5 remporté, 4/7 pour Fellaini), sa présence à la retombée des ballons a permis à Chelsea de contrôler plus aisément les enchaînements adverses (et Ivanovic était aussi là pour la bataille dans les airs). Un constat visible statistiques à l’appui, avec ci-dessous les relances de De Gea, moins efficace qu’à l’accoutumée dans le jeu long.

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Manchester, forcé de repartir par ses défenseurs : 

Cette « peur » de subir le jeu long des Red Devils a poussé Chelsea à évoluer plus bas qu’à l’accoutumée. Souvent détachée du reste du bloc lorsqu’elle effectue le pressing sur la première relance adverse, la première ligne des Blues s’est retrouvée encore plus éloignée de ses milieux de terrain hier. Opposés à McNair, Smalling et Ander Herrera, Fabregas et Drogba étaient rejoints par leurs milieux de terrain uniquement lorsqu’un milieu (Rooney) – ou un attaquant (Falcao) – décrochait afin d’offrir des solutions courtes.

Les Red Devils avaient ainsi des espaces à exploiter dans l’axe pour pénétrer dans la moitié de terrain des Blues. Problème, pour en profiter, ils devaient forcément s’appuyer sur le dépassement de fonction d’un défenseur. Positionné devant son arrière-garde, Ander Herrera a énormément bougé afin de se rendre disponible, leur créer de l’espace et les couvrir, mais McNair et Smalling sont restés prudents. Autre possibilité, les accélérations balle au pied de Valencia face à Hazard, qui permettaient de franchir le premier rideau londonien pour ensuite profiter des espaces dans le coeur du jeu (entre Fabregas-Drogba et Matic-Zouma).

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Le 4-2-3-1 des Blues laissait beaucoup d’espaces dans le coeur du jeu pour les montées de Smalling et McNair.

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Couvert par Ander Herrera au départ de l’action, le jeune défenseur écossais a même pu se retrouver en position de frappe, alors que les milieux londoniens se focalisaient sur leurs adversaires directs (Rooney-Matic ; Fellaini-Zouma).

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Plus dangereux pour les Blues, Ander Herrera pouvait aussi monter et s’intercaler entre les deux premières lignes afin de recevoir les ballons ressortant des côtés, pour ensuite mener le jeu dans les 35 derniers mètres.

Trop rares pour inquiéter les Blues, ces initiatives venus de l’arrière se sont pourtant souvent soldées par des phases de jeu intéressantes, fixant Chelsea dans l’axe, ce qui permettait ensuite aux Mancuniens de finir sur les côtés. Si leur aile droite a été complètement verrouillé par un Azpilicueta en très grande forme face à Mata, l’aile gauche a été plus prolifique, la doublette Young-Shaw se chargeant d’accélérer dans les 20 derniers mètres. Rooney a même failli profiter dès la 4e minute d’un service de son latéral mais sa frappe n’a pas trouvé le cadre.

Chelsea, transition gagnante : 

Et heureusement pour Chelsea… car les Blues auraient certainement eu beaucoup de mal à adopter une approche plus constructive au milieu de terrain. La paire Zouma-Matic n’était pas faite pour « remonter » le ballon et les Mancuniens ont appuyé sur cette faiblesse annoncé dès la découverte du onze de départ. Opposé à Zouma « sur le papier », Fellaini a souvent laissé son adversaire direct – peu dangereux avec le ballon dans cette zone du terrain – afin de mettre la pression sur Cahill et forcer ses relances. Très vite, Chelsea n’a plus cherché à repartir de derrière et s’est contenté d’allonger vers Drogba, Zouma ou Ivanovic.

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Alors que Falcao et Rooney bloquent les solutions Matic et Fabregas, Fellaini quitte la zone de Zouma pour aller vers Cahill.

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Derrière le Belge, c’est Ander Herrera qui sort au pressing afin d’empêcher Zouma de se retourner.

Sans solution pour repartir « proprement » de derrière, les Blues étaient forcément dépendants des erreurs mancuniennes pour être dangereux. S’ils n’ont pu que « contenir » les montées de Smalling ou McNair durant la première mi-temps, les récupérations de balle intéressantes venaient de duels remportés sur les premières passes des mêmes défenseurs : Azpi face à Mata, Matic face à Rooney, Zouma face à Fellaini, autant de face-à-face à gagner et qui auraient pu permettre de lancer Hazard, Oscar et Drogba vers les buts de De Gea. C’est finalement une sortie gagnante de Terry dans les pieds de Falcao qui a lancé l’action permettant l’ouverture du score de Hazard (38e).

Déjà heureux avec un match nul, les Blues étaient désormais dans une situation idéale avant d’entamer la deuxième mi-temps. José Mourinho a néanmoins effectué quelques ajustements à la pause, demandant notamment à ses attaquants de mieux contrôler les montées de Smalling et McNair. Ander Herrera était désormais seul derrière le premier rideau, mais l’Espagnol était difficile à trouver par la passe pour ses deux défenseurs. Quant aux relais susceptibles de l’alimenter, ils étaient toujours suivis de près par leurs adversaires directs (cf. les duels pouvant offrir des balles de 2-0 à Chelsea).

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En pointe sur cette séquence, Oscar poursuit son effort après la passe de McNair vers Smalling et met la pression sur le porteur qui doit trouver une solution : Valencia est à sa droite, mais il va choisir l’intervalle entre Fabregas et Matic.

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Falcao est redescendu offrir une solution mais Terry ne l’a pas lâché et va récupérer le ballon. Devant, lui Oscar et Fabregas sont déjà à proximité pour la transition.

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Dans l’ordre, Fabregas va résister au retour de Mata et libérer le ballon avant que Valencia et Rooney n’ait le temps de revenir.

L'instant précis où tout se joue :

L’instant précis où tout se joue : Smalling et Ander sont focalisés sur Oscar, qui lui prend l’information de la course de Hazard. Le Belge se lance avec un temps d’avance sur tout le monde, notamment Valencia qui n’aura pas le temps de venir fermer à la droite de son défenseur central.

« The usual »

United a tout de même continué à pousser et à profiter des espaces dans la moitié de terrain des Blues… mais la densité londonienne à l’approche des 25 derniers mètres était telle que les Red Devils n’ont pu trouver la faille. Le côté gauche a continué à être productif, Shaw offrant des ballons intéressants à Mata (61e) ou Falcao (77e). Rooney et Fellaini ont aussi permuté afin de permettre au Belge d’aller dans la zone d’Azpilicueta dans la surface adverse. Mais les deux tirs suite à ses remises ont à chaque fois été renvoyés par la défense bleue (64e, 71e). Dernières chances, les coups de pied arrêtés n’ont offert qu’une occasion (Rooney, 83e) et les tirs de loin ont été sans grand danger pour Courtois.

On les avait laissés sans solution face à un superbe PSG à dix contre onze, on a retrouvé hier les Blues dans leur scénario favori : la victoire « minimaliste ». Les hommes de Mourinho ont moins eu le ballon que leurs adversaires (29% de possession contre 71) et ont moins tiré au but (7 tirs contre 15)… mais ils ont cadré autant de fois (2) et dans de bien meilleures positions (les 2 tirs cadrés de United viennent d’au-delà des 20 mètres). Sans donner l’impression de puiser dans ses ressources, Chelsea est allé chercher un succès qui assoit sa domination sur la championnat, et ce face à l’une des meilleures équipes de 2015. Rendez-vous est déjà pris pour la saison prochaine.

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