Arsenal 2-1 Leicester, l’analyse tactique

Au bout du suspense, Arsenal est allé chercher un succès capital face à Leicester dans la course au titre. Menés au score à la pause, les Gunners ont accéléré après le repos, portés notamment par Alexis Sanchez et Olivier Giroud. Maladroits devant le but, ils ont eu le mérite de ne pas se décourager et de pousser jusqu’au bout pour arracher la victoire à la dernière seconde. Réduits à 10 avant l’heure de jeu, les Foxes ont longtemps cru au match nul et peuvent être déçus du résultat final. Ils conservent néanmoins la tête du championnat et vont aborder une séquence plus « facile » de leur calendrier après avoir enchaîné Liverpool, Manchester City et Arsenal.

Les compositions : 

Face à une équipe de Leicester au complet, Arsenal enregistre le retour de Coquelin dans le onze de départ pour ce match. Autre choix de la part d’Arsène Wenger, Oxlade-Chamberlain est titulaire sur l’aile droite. Il est notamment préféré à Walcott qui démarre sur le banc de touche, tout comme Welbeck lui aussi de retour de blessure.

Arsenal vs Leicester - Football tactics and formations

Arsenal, adversaire plus dangereux que City : 

La première minute de la rencontre est révélatrice de la principale différence qui existe entre Arsenal et Manchester City, autre favori déclaré pour le titre avant que Leicester ne s’en mêle. D’entrée, les Gunners mettent Leicester hors de position grâce à leur capacité à mettre du rythme dans leurs attaques dès le milieu de terrain : alors que les visiteurs tentent de l’enfermer sur le côté au niveau de la ligne médiane, la bonne première touche de Giroud met l’équipe de Wenger dans le sens du jeu. Derrière, la qualité des enchaînements leur permet d’arriver rapidement dans la surface, les joueurs se projetant vers le but devançant le repli de Leicester.

Cette action met l’accent sur un point-clé de la rencontre : les transitions. A l’inverse de City, Arsenal a du répondant sur ces phases qui avaient justement permis aux Foxes de dominer les Skyblues la semaine dernière. Au-delà du jeu d’attaque rapide, les Gunners sont aussi très présents à la perte du ballon afin de contenir les sorties de balle de leurs adversaires. Efficace, ce contre-pressing leur offre en plus des ballons de récupération qui sont à la base de la plupart des approches londoniennes en début de match.

Giroud, l’élément déterminant des Gunners : 

Pour Arsenal, le problème intervient lorsqu’il s’agit de placer les attaques. Toujours aussi disciplinés en phase défensive, les joueurs de Leicester présentent le même bloc compact, qui repousse l’adversaire vers les côtés. Kanté et Drinkwater mettent beaucoup d’impact dans l’axe, parfois à la limite, et rendent la vie d’Özil très difficile. Invisible en début de match, l’Allemand va rapidement chercher les espaces ailleurs (notamment sur les côtés), mais sans grand succès.

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Özil est suivi de près par Kanté (et Huth sur cette image). L’Allemand peut créer des espaces pour les autres (Ramsey), mais l’activité de Leicester (Okazaki sur Bellerin) ne laisse pas de temps aux Gunners pour prendre ces informations.

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Özil quitte rapidement le coeur du jeu où il a du mal à s’exprimer. Giroud devient alors le seul point de fixation des Gunners dans l’axe.

Sans Özil, Arsenal se repose sur Giroud. L’avant-centre devient une cible dans tous les secteurs de jeu. Lorsqu’il faut relancer, jouer long sur lui permet à Arsenal de mettre le jeu dans le camp de Leicester et éviter la zone médiane où les Foxes ont l’habitude de déclencher leur pressing. Sur les remises en jeu, le Français est aussi très souvent recherché en tant que point de fixation.

Même chose dans les 30 derniers mètres. Son travail « poste bas » – au contact avec Huth ou Morgan – permet de lancer des mouvements. Il est ainsi à l’origine du seul tir d’Arsenal dans le jeu en première mi-temps : dos au but, il décale Oxlade-Chamberlain sur l’aile droite, qui centre pour Sanchez (25e : tir contré par Morgan).

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Lorsqu’il devance Morgan ou Huth, Giroud peut se retrouver à la base du jeu rapide d’Arsenal.

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Le Français intervient aussi beaucoup sur le jeu placé où il est la seule solution sur laquelle s’appuyer au sein du bloc des Foxes.

Leicester monte en régime : 

Pris de vitesse par Arsenal (et trop nerveux ?) en début de match, les Foxes vont prendre confiance au fil des minutes. Leur solidité défensive face au jeu placé des Gunners leur offre une base sur laquelle construire. Si Mahrez et Vardy sont peu visibles, Ngolo Kanté monte en régime et casse à plusieurs reprises les lignes d’Arsenal en remontant le ballon. Actif en défense et précieux pour ressortir, le Français terminera la rencontre avec 6/7 tacles, 7 interceptions et 13 ballons récupérés au total…

En position haute, le bloc de Leicester conserve la cohésion qui fait sa force et parvient à contenir les sorties de balle d’Arsenal. Chez eux aussi, le contre-pressing fonctionne et réduit le jeu d’attaque des Londoniens aux phases placées.

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En position haute, Leicester prive Arsenal de solutions pour développer son jeu rapide.

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Kanté a empêché la passe verticale ; Coquelin a joué vers Özil qui se retrouve entre 4 adversaires.

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L’Allemand n’a pas d’autre choix que de reculer afin de sortir de cette zone.

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Ce laps de temps permet à Leicester de reprendre sa forme originelle en 4-4-2 et d’attendre Arsenal au milieu de terrain.

En face, les Foxes ne sont pas beaucoup plus dangereux. Vardy se crée une première opportunité sur un long ballon d’Albrighton (15e) après une séquence de conservation dans le camp des locaux. Ce sont malgré tout bien eux qui prennent l’avantage grâce à un penalty obtenu et transformé par leur meilleur buteur : à la base, tout part d’une remontée de balle de Kanté, qui fait la différence sur Koscielny. Le Français est accroché par son compatriote mais le ballon revient à Vardy, qui va chercher le penalty face à Monreal (43e).

Deuxième mi-temps : l’arbitre plus présent 

Compensation ou non, l’arbitre de la rencontre intervient beaucoup plus souvent dans les débats après le repos. En première mi-temps, Leicester n’avait été sanctionné qu’à deux reprises par M. Atkinson, et ce en tout début de match. Un quart d’heure après la reprise, ce dernier a déjà sanctionné les Foxes à cinq reprises et distribué quatre cartons jaunes. Non-sanctionné en première mi-temps, Simpson en reçoit deux et laisse ses partenaires en infériorité numérique (54e).

Cette expulsion marque un tournant dans l’opposition tactique. Arsenal avait repris la rencontre du bon pied, toujours grâce à l’activité de Giroud mais aussi à la montée en puissance d’Alexis, seul joueur capable de se défaire de la pression mise par les Bleus de Ranieri dans l’entrejeu (53e).

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Plus à l’aise que Özil sous la pression, Sanchez se rend disponible au milieu et fait des différences…

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Cela permet à Arsenal d’éliminer des joueurs de Leicester dès le départ, et de faire face à une défense moins protégée ensuite.

Sans latéral droit, Ranieri fait un premier changement pour renforcer sa défense : peu en vue (1 dribble réussi sur 6), c’est Mahrez qui en fait les frais en cédant sa place à Wasilewski (57e). Avec Okazaki et Vardy toujours sur la pelouse, Leicester parvient encore à approcher la surface de Cech, s’appuyant toujours sur le jeu long d’Albrighton ou de Drinkwater. La sortie du Japonais (61e) va mettre fin à ces séquences, l’équipe passant alors en 4-4-1 avec le seul Vardy en pointe chargé de courir après les ballons dégagés par sa défense.

Arsène Wenger fait lui aussi appel à son banc de touche : en même temps que Gray pour Leicester (à la place d’Okazaki), Walcott fait son entrée en jeu… à la place de Coquelin (61e). Il s’installe sur l’aile droite, Oxlade-Chamberlain redescendant dans l’entrejeu aux côtés de Ramsey.

Replacé, Özil sort enfin de sa boîte : 

Le match se transforme alors en un véritable attaque-défense. Les Gunners se retrouvent face à deux lignes de quatre qui coulissent toujours aussi bien sur la largeur mais ne sont plus protégées par Okazaki. Cela entraîne plus de liberté pour les milieux d’Arsenal (Ramsey, Oxlade-Chamberlain), notamment pour basculer le jeu d’une aile à l’autre.

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Avec Okazaki, Leicester peut compter sur un joueur pour harceler les milieux adverses lorsque les deux lignes de quatre sont en place.

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Sans Okazaki, Leicester n’a plus ce joueur capable de remettre la pression et Arsenal peut dès lors orienter le jeu à sa guise (sans avoir besoin de repasser par les défenseurs centraux).

Souvent servi sur l’aile gauche, Sanchez pose des problèmes à Albrighton (passé à droite à l’entrée de Gray) avec ses dribbles intérieurs combinés aux montées de Monreal dans le couloir (67e). Walcott fait lui aussi des différences à droite, sans que personne n’en profite (69e). Il est récompensé une minute plus tard en étant à la réception d’une remise de Giroud sur un centre de Bellerin (70e). Arsenal revient au score et ne veut pas en rester là.

Mais Ramsey et Alexis manquent le cadre et Giroud se fait contrer… Wenger dégaine sa dernière cartouche en faisant entrer Welbeck à la place d’Oxlade-Chamberlain (83e). Un changement ultra-offensif mais qui a surtout le don de repositionner Özil dans la zone de jeu abandonnée par Leicester depuis la sortie d’Okazaki : tout au long de la partie, l’Allemand avait peiné à trouver des espaces face au bloc resserré des Foxes. Dans les dix dernières minutes, son influence devient énorme : depuis cette zone reculée, il a enfin assez d’espace et de temps pour ajuster ses passes, notamment par-dessus la défense adverse.

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Özil a désormais le temps de prendre les informations pour chercher des solutions dans le dos de la défense (ici pour Sanchez).

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A ras de terre aussi, l’Allemand trouve des passes intéressantes pour des joueurs démarqués (Monreal).

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Loin d’être un hasard, l’un des rares éclairs de l’Allemand en première mi-temps était intervenu alors qu’il avait décroché dans une position similaire. A la réception, Giroud avait été signalé hors-jeu.

Özil offre ainsi une première balle de match à Mertesacker (85e), qui manque le cadre. Il est aussi à l’origine d’une nouvelle occasion pour Giroud (88e) après une bonne orientation du jeu. Finalement, il donne la victoire à Arsenal sur un dernier coup-franc au bout des arrêts de jeu en déposant le ballon sur la tête de Welbeck (94e).

Conclusion : 

 

Nerveux en début de match, Leicester a su hausser son niveau de jeu face à une équipe qui avait les capacités pour répondre sur ses points forts (vitesse, transition). Limitant le jeu rapide d’Arsenal, les Foxes sont restés très solides en phase défensive. Kanté et Drinkwater ont pris le dessus sur Özil qui n’a pas trouvé d’espaces dans le bloc adverse. Seul le jeu de corps de Giroud, résistant dans les duels avec Huth et Morgan, leur a réellement posé des problèmes jusqu’à la montée en puissance d’Alexis en début de deuxième mi-temps.

 

L’expulsion et les changements qui l’ont accompagnée ont ensuite condamné les joueurs de Claudio Ranieri à défendre. S’ils ont tenu le score, ils ont aussi bénéficié de la maladresse d’Arsenal devant le but, qui leur a permis d’y croire jusqu’à ce coup-franc d’Özil à la dernière seconde. Un coup de pied arrêté bêtement concédé par Wasilewski, et qui pèsera peut-être lourd au moment du décompte final au mois de mai…

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1 réponse

  1. Anthony dit :

    Super ces articles! J’aimerai devenir entraîneur un jour et c’est intéressant de lire tes articles. Ce serait top d’avoir quelques explications sur les raisons des formations qu’ils utilisent par rapport a l’equipe en face. Est-ce que tu peux en faire sur le style de jeu des entraîneurs (Ancelotti, Guardiola, Wenger,..), les formations qu’ils mettent en place avec leur equipe et pourquoi (generalement par rapport au qualite des joueurs)
    Merci!.

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