Arsenal 0-1 Chelsea : où en sont les Blues ?

Alors que le PSG poursuivait sa balade en Ligue 1 en faisant un carton face à Angers, son adversaire en huitièmes de finale de la Ligue des Champions avait un gros rendez-vous ce week-end sur la pelouse d’Arsenal. Face à son meilleur ennemi, Chelsea est allé chercher un succès précieux qui lui permet de se rapprocher de la première moitié du classement (désormais à 4 points). Retour sur ce match et focus sur l’état des Blues à quelques semaines du match aller face à la formation de Laurent Blanc.

Compositions : 

Toujours pas de Hazard dans le onze de départ des Blues. Guus Hiddink décide de faire confiance à Oscar et Willian pour épauler Fabregas, positionné en soutien de Diego Costa. Dans l’entrejeu, on retrouve le duo Mikel-Matic alors que Ramires est annoncé sur le départ vers la Chine.

Du côté d’Arsenal, pas de surprise à signaler : un temps incertain, Giroud est bien là, soutenu par Özil, Walcott et Campbell. Au milieu de terrain, Ramsey et Flamini ont la lourde tâche de remplacer Cazorla et Coquelin, tous deux blessés.

Arsenal vs Chelsea - Football tactics and formations

Un round d’observation : 

Les premières minutes de jeu sont l’occasion pour les deux équipes de se jauger mutuellement. D’un côté comme de l’autre, les prises de risques sont minimes sur le plan du pressing. Chelsea attend en 4-4-2 dans sa moitié de terrain avec Fabregas et Diego Costa en première ligne. Arsenal ne va pas chercher beaucoup plus haut, laissant même les Blues prendre l’initiative au milieu de terrain.

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En début de partie, Chelsea reste en place face à la relance adverse et la dirige sur les côtés.

Il faut dire que lorsque les Blues sont en place, les Gunners ont du mal à mettre du rythme. La relance est plutôt bien cadrée par le couple Diego Costa-Fabregas et les mouvements d’Özil entre les lignes sont surveillés de près par Matic et surtout Mikel, homme de base depuis l’arrivée de Hiddink. Bref, Arsenal apparaît plus en mesure d’inquiéter Chelsea sur du jeu rapide, qui peut être déclenché à la récupération ou en contre-attaque. Un constat qui peut (en partie) expliquer leur approche passive au milieu de terrain. L’objectif est peut-être de laisser l’initiative à Chelsea pour les piéger ensuite.

L’une des premières bonnes séquences des Gunners intervient d’ailleurs à partir d’une sortie de balle réussie malgré la pression adverse. Au bout de quelques minutes, Chelsea tire néanmoins les bons enseignements de cette entame en mettant l’accent sur le travail à la perte du ballon. Lorsqu’Arsenal récupère dans ses 40 mètres, les Blues font les efforts pour ralentir les sorties de balle et ainsi limiter le danger sur la transition.

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Arsenal a de vrais coups à jouer en déjouant les séquences de pressing haut des Blues…

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Sur ces séquences, la vitesse de Bellerin, Walcott, Campbell peut être utile pour déstabiliser un axe central plutôt lourd (Terry, Mikel, Matic). Ici, c’est un six-contre-six qu’ils peuvent négocier après avoir effacé le pressing du quatuor offensif.

Le tournant du match : 

Alors qu’ils sont en phase défensive, les Blues repoussent le ballon hors de leur surface. Willian s’en empare et lance le contre après s’être défait de Ramsey. Le Brésilien fait ensuite reculer Flamini sur quelques dizaines de mètres avant de trouver l’ouverture pour lancer Diego Costa dans le dos de Mertesacker. La lenteur de l’Allemand ne peut rattraper la passivité de ses coéquipiers : il se jette, Diego Costa tombe et M. Clattenburg sanctionne en expulsant le défenseur.

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Au départ de l’action, Fabregas ressort un ballon chaud de sa surface.

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A l’entrée de celle-ci, Willian le récupère et se met dans le sens du jeu. Sur son contrôle, il élimine Ramsey.

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Le Gallois se jette et ne peut plus revenir sur son vis-à-vis. Flamini entame un recul-frein pour tenter de cadrer la sortie de balle.

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Problème, le Français recule sur une vingtaine de mètres (la peur d’être éliminé alors qu’aucun partenaire ne revient sur Willian) et laisse beaucoup trop de temps à Willian pour regarder où se situent ses partenaires.

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Diego Costa passe dans le dos de son défenseur et prend la profondeur. La passe est parfaite. Koscielny joue le hors-jeu et est éliminé, laissant Mertesacker en seul rempart entre Diego Costa et Cech. L’Allemand est pris de vitesse et poussé à la faute.

A onze contre dix, les joueurs de Guus Hiddink vont mettre le pied sur le ballon et rapidement trouver l’ouverture sur un centre d’Ivanovic, à la conclusion d’une longue séquence de possession dans le camp d’Arsenal. Entre temps, Wenger sacrifie Giroud au profit de Gabriel : le technicien français confirme donc ce choix de la vitesse (attaques rapides recherchées en début de match) au détriment d’un point d’appui ou d’une cible dans la surface adverse.

Un manque de créativité criant 

Les Blues entrent rapidement dans une phase de gestion de leur avantage. Dans l’entrejeu, Fabregas profite de la supériorité numérique pour avoir encore plus de libertés. En décrochant à hauteur de Mikel et Matic, il orchestre les sorties de balle et contrôle la possession du ballon. A la pause, l’Espagnol dépasse déjà le cap des 50 ballons touchés (n°1 parmi les 22 acteurs). Il terminera au-dessus de la barre des 100 ballons touchés (102).

Après le repos, il est d’ailleurs supplée par Oscar dans ce rôle. Le Brésilien redescend à son tour diriger la manoeuvre entre ses deux milieux de terrain. Sur ces phases de jeu, Fabregas occupe la zone abandonnée par son partenaire sur le flanc gauche.

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Positionné en soutien de Diego Costa sur le papier, Fabregas a surtout oeuvré autour du rond central. Son influence dans les 30 derniers mètres a été très faible.

Positionné en soutien de Diego Costa sur le papier, Fabregas a surtout oeuvré autour du rond central. Son influence dans les 30 derniers mètres a été très faible, l’Espagnol ne délivrant aucune passe-clé dans ce match.

Le problème, c’est que ce contrôle du ballon au milieu de terrain ne fait pas de Chelsea une équipe plus dangereuse. Celle-ci se retrouve même à faire ce que José Mourinho détestait au plus haut point : avoir la possession mais ne rien en tirer au tableau d’affichage. Car si Arsenal reste passif au milieu, l’équipe fait bloc dans les 30 derniers mètres. Résultat, les Blues sont vite à court des solutions lorsque la zone de vérité approche.

Fabregas, Oscar, voire Matic qui s’est plus projeté en deuxième mi-temps, manquent de vitesse et de percussion face à une défense regroupée. Seul Willian semble en mesure d’accélérer le jeu pour déstabiliser la défense. Les longues séquences de possession se terminent donc au mieux par des centres venus des ailes grâce aux montées d’Azpilicueta ou Ivanovic (comme sur le but). Autre solution, trouver Diego Costa dans la profondeur après avoir redoublé les passes au milieu pour aspirer la défense d’Arsenal. Sans grand succès toutefois.

Au final, les circuits de jeu sont loin d’être clairs et les attaques dépendent plus d’initiatives individuelles – qui doivent être comprises par les partenaires – pour aboutir. Si ces séquences permettent aux Blues de faire autre chose que défendre, elles ne sont pas pour autant signe d’une quelconque maîtrise.

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Avant même l’expulsion de Mertesacker, Chelsea a souvent cherché Diego Costa dans le dos des défenseurs d’Arsenal.

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Face à une équipe d’Arsenal passive, Chelsea a pu contrôler le ballon au milieu mais a manqué de solutions dans le dernier tiers.

Arsenal, menaçant jusqu’au bout 

Ce manque de créativité en attaque a évidemment des répercussions derrière, puisque cela permet aux Gunners de rester dans le match jusqu’au bout malgré une prestation très moyenne à la récupération. Même en infériorité numérique, les joueurs d’Arsène Wenger parviennent à inquiéter la défense des Blues. L’entrée en jeu d’Alexis Sanchez en deuxième mi-temps (57e) apporte une dose de percussion bienvenue, notamment pour sortir des zone-press mises en place par Chelsea sur les côtés.

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Face à la première passe adverse, Chelsea quadrille plutôt bien sa moitié de terrain pour diriger le jeu vers les côtés.

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L’équipe met ensuite beaucoup de densité pour tenter de récupérer le ballon.

On touche là à l’un des problèmes de Chelsea sur ce match. S’ils ont cadré plutôt efficacement la relance en la dirigeant vers les couloirs, ils ont eu beaucoup plus de mal pour ressortir de ces zones avec le ballon. En cause, beaucoup de tacles manqués (19/42, soit seulement 55% de réussite alors que leur moyenne est à 67% depuis le début de la saison) et un faible nombre d’interceptions (10). La plupart des occasions d’Arsenal sont ainsi venues de situations où les Gunners ont su s’extirper d’une zone quadrillée par les Blues.

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Arsenal sort d’un 6 contre 3 sur l’aile gauche…

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Fabregas laisse filer Flamini qui va récupérer l’offrande de son partenaire entre Terry et Azpilicueta… sans parvenir à marquer.

Conclusion : 

Si la victoire a été au bout des 90 minutes, le chemin est encore long pour retrouver une équipe de Chelsea compétitive au plus haut niveau. Face à Arsenal, les Blues n’ont certes pas volé leur succès, mais la faiblesse des Gunners sur ce match auraient sans doute pu être sanctionnée par un score plus large. La formation de Guus Hiddink est encore en convalescence et il lui faudra afficher un tout autre visage face au PSG pour espérer voir les quarts de finale.

Il lui faudra notamment régler les problèmes d’alignement en défense, qui ont offert plusieurs occasions à Arsenal. Les joueurs devront aussi afficher un autre taux de réussite dans les duels (tacles). Offensivement, le chantier est tellement énorme qu’il ne sera certainement pas réglé d’ici-là. A l’heure actuelle, seul Willian semble être une menace pour les Parisiens, même si Diego Costa retrouve petit à petit un niveau intéressant. Reste à savoir si l’effet Ligue des Champions réveillera certains joueurs éteints depuis le début de la saison (Hazard, Fabregas, Pedro…).

Et pour Arsenal ? 

La sortie de Giroud après l’expulsion de Mertesacker était un coup de poker de la part de Wenger. Au vu de l’entame, son équipe n’allait certainement pas avoir plus le ballon et la vitesse de Walcott ou Campbell aurait pu être utile sur du jeu rapide. Sauf que les Gunners n’ont jamais mis l’intensité nécessaire, même en phase défensive, pour récupérer des ballons et en tirer des munitions en contre-attaque.

Et finalement, l’entrée de Sanchez en deuxième mi-temps leur a permis de recréer des situations de jeu placé où le point d’appui Giroud aurait pu être utile, que ce soit pour jouer en remises ou pour peser dans les airs (centres, coups de pied arrêtés). Un match « à l’envers » donc, de la part de Londoniens loin de leur meilleur niveau, notamment le milieu de terrain Ramsey-Flamini qui n’a quasiment pas pesé.

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