Portugal 2-1 Pays-Bas : l’analyse tactique

C’en est fini pour les Pays-Bas. Vice-champions du monde en 2010, les Néerlandais ont quitté l’Euro 2012 hier soir sur un zéro pointé après un nouveau revers face au Portugal. Un match de la dernière chance à l’occasion duquel Van Marwijk a associé toutes ses individualités, faute d’avoir pu créer un collectif jusqu’ici. Bilan : un joli premier quart d’heure avant que l’équipe ne s’effondre face à la montée en régime portugaise. Et une défaite indiscutable au final.

Les compositions :

Portugal : Rui Patricio (12) – Joao Pereira (24), Pepe (3), Bruno Alves (2), Coentrao (5) – Miguel Veloso (4), Meireles (16), Moutinho (8) – Nani (17), Ronaldo (7), Helder Postiga (23).
Pays-Bas : Stekelenburg (1) – Van der Wiel (2), Vlaar (13), Mathijsen (4), Willems (15) – De Jong (8), Van der Vaart (23) – Robben (11), Sneijder (10) – Van Persie (16), Huntelaar (9).

Grosse entame néerlandaise :

Bert Van Marwijk a tiré des leçons des deux premières sorties de ses Pays-Bas, face au Danemark et à l’Allemagne. Puisque son équipe s’est montrée incapable d’évoluer de manière cohérente, devant et surtout derrière, le sélectionneur a décidé d’additionner les individualités à l’occasion de ce dernier match face au Portugal. Van der Vaart et Huntelaar se sont donc retrouvés dans le onze de départ pour la première fois de l’Euro et les Pays-Bas se sont présentés sur la pelouse de Kharkov dans la configuration qui avait inquiété l’Allemagne pendant une dizaine de minutes lors de la journée précédente. Van Persie évoluait dans l’axe avec Huntelaar, Robben était à droite et Sneijder récupérait le couloir gauche, laissant la paire De Jong-Van der Vaart dans l’axe.

Avec ce schéma de jeu, oscillant entre 4-2-3-1 et 4-4-2 selon la position de Van Persie, les Pays-Bas sont rentrés très forts dans la rencontre en imposant un gros pressing à la relance portugaise (voir ci-dessus). Récupérant la maîtrise du ballon, ils ont ensuite tenté de mettre en place leur jeu, non sans avoir fait quelques petites modifications dans leur animation offensive (notamment sur le flanc gauche). Derrière, Mathijsen, Vlaar et De Jong assuraient les premières passes et la couverture. Dans l’entrejeu, Van der Vaart était censé réaliser la transition avec le quatuor offensif. Les relanceurs pouvaient aussi bénéficier des décrochages de Van Persie si leur milieu de terrain n’était pas disponible. Sinon l’attaquant d’Arsenal s’excentrait côté droit pour combiner avec Robben. Van der Wiel restait lui en retrait pour couvrir la menace Ronaldo. Côté gauche en revanche, Willems n’hésitait pas à monter pour prêter main forte à Sneijder, tout en obligeant Nani à défendre.

N’ayant besoin que d’un nul au coup d’envoi pour se qualifier, les Portugais ont démarré la rencontre prudemment, laissant leurs adversaires s’emparer du ballon et cherchant surtout à limiter les failles dans l’axe. De leur côté aussi, les marquages étaient assez évidents. Entre les lignes, Veloso avait pour objectif de couper les transmissions mi-longues à destination de Van Persie tandis que Moutinho et Meireles sortaient à tour de rôle pour gêner les relances de De Jong ou Van der Vaart. Très présents dans l’axe, les Portugais ont néanmoins laissé des espaces sur les ailes et c’est par ces zones que les Néerlandais ont pu s’engouffrer. Défensivement, les Portugais avait décidé de gérer le cas Robben en amenant l’un des milieux axiaux sur lui lorsqu’il revenait à l’intérieur. Sur le but, Moutinho a été surpris par la passe du Néerlandais et Veloso, lui aussi battu sur la passe, était ensuite trop court pour stopper Van der Vaart.

Le Portugal prend l’ascendant :

Menés et donc éliminés, les Portugais sont vite revenus dans la partie. Leurs premières approches du but de Stekelenburg sont venus d’attaques rapides parfaitement lancées depuis les ailes. Peu après l’ouverture du score, les Néerlandais subi le contre-coup de leur grosse débauche d’énergie pour presser leurs adversaires et obtenir la maîtrise du ballon. En début de partie, dès qu’un mouvement offensif ne pouvait se terminer, tous les joueurs présents dans le camp portugais travaillaient ensemble pour tenter de récupérer le ballon avant qu’il n’atteigne Nani ou Ronaldo au niveau de la ligne médiane. Ce pressing, les Pays-Bas l’ont perdu aux alentours du quart d’heure de jeu. Sur son aile gauche, Ronaldo a ainsi pu lancer les hostilités en démarrant face à Van der Wiel après avoir été servi par Moutinho, auteur de la récupération. Dépassant facilement son adversaire direct, le Madrilène a crée le décalage mais n’a pu finir son action.

Moins présent dans le camp portugais, les Néerlandais ont laissé du champ aux milieux de terrain adverses. De leur camp, Moutinho ou Veloso ont ainsi pu ajuster plusieurs ouvertures à destination de Ronaldo ou Nani sur les ailes ou tester la défense portugaise en cherchant Postiga en profondeur. Au coeur du jeu, Meireles apportait aussi de la profondeur en se projetant vers l’avant pour soutenir ses attaquants ; le milieu de Chelsea a notamment plongé à plusieurs reprises dans le dos de Van der Wiel, qui serrait le marquage sur Ronaldo même à 40 mètres de ses buts. Tous ces mouvements mis bout à bout ont permis aux Portugais de prendre possession du milieu de terrain.

Une fois dans le camp adverse, ils ont pu développer leur jeu fait de passes courtes, les latéraux montant à tour de rôle pour soutenir les offensives. Des triangles se formaient sur les ailes (ailier, milieu, latéral), avec Moutinho, Nani et Joao Pereira à droite et Meireles, Ronaldo et Coentrao à gauche. En ajoutant Postiga à l’équation et en enlevant le latéral à l’opposé de l’action, qui restait en couverture, ce sont trois joueurs qui préparaient les actions et trois autres qui devaient se rendre disponibles pour les terminer (voir ci-dessus en rouge et en jaune). Le but égalisateur a été une parfaite illustration de ce circuit avec une préparation à trois côté droit (Moutinho, Joao Pereira, Nani) et une finition avec deux courses complémentaires : le décrochage de Postiga pour faire sortir Mathijsen et l’appel en profondeur de Ronaldo pour prendre l’espace. A souligner au passage, la superbe passe de l’extérieur de Joao Pereira.

Désormais installés dans la moitié de terrain adverse, les Portugais ont pu faire subir à leurs adversaires ce qu’ils avaient dû encaisser en début de partie. En restant haut sur le terrain, ils ont pu gêner les remontées de balle adverses et rendre Van der Vaart quasiment introuvable pour ses partenaires (voir ci-dessous, Van der Vaart encerclé par quatre adversaires). Sans ce liant dans l’entrejeu, les Néerlandais ont dû se résoudre à allonger vers leurs attaquants : sans succès, Pepe et Bruno Alves dominant Van Persie ou Huntelaar dans les airs. Et comme Robben et Sneijder étaient repoussés très bas pour défendre, les deux Néerlandais étaient aussi rapidement pris par le repli portugais, plus rapide que le soutien oranje.

Changements néerlandais :

Dès la reprise, Van Marwijk a décidé de changer de formule pour tenter de reprendre le dessus dans l’entrejeu. Robben est passé sur le flanc gauche, Van Persie a glissé à droite à Sneijder a pris l’axe. Une configuration que les Néerlandais avaient déjà testé face à l’Allemagne en début de deuxième mi-temps, avant de passer en 4-4-2 par la suite. Objectif de celle-ci : profiter de la mobilité de Sneijder dans l’entrejeu pour en faire le relais vers les attaquants. Penchant toujours sur le flanc gauche, les décrochages du milieu de l’Inter ont servi Robben dont les provocations sur l’aile gauche ont supplée les montées de Willems, plus prudent qu’en première mi-temps. Le joueur du Bayern devait ensuite chercher Huntelaar ou Van Persie dans la surface adverse, mais ses centres n’ont quasiment jamais trouvé preneurs. En fin de partie, ce sont les montées de Van der Vaart à l’entrée de la surface qui ont permis aux Pays-Bas d’être dangereux en ressortant depuis l’aile gauche (cf. sa frappe sur le poteau dans les arrêts de jeu).

Mais le mal était déjà fait puisqu’entre temps, les Néerlandais avaient déjà encaissé un second but, directement venu d’un second changement de Van Marwijk qui a fait sortir Willems pour faire entrer Afellay. Avec ce changement, intervenu en milieu de deuxième mi-temps, les Pays-Bas sont passés à trois derrière (Van der Wiel, Mathijsen et Vlaar) devant De Jong et Van der Vaart, toujours porté sur l’offensive. Afellay est entré sur l’aile droite, permettant à Van Persie de retrouver la pointe aux côtés de Huntelaar. Mais rien n’a changé : Sneijder est resté le principal relais pour atteindre les 30 derniers mètres et le milieu portugais a conservé la maîtrise de la partie tout en se montrant plus dangereux en contre-attaque, un Néerlandais manquant en couverture. Et après plusieurs avertissements, la défense orange a été punie sur un rapide échange Ronaldo-Nani-Ronaldo.

Le Portugal a ensuite assuré le coup dans le dernier quart d’heure, abandonnant petit à petit le ballon à son adversaire pour se regrouper derrière. Dans la foulée de but, l’équipe est passée en 4-2-3-1 avec Custodio et Veloso devant la défense et Moutinho positionné un peu plus haut. L’équipe a fini de reculer avec l’entrée de Rolando à la place de Nani, terminant la partie avec une ligne de cinq bien dense derrière pour renvoyer les centres adverses (voir ci-dessus). Evidemment, les Néerlandais en ont profité pour terminer la rencontre sur quelques éclairs mais ont été en majorité contrôlés dans la zone de vérité. Et ont échappé de peu à un score plus lourd au vu des occasions portugaises dans le dernier quart d’heure.

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2 réponses

  1. The teacha dit :

    Quel putain de gachis pour cette équipe orange pétri de talents comme le brésil, l’argentine, espagne ou france!! je pense qu’il y avait un trop plein de confiance vu leurs parcours en éliminatoires presque parfait face à des équipes trés faibles.
    Ensuite, je pense clairement que l’élimination est du aux mauvais choix des hommes et tactiques de leur selectionneur. Laisser Van der vaart 2 fois sur le banc et puis le faire rentrer en tant que capitaine au 3eme match est space. Balader Van persie à droite alors qu’il fout une quarantaine de buts dans l’axe avec Arsenal, c’est space. C’est comme si on mettait Giroud ailier droit, y a un problème. Mettre Affelay titulaire pour un euro alors qu’il a fait aucun match avec le barca cette saison à cause de sa blessure, c’est space pour moi. Moi je crois que Cruyff devrait reprendre cette équipe et je pense qu’elle a surtout besoin d’un psy dans leur staff pour évacuer les tensions qu’il y a depuis des années et qui ronge l’equipe de l’intérieur

  2. RMCF2002 dit :

    SPACE

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