Portugal – Espagne : quelques clés à J-3

Alors que l’on craignait de voir les Espagnols croiser la route du Brésil dès les huitièmes de finale, ces derniers se sont défaits du Chili sans forcer, bien aidés par des adversaires beaucoup trop nerveux pour espérer quoi que ce soit. Résultat, leur futur adversaire sera le Portugal qui monte clairement en puissance après une entrée timide face à la Côte d’Ivoire. Après le festival offensif face au Coréens du Nord, les Portugais ont accroché le Brésil dans un match nul qui a contenté tout le monde. Anticipons sur les clés du futur huitième de finale entre les deux équipes.

L’Espagne, loin de son meilleur niveau

C’est une évident pour ceux qui ont pu observer les trois premiers matchs de l’Espagne : elle n’est pas au mieux. Offensivement, c’est simple : la Roja n’a pas (encore ?) atteint l’excellence collective de 2008. Les trois premiers nous ont surtout permis de découvrir une équipe dépendante d’Iniesta lorsqu’il s’agit d’accélérer à 40 mètres du but adverse… Et de Villa quand il faut faire la même dans les 20 derniers mètres. Les défenses qui réussiront à contenir ses deux monstres du football actuel auront fait un grand pas vers la victoire… Mais c’est du boulot, évidemment.

Face au Chili, les Espagnols n’ont véritablement brillé qu’en réussissant à récupérer les ballons assez hauts pour contre-attaquer avant que l’adversaire ne se soit replié. Au pire, c’est une relance rapide partant de l’arrière et réussie qui a fait la différence. Pour ma première affirmation, regardez l’origine du but d’Iniesta. Pour la seconde, regardez celle du but de Villa. La récupération du ballon et la projection rapide derrière est aujourd’hui le facteur de réussite numéro un des attaques espagnoles. Avec l’exploit individuel évidemment.

De là à dire que l’Espagne est une équipe de contre, il y a un pas que je ne franchirai pas. Enfin, que je vais éviter de franchir pour troller éhontément. Pour ce qui est des fameuses attaques placées, le salut espagnol passera par le dépassement de fonction de certains de ses défenseurs : Piqué en tête mais aussi Ramos ou Capdevila. A chaque fois qu’ils apportent leur écho à leurs attaquants, la défense adverse tremble. Malheureusement pour eux, l’équilibre défensif de l’équipe en prend un coup à chaque fois et les contres peuvent faire mal (cf. Suisse).

Car le vrai problème actuel de l’Espagne, c’est la réorganisation de l’équipe une fois le ballon perdu. Je viens de l’évoquer, les attaques placées nécessitent aujourd’hui un apport des défensifs. Qui dit apport, entraîne forcément une couverture. Et l’absence de Senna, monstrueux en 2008 à ce niveau-là se fait sentir. Busquets, est souvent mis en difficulté là où le Brésilien naturalisé ne bronchait pas et permettait aux Espagnols de mettre en place leurs vagues d’attaque. Juste derrière, Puyol peine lui aussi dans les duels.

Solide Portugal

Avant de rentrer dans le détail, il me faut préciser que je n’ai vu le Portugal en intégralité que face à la Côte d’Ivoire et au Brésil. Impossible donc pour moi de me prononcer sur la qualité du jeu proposé face à la Corée du Nord avec Hugo Almeida à la pointe de l’attaque portugaise. Dommage d’ailleurs, parce qu’il aurait été intéressant de développer sur l’apport de l’attaquant du Werder Brême. Bref, je vais surtout m’attacher à décrypter ce que j’ai vu face au Brésil, en imaginant que Queiroz a aligné un onze pour préparer l’affrontement face à l’Espagne.

L’argument principal qui me permet de penser que le Brésil a permis aux Portugais de se préparer pour leur huitième de finale, c’est leur comportement au moment de ressortir le ballon. A l’instar de l’Inter face à Barcelone (voir l’analyse), les Portugais ont réduit les risques de perte de balle dans leur propre camp à un minimum. La remontée se fait par les côtés (Coentrao et Costa) et cherche à toucher en priorité un attaquant : Cristiano Ronaldo en tête, Danny et Duda ensuite, deux ailiers qui travaillent beaucoup dans l’axe.

Une fois l’attaquant servi et la conservation de balle assurée, le Portugal se déploie sur le terrain et met en place son mouvement offensif. Au milieu de terrain, Pepe puis Pedro Mendes offrent une solution courte. Tiago et Raul Meireles se portent tour à tour aux avants-postes pour prendre les espaces ouverts après le décrochage et la prise de balle de l’attaquant. L’ancien Lyonnais excellent d’ailleurs à ce petit jeu, se retrouvant souvent au centre des mouvements offensifs portugais. Généralement, la construction se ponctue par un mouvement sur l’aile (centre ou passe en retrait).

Face au Brésil, les Portugais n’ont pas pris de risques lorsqu’ils n’avaient pas le ballon. Le pressing était réduit à son minimum, la formation de Queiroz cherchent avant tout à limiter les espaces dans ses 30 derniers mètres. C’est ainsi que l’on a pu apercevoir une ligne de 5 s’étendant sur toute la largeur du terrain protégeant une ligne de quatre quadrillant la surface d’Eduardo. Ronaldo reste lui seul en pointe à une vingtaine de mètres du reste de l’équipe. C’est le 6 qui donne l’impulsion au (mini) pressing en sortant à la pointe du bloc de temps en temps.

A suivre donc :

– Le comportement de la relance portugaise : si elle reprend les codes vus face au Brésil, les Espagnols auront un atout en moins à faire valoir sur le plan offensif (les contres après récupération du ballon haute).
– Les duels dans l’entrejeu : Qui dit relance longue, dit duel attaquant/défenseur. L’avant-centre portugais aura donc un rôle primordial dans ce match. S’il bouffe Puyol et Busquets, le Portugal aura des ballons d’attaque. Sinon il devra se contenter de subir et attendant de pouvoir sortir.
– Les dépassements de fonction : Si le Portugal subit et se retrouve avec son 4-5-0-0-1 (joke), les défenseurs espagnols devront apporter en phase offensive. On imagine donc dépassements de fonction, donc espaces supplémentaires derrière… A négocier par l’attaquant portugais. Et on revient au point 2.

En attendant, je vous souhaite un bon Uruguay-Corée du Sud !

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