Pologne 1-1 Russie, l’analyse tactique

Suite à une première salve pour découvrir les seize équipes, l’Euro est entré dans le vif de son sujet mardi soir. Après avoir marqué les esprits face à la République Tchèque, la Russie retrouvait la Pologne avec les quarts de finale en ligne de mire. Tenus en échec par la Grèce lors de leur première sortie, les Polonais devaient éviter de perdre sous peine de prendre un gros coup au moral après avoir laissé filer deux points. Et ce sont eux qui ont rempli leur objectif du soir grâce à une prestation beaucoup plus homogène que lors de leur première sortie.

Les compositions :

Pologne : Tyton (22) – Pisczcek (20), Wasilewski (13), Perquis (15), Boenisch (2) – Dudka (5), Polanski (7), Murawski (11), Blaszczykowski (16), Obraniak (10) – Lewandowski (9).
Russie : Malafeev (16) – Anyukov (2), Berezutsky (12), Ignashevich (4), Zhirkov (5) – Denisov (7), Shirokov (6), Zyryanov (8) – Dzagoev (17), Arshavin (10), Kerzhakov (11).

La Pologne s’adapte à son adversaire :

Face à la Grèce, les Polonais avaient débuté la rencontre en imposant un gros pressing dans l’entrejeu. A l’instar du Borussia Dortmund, les cinq milieux de terrain, organisés sur deux lignes (2 milieux axiaux et 3 offensifs) s’étaient positionnés autour du rond central afin d’encercler les deux relayeurs adverses (Karagounis et Maniatis). La force de frappe russe étant bien supérieure à celle des Grecs, ils ont décidé de changer de système pour ce second match. Dans le onze de départ, Dudka a pris la place de Rybus et s’est retrouvé devant la défense, derrière le duo Polanski-Murawski. Numéro 10 face à la Grèce, Obraniak a glissé sur l’aile gauche pour récupérer le poste laissé vacant par Rybus.

Se présentant en 4-1-4-1, la Pologne a adopté une stratégie plus attentiste, positionnant son premier rideau défensif à une quarantaine de mètres des buts de Tyton pour s’opposer aux premières passes de Shirokov et Zyryanov. Au coeur du jeu, Dudka était chargé de surveiller les déplacements entre les lignes polonaises, qu’ils soient de Dzagoev, Kerzhakov ou Arshavin. Sur les ailes, les deux milieux excentrés polonais (Obraniak d’un côté, Blaszczykowski de l’autre) devaient eux suivre les courses des deux latéraux russes, Anyukov et Zhirkov, de manière à conserver une ligne de quatre bien compacte derrière afin d’empêcher les projections de Dzagoev, Shirokov ou Zyryanov au coeur de celle-ci.

Bien regroupés dans leur moitié de terrain, les Polonais cherchaient ensuite à ressortir les ballons en passant par les couloirs. Ils ont particulièrement profité de l’allant offensif de Zhirkov, qui terminait souvent ses actions à hauteur de la défense adverse pour remonter les ballons dans son dos grâce à la vitesse de Blaszczykowski. Une fois arrivé aux abords de la ligne médiane, tout se jouait ensuite en fonction des soutiens au porteur de balle polonais. En début de partie, Polanski a offert beaucoup de solutions, n’hésitant pas à se projeter vers l’avant pour se retrouver quasiment en position de neuf et demi derrière Lewandowski. Axial droit en position défensive, il a évidemment penché du côté fort polonais, combinant avec Blaszczykowski et Piszczek avant de chercher son avant-centre.

Dangereux sur coup de pied arrêté, les Polonais sont montés en régime au quart d’heure de jeu, lorsque Obraniak a commencé à dézoner de son aile gauche pour venir travailler avec ses partenaires sur le flanc droit. Sur les remontées de balle de ses partenaires, le milieu bordelais offrait ainsi un relais supplémentaire à celui de Lewandowski, à la lutte avec les défenseurs russes. Les joueurs participant à la phase de transition défense-attaque sur le flanc droit (le triangle Piszczek, Polanski, Blaszczykowski) pouvaient du coup bénéficier des déplacements du Bordelais entre les lignes russes. Comme le montre l’image ci-dessous, le déplacement d’Obraniak a permis la mise en place de plusieurs triangles de jeu qui ont notamment abouti à une action superbe conclue par un Polanski en position de hors-jeu.

Les Russes prennent l’ascendant :

Ce but refusé a d’ailleurs marqué la fin du temps fort polonais puisque les Russes se sont enfin mis en place dans l’entrejeu. Comprenant que leurs adversaires avaient décidé d’insister sur leur flanc gauche, les hommes de Dick Advocaat ont décidé de le fermer en densifiant leur première ligne de récupération. Plus agressifs sur les sorties de balle polonaises, les trois milieux russes ontcoulissé sur le flanc droit pour couper les transmissions au sol à destination de Obraniak ou Lewandowski. Les conséquences ne se sont pas faites attendre côté polonais. Avec un Polanski sans doute déjà fatigué par ses nombreuses courses, ils ont terminé la mi-temps en cherchant d’abord le circuit long vers leur attaquant de pointe. Mais celui-ci, sans soutien direct, a explosé au contact face à Ignashevich et Berezutskiy.

Dans l’utilisation du ballon, les Russes se basaient sur une relance à trois têtes avec Denisov et ses deux défenseurs centraux. Comme d’habitude dans pareil cas, les latéraux étaient amenés à évoluer haut dans le camp adverse, afin d’étirer le premier rideau défensif ; Zhirkov poussait même parfois plus loin, entraînant avec lui son garde du corps Blaszczykowski très bas. Dès lors, les Polonais laissaient des intervalles dans l’entrejeu dans lesquels s’engouffraient soit Zyryanov et Shirokov pour se projeter vers l’avant, soit Arshavin et Dzagoev en décrochages. Ces mouvements, quasi perpétuels, étaient clairement à la base du jeu offensif des Russes, très gourmand en énergie comme ont témoigné leurs difficultés dans le second acte où ils s’en sont remis à leur individualité principale (Arshavin).

Comme le montre le schéma ci-dessus, la construction russe s’organise sur trois lignes : la première est marquée par la position de Denisov, la seconde par celles de Zyryanov et Shirokov, la troisième par celles présumées de Dzagoev et Arshavin. Sur les ailes, le travail des latéraux est de faire en sorte de suivre les mouvements afin de pouvoir offrir des relais courts en complément. Au coeur du jeu, la verticalité est apportée par les décrochages et les projections des quatre axiaux que sont Dzagoev, Arshavin (voire même Kerzhakov), Zyryanov et Shirokov. Les deux premiers peuvent redescendre à hauteur des deux derniers, qui décrochent eux à hauteur de Denisov si nécessaire pour faire la première passe.

Des trois offensifs russes, Arshavin a été le plus libre dans ses déplacements, puisque souvent servi pour jouer des un-contre-un à gauche comme à droite du terrain. Dans l’axe, Kerzhakov et Dzagoev se sont appliqués à se rendre disponibles dans les intervalles entre le milieu excentré adverse (ex : Obraniak) et le milieu axial présent à ses côtés (ex : Murawski). Pendant ce temps, le deuxième Russe présent dans l’axe pesait sur la zone de Dudka en attendant la projection du milieu de terrain (Shirokov ou Zyryanov) censé apporter le surnombre dans le petit périmètre. La suite dépendait du timing, des appels et des réactions de chacun, le jeu pouvant partir soit en profondeur dans la surface, soit vers une aile pour un centre.

La Pologne plus agressive :

Menés au score à la mi-temps, les Polonais n’avaient d’autre choix que de revoir leurs plans à la pause. Fini l’attentisme et l’abandon du milieu de terrain aux Russes, les trois milieux polonais ont décidé de ne plus laisser jouer Zyryanov et Shirokov. Si l’un des deux venaient à décrocher à hauteur de Denisov, il était immédiatement suivi par l’un des trois milieux adverses, ce qui inversait du coup le triangle de l’entrejeu (d’une pointe basse avec Dudka à une pointe haute avec le milieu sorti au pressing). Sur les côtés, les marquages restaient les mêmes avec le travail des deux milieux excentrés sur les latéraux. En revanche, Lewandowski participait lui aussi à l’effort défensif en cherchant à rendre Denisov moins disponible pour ses partenaires (voir ci-dessous).

Offensivement, après un début de mi-temps où les forces ont été mieux réparties, les Polonais ont rapidement recommencé à pencher sur l’aile droite. Toujours à gauche en phase défensive, Obraniak a recommencé à dézoner et à s’installer dans l’axe derrière Lewandowski pour offrir des relais à ses milieux de terrain. C’est justement sur l’un d’entre eux que la Pologne a trouvé la faille, le Bordelais lançant parfaitement Blaszczykowski en profondeur et celui-ci terminant merveilleusement par une frappe puissante dans la lucarne de Malafeev. En difficulté dans l’axe, les Russes s’en sont alors remis à Arshavin pour débloquer la situation mais l’ancien Gunner, encore plus exténué que ses partenaires, a manqué de lucidité dans les derniers mètres.

Des deux côtés, les coachings n’ont pas réussi à changer la dynamique de la rencontre. Avec les entrées de Mierzejewski puis de Matuczyk, la Pologne a pu poursuivre son harcèlement constant dans l’entrejeu pour empêcher les Russes de retrouver leur rythme de la première mi-temps. De leur côté, les Russes n’ont pas trouvé leur second souffle malgré les entrées de Pavlyuchenko, introuvable devant, et Izmailov qui s’est positionné sur l’aile droite. Au-dessus de leurs adversaires en fin de partie, les Polonais ont manqué de lucidité dans le final, la Russie tenant notamment le coup grâce à son excellente charnière centrale Berezutskiy-Ignashevich.

Conclusion :

La Russie avait la technique, la Pologne avait l’allant offensif et l’enthousiasme, bien aidée sans doute par son public. Désormais, les deux équipes, tout comme la Grèce et la République Tchèque d’ailleurs, auront leurs destins en mains lors de la dernière journée. A priori, les Russes ne devraient pas perdre face aux Grecs ; encore faudra t-il qu’ils gèrent leurs efforts sur 90 minutes sous peine de vivre une fin de match stressante si le score est encore serré. Pour les Polonais, ce sera un match à quitte ou double face aux Tchèques : une opposition qui s’annonce plutôt intéressante tant les deux formations semblent proches au vu de leurs deux premières sorties.

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