Pointe et soutien : quelles relations ? – Première partie

Un article un petit peu expérimental, entre théorique et exemple pratique. N’ayant eu aucun match intéressant et télévisé à analyser cette semaine, j’ai décidé de me lancer dans une analyse, exhaustive si possible, des relations existantes entre un attaquant lorsqu’il évolue seul en pointe et ses coéquipiers de l’axe, à savoir les fameux « neuf et demi » où on retrouve tous les profils mais aussi les milieux relayeurs d’un 4-3-3… Bref, je ne sais pas vraiment dans quoi je m’embarque, il y a des chances que ce soit bancal mais au moins, cela suscitera la discussion si c’est le cas.

Le fameux attaquant moderne :

Histoire de bien démarrer, on va essayer de dégager le profil de l’attaquant qui évoluerait seul en pointe. L’attaquant moderne comme on dit… Vous l’avez déjà en tête : fort physiquement, fort techniquement, fort partout en somme, en tout cas pour les meilleurs. Mais le plus important ici, c’est ce que son entraîneur va lui demander. Fini le renard des surfaces qui se contente de jaillir au bon moment (vous me dites Pippo Inzaghi, je vous réponds que très rarement en solo à la pointe d’une attaque…), l’attaquant moderne doit être absolument présent et visible dans le jeu.

Cette banalité posée, on peut s’attaquer à leurs différents apports dans le jeu. Accrochez-vous, on n’a pas fini. Rapidement, je vous explique ma manière de procéder. Ce n’est pas très compliqué, je commencerai en expliquant la relation théorique entre l’attaquant et son soutien et j’essaierai dans la foulée de vous donner un exemple pratique, d’un duo plus ou moins célèbre que ce soit au niveau de la Ligue 1 ou au niveau européen.

Avec un 9 et 1/2 :

Dans ce cas, on parle 4-2-3-1. La relation n’est pas des plus compliquée à décrire puisqu’elle est basée sur le même principe que lorsque l’on aligne deux attaquants sur la même ligne : seul mot d’ordre, faire en sorte que le duo ne se marche pas sur les pieds. Un exemple de ce qui ne pourrait pas fonctionner : imaginons qu’à Lyon, Gourcuff continue de jouer haut et Lisandro n’arrête pas de décrocher. Les deux hommes se retrouvent dans la même zone et l’un se fait logiquement bouffer par l’autre s’il ne fait pas évoluer son jeu. D’où l’importance de voir l’OL évoluer avec les deux servomoteurs Gourcuff et Pjanic en relayeurs pour offrir plus d’espaces à l’Argentin dans ce qui est aujourd’hui son espace de prédilection (voir l’article sur les décrochages de Lisandro).

Puisque j’évoque Gourcuff, évoquons sa relation sur le terrain avec Chamakh à Bordeaux. Le partage des tâches était assez simple : l’attaquant pesait sur toute la défense adverse, n’hésitant pas à aller s’excentrer pour jouer des ballons et offrir des appuis à son soutien qui opérait lui principalement dans l’axe dans les 30 derniers mètres adverses. En d’autres termes, plus théoriques, la pointe étend sa zone de jeu sur toute la largeur du terrain, jouant en pivot pour son soutien axial mais aussi ses ailiers. Et le soutien reste principalement concentré sur l’axe. L’entente entre les deux hommes (et les autres offensifs) est souvent basée sur des une-deux et des combinaisons courtes devant la défense dans l’attente de créer un décalage…

Autre point important, lorsqu’une équipe est doté de ce style de jeu, c’est avant tout la justesse et la capacité de l’attaquant à remporter des duels qui va permettre à l’équipe de développer ensuite son attaquant dans le camp adverse. En d’autres termes, l’équipe essaie de toucher l’attaquant au plus vite pour pouvoir développer son jeu par la suite, selon le positionnement de ce dernier par rapport à la défense adverse. Meilleur exemple, le but inscrit par Chamakh face à l’OM il y a deux saisons.

Tout l’inverse d’une autre relation qui se développe pourtant avec les mêmes types de joueurs (si l’on grossit le trait : un milieu et un attaquant) et les mêmes consignes de déplacements et de zone de jeu (l’attaquant sur toute la largeur, le soutien dans l’axe). Vous la connaissez forcément puisqu’elle a permis à l’Inter Milan de décrocher la Ligue des Champions la saison dernière : l’entente entre Sneijder et Milito. A l’inverse de Chamakh et Gourcuff, qui se trouvaient principalement dans les 30 derniers mètres adverses, Sneijder cherche à alerter Milito de la manière la plus rapide (directe) possible. La première passe de l’un vers l’autre part de plus loin et offre plus de solutions dans la profondeur à l’attaquant.

Comme vous le voyez dans le schéma ci-dessus, l’équipe joue naturellement plus bas (besoin de profondeur) et l’action part donc de plus loin. Ici, elle part de Sneijder qui doit lancer le jeu aux alentours du rond central. La relation avec Milito peut se développer soit dans la profondeur dans le dos de la défense, soit sur un appui avec l’avant-centre avant d’orienter le jeu vers une aile. Le Néerlandais privilégiait notamment le côté droit avec Eto’o et Maicon la saison dernière… Mais il n’y a pas que Sneijder qui pouvait réussir ce genre de passes. La preuve.

PS : Attention, ces deux styles de jeu ne sont absolument pas incompatibles l’un l’autre. Mon analyse est simplement basée sur certaines habitudes que j’ai pu constater la saison dernière dans le jeu de l’Inter et de Bordeaux. Milito a parfois été la base des attaques de l’Inter (cf. premier but face au Bayern, bien que le jeu soit encore direct avec la combinaison Milito-Sneijder-Milito).

Des questions ? L’article vous a plu ? Dites-le avec des mots, en commentaires… J’ai d’autres parties sur le feu qui viendront si la demande est au rendez-vous !

5 réponses

  1. Erwann dit :

    N’y a-t-il pas un souci au niveau de l’envoi des commentaires ? J’ai essayé à deux reprises de réagir à l’article sur les décrochages de Lisandro mais une fois le commentaire envoyé, rien ne s’affichait sur le site.

    Une équipe que je trouve intéressante par rapport à cet article, c’est Arsenal.

    Chamakh y fait, là encore, pression sur la défense dans toute sa largeur, créant ainsi des espaces pour ses ailiers qui n’hésitent pas à combiner avec lui : vu cette configuration, peut-on considérer ces ailiers comme des attaquants « de soutien » ?

    D’autre part, par moments, Arsenal n’hésite pas à jouer plus bas qu’à son habitude, et la relation est alors souvent basée sur les transmission de Fabregas à Chamakh, et ensuite la qualité des appels autour du marocain. On y retrouve alors un peu du deuxième schéma que tu expliques.

    C’est en tout cas une équipe qui me paraît très complète tactiquement, tout du moins au niveau de la qualité et la diversité dans la construction offensive.

  2. Laurent dit :

    Sinon….Pour un voyage dans le temps!
    Le fameux débat…Zidane/Djorkaev compatible ou pas.
    Un 10 qui mène le jeu, redescends et joue également dans les 30 derniers mètre…
    Un 9 et demi qui joue entre les ligne, en pivot pouvant percuter pleine axe dans de petits espaces….
    Encore des souvenirs?

  3. Groover dit :

    Article très intéressant. Effectivement, on retrouve cette relation à Arsenal avec Chamakh et Fabregas (ou Nasri). Et on comprend mieux pourquoi Wenger a fait le forcing pour s’attacher les services du Marocain. J’ajouterai un autre aspect à ce dispositif, concernant les décrochages de la pointe : ils permettent de fixer le 6 adverse et de créer encore des espaces pour le (ou les si l’on ajoute un Diaby dans le dispositif) milieu offensif. Conter Liverpool en début de saison, on a ainsi vu Gerrard obligé de venir régulièrement aider sa défense pour bloquer Chamakh, et par conséquent, le capitaine des Reds n’était pas aux avant postes.
    Juste une remarque sur le système de l’Inter : l’objectif d’un tel système (jouant bas, s’entend) n’est pas lié à un besoin d’espace pour l’attaquant, mais plutôt de faire passer en priorité la défense avant tout, avec un collectif bas et regroupé. Une rampe de lancement 3 étoiles comme Snejder permet de trouver l’attaquant loin devant sans se découvrir. Ou comment dévoyé l’esprit du football. Malheureusement, Mourinho a été champion d’Europe avec ça…

  4. Damien_lyon dit :

    Merci pour ton travail d’analyse que je trouve exceptionnel et très clair.
    On ne lit ça nul part ailleurs. Et on ne risque pas d’avoir ce genre d’explication à la télé francaise, quelle que soit la chaine…

  1. 30 septembre 2010

    […] Pointe et soutien : quelles relations ? – E-Foot […]

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *