United au bout du suspense

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Samedi dernier, alors que certains digéraient tranquillement leur repas, toute une ville avait rendez-vous dans un stade pour le derby entre ces deux équipes fétiches. United face à City. Le poids-lourd historique face au nouveau riche aux dents très longues. e-foot ne pouvait pas passer à côté d’un tel rendez-vous d’autant que le spectacle a été à la hauteur de l’évènement. Mise en place du contexte, analyse de la rencontre et même bonus « vu des tribunes » grâce à Thibault, pour revivre le derby de Manchester, c’est par ici que ça se passe !

Au coup d’envoi :
Cela faisait très longtemps que Manchester attendait un derby de ce genre. United et City sont respectivement deuxième et quatrième de la Premier League avec 12 points au compteur chacun. En plus de l’enjeu sportif, l’été a été très chaud entre les deux clubs avec le transfert de Carlos Tevez et les provocations qui ont suivi des deux côtés de la ville (cliquez ici). Dans le stade, le théatre des rêves d’Old Trafford est à la hauteur du rendez-vous. Sur le terrain, City est diminué par les absences d’Adebayor, Robinho et Santa Cruz ; dans l’autre camp, seul Van der Sar manque à l’appel des cadres de Sir Alex Ferguson.

L’analyse :
Les Red Devils avaient-ils à coeur de faire plaisir à leur manager en rentrant dans les joueurs « du petit club avec une petite mentalité » ou était-ce la pression du derby qui a inhibé les Citizens ? Toujours est-il que le premier quart d’heure de la rencontre va être largement dominé par les pensionnaires d’Old Trafford. Dès les premières secondes, les hommes de Sir Alex imposent un énorme pressing sur la relance adverse. En première ligne, les ailiers (Park, Giggs) vont chercher très haut leurs adversaires directs, condamnés à dégager le long de la ligne de touche sur…le latéral (Evra ou O’Shea). Dans l’axe, Fletcher et Anderson, pourtant en infériorité numérique, s’imposent, parfois aidés par les décrochages de Rooney ou Berbatov. Au final, City est condamné à compter sur le seul Tevez pour tenir la balle dans le camp adverse sans oublier qu’il a encaissé très rapidement l’ouverture du score après un saute de concentration de Micah Richards bien puni par le duo Evra-Rooney (2e).

Seule réponse au pressing d’enfer imposé par les Red Devils, Shaun Wright-Phillips quitte son aile droite pour apporter une solution supplémentaire dans le jeu court des visiteurs. Mais c’est sur un long ballon et une belle erreur de Ben Foster exploitée par Tevez et Barry (16e) que Manchester City va revenir à la marque et dans le match. United va en effet desserrer son emprise et la bataille du milieu va s’équilibrer. De Jong gagne en activité à la récupération tandis qu’Ireland parvient enfin à s’intercaler entre les deux lignes défensives de United. Gênés pour se projeter vers l’avant, Fletcher et Anderson se mettent à envoyer de longs ballons sur leurs quatre attaquants qui ne peuvent compter que sur leurs qualités individuelles et leur entente pour faire la différence à tel point que le séduisant 4-4-2 se transforme par moments en un 4-2-4 stérile. Côté City, ce n’est pas forcément mieux : tout passe par Tevez, sauf une action lancé par une récupération de Touré, relayé sur un pas par Ireland et envoyée sur le poteau de Foster par le buteur argentin.

tevez

Au retour des vestiaires, le public d’Old Trafford a droit à un copié-collé de la première période de ses protégés. Auteurs d’un gros pressing, plus agressifs dans les duels, les joueurs de United reprennent le dessus sur leur rival du jour. Nouveauté, les latéraux et les ailiers combinent enfin ensemble et les décalages se multiplient dans la défense de City. A droite, Richards plie une nouvelle fois en deux contre un face à Evra et Giggs, le Gallois ajustant un centre parfait pour Fletcher et le 2-1 (48e). MU n’est pas calmé par ce but et obligent Given à faire le show… Jusqu’à ce que Bellamy fasse le sien en égalisant en plein temps fort adverse (52e). Malheureusement pour les Citizens, cette fois, l’égalisation ne calme pas United qui continue d’insister sur les ailes. Symbole de cette envie d’étirer la défense adverse, Evra et O’Shea participent beaucoup plus aux offensives mancuniennes. On est très loin des quatre attaquants de la première période qui faisaient tourner le ballon autour de la surface adverse. L’entrée de Valencia à la place de Park équilibre les attaques qui passaient jusque là plus souvent par le côté gauche.

A vingt minutes de la fin, la domination de MU est à son plus fort. Sans doute fatigués par son travail seul en pointe, Tevez disparaît de la circulation et ne peut plus soulager City de la pression adverse. L’Argentin laisse même son poste à Bellamy qui, arrêté, ne peut pas rivaliser avec Ferdinand ou Vidic. Les Citizens n’enchaînent plus trois passes depuis plusieurs minutes et United concrétise sa domination sur corner, toujours par Giggs et Fletcher (80e). Cette fois, les Mancuniens desserrent l’étau et se font peur sur deux occasions orchestrées par Petrov, tout juste entré en jeu. Trop facile sans doute, Rio Ferdinand loupe une louche qui permet à Bellamy de foncer au but et de ramener City dans la partie pour la troisième fois (90e). Mais United n’abdique pas et reprend le jeu en main. Fini la construction toutefois, désormais, on balance dans le paquet dans la surface de City et on espère que la balle finisse au fond… Jusqu’à la 96ème minute et la passe-éclair de Giggs pour Owen qui, seul face à Given, termine de l’extérieur du droit dans un Old Trafford en délire.

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De gauche à droite, the Manchester Evening, the M.E.N, the Independant. Merci à Thibault.

Bonus : le match vu des tribunes, par Thibault Geffrotin
West Stand. W3103. Block 40. Seat 100. Et c’est donc à quatre reprises que cet endroit a failli exploser. La « Red Army » était à point pour ce derby plus tranchant que jamais. Là-bas, pas de footix, que des fans, de vrais english attachés à jamais à leur couleur, le rouge. Rouge comme chaque endroit du stade, rouge comme le maillot de United que presque chaque supporter porte dans la tribune. Attachés également à leur histoire. En effet, on ne trouve pas seulement des maillots de Rooney, Giggs ou Berbatov dans les travées rouges. Edwards, Best, Cantona, tous sont restés des idoles et les fans désignent unanimement leur cœur lorsque cette histoire, proche ou lointaine, est évoquée.

Une demi-heure avant le match, les Reds chantent déjà dans la tribune (ils avaient commencé auparavant aux abords du stade) et l’ambiance monte petit à petit. Le speaker annonce le groupe de City, chaque nom sera sifflé, mention spéciale pour Tevez. L’ex-idole d’Old Trafford est désormais haï par tout le stade. « Traitor », lit-on sur une pancarte d’un supporter. Le néo-Citizen devait s’y attendre, lui qui a connu les derbies argentins River-Boca. Chaque fois qu’il touchait le ballon, le public ne lui faisait aucun cadeau. Et lui en faisait encore moins lorsque celui-ci volait le ballon à Foster, à l’origine du premier but blue.

90ème minute. City se rapproche de plus en plus du but des Reds et les supporters tremblent. Stupeur lorsque Craig Bellamy signe le doublé. On ne connaît d’ailleurs même pas l’identité du buteur. « Qui a marqué ? », demande l’un d’entre eux. « Qu’est-ce qu’on s’en fiche », semble vouloir dire un autre en secouant les bras. Désespoir et résignation dans les tribunes. Mais il ne faudra qu’une action pour que les fans des Reds reprennent (un peu) espoir. « Attack, attack attack attack ! » Et c’est alors une folie pure et indescriptible qui s’empare d’Old Trafford. Michael Owen vient de sceller le sort de ce derby au scenario des plus imaginaires, en trompant Shay Given, rentrant ainsi dans l’histoire de Manchester United. Les supporters se sautent les uns sur les autres, se tapent dans les mains, frappent contre le mur en tôle pour faire plus de bruit, chantent à la gloire d’Owen et de United. Amazing. Incredible. Les 75000 spectateurs en auront eu pour leur argent.

Allez, un dernier petit chant pour la route ? Et c’est parti pour le mythique « Glory, Glory », que les fans reprennent tous en chœur. And the Reds go marching on…après ce derby approuvé unanimement par tous les journaux anglais, comme le plus beau de son histoire.

Retrouvez des photos et des vidéos de la rencontre sur le blog de Thibault, www.roadbook-of-england.com.

La fiche du match : Manchester United 4-3 Manchester City
Les buts :
1/0, Rooney (2e) – 1/1, Barry (16e) – 2/1, Fletcher (49e) – 2/2, Bellamy (52e) – 3/2, Fletcher (80e) – 3/3, Bellamy (90e) – 4/3, Owen (90e+6).
Manchester United :
Foster – O’Shea, Ferdinand, Vidic, Evra – Park (Valencia, 62e), Anderson (Carrick, 90e), Fletcher, Giggs – Rooney, Berbatov (Owen, 78e).
Manchester City :
Given – Richards, Touré, Lescott, Bridge – De Jong (Petrov, 83e), Barry, Ireland – Wright-Philipps, Bellamy – Tevez.

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