Pérou 0-2 Uruguay, l’analyse tactique

Les favoris qui n’assument pas, c’est fini ! L’Uruguay a mis fin à la série de surprises qui a vu tomber la Colombie, l’Argentine (par sa faute), le Brésil et le Chili dans cette Copa America et ce, sans trembler face au Pérou. Et si ce n’était pas tout simplement le fait d’assumer qui fait de la Celeste une nation dominante en Amérique du Sud en ce moment ?

Les compositions :

Au coup d’envoi, le Pérou s’est renforcé derrière par rapport à sa sortie face à la Colombie, Acasiete récupérant sa place en défense centrale. En revanche, sorti sur blessure au tour précédent, Chiroque reste sur le banc au profit de Yotun : Fernandez (1) – Carmona (17), Acasiete (3), Rodriguez (2), Vilchez (4) – Advincula (16), Balbin (5), Cruzado (10), Yotun (19) – Vargas (6), Guerrero (9).

Du côté de l’Uruguay, Oscar Tabarez doit évidemment composer avec l’absence de Diego Perez, suspendu, et de Victorino, blessé face à l’Argentine. Ils sont respectivement remplacés par Gargano et Coates : Muslera (1) – Maxi Pereira (16), Coates (4), Lugano (2), Caceres (22), Alvaro Pereira (11) – Arevalo Rios (17), Gargano (5), Gonzalez (20) – Forlan (10), Suarez (9).

Tabarez s’adapte à Vargas/Guerrero :

En quart de finale, Vargas et Guerrero avait fait très forte impression face à la défense colombienne. Se recherchant en priorité, ils avaient laminé à plusieurs reprises le flanc droit des Cafeteros, profitant des espaces entre Perea et Zuniga (voir : Colombie 0-2 Pérou, l’analyse tactique). Face à l’Uruguay, Sergio Markarian a décidé d’associer les deux hommes en attaque dans un 4-4-2 à plat censé se calquer sur la formation uruguayenne. Charge aux milieux excentrés (Yotun et Advincula) de couvrir les montées des latéraux adverses présumés (Maxi Pereira et Caceres) et aux défenseurs de remporter leurs duels. A priori, les profils des milieux axiaux uruguayens n’étant pas des plus offensifs, ces derniers pourront être supplées par leurs deux milieux axiaux (Balbin et Cruzado) en cas de décrochages possibles de Forlan. Devant tout ce beau monde, Vargas et Guerrero ont pour mission de travailler sur la défense centrale uruguayenne. Sauf que l’Uruguay n’évolue pas dans le schéma attendu.

Au lieu d’une défense à quatre, c’est une défense à cinq qui fait face aux attaques péruviennes. Dès le début de la partie, Alvaro Pereira (11) se retrouve en effet au marquage du milieu droit péruvien (Advincula, 16 puis Yotun, 19) alors que Gargano (5) se charge du pressing dans la zone qu’aurait dû couvrir le gaucher de Porto s’il évoluait au milieu de terrain. Arevalo Rios (17) lui se charge de la couverture du Napolitain lors que Carmona (17) ou un autre joueur se retrouve avec le ballon dans cette zone.

Surprenant à première vue, ce replacement de Alvaro Pereira plus bas sur le terrain permet tout simplement à l’Uruguay de conserver l’avantage du nombre sur l’autre aile, qui est la zone favorite du duo Vargas-Guerrero. Pereira bloquant le couloir, Caceres glisse dans l’axe au sein d’une défense à trois avec Lugano et Coates. Les trois hommes sortent à tour de rôle de la ligne défensive pour prendre l’attaquant adverse (Vargas en général) tentant d’évoluer entre les lignes ; même topo lors d’une action tentant de sortir sur l’aile gauche du Pérou : Maxi Pereira reste sur son adversaire direct (Yotun ou Advincula) et c’est un défenseur qui sort pour stopper l’attaquant prenant le couloir. Arevalo Rios reste lui en couverture pour gêner les tentatives de renversement de jeu.

Cette organisation défensive sera l’une des forces de l’Uruguay sur ce match, frustrant totalement Vargas qui disjonctera peu après l’heure de jeu et sera expulsé pour un coup de coude sur Coates. Avant cela, il n’aura réussi qu’une fois à prendre son aile gauche en milieu de première mi-temps. Son centre permettra de constater l’importance de la couverture d’Alvaro Pereira, venu suffisamment gêner Advincula prêt à reprendre le ballon aux six mètres.

L’Uruguay par la droite :

Les six péruviens les plus défensifs ne montant que très rarement, Suarez et Forlan ont évidemment besoin de l’apport de leurs partenaires pour créer le danger sur les buts de Fernandez. En première mi-temps, le soutien le plus important vient de la droite, grâce au duo Alvaro Gonzalez (20) – Maxi Pereira (16). Il s’explique très simplement. Forlan évoluant en position décrochée par rapport à Suarez, il occupe la zone tenue par les milieux axiaux péruviens. Devant, l’activité de Suarez et la possible présence de Forlan entre les lignes poussent la ligne défensive péruvienne à se resserrer autour de sa surface. Non suivi par son latéral occupé à rester aligné, Alvaro Gonzalez se recentre et se retrouve dans une position entre-deux (entre l’axial gauche et le milieu gauche péruvien). Un point d’appui parfait pour les montées de Maxi Pereira qui, s’il sème son garde du corps au départ, sera aussi en avance à l’arrivée de la passe (le garde du corps ayant en plus peut-être lâché le marquage pour tenter de stopper Gonzalez). Coïncidence, c’est aussi de cette zone que Forlan envoie la frappe qui permettra à Suarez d’ouvrir le score (53e).

Tentatives péruviennes et contre uruguayen :

Sitôt le premier but encaissé, Markarian effectue son premier remplacement, l’opposé de celui fait il y a quelques jours face à la Colombie d’ailleurs : le feu-follet Chiroque (18) remplace Yotun (19). Le Pérou retrouve alors la formation-type qui avait débuté face aux Cafeteros (le retour d’Acasiete en plus). Besoin de marquer oblige, tout le monde est convié à attaquer. Les latéraux, Carmona en priorité, se porte à l’avant et les deux milieux relayeurs (Advincula et Cruzado) suivent les actions. Malheureusement, cinq minutes plus tard, l’Uruguay sort le contre parfait.

Depuis son entrée en jeu, Chiroque (18) a constamment cherché à rentrer dans l’axe de manière à ouvrir le couloir à son latéral (Carmona). A chaque fois, il s’est heurté à Gargano et Caceres pour lui fermer la porte. Cinquante-huitième minute de jeu, il perd le ballon alors que son latéral est monté. Alvaro Pereira sent le coup et démarre dans son couloir. Gargano le sert. Face à lui, la défense péruvienne (haute, symbolisée par le trait fin rouge sur le schéma) coulisse. Forlan embarque le stoppeur gauche avec un appel en profondeur dans le couloir. Pereira ajuste lui un ballon parfait au-dessus du stoppeur droit pour lancer Suarez. L’attaquant de Liverpool finit le travail sans trembler. 2-0, le match est plié (58e). Et l’expulsion de Vargas (69e) confirmera cet état de fait.

Après cette punition, le Pérou revoit ses plans. Chiroque colle désormais à la ligne de touche et tente d’enchaîner débordement et centre face à Alvaro Pereira. La sortie de Vargas fait de lui le seul véritable animateur de couloir côté péruvien. A gauche comme dans l’axe, Guerrero continue de poser des problèmes à la défense uruguayenne mais les soutiens (Lobaton, Cruzado) ne sont plus assez nombreux pour faire le nombre face à des Uruguayens qui n’ont pas à modifier leurs plans, tant derrière que devant. Tabarez se contente de changer ses hommes : Suarez et Gargano sortent au profit de Abel Hernandez et Eguren pour une fin de match où les deux équipes auront quelques opportunités.

Conclusion :

« El Maestro » Tabarez a dominé « El Mago » Markarian. Le choix du sélectionneur uruguayen de revenir à trois défenseurs centraux pour ce match a parfaitement rempli son rôle : limiter les espaces pour Vargas et Guerrero. Sans joueur capable de contrer ce schéma (latéraux ou milieux de percussion) capables d’accélérer le jeu avant d’atteindre les deux attaquants, le Pérou n’avait sans doute pas les armes pour espérer mieux. L’Uruguay est à une marche d’un trophée qui, s’il le décroche, consacrera sans doute la capacité de cette équipe à s’adapter à son adversaire. Réponse dimanche, après un match face au Paraguay ou au Venezuela.

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6 réponses

  1. @LudovicT95 dit :

    C’est exactement ça, l’Uruguay s’adapte formidablement bien tactiquement à ses adversaires et comme Tabarez dispose d’individualités intéressantes (voir même plus devant derrière et Muslera :p) ça donne un favori tout à fait crédible et ce depuis le début de cette Copa…

  2. Guess dit :

    « Le choix du sélectionneur uruguayen de revenir à trois défenseurs centraux pour ce match a parfaitement rempli son rôle : limiter les espaces pour Vargas et Guerrero. Sans joueur capable de contrer ce schéma (latéraux ou milieux de percussion) capables d’accélérer le jeu avant d’atteindre les deux attaquants, le Pérou n’avait sans doute pas les armes pour espérer mieux. »

    Très intéressant, cela me fait penser à une idée d’article où tu rappellerais les principes de bases des organisations les plus connues ( 442, 433, 4231, 41212 etc…) en courts paragraphes.

    Pour mieux assoir nos bases lors de la lecture de tes articles.

    A+ et merci pour l’article. Moi qui croyait que l’été allait être calme niveau foot, y a pas eu d’arrêt !!

  3. Guess dit :

    exemple: le 442 à plat de Fergie >>> Avantages: blablabla Inconvénients: blablabla
    le 443 du barça >>>>>>>>>>> Avantages: blablabla Inconvénients: blablabla
    le 4231 si cher à Raymond>> Avantages: blablabla Inconvénients: blablabla

    etc… ce serait vraiment super.

  4. manuet dit :

    Félicitation pour l’analyse tactique,
    il faut dire que le Pérou n’avait pas de capacité dans le milieu du terrain
    et les deux but on été de contre offensive
    uruguay a bien gagné

  5. sdf dit :

    si l’uruguay gagne ce sera sa 15eme Copa America de son histoire,
    et dépassera l’Argentine (avec 14).
    Le paraguay cherche sa 3eme Copa et le Vénézuela son premier trophée

  6. @Guess, un tel article peut être intéressant. Le souci, c’est qu’il est difficile de tirer des enseignements sur un schéma de jeu. Les animations sont multiples. A la base, le schéma est neutre, c’est la manière dont il s’anime qui lui donne des avantages et des inconvénients.

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