Pays-Bas 2-0 Chili, l’analyse tactique

Dans un match « tactique », les Pays-Bas sont venus à bout du Chili pour remporter le groupe B et ainsi éviter ainsi le Brésil en huitièmes de finale. Réimposant le style de jeu vu face à l’Espagne, les Néerlandais ont poussé le Chili à se découvrir avant de finalement le sanctionner sur coup de pied arrêté.

Les compositions : 

Sous le coup d’une suspension et blessé, Arturo Vidal est le grand absent de ce troisième et dernier match de poule côté chilien. Le milieu de terrain est remplacé dans le onze par Gutierrez. A part ce changement, les Chiliens présents au coup d’envoi sont ceux qui avaient battu l’Espagne. Le système ne change pas non plus.

Côté Pays-Bas, les hommes changent aussi mais le système reste le même : Wijnaldum remplace De Guzman, Lens profite de la suspension Van Persie et Blind glisse au poste de stoppeur gauche pour pallier à l’absence de Van Persie… Surprise, c’est Dirk Kuyt qui se retrouve latéral gauche.

Les Pays-Bas récitent leurs gammes : 

Pas de round d’observation dans ce match : le scénario se dessine très vite. Les Pays-Bas abandonnent le ballon en n’exerçant aucun pressing sur les trois défenseurs chiliens (Jara, Medel, Silva) lorsque ces derniers évoluent dans leur moitié de terrain. Lens et Robben sont là pour bloquer les dépassements de fonction des deux excentrés et les passes « faciles » vers les couloirs.

Dans l’entrejeu, De Jong, Sneijder et Wijnaldum sont à trois contre trois face aux milieux chiliens et les suivent à la trace. Sur les côtés, Kuyt et Janmaat sont là pour bloquer les latéraux. Derrière, Blind, Vlaar et De Vrij chassent les décrochages des attaquants chiliens afin de les empêcher de créer le surnombre dans l’entrejeu. Bref, les Pays-Bas ressortent le plan de jeu défensif qui avait porté ses fruits face à l’Espagne.

Dès le début de la rencontre, les Pays-Bas abandonnent le ballon aux Chiliens et attendent au milieu de terrain. Les milieux bloquent leurs homologues adverses, tandis que Lens (et Robben) empêchent les montées des défenseurs qui sont forcés de rechercher directement leurs attaquants.

Dès le début de la rencontre, les Pays-Bas abandonnent le ballon aux Chiliens et attendent au milieu de terrain. Les milieux bloquent leurs homologues adverses, tandis que Lens (et Robben) empêchent les montées des défenseurs qui sont forcés de rechercher directement leurs attaquants.

Le bloc formé par les Néerlandais est très compact, se positionnant dans la première moitié de son propre camp. L’idée est de bloquer le jeu court des Chiliens et ses relais dans l’entrejeu. A chaque ballon gagné dans l’entrejeu, l’équipe explose ensuite en contre-attaque en comptant sur Robben et Lens pour faire la différence. Durant la première mi-temps, ils n’ont d’ailleurs que cette option pour porter le danger dans le camp chilien (Wijnaldum, 24e – Robben après récupération de De Jong, 34e – Robben, 40e).

De Jong gagne le ballon dans les pieds de son adversaire. Robben le récupère et les Pays-Bas ont un 3 (De Jong, Robben, Lens) contre 2 à jouer face à Jara et Medel

De Jong gagne le ballon dans les pieds de son adversaire. Robben le récupère et les Pays-Bas ont un 3 (De Jong, Robben, Lens) contre 2 à jouer face à Jara et Medel.

Le Chili cherche la solution : 

Sans solution courte dans l’entrejeu, les défenseurs chiliens tentent d’abord de trouver leurs attaquants dans la profondeur. Les zones séparant les stoppeurs et les latéraux néerlandais sont ciblées, sans toutefois créer de danger pour la défense orange. Les longs ballons sont mal ajustés et ni Sanchez ni Edu Vargas ne parviennent à en profiter. L’attaquant du Barça parvient toutefois à sortir du lot dans un rôle de point d’appui dos au but, libérant ensuite le ballon vers ses milieux ou ses latéraux (Mena à gauche).

Afin de poser le jeu, les Chiliens multiplient les décrochages afin de perturber le marquage effectué par les trois milieux néerlandais. Gutierrez et Diaz descendent à tour de rôle pour éliminer Sneijder. Dans l’entrejeu, ces mouvements sont compensés par les décrochages de Sanchez, qui revient afin de jouer les pivots au sol. Résistant aux défenseurs toujours présents dans son dos, il envoie ensuite le jeu sur les côtés. Là encore, ses déplacements entraînent une réaction des milieux chiliens : Aranguiz évolue ainsi très haut (« à la Vidal ») lorsque son attaquant décroche.

A défaut de pouvoir se retourner, Sanchez décroche et accélère le jeu sur la largeur des Chiliens.

A défaut de pouvoir se retourner, Sanchez décroche et accélère le jeu sur la largeur des Chiliens. En attirant Blind hors de la défense à cinq des Pays-Bas, il oblige Janmaat à laisser le champ libre à Mena côté opposé.

Les Chiliens ont toutefois du mal à créer le danger sur attaque placée. Les centres de Mena, souvent décalé côté gauche, sont repoussés par la défense, tandis que le flanc droit a du mal à faire la différence face à Kuyt et Blind. Par ailleurs, les Pays-Bas n’hésitent pas à casser le rythme en multipliant les fautes au milieu de terrain.

Autre difficulté, le Chili ne parvient pas à obtenir des situations d’attaques rapides : leur pressing est inefficace en raison du jeu très direct des Néerlandais, qui ne s’embarrassent pas du ballon en recherchant Robben et Lens le plus rapidement possible, quitte à le rendre au bout de quelques secondes seulement. Preuve de ce choix clair de la formation de Louis Van Gaal, le nombre de passes réussies par Wesley Sneijder à la mi-temps : « simplement 2. »

Les changements de Sampaoli :  

A la mi-temps, le Pays-Bas remplit son objectif. En tête du groupe, il n’a pas concédé d’occasions et s’est même montré le plus dangereux en contre-attaque. Dès la reprise, Jorge Sampaoli tente donc de forcer la décision en faisant entrer Jean Beauséjour à la place de Gutierrez. Le Chili passe en 3-4-3 avec le joueur de Wigan sur l’aile gauche, Alexis à droite et Edu Vargas dans l’axe.

Un choix qui s’explique aisément : à défaut de trouver les relais dans l’entrejeu, Sampaoli ajoute un attaquant pour permettre à son équipe de rentrer plus rapidement dans les 30 derniers mètres adverses, une zone où les pertes de balle sont moins dangereuses… et où les coups de pied arrêtés peuvent en plus être plus intéressants.

Mais cette option n’est pas sans conséquence puisque les Chiliens se retrouvent en infériorité numérique dans l’entrejeu. Diaz et Aranguiz se retrouvent à deux contre trois face à Sneijder, Wijnaldum et De Jong. A défaut de leur permettre d’aller les chercher plus haut, cela permet aux Oranjes de contrôler plus facilement les approches chiliennes sur les côtés.

Ayant l'avantage numérique dans l'entrejeu, les milieux néerlandais peuvent désormais venir en aide à leurs partenaires sur les ailes,

Ayant l’avantage numérique dans l’entrejeu, les milieux néerlandais peuvent désormais venir en aide à leurs partenaires dans les couloirs, qui se retrouvent à deux contre deux après le passage du Chili en 3-4-3.

A deux contre deux sur le papier, Blind-Kuyt (vs Sanchez-Isla) et De Vrij-Janmaat (vs Beauséjour-Mena) reçoivent l’aide du milieu de terrain « sans adversaire ». Ce rapport de force est particulièrement visible dans le couloir d’Alexis Sanchez, où le Barcelonais se retrouve à la fois sous la pression de Blind, qui continue son marquage très serré, et pris par De Jong lorsqu’il tente de repiquer vers l’intérieur du terrain.

Le dernier mot pour les Pays-Bas : 

Son équipe étant toujours en panne d’inspiration, Sampaoli fait appel à la créativité de Valdivia pour rééquilibrer le rapport de force au milieu de terrain. Le meneur de Palmeiras entre à la place de Silva et s’installe devant le duo Aranguiz-Diaz (67e). Le Chili bascule donc en 4-2-3-1 avec Isla à droite, Mena à gauche et la paire Medel-Jara en défense centrale.  Le nouvel entrant fluidifie la circulation de balle mais le Chili peine toujours dans le dernier tiers du terrain.

Et ce qui devait arriver arriva assez rapidement. Le passage en 4-2-3-1 réduit la présence chilienne dans le camp adverse. Les Pays-Bas, déjà un peu mieux dans le domaine depuis la reprise, parviennent à conserver le ballon. Blind et De Vrij peuvent effectuer les premières relances. Le jeu arrive dans le camp des Chiliens et ceux-ci craquent sur un coup de pied arrêté. Entré en jeu quelques secondes plus tôt, Fer expédie le ballon dans les filets de Bravo (77e).

Le Chili focalise son pressing sur Vlaar mais ce dernier parvient à écarter le jeu sur Blind, qui se retrouve sans adversaire pour l'empêcher d'effectuer la relance vers Depay.

Le Chili focalise son pressing sur Vlaar mais ce dernier parvient à écarter le jeu sur Blind, qui se retrouve sans adversaire pour l’empêcher d’effectuer la relance vers Depay. Les Pays-Bas peuvent enfin trouver leurs attaquants « au sol ».

Dernière carte dans la manche de Sampaoli, Pinilla remplace Edu Vargas, transparent à la pointe de l’attaque de la Roja (81e). Plus « physique », le joueur de Cagliari offre des relais intéressants au coeur de la défense néerlandaise mais le match a déjà choisi son camp et Cillessen n’est pas réellement inquiété durant les dernières minutes. Au sortir d’un coup de pied arrêté, Robben achève même ses adversaires en menant un contre fulgurant conclu par Depay (90e+2).

Conclusion : 

Deux victoires en jouant le contre, un succès très difficile en étant contraint de faire le jeu : les Pays-Bas ont joué cartes sur table dès ce premier tour. Leur projet de jeu s’est avéré aussi simple qu’efficace. Les milieux et les stoppeurs sont là pour empêcher l’adversaire de mettre du rythme, quitte à multiplier les « petites fautes » loin des buts de Cillessen. Devant, la vitesse de Robben, le talent de Van Persie et même le jeune Depay se montrent efficaces en contre-attaque.

Au-delà du comportement de son futur adversaire (aura-t-il ou non le ballon ?), les Oranjes peuvent se heurter à un problème de taille durant les matchs à élimination directe. Si les cartons venaient à tomber rapidement, leur plan défensif serait rapidement compromis. Autre question importante les concernant, le comportement de leur défense face à des « grands gabarits ».

Si Blind, Martins Indi, De Vrij et Vlaar ont su suivre les décrochages de Iniesta, Silva, Diego Costa (pas à 100%) ou Sanchez, qu’en sera-t-il face à un joueur capable de conserver le ballon très haut dans le camp adverse ? Le Mexique n’a pas d’attaquant de ce profil. En revanche, la Croatie de Mario Mandzukic pourrait faire figure de nouveau test pour la formation néerlandaise…

Côté chilien, cette défaite est évidemment un coup d’arrêt. Néanmoins, la Roja ne rencontrera certainement pas les mêmes problèmes face au Brésil lors du prochain tour. La Seleçao aura le ballon et lui permettra de retrouver la configuration qui l’a faite briller face à l’Espagne lors de la deuxième journée : pressing et jeu de transition dans le camp adverse.

 

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2 réponses

  1. tokar_fini dit :

    merci pour cette analyse claire et détaillée françois, il est vrai que la principale force de l’équipe néerlandaise réside dans son pressing étouffant qu lui permet de procéder par contre-attauqe avec des attaques éclairs, la chili a pu constater que c’était beaucoup moins évident de créer le jeu plutôt que d’attendre dans sa moitié de terrain et de contre-attaquer, je pense que les pays-bas vont rencontrer un adversaire qui lui laissera le ballon et je ne les vois pas arriver en finale, qu’en penses-tu?

  2. Gangster dit :

    Le face-à-face Pays-Bas-Chili est l’un des matchs qui m’ont le plus marqué dans ce Mondial 2014. D’ailleurs, je salue le travail de Robben et Lens.

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