Pays-Bas 1-2 Allemagne, l’analyse tactique

Sans grande surprise, l’Allemagne est venu à bout des Pays-Bas dans un match qu’elle a maîtrisé dans sa grande majorité. Beaucoup plus mobile, la formation de Joachim Löw a déroulé son football, dominant les débats dans l’entrejeu grâce à la complémentarité du trio formé par Khedira, Schweinsteiger et Özil. Les Néerlandais ont eux subi jusqu’à ce que Van Marwijk fasse entrer des talents supplémentaires en deuxième mi-temps : le temps de quelques illusions avant que le milieu allemand ne confisque le ballon en fin de partie.

Schweinsteiger contre Van Bommel :

Opposant deux 4-2-3-1, les Pays-Bas et l’Allemagne ont débuté la rencontre par un round d’observation. Ce sont les Oranjes qui ont frappé les premiers dans le camp adverse, reconstruisant les duos déjà vus face au Danemark sur les ailes : Robben et Van Persie sur le flanc droit, Sneijder et Afellay à gauche. Cette fois en revanche, les deux latéraux venaient soutenir les attaques et occuper les couloirs, ce qui permettaient au quatuor offensif de se trouver ensuite à l’intérieur du jeu. Alors que Mathijsen, Heitinga et De Jong restaient disponibles si nécessaire pour ressortir et conserver le ballon, Van Bommel cherchait lui les espaces aux alentours de la ligne médiane, tant pour le transmettre que pour le porter jusqu’à ses créateurs.

En début de partie, le futur joueur du PSV Eindhoven a été le joueur-clé sur les offensives néerlandaises. Lors de la première sortie des Pays-Bas, les Danois avaient d’ailleurs bien anticipé le danger qu’il peut représentant dans l’entrejeu ; pour le contrer, Kvist ou Zimling (les milieux défensifs) sortaient sur lui sitôt qu’il recevait le ballon. A l’inverse, les Allemands ont fait l’erreur de le laisser jouer. Défensivement, Joachim Löw avait fait le choix de positionner Özil et Gomez sur une même ligne pour s’opposer à Mathijsen, Heitinga et De Jong qui opérait en tant que sentinelle. Derrière, Schweinsteiger et Khedira devaient négocier les déplacements de Sneijder et protéger la défense centrale. Van Bommel a ainsi pu récupérer des ballons aux abords de la ligne médiane sans pression adverse, ce qui a entraîné la première occasion de la partie : son ouverture en profondeur pour Van Persie qui a perdu son duel avec Neuer.

Après cette première alerte, l’Allemagne a rapidement réagi. Selon la position de Van Bommel, qui naviguait autour du rond central, Schweinsteiger ou Khedira sortait à sa rencontre afin de limiter son influence. L’autre milieu de terrain restait en retrait devant la défense. Parfois, les Allemands décidaient de mettre la pression sur leurs adversaires lorsque ces derniers repartaient de très bas : derrière les deux pointes, toujours positionnées entre les premier et deuxième rideau, trois (le quatrième restant en couverture) ou quatre Allemands resserraient dans l’axe autour de la zone de jeu de Van Bommel. Le quatuor offensif néerlandais ne redescendant pas chercher les ballons, les Allemands se sont ainsi parfois retrouvés en position de force, à six contre cinq dans le camp adverse et surtout quatre contre trois face aux joueurs chargés de la transition côté néerlandais (voir ci-dessus). En mettant assez de pression sur le porteur, ils sont ainsi parvenus à couper les transmissions dans la course du quatuor offensif néerlandais qui, malgré l’égalité numérique dans le camp allemand, n’a pas assez bougé ou dézoné pour perturber les marquages adverses.

Logiquement, les Allemands ont petit à petit pris l’ascendant. Très vite, ils ont identifié le point faible de la défense néerlandaise : le côté gauche tenu par le jeune Willems. Schweinsteiger restant en retrait au départ des actions, Khedira et Özil ont été les deux axiaux les plus en vue en début de partie. Le premier suivait les remontées de balle plein axe tandis que le second se décalait souvent sur l’aile droite pour participer à la construction des actions avec Boateng et Müller. Combinés, ces déplacements mettaient hors de position le milieu néerlandais, comme sur l’ouverture du score de Gomez. Alors que Müller et Boateng échangeaient dans un petit périmètre face à Afellay et Willems, Özil a glissé sur le flanc droit, entraînant avec lui De Jong, chargé de couvrir l’espace laissé dans le dos de son latéral gauche. Dans l’axe, Khedira est lui aussi allé vers le ballon, entraînant Van Bommel dans son sillage. Plein axe, Schweinsteiger en a profité pour se projeter dans les 25 derniers mètres et ajuster la dernière passe pour Gomez, entre deux défenseurs centraux laissés sans protection.

Le second but allemand est du même tonneau, excepté qu’il débute sur un long ballon sur l’aile droite, ciblant une nouvelle fois Willems au duel aérien avec Müller. Une fois encore, Özil a mis De Jong hors de position en s’excentrant côté droit avant de réussir la passe qui a ramené le jeu à l’intérieur. Et Schweinsteiger s’est engouffré dans l’espace entre De Jong et Van Bommel, spectateur sur cette action, pour ajuster sa deuxième passe décisive de la soirée. Fixant le jeu sur l’aile droite, les Allemands ont multiplié ces circuits pour libérer leur milieu de terrain supplémentaire et pénétrer ensuite dans l’axe, via une passe ou un dribble. Jamais un attaquant néerlandais (Sneijder ?) n’a fait l’effort de redescendre pour venir colmater ces brèches, appuyant encore un peu plus le sentiment d’absence de collectif chez les vice-champions du monde. Qui plus est, grâce à ce circuit offensif, les Allemands pouvaient aussi conserver leur ligne de quatre derrière et limiter les risques de contres (via Robben ou Afellay sur les ailes par exemple).

Le baroud d’honneur oranje :

Menés de deux buts à la mi-temps, Bert Van Marwijk n’avait pas d’autre choix que de jouer son va-tout. Déjà entré en jeu face au Danemark, Huntelaar et Van der Vaart ont remplacé Afellay et Van Bommel dès la reprise. L’attaquant de Schalke a pris la pointe, envoyant Van Persie sur l’aile droite, alors que le milieu de Tottenham a fait du poste pour poste, se retrouvant aux côtés de De Jong. Les premières minutes de la mi-temps ont vu les Pays-Bas insister sur le flanc gauche avec quelques tentatives de débordement de Robben ou Willems, soutenus par Van der Vaart et Sneijder et à la recherche de Van Persie et Huntelaar dans la surface. Van Persie et Robben ont ensuite permuté sans plus de succès. L’Allemagne a tenu bon au milieu, infligeant à Van der Vaart le même traitement qu’à Van Bommel pour l’empêcher d’accélérer le jeu en sautant des relais. Sneijder et Van Persie ont tour à tour tenté de loin mais Neuer était bien sur les trajectoires.

A vingt minutes de la fin en revanche, les Allemands ont été bousculés à partir du moment où les Pays-Bas sont passés en 4-4-2. Sur l’aile gauche, Sneijder s’est mué en meneur excentré, cherchant à transmettre à l’intérieur du jeu vers Van Persie et Huntelaar. Prenant le dessus sur Boateng ou remettant les ballons en une touche, le milieu de l’Inter a, par sa rapidité d’exécution,accéléré le jeu. Les Néerlandais ont alors pu profité des situations de un-contre-un qui se présentaient à eux depuis le début de la partie. C’est justement sur l’une d’entre elles que Van Persie a égalisé en prenant le dessus sur Hummels avant de battre Neuer à mi-distance. Le match semblait alors relancé mais les Allemands ont rapidement remis le pied sur le ballon, profitant de leur supériorité numérique dans l’entrejeu. Özil, Schweinsteiger et Khedira ont repris leurs échanges autour des deux milieux néerlandais, le Madrilène passant même tout près d’un nouveau break avant de céder sa place à Kroos dont la fraîcheur a permis à l’Allemagne de gérer les dernières minutes sans grande difficulté.

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8 réponses

  1. aziz dit :

    Que vaut réellement cette équipe d’Allemagne ?
    Tout le monde les loue mais pour moi leur vrai visage a été dévoilé lors de la défaite face à l’équipe de France. C’est un colosse aux pieds d’argiles.
    Ils ne passeront pas face à des équipes en forme.

  2. Nacer dit :

    @ Aziz.
    Une défaite avec une équipe B contre la France oui.
    Sinon, un colosse aux pieds d’argiles qui bat le Portugal et les Pays-Bas … Ouais, pourquoi pas.

  3. aziz dit :

    @Nacer
    Tu ne vois que la partie colosse. Pour les pieds d’argile ne t’inquiète pas ça va venir.

  4. Nacer dit :

    :D C’est facile ça. Dès qu’il vont faire un nul ou perdre un match, tu diras : « voilà, je te l’avais dit ! ».
    Ce type d’argument fonctionne pour n’importe quelle équipe.
    L’espagne est un colosse aux pieds d’argile, la france, le portugal, alors les pays-bas …

  5. Maxent Grenalons dit :

    En tout cas très décevante équipe néerlandaise, ils sont passés à peu de choses d’être champions du monde il y a deux ans, mais sur leurs deux premiers matchs de poule c’est difficile à croire. L’équipe coupée en deux avec d’un côté les 4 défenseurs + les deux milieux défensifs pas très bons avec le ballon et qui ne franchissent quasiment jamais la ligne médiane et de l’autre les 4 offensifs qui essayent de se débrouiller ça ressemble un peu à du Domenech post 2006…

  6. Skyrohff dit :

    contrairement aux autres articles, je trouve que celui-ci manque un peu de clarté. Les images sont peu soignées et pas légendées comme tu en avais l’habitude. J’ai mis plusieurs lectures a comprendre l’activité des allemands sur le côté droit…

    Aucune ligne sur les deplacements offensifs de Gomez, ou Lahm qui je pense a un interet majeur lors de ce match. Ou sur le travail de relance allemande, ou de pressing oranje pendant la 1ere mi-temps

    Je suis bien conscient du travail que cela implique, mais je pense qu’il faut garder la meme qualité que lors de tes precedents articles.

  7. Obligé de faire des choix quand je fais un article. Et le milieu allemand était beaucoup plus intéressant que le reste. Dire que Gomez fait d’excellents appels, tout le monde le sait. Le match ne s’est pas joué sur ça, ni sur les montées de Lahm (qui n’est justement pas beaucoup monté d’ailleurs, le jeu penchant à droite). Par contre, la différence dans l’entrejeu entre les milieux allemand et néerlandais a clairement pesé.

    Pour les images, elles sont prises de la même façon que les autres.

  8. The teacha dit :

    Clairement, l’allemagne à montré ce qu’était un bloc équipe qui travaillait ensemble. La rigueur et discipline allemande à fait la différence surtout dans le repli def . En effet, Sjneider est un régal à voir jouer pour les yeux mais il n’a jamais pu faire les 15-20m de repli pour s’opposer à schweinsteger et quand on voit les efforts defensifs d’ozil, on voit de suite la différence de culture tactique et alors que dire de Robben et Affelay par rapport à muller et podolski.
    Une équipe coupée en deux, ca ne pardonne pas à ce niveau et peu importe les individualités que vous avez.
    Concernant l’apport de Van Bommel, je ne l’ai pas trouvé déterminant, il a moins de fraicheur et joue peu vers l’avant et n’a pas vraiment pesé dans les premieres minutes comme mentionné dans l’article. Il a d’ailleurs fait une saison trés moyenne, ce n’est plus le van bommel du psv! Les 2 équipes jouant dans le même systeme, l’apport de schweini à fait toute la diff ». Même si c’est facile à dire après la défaite, j’aurai mis Van der vaart à coté de De Jong pour apporter cette pénétration supplémentaire dans les 30 derniers mètres, cela aurait donné un relais offensif de plus a Sjneider et Van Persie, un peu comme Cabaye ce soir contre l’Ukraine.
    J’espere voir Huntelaar et Van Persie associé dans l’axe au prochain match..

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