Paris SG 1-1 Bordeaux, l’analyse tactique

En 2012, Bordeaux a pris l’habitude d’ennuyer les candidats à l’Europe. Restait à savoir si l’adage fonctionnait aussi avec les candidats au titre. Après avoir été battu de peu à Montpellier, les Girondins ont une nouvelle fois réalisé une belle prestation et ont su concrétiser une occasion pour ouvrir le score. Mais ils ont cette fois craqué au moment de le conserver.

Les compositions :

Côté parisien, Carlo Ancelotti a décidé de sortir toute son artillerie pour cette rencontre après avoir fait tourner face à l’OL en milieu de semaine. Pastore est titularisé derrière Hoarau. Nenê et Ménez sont toujours là devant le duo Sissoko-Thiago Motta : Sirigu (30) – Jallet (26), Alex (13), Sakho (3), Tiené (5) – Thiago Motta (28), Sissoko (23) – Nenê (10), Pastore (27), Ménez (7), Hoarau (9).

Du côté des visiteurs, Francis Gillot doit composer sans son meilleur buteur, Gouffran, blessé durant la semaine. Poste pour poste, l’ancien attaquant de Caen est remplacé par Diabaté, qui se retrouve épaulé par Maurice-Belay en pointe  : Carrasso (16) – Mariano (25), Henrique (3), Planus (27), Ciani (2), Trémoulinas (28) – Nguemo (7), Plasil (18), Obraniak (4) – Maurice-Belay (19), Diabaté (14).

Bordeaux bloque Paris :

Si les Girondins ont clairement manqué de précision dans les 30 derniers mètres parisiens -et doivent certainement le regretter après-coup-, ils ont véritablement réussi à empêcher leurs adversaires de créer du jeu durant le premier acte. Tout est venu d’un excellent quadrillage du terrain pour tenir dans l’entrejeu, et d’une bonne utilisation des espaces laissés par l’organisation parisienne, qui a été incapable de presser durant tout le premier acte.

Elément-clé de la très bonne première mi-temps des Girondins : son milieu de terrain. Positionné en relayeur devant Nguemo, Plasil et Obraniak avaient pour consigne de sortir au pressing sur les deux milieux de terrain adverses (Sissoko et Thiago Motta) afin de couper la relation avec le quatuor offensif parisien (en rouge). Une ligne plus haut, Maurice-Belay et Diabaté en faisaient de même avec Sakho et Alex. Ce positionnement a ainsi obligé les défenseurs -et Sirigu- à allonger leurs relances, les ballons retombant alors dans le camp bordelais où un six contre quatre se jouait la plupart du temps en faveur des défenseurs.

Ce schéma bien en place, Paris a tenté plusieurs solutions pour essayer de le prendre à défaut. Des attaquants (Nenê, Pastore ou Ménez) ont ainsi décroché d’une ligne pour offrir une solution supplémentaire. Problème, le repli bordelais étant efficace, tout décrochage d’un attaquant parisien entraînait une situation de trois contre cinq en faveur des défenseurs des Girondins dans leur camp (en bleu) -les dépassements de fonction étant aussi compensés par le repli de Maurice-Belay ou Diabaté en cas de besoin-. Les deux attaquants bordelais étaient aussi mis à contribution quand Paris servait ses latéraux pour progresser (en blanc) : le milieu bordelais (Plasil ci-dessus) lâche le marquage pour venir fermer le couloir face au latéral, et l’attaquant (Diabaté) se replie pour reprendre le marquage du milieu de terrain parisien.

Mais pour résister au Paris Saint-Germain, bien défendre ne suffit pas : il faut aussi réussir à tenir assez le ballon pour ne pas être condamné à subir. Durant le premier acté, les Girondins ont justement su enchaîner les longues phases de possession de balle, pouvant ainsi contrôler le tempo de la rencontre. Ils ont pour cela profité des boulevards laissés sur les côtés par l’organisation défensive parisienne.

Au moment d’effectuer la première relance, les Girondins ont d’abord profité du surnombre et de la largeur du terrain, juste après leurs récupération de balle (en jaune). Ainsi, les Parisiens se repliant, ils se retrouvaient la plupart du temps avec un six contre quatre à jouer en leur faveur dans leur moitié de terrain. Ils ont su se servir de cet avantage en se montrant patients au moment de relancer malgré quelques phases précipitées en début de partie. L’objectif de cette préparation était simple : la faire aboutir sur des sorties de balle sur Plasil ou Obraniak pouvant ensuite s’enchaîner rapidement grâce aux concours des latéraux dans les couloirs. Ces derniers ont alors pu profiter du non-repli de Ménez et de Nenê dans l’entrejeu.

De cette façon, Bordeaux annihilait toute possibilité de pression sur ses meneurs par Sissoko ou Thiago Motta. Au cas où ces derniers sortaient à leur rencontre, Plasil et Obraniak jouaient de manière automatique sur les flancs où ils savaient que Trémoulinas et Mariano seraient libres pour arriver à hauteur (en orange). Presque idyllique dans l’entrejeu, ce tableau s’est corsé au moment d’entrer dans les trente derniers mètres. Côté gauche, les mouvements démarraient pourtant bien avec le duo Obraniak-Trémoulinas, qui bénéficiaient des espaces crées par les déplacements de Maurice-Belay (en blanc). Au cas où l’action n’aboutisse pas, le trio était capable de ressortir le ballon par l’axe Plasil-Nguemo qui se chargeait ensuite de renverser le jeu côté droit, Mariano venant à son tour à hauteur.

En revanche justement, sur cette aile, Mariano a manqué de relais pour pouvoir pousser autant ses montées que son collègue latéral gauche. Résultat, le Brésilien a le plus souvent envoyé des centres en profondeur assez faciles à renvoyer pour la défense parisienne malgré quelques moments d’égarement. Côté gauche aussi, les nombreux débordements de Trémoulinas n’ont au final abouti que sur une occasion dangereuse (par Plasil), la faute à un manque de présence dans la surface parisienne. Il faut néanmoins souligner que lorsque les actions se terminaient côté gauche, Mariano ne poussait pas ses montées côté droit en première mi-temps, restant à hauteur de Nguemo afin de prévenir d’un contre parisien passant par Ménez.

Paris plus haut, Paris plus fort :

A la mi-temps, il ne faisait aucun doute que le salut des Parisiens passeraient par beaucoup plus d’agressivité dans l’entrejeu et un bloc positionné plus haut afin de couper la première relation bordelaise, celles entre les cinq relanceurs et les deux milieux de terrain. Dans ce cas, Bordeaux aurait immédiatement plus de difficulté pour décaler ses latéraux dans les couloirs et tenir le ballon dans le camp parisien.

Dès lors, aucune surprise à la reprise : Carlo Ancelotti a décidé de sacrifier Jérémy Ménez sur l’autel de l’équilibre de l’équipe. Et ce changement a changé l’équilibre de la rencontre. Avec Matuidi, le PSG a densifié sa présence dans l’entrejeu. Comme face à Lyon, l’entrée de l’ancien Stéphanois a rendu le pressing parisien beaucoup plus efficace. Positionné à hauteur de Sissoko et Thiago Motta, toujours dans la zone de Plasil et Obraniak, il est sorti sur la relance bordelaise dès lors que celle-ci a penché dans son couloir, étant suivi de près par Tiené qui le couvrait à hauteur de la ligne médiane. Nenê en faisait de même de l’autre côté avec Jallet et face à Trémoulinas. Les conséquences ne se sont pas faites attendre : Paris a sensiblement augmenté sa possession de balle, approchant les 70% sur le début de la deuxième mi-temps (contre un 50/50 en première).

A l’instar du quart de finale de Coupe de France face à Lyon, la pression parisienne est allé decrescendo. Sereins derrière malgré la pression parisienne, grâce au bon repli de ses milieux de terrain, les Girondins ont su tenir le choc dans leurs 30 mètres et ont fini par rééquilibrer les débats. Carlo Ancelotti a alors pris le risque de sortir Nenê, qui bloquait bien le couloir droit en début de deuxième mi-temps, pour faire entrer Gameiro qui s’est positionné une ligne plus haut. Le PSG a alors perdu en densité sur son flanc droit, ce qui a permis à Bordeaux de ressortir rapidement les ballons de ce côté pour trouver Maurice-Belay. Servi entre le milieu défensif et le stoppeur adverse, l’ancien Sochalien s’est retrouvé dans sa position de prédilection, comme à Lille, et a multiplié les percussions, dans la profondeur comme dans la latéralité. Résultat, un ballon de but donné à droite et une passe décisive pour Diabaté pour le 1-0.

Malheureusement pour les Girondins, ils ont reculé après cette ouverture du score. Assez pour laisser Thiago Motta offrir l’une de ses premières passes vers l’avant sans opposition, qui plus est dans les 30 derniers mètres. L’inspiration de Bodmer a fait le reste pour libérer Hoarau plein axe qui ne s’est pas privé pour égaliser. Derrière, les dix dernières minutes ont été assez décousues, les deux équipes attaquant par à-coups et Bordeaux manquant quelques opportunités pour réaliser le coup parfait.

Conclusion :

Pour la deuxième fois en deux rencontres, le PSG a été dans la réaction. Comme face à Lyon, les Parisiens se sont retrouvés pris dans l’entrejeu durant toute la première mi-temps et il a fallu l’entrée en jeu de Matuidi -et une star en moins devant- pour que l’équipe retrouve l’équilibre et prenne l’ascendant au milieu. Mais les joueurs de la Capitale se sont alors heurtés à une défense à cinq bien en place et ont même concédé des occasions à cause d’un Maurice-Belay très difficile à contrôler dans ces conditions. Au final, les Girondins n’auront peut-être qu’un seul regret : celui d’avoir trop reculé après avoir ouvert le score.

Vous aimerez aussi...

4 réponses

  1. martial dit :

    bonjour et merci pour l’analyse, qui est comme toujours tres bonne.

    J’en profite pour faire une demande. Serait-il possible d’avoir une analyse du jeu de Sunderland AFC et du projet de leur Coach?

  2. Abdoul dit :

    Lors des matchs contre Lyon et Bordeaux, le PSG a toujours donné un autre visage en seconde mi-temps aprés avoir changé de systéme. (Passant du sapin au 4-5-1 à Lyon et l’inverse contre Bordeaux). N’est ce pas la le probléme actuel? la mauvaise utilisation de systeme de jeu par Ancelotti?

  3. The teacha dit :

    @abdoul: ce n’est pas une histoire de mauvais systeme mais d’etat d’esprit quand paris n’a pas le ballon. Face à un 3-5-2, il est primordial d’avoir des ailiers qui bossent, ce qui n’est pas le cas de néné et menez. A Man Utd, valencia park ou nani bosse defensivement, au Real, ozil et kaka se replient regulierement mais a paris, c’est autre chose. Dommage que Mariano et tremoulinas n’aient pas eu plus d’opportunités pour attaquer. Avec le ballon, j’ai trouvé qu’hier Menez, pastore et surtout néné ont fait beaucoup de mauvais choix privilégiant le geste individuel ou une passe super dure à faire alors qu’il y avait plus simple. Il va vraiment falloir qu’ils comprennent que le collectif peut etre plus fort que l’exploit individuel s’ils veulent le titre. Si kombouaré etait le coach, il aurait mis la doublette ceara jallet pour fermer le couloir a tremoulinas, il le faisait souvent et ca marchait.

  1. 27 août 2012

    […] mars 2012, les Girondins étaient allés chercher un point au Parc des Princes grâce à un schéma de jeu en 3…. Dimanche, ils ont réussi le même coup face à un PSG aussi peu inspiré que la saison dernière. […]

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *